‹ La conversion d'Augustin ThierryChapitre 39 sur 48 · F. Martin, p · texte numérisé non relu

F. Martin, p

Normands. Je soumets cet ouvrage, bien des fois remanié partiellement, à une revision d'ensemble, à une collation avec les textes originaux, non dans une vue particulière, mais dans l'intérêt général de la vérité historique. Toutes les erreurs que j'ai pu commettre et qui m'ont êté signalées consciencieusement seront corrigées par moi selon ma conscience d’historien. C'est vous dire, Monsieur, que je tiendrai un grand compte de votre Defense de l'Église. Je fais à vos critiques une attention d'autant plus sérieuse que, pour la vraie science et pour la parfaite convenance, elles se distinguent bien heureusement de la polémique soutenue dans la même cause par d’autres personnes.

Je suis étonné, Monsieur, qu'un travail de recherches aussi considérable ait pu être exécuté par vous dans un presbytère de village, loin des grandes bibliothèques et de la conversation des hommes d'étude et de savoir. Je croyais que la ville de Lyon était votre domicile, et le nom du lieu d’où votre lettre est datée ajoute encore au sentiment de haute estime que j'avais concu pour vous. Croyez-le, Monsieur, et agréez l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Augustin THIERRY.

Paris, 1er septembre 18551.

Le plaisir qu'éprouva Gorini à la réception de cette lettre s’est traduit par les réflexions dont il l’a encadrée. Il l’inséra, dans son Avertissement, aussitôt après celle de son ancien évêque, Mgr Chalandon, devenu archevêque d'Aix, et il s’excusa de l’ «orgueil bien pardonnable » qui lui faisait ranger à la suite de l'approbation de son chefhiérarchique le « précieux témoignage » de l'historien laïque. « Pouvais-je rencontrer, dit-il, un juge plus compétent que cet homme célèbre qui, après avoir étonné la France par la sérénité de son courage dans le malheur, après l'avoir émue par les dramatiques tableaux d'une histoire jusqu'alors dédaignée, l'histoire des temps barbares, a réjoui l’Église en s’en déclarant le disciple?? » Puis, l'émotion gagnant le bon abbé à mesure qu'il écrit, il laisse échapper un cri de l’âme, expression naïve de la satisfaction de s’être vu, lui, « critique inconnu », honoré d'une telle marque d’estime, mais aussi de la joie supérieure de l’apôtre qui a fait triompher dans un esprit élevé la cause de l’Église : « Quelle candeur, s'écria-t-il, dans ce facile aveu de ses erreurs et de la revision fréquente de ses œuvres! » De telles paroles prouvent que chez l’éminent historien le

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