LES APOTRES : MONSEIGNEUR PERRAUD
1à une conquête intellectuelle et morale inexplicable par la seule combinaison des races, des milieux et des temps. Audessus des hommes qui s’agitent, incapables d’une pareille transformation, il avait su discerner une action surnaturelle et divine. « Je veux avoir, disait-il, à son lecteur, la foi des simples. Je ne suis pas un philosophe, je suis un Azstorien. Je ne cherche pas à approfondir la métaphysique du christianisme, elle me dépasse. Je prends l’Église comme un fai qui s'impose à mon attention et que je ne saurais ni éliminer, ni éluder. D’autre part, si j'essaie d'expliquer par des raisons humaines l’existence de ce fait et ses conséquences de toute sorte sur la marche de l’histoire, j'y échoue invinciblement. Les raisons humaines sont hors de toute proportion avec l'établissement de la religion chrétienne dans le monde et sa propagation par l’Église. Donc. »
Les ennemis de la religion, s’ils se souviennent, pourraient confirmer ce témoignage d’un évêque. Il n’entrait pas, en effet, dans le caractère de l’illustre converti de faire à personne mystère de ses sentiments. Ce fut toujours sans ombre de respect humain qu’il s’en déclara ouvertement, reprenant ‘au besoin ceux qui s’oubliaient devant lui. « Un jour, raconte Tlabbé Hamon, un homme qui se croyait habile en histoire se permit de dire en sa présence que la papauté était une institution humaine qui remontait au quatrième siècle ». — « Vous vous trompez, reprit aussitôt le vénérable historien, la papauté remonte jusqu’à saint Pierre, et par saint Pierre à Jésus-Christ, le divin fondateur de VÉglise?. »
Une autre fois, et l'épisode est encore plus caractéristique, c’est un fâächeux qu’effarouche la soutane de l'abbé Perraud. Ce malencontreux ami, arrivé à l'heure de la lecture religieuse, s'étonne qu’on lait fait attendre à côté, jusqu’à la fin de ce latin d'Église : — « Oui, mon ami, repart tranquillement le maître de la maison, on vient me lire les prières de la messe : et sans ma paralysie qui me cloue sur ce fauteuil et m'empêche absolument de sortir, j'irais l’entendre . »
1. Mgr Perraud. À propos de la mort et des funérailles de Renan, p. 16. 2. Branchereau, p. 247,