‹ La conversion d'un romantiqueChapitre 11 sur 29 · TRICK · texte numérisé non relu

TRICK

Ah ! milord veut fumer ?

GROMWELL.

J'entends qu'on me dissipe !

Je veux être un peu gai.

y> Rien ne peut rftW^pcr Cromwell, pas même une querelle qui s'élève entre Trick le bouffon et le chapelain Qbédedom .

o) Dans ce moment , la députation d'une

l56 • LA CONVERSION

espèce de sectaires nommés Ban ters (i) est annoncée; ils viennent consulter le Protecteur sur une question très importante. 11 s^agk de savoir :

S'il faut brûler ou pendre Ceux qui ne parlent pas comme saint Jean parlait , Et disent Siboleth au lieu de Shiboleth,

GRpHWEIiL.

La question est grave et veut être mûrie.

Prononcer Siboleth est une idolâtrie , Grime digne de mort, dont sourit Belzébuth.

Alais tout supplice doit avoir un double but , Que pour le patient l'humanité réclame.

En châtiant son corps il faut sauver son âme : Or quel est le meilleur de la corde ou du feu Pour réconcilier un pécheur avec Dieu? • •

» Une discussion approfondie et digne du sujet s'engage sur ce point. Les uns tiennent pour la corde , les autres pour le feu. On croi-

nergumenes.

d'un romantique. 157

rail entendre un dialogue de Charenton. Enfin, Rochester met tout le inonde d'accbrd en donnant la préférence^ au gibet , parce qu'on y monte au moyen d'une échelle , et qu'il est prouvé , par le songe de Jacob ^ qu'on, peut escalader le ciel de la même manière. Il n'y a point de réplique à un tel raisonnement, et Cromwell est charmé de la décision. Les^anters se retirent très satisfaits, et font place aux membres du conseil privée

» C'est ici une des scènes capitales du drame. Cromwell va discuter, avec ses conseillers, l'invitation que lui fait le parlement d'accepter le titre de roi. C'est la situation d'Auguste consultant Maxime. et Cinnn sur le même sujet. Nous allons nous donner le plaisir de voir les deux écoles en présence , et d'examiner les procédés de l'une et de l'autre dans un ordre commun d'idées et de sentiments.

» Cromwell, à l'exemple d'Auguste, invite ses conseillers à parler librement , et à développer les motifs de leur opinion.

l58 LA GONTBRSIÔN

)) Je passe sur les propos insignifiants du comte de Warwick, de lord Carlille et de quelques autres personnages , pour arriver aux argumentations sérieuses. Voici celles de Whitelocke , homme versé dans la connaissance du droit.

. WHITBLOCKË.

Le roi fut, de tout temps, nommé législateur; Lator, porteur , legis, de la loi : d'où relève Qu'un prince est^ la loi ce qu^Adam est pour Eve. Donc , si le roi de» lois est le père et le chef , Point de peuple sans roi ! je le dis de rechef. Voyez , pour confirmer ma doctrine certaine , Moïse, Aaron , saint John, Glynn, Cicéron, Fountaine, Et Selden , livre trois, chapitre des Abus :

Quid de kis censetuy, modo codicibus, .

Milord , il faut régner ! Dixi!

( Whitelocke se rassied. )

)) Ce discours ressemble beaucoup au plaidoyer de l'Intimé (i).

(r) De yi, paragraphe j messieurs i, càpombus,

( Les Plaideurs.)

d'un romantique. iSg

CROMWELL

Comme il raisonne !

Qu'un discours à proi^pos de latin s'assaisonne ! Ecoutons Wolseley !

SIR CHARLES WOLSELEY , 86 levant.

Milord, sans nul détour, J'oserai détromper votre altesse à mon tour.

Le chef d'un peuplé libre est , suivant Iç pirophète , Tanquam in medio posittis , non au faîte.

Ce chef, sur quelque siège enfin qu'il s6ù assis. Est major singulis, minor universis.

Donc le titre de roi rom'pt notre privilège , Rex violât legem.

y> Cromwell trouve moins de charme dans le latin de Wolseley que dans celui de Whitelocke.

r CROMWELL.

Arguments de collège !

Avec vos mots latins je suis peu familier !

Mauvaises raisons !

y> Il est évident que les arguments de ces

l6o LA CONVERSION

deux conseillers d'état ne valent pas mieux les uns que les autres ; mais Cromwell est décidé à né trouver bonnes que les raisons de ceux qui l'engagent à accepter la couronne.

(Le conseil est congédié.)

» Milton seul reste sur la scène avec le Protecteur, et dans une harangue interminable , où deux ou trois idées sont amplifiées et ressassées à satiété , il conjure Cromwell de renoncer à son projet. Quelques beaux vers sont enfouis dans cette longue déclamation. J'y ai remarqué un passage que je me ferai un plaisir de vous citer : car il n'y a rien de personnel dans mes observations, et je voudrais qu'il me fût possible de séparer l'auteur de sa malencontreuse production. Ce n'est pas que M. Victor Hugo soit très poli envers les partisans de l^ ancienne littérature. 11 les traite dans la préface de Cromwell avec beaucoup de dureté. Ce sont ce les milices de » Lilliput y qui veulent enchaîner le drame )) dans son sommeil avec des toiles d'araignée; y> des pédants étourdis y des routiniers j des

D'UN ROMANTIQUE. l6l

y> fourmis pour lesquelles il ne faut pas con- » stuire de palais (i). »

y> Je me garderai bien de suivre un pareil exemple. Je vous avouerai même que j'ai quelque sympathie pour ces jeunes gens qui semblent ignorer qu'on ne fait pas plus de révolution, de dessein prémédité, en littérature qu'en politique ; ce qu'ils prennent pour une révolution littéraire est tout simplement une révolte contre le bon sens , qui peut entraîner quelques esprits timides ou peu éclairés , mais qui s'apaisera d'elle-même devant la puissance souveraine de la raison : quand l'exaltation passagère de cette révolte sera passée, ils riront eux-mêmes dé leur folie.

y> Je TOUS ai promis une citation de quelques vers heureux de M. Victor Hugo ; les voici :

(i) Pages XXV, xxvm, xxxvi.

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