‹ La conversion d'un romantiqueChapitre 19 sur 29 · DÎNER CHEZ M. DUMONT · texte numérisé non relu

DÎNER CHEZ M. DUMONT

TérencS est dans mes mains, je m'instruid dans Horace ; Homère et son rival sont mes dieux du ParniLsse.

( La Fontaine. )

Joseph, fidèle à sa promesse, Tint me prendre vers les cinq heures, et nous nous rendîmes chez M. Dumont. Il nous reçut cordialement dans un petit salon , dont l'ameublement n^est pas somptueux, mais où l'on remarque une grande propreté. Le meuble d'acajou en velours d'Utrecht et les rideaux des croî'î^es sont d'étoffe jaune avec une bordure rouge. On voit au centre

aïO LA GOKYBRSION

une table ronde de ra arbre noir couverte de tassés de porcelaine de diflférents dessins et de diverses grandeurs. La cheminée, en marbre de bleu turquin , est ornée d'une pendule et de deux vases d'albâtre de Florence, luxe modes* te, proportionné à la fortune du propriétaire. D'anciennes et belles gravures , telles que le Testament d^Eudamidas y les Batailles d^Alexandre^ et quelques portraits gravés par Nanteuîl, se détachent sur une tenture de papier couleur d'ocre. Dans le fond du salon, aux deux angles, s'élèvent deux piédestaux sui* lesquels oïl a placé ks bustes de Racine et de Voltaire; enfin, un piano d'Erard complète l'ameublement.

Joseph jeta un regard de dédain sur les deux figures ombragées de leurs vastes perruques. Je compris sa pensée , parce que je lui avais souvent entendu dire que les perruques , tellçsqu'on les portait autrefois, étaient incompatibles avec le génie, et qu'il fallait liécessairemeut avoir les cheveux courts et en désordre pouj faire de bons vers^ Quant è lui 9 il avait asses bonne mine malgré son air

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UB peu empesé. La vue de notre ancien pro^ fesseur me parut réreiller en lui d'agréables souvenirs, et je fus charmé. de le voir dans ces heureuses dispositions.

Nous avions à peipe achevé les premiers compliments , que nous vîmes arriver le docteur Lefranc , accompagné de madame Lefranc, et de mademoiselle Berthe , leur fille. Le docteur, que tout Paris connaît , est un de ces hommes d'une humeur enjouée , qui font le charme des sociétés. Quoiqu'il soit grand partisan de la diète /et qu'il prêche éloquemment la sobriété, il ne laisse pas de faire bonne * chère.- Brillât-Savarin le regardait comme un des connaisseurs les plus habiles de l'époque ; j'ai même entendu M. de Périgord en faire l'éloge. C'est d'ailleurs un professeur d'une science profonde, se faisant \m plaisir de rendre service , et jouissant aveemodestie de sa célébrité. Il se plaît à encourager les jeunes médecins qui font preuve de talent , qualité aussi rare parmi les membres de la Faculté de médecine que parmi ceux, de la Faculté des lettres.

• Madame Lcfranc est une femine sans prétentions, qui pourrait^ tout comme une autre, faire valoir, à quarante ans, une taille bien faite et une figure agréable , mais qui a le sentiment des convenances , et se contente d'être bonne et spirituelle.

Quant à mademoiselle Berthe , âgée de dixsept ans , il serait diflBcile de se faire l'idée d'une plus jolie personne. Je ne pus m'empêcher d'admirer sa taille légère et gracieuse , la blancheur animée de son teint , sa blonde chevelure, ses yeux bleus, et l'expression d'une physionomie où l'ingénuité se mêle à la finesse.

I^e docteur s'avança vers Joseph , et, lui secouant la main un peu rudement : ce Je suis aise de vous revoir, lui dit-il. Eh bien! que faites-vous maintenant? Vous suivez sans doute- vos études ; avec l'aptitude que je vous connais , vous devez être très avancé ? C'est une belle et honorable carrière que celle de la médecine ! Vous êtes fait pour y réussir. »

d'un romantique . 2 1 3

Joseph fut flatté de ces paroles , et cependant il éprouvait quelque embarras.

ce Je n'ai pas renoncé entièrement à la médecine , répondit-il ; mais un goût irrésistible m'a jeté dans les inspirations mélancoliques , et je me sens un cœur de poète.

y> — Cela n'est pas bien , reprit le docteur. Savez-vous ce que Malherbe, qui s'y connaissait, disait des poètes? C'est que, dans un état, ils étaient aussi utiles que de bons joueurs de quilles.

» — Le mot est dur et injuste , dit M. Dumont : je ne connais pas d'homme plus estimable qu'un poète qui fait servir un vrai talent à orner la raison et à inspirer àe généreux sentimeùts. Qu'en pense notre aimable Berthe ?»

Joseph parut attendre la réponse avec in -

teret.

c< Je ne sais , répondit la jeune fille , s'il

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me convient de me mêler d'une pareille discussion; mais, puisque voua me demandez mon avis, je vous dirai franchement que j'aime la poésie. Je crois qae peu de personnes sont insensibles au charme des beau^i vers.

y> — Je suis bien aise de vous entendre parler ainsi, reprit M. Dumont. On peut dire de la poésie ce que Shakspeare dit de la musique :

« The man that hath not music in himseif ,

» Nor is not moved wîth concord of sweet sotmcls^

» Is fit for treàson , stratagems and spoils|

» The motions of his spirit are duli as night ,

» And his affections dafk as Erebus.

» Let no such man be trusted ! »

y> Je ne me crois pas obligé de vous traduire ces beaux vers. La langue anglaise est maintenant si répandue , que tous ceux qui ont reçu quelque éducation la çompren-^ nent. ».

Je remerciai, pour ma part, M. Dumont

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dé sa bonne opinion ; mais je le priiii de traduire lés vers du poète anglais , comme si je ne les entendais pas.

y> — Volontiers ^ reprit-il. Ce passage est Pun des plus frappants du Marchand de Venise y pièce dans laqtielle vous avez vu Kean jouer le rôle du juif Shyîock , comme Talma jouait celui de Néron , avec une effrayante vérité. C'est Lorenzo qui parle à Jessica :

(c L'homme qui n'a en loi-joiiême aucun » sentiment d'harmonie, et qui n'est point » ému parle doux accord des sons, est propre » à la trahison, aux ruses et aux rapines. Les )) mouvements de son âme sont mornes comme ))la nuit, et ses penchants sombres comme » l'Érèbe. Qu'on ne se fie* point à un tel » homme ! »

A cette citation de Shakspeate , le frotit de Joseph s'épanouit, ses yeux s'allumèrent , et il s'écria d'un ton d'enthousiaste :

2l6 LA CONVERSION

ce Voilà le poète que j'aime , le seul poète qui ait compris le drame , et dont les pièces . traduites par Emile Deschamps et Alfred de Vigny , feront oublier nos vieilles tragédies , si pédantesquement renfermées dans les règles envieuses d'Aristote. L'art est tout entier dans Shakspeare. C'est là que se trouvent réunis le bas et le sublime « la vérité locale , Vindivtdualiéé des personnages; Richard III avec sa bosse pittoresque , Falstaff avec son gros ventre caractéristique , Henri V assis sur les genoux d'une prostituée , des savetiers et des* sénateurs, des princes et des voleurs de grand chemin, la naïveté dès croyances, le cri enêttnctifet spontané des passions. Vous remarquerez peut-être qu'il a des défauts , des incorrections. Allez dire à l'Éridan, roi des fleuves , qui coulé par les campagnes et dans les grands horizpns de Lombardie ^ à nappes épanchées, recevant ondées du ciel et ruisseaux tributaires , rapide et irrésistible à son milieu , comme incertain , et avec des courants en tous sens , sur ses bords , y déposant et reprenant au hasard roseaux et branchages flottants , et jonchant ses crêtes écumantes de

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mille gerbes de feu sous le soleil; allez lui dire qu'il a tort de s'épandre et de se jouer en telle . licence : si votre voix charitable perce à travers sa grande voix , et s'il peut vous entendre (i), vous saurez ce qu'il vous répondra !»

M. Dumont allait prendre la parole , lorsque la bonne Véronique, son ancienne gouvernante ^ nous avertit que le dîner était servi. Cette interruption suspendit le débat naissant. Joseph offrit sa main à mademoiselle Berthe, qui l'accepta en souriant.

(( La cure sera difficile , dit à demi-voix le docteur Lefranc ; je crains l'hallucination.

y> — Il y aura plus de mérite dans la guérison , répondit le professeur ; j'espère que nous en sorti rons à notre honneur* »

Les places distribuées, Joseph se trouva

(1) Pensées de Joseph Delorme.

2l8 LA CONVERSION

vis-à-vis de mademoiselle Berihe, dont la beauté , la fraîcheur et les grâces me parurent l'avoir singulièrement frappe. Jen fis la remarque à l'occasion d'un superbe poisson qui s'attira les compliments des convives. En toute autre compagnie , ce mets, dont Joseph est très friand , aurait absorbé ses idées aussi fortement que s'il l'eût vu au fond de sa conscience ; mais je dois dire à sa louange que l'affection morale l'emporta sur l'inclination matérielle , et qu'il dina plus sobrement qu'à l'ordinaire. Je conclus de cette observation que la raison revenait à son poste , et qu'en s'y prenant avec adresse , on pourrait replacer son esprit sous la direction du bôn^sens.

La conversation , jusqu'au dessert , avait été très variée. On s'était entretenu de l'opéra de Guillaume Tell, des lois communale et départementale, des voyages de M. de Polîgnac, de l'émancipation des catholiques d'Irlande , de la danse de mademoiselle Taglîoni , de la nomination de M. Bourdeau au ministère de la justice, de la baleine, de la rentrée de MM. ïitienne et Arnault à l'Acadénrie fran-

d'un homantïqtte. 219

çaise (1), enfin de tous les sujets qui occupaient l'attention fugitive du joiir. Au dessert , l'entretien revint naturellement aux matières lit* téraires , à l'occasion du drame de Henri III. — Ce que Joseph admirait le plus dans cette pièce , c'est le moment où le duc de Guise saisit le bras délicat de la duchesse avec son gantelet

de fer , et lui fait éprouver une douleur insupportable.

ce Yoilà , dit ^il , les spectacles qui nous con* viennent aujoutd'hui. Les plus beaux vers de Corneille et de Racine ne produiront jamais d'effets semblables ; c'est d'un naturel parfait; mademoiselle Ma|:â subit la question avec qne admirable vérité.

M*»® LSFRANG.

Eh monsieur ! peut-on voir soufiâ^ir des malheureuiK î

(i) Ces détails déterminent l'époque de la merveilleuse conversion de Joseph Delorme , et épargneront des recherches laborieuses aux Saumaises fu-^ turs* ( Note de l'éditeur. )

220 LA CONVKHSION

Cette citation de Racine , qui venait si à propos , avait ua peu déconcerté Joseph ^ lorsque je niVvisai de répondre comme le juge Dandin :

Bon ! cela fait toujours passer une heure jpu deux.

Joseph ma lança un regard de travers ; mais il se remit bien vite, et continua l'exposition de ses doctrines dramatiques.

« Vous m'avouerez, dit-il, que tout est de convention dans votre système classique. L'imitation y manque d'exactitude; il n'y a point ôiindividualitë. Dans Rome sauvée , par exemple, M. de Voltaire représente bien Cicéron comme un homme éloquent , dont le patriotisme est mêlé de cette vanité qui lui a été si souvent reprochée ; mais ila oublié des choses importantes, qui ne seraient pas échappées aux enfants de l'époque, comme dit M.

Cousin , et qui auraient constaté l'individualité : je veux parler de la verrue que l'orateur romain , suivant l'opinion vulgaire , avait sur le nez , et de son geste habituel ;

car cm sait qu'il se prenait volontiers le menton de la main gauche. Voilà ce que j'aurais appelé du naturel ; si l'acteur avs^it rincé son nez en parlant, comme Cicéron le faisait quelquefois, l'imitation aurait été parfaîte. Mais M. de Voltaire, seigneur de Ferney, n'avait rien approfondi. Nous ne l'aurions pés admis dans notre Pléiade (i), et M. Guiraud ne voudrait pas signer' ses pièces..

» — Vous parlez bien l^èrement de l'écrivain le plus raisonnable , le plus spirituel , et du génie le plus étendu qui ait jamais existé ,

(i) P/^iWe : constellation poétique composée de sept étoiles de première magnitude. Ce fut Ronsard qui eut en France la première idée d'une pléiade : elle se composait de Ronsard , de Dorât son maître , d*Amadis Jamyn , de Joachim Dubellay, de Henri Belleau, d'Etienne Jodelle et de Pontus de Tiard. .

Les étoiles de la pléiade romantique sont MM. Victor Hugo, Lamartine, Sainte-Beuve , Alfred de Vigny, Emile Deschamps et Gaspard de Pons.

a:^2l LA GONYBRSION

répondit M. Dumotit. Vous voulez du naturel , rien de mieux ! nous en voulons aussi : la différence qui e:^is te entre nous , c'est que vous recherchez une imitation de l'objet qui soit en poésie ce que sont en peinture ces tableaux destinés à tromper les yeux , et qui n'ont aucune valeur sous le rapport de l'art. Je me ferai n^ieux comprendre par un simple rapprochement.

y> Un habile sculpteur, Cortot par exemple, entreprend la statuedu général Foy . Le marbre s'anime sous le ciseau^ le génie dé l'orateur se révèle dans ses traits , et l'énergie du guerrier dans son attitude ; la pose est en harmonie avec le geste; toute son àme respire sur le marbre vaincu par le génie. Le sentiment d'une perfection idéale saisit le spectateur , frappé d'admiration : c'est le produit de l'art fécondé par l'imagination ; voilà le naturel de Corneille, de Racine, de Voltaire, et de tous les bons écrivains de la même école.

y> Mais voici Gurtius qui nous arrive , avec sa cire , ses couleurs et ses étoffes. Il se met à

d'un romantique. 2Jl3

l'œuvre , modèle la figure , reproduit la couleur des yeux , celle dés chairs et de la chevelure. Il place sur son mannequin Tuniforme complet du généraL L'imitaiiop matérielle ne saurait aller plu$ loin ; et, cependant, cet aspect nous repousse : ce p'est ni la mort ni la vie. Vous ne voyez là qu'une nature hideuse et sans no^i. Voilà le naturel des romantiques. Ce n'est donc pas l'imitation que yous cherchez , c'est le calque de l'objet. L'imitation suppose de la réflexion , du choix , du taleat ; le calque qu la copie est un travail mesquin et sérvile* Je finirai par une question à notre douce fierthe , dont j'estime beaucoup te jugement : que pense t-elle sur cette question?

» — Je préfère , répondit Berlhe , en baissant les yeux , les statues de Canova aux mannequins de Curtiùs, et les tragédies de Voltaire à celles de M . Guiraud. »

Cette simple et modeste réponse fit faire à Joseph un léger tressaillement, dont je fus seul à m'apercevoir. Il leva les yeux sur la

224 ^^ CONVEHSION

charmante fille , et répondît en ces termes :

ce Voilà une décision sur laquelle il n'y a plus à revenir; celle qui l'a prononcée lui donne trop d'autorité. Permettez-moi seulement quelques remarques !

» Dites- moi pourquoi tous ces chefs-d'œuvre de Corneille et de ses successeurs , qui excitent votre admiration , font aujourd'hui si peu d'eflFet sur la scène ? Le Théâtre-Français est désert toutes les fois que l^ffiche annonce Çinna , les Horaces , Phèdre ^ Britannicus , Athalie y Zaïre , Mahomet ou Se»

miramis / l'on aperçoit tout au plus dans l'orchestre quelques vieilles perruques de l'Académie française. Le majestueux alexandrin de l'école classique ronfle dans le vide , comme l'orgue d'une cathédrale avant que les fidèles ne soient venus à la prière. Que signifie cette indiflférence , si ce n'est que le goût du public est changé , qu'une révolution s'est faite dans ses idées, et que nous avons besoin d'un nouveau système dramatique. La jeune littérature, exempte de préjugés, afiFraa-

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chie du joog de rimitation , a compris ce besoin, et veut le satisfaire. Voilà tout le reproche qu'on peut lui adresser. Mais, de grâce , ce reproche est - il fondé ? N'est - il pas évident que les formes anciennes sont usées?

Eh bien , il s'agit de leur substituer des formes nouvelles, qui , sans doute , vieilliront à leur tour, et seront remplacées par d'autres. La littérature ne peut- elle pas avoir ses révolutions comme la musique, qui change à peu près tous les vingt - cinq ans ? Que diriez vous si l'on faisait un crime à Gluck de n'avoir pas continué Rameau y et à Rossini de ne s'être pas emprisonné dans la méthode de Gluck ? Laissez l'indépendance aux artistes : le public adoptera ce qui sera le plus conforme à son goût. »

Ces réflexions de Joseph me surprirent ; je ne l'avais jamais entendu parler avec autant de calme et de suite dans ses idées. Puisqu'il commençait à raisonner , j'^en conclus qu'il pouvait devenir raisonnable ; .et j'attribuai cette amélioration intellectuelle à Fin- I. i5

3a6 LA CONVERSION

flaence naissante d'un sentiment auquel il ayait été jusque alors étranger.

a Vous avez très bien résumé , répondit M. Dumpnt , les raisonnements de nos réformateurs. C'est ce qu'ils peuvent dire de plus spécieux , lorsqu'ils abandonnent le Sarcasme et les sottes plaisanteries , dont ils ne sont point avares, parce que ce sont là des richesses naturelles qu'ils répandent sans s'appauvrir. Je vais reprendre l'un après l'autre tous vos arguments , et vous montrer que ce sont autant de sophismes et d'arguties , qui , dans tous les temps , ont été reproduits , et dont la raison a toujours fait justice.

y> Vous me demandez pourquoi les tragédies de Corneille , de Racine et de Voltaire , n'attirent qu'un petit nombre de spectateurs. Il y a deux raisons de ce fait. La première , c'est que nous avons lu ces chefs-d'œuvre , que nous les avons relus mille fois, et qu'ils sont dans la mémoire de tous les hommes qui ont quelque littérature. La seconde raison,

et la plus forte , c'est que noas n'avons plus d'acteurs pour animer les personnages tragiques, et rendre avec vérité les inspirations du génie. Les grands acteurs sont presque aussi rares que les grands poètes ; mais qu'il se présenté un Baron , un Lekain^ un Talma, une Adrienne Le Couvreur , une Clairon , vous verrez le public accourir en foule à ces tragédies aujourd'hui négligées. Ce n'est donc pas le goût général qui est changé. La médiocrité des acteurs, plus frappante dans la représentation des grands chefs-d'œuvre de l'art , fatigue le public , le dégoûte , et voilà tout.

y> Que les acteurs soient au niveau de la pièce 9 comme dans Henri III ^ ce sont des médiocrités qui se servent mutuellement d'appui : il n'y a point de disparates. Que la partie matérielle du spectacle , les décorations , les costumes, soient brillants et pompeux 3 que le sang y coule à grands flots, la foule s'y précipitera comme aux courses du Cirqu^-Olym-pique , et aux expéditions nocturnes des brigands de V Ambigu. Mais ces succès sont

éphémères. Quand Henri III , le nouvel Othello^ et tes pièces du même genre dispa-> raîtront de la scène , ce sera pour toujours , ou bien il n'en restera qu'un faible souvenir de coulisse. Il n'en sera pas ainsi , non seulement des anciens chefs-d'œuvre consacrés par deux siècles d'admiration , mais des ouvrages dramatiques composés avec un vrai talent et im goût pur. Ainsi V^.gamemnon de M. Lemercier , les Templiers , Marins à Minturnes ^ Germanicus , Sylla , Léonidas , les Vêpres siciliennes y la Clytemnestre de M. Soyxmti^ Marie Siuari{i)^tn quittant la scène , entrent dans la littérature nationale , et y reçoivent une nouvelle vie. Toutes les fois qu'il se trouvera des acteurs habiles pour les représenter , ces pièces seront revues avec plaisir 5 c'est là le privilège de la bonne école.

» Vous dites que les formes anciennes sont

(i) On pourrait ajouter aujourd'hui le Gustave-^ Adolphe àe^, Lucien Amault, V Elisabeth de M. Ancelot , et une Fête de Néron. {Note de Véditeur.)

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