CONCLUSION
Fiat lux.
( Lib. G£Ktt. cap. i, v. 3. )
Voilà par quels degrés Joseph Delorme parvint à se débarrasser des rêveries grotesques qui absorbaient son temps,, et le rendaient incapable d'un travail sérieux. L'envie de plaire à une jeune personne pleine de char« mes et de goût n'a pas été sans influence sur sa conversion. Je n'ai pu le dissimuler^ parce que je regarde le respect de la vérité comme le pre-
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mier devoir d'un historien. Mais je me plais à croire que les excellentes observations de notre respectable professeur auraient suffi pour opérer cet heureux changement. Je voudrais bien que les jeunes gens qui s'occupent de littérature, et dont l'imagination a été troublée par les mêmes chimères, eh fissent aussi leur profit. C'est dans cette intention que j^ai recueilli ces remarques , et que je me propose de leur donner quelque jour de la publicité. Je croirais avoir rendu un grand service à mon pays si je pouvais contribuer à ramener la jeunesse à des idées saines, à l'étude d'une nature choisie, au culte de l'antiquité, à la vénération due aux grands hommes dont la France s'ho* nore.
Quelques personnes, dont j'estime le talent, s'imaginent que rien ne peut arrêter notre décadence dans les arts d'imagination , que l'époque actuelle est irrévocablement frappée de vertige , et que les beaux jours du génie français, ces jours de gloire où il rayonnait sur l'Europe, ne peuvent plus revenir. Ik allé-
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guent les littératures d^ Athènes et de Rome ^ qui , après avoir brillé d'un si vif éclat , s'éteignirent dans la barbarie. Je ne crois pas qu'il existe d'analogie entre notre situation et celle o\\ les siècles de Périclès et d'Auguste laissèrent les Grecs et les Romains. La liberté périt r'-ez les deux peuples ; la civilisation disparut avec la liberté 3 et , par une conséquence inévitable, l'esprit humain fut plongé dans les ténèbres.
Chez nous les progrès de la civilisation ont amené la liberté, qui en est le perfectionnement; l'une et l'autre nourrissent et exercent le génie. Dans le pénible enfantement du nouvel état social, toute l'énergie des facultés morales se porte de ce côté. Les ambitions généreuses aspirent à l'illustration de la tri«bune où se débat notre avenir. Tel homme qui se fût distingué par la culture des lettres , ou de la philosophie , s'efforce d'atteindre à cette grande et patriotique éloquence , reine des peuples libres. Mais c'est encore de la littérature } on n'y réussit pas
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sans études , oa n'y triomphe pas sans génie.
Quand tout sera fondé , les lettres reprendront leur empire ; la littérature aura probablement un autre caractère que celle du dernier siècle; elle sera moins agressive et plus morale; mais elle reconnaîtra les mêmes principes , parce que ces principes , fruit de la méditation et de l'expérience , sont invariables. Elle aura sa force en elle-même, et n'aura pas besoin de se tremper dans les littératures étrangères , dont quelques parties sont déjà frappées de caducité , parce qu'elles ne tiennent par aucun lien à la civilisation progressive des peuples. Alors , le temps aura vanné toutes les productions burlesques que le charlatanisme des coteries soutient à peine. Il ne faut donc pas dé^sespérer de noti*e avenir littéraire ; l'héritage de deux siècles de gloire sera recueilli par des mains pieusesy et de nauveaux chefs-d'œuvre en augmenteront les richesses.
Conservons , en attendant , les bonnes traditions ; n'accordons notre estime qu'aux écri-
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vains qui les suivent avec talent; ne laissons pas dénaturer la langue la plus parfaite dont la philosophie et la morale puissent se servir; et la génération actuelle nous devra quelque reconnaissance.
FIN DE LA CONVERSION d'uN ROMANTIQUE.