‹ La conversion d'un romantiqueChapitre 25 sur 29 · LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LA NOURRICE

» Madame!

JULIETTE

» Dans l'instant. Mais si tu as d'autres pensées , je te supplie

356 SUR !«▲ lilTTBRATURS

LA NOIFRBICB.

» Madame!

JITUBTTB.

)i> TQot-à-rheiqre , me voilà. Je te sapplie de cesser tes pouisaites , et de m'abaDdonoer à ma doideur. J'enverrai demaia.

ROMBO.

» Ainsi y' mon àme soit sanvëe

JtJUBTTB.

» Mille fois bonne nuit !

(Elksort.)

mOMBO.

)i> Mille fois mauvaise nuit, d'être privé de U lumlève ! L'amour s'élance de l'amour comme l'écolier s'élance de ses livres j mais

BÔMÀN*riQlTfi. 357

l'amour s'éloigne de l'amour comme l'écolier retourne en classe, les yeux tristes et pesants.

( Il se retire lentemeikt. )

JULIETTE , reparaissant de nouveau.

y> St ! st ! Roméo ! Oh ! que n'aî-je la voix d'un fauconnier pour àttiil&r ce gentil oiseau ; mais la voix enrouée de la réclusion doit être timide : autrement, je percerais la grotte où l'écho fait sa demeure; je rendrais sa voix aérienne plus enrouée que la mienne , à force de lui faire répéter le nom de Roméo.

BOMéa/

)) C'est mon àme qui m'appelle par mon nom. Gomme la voix de l'amour est harmonieuse dans la i^uit ! ellô flatte VoreiUe cjomme une douce mélodie.

jvjum^tlà.

» Roméo!

358 SUA LA UTTItRATURB

ROMÉO

7> Ma tendre amie !

JUUETTB.

» A quelle heure envensû-je demain ?

ROMÉO

» A neuf heures.

JULIETTE

y> Je n'y manquerai pas. C'est vingt années jusque là. J'ai oublié ce que je voulais te dire quand je t'ai rappelé.

ROMÉO

» Eh bien ! je reste ici jusqu'à ce que la mémoire te revienne.

JULIETTE

» Je l'oublierai de nouveau pour te retenir^

ROMANTIQUE. ^5q

et je te rappellerai seulement combien ta compagnie ni'e6t chère.

ROMÉO

» Et je resterai toujours , afin que tu oublies toujours, oubliant toi-même toute aulre demeure que celle-ci.

JULIETTE

. » 11 est presque jour; je voudrais bien te voir partir, mais pas plus loin que Foiseau qu'une jeune fille laisse sautiller à quelque distance de sa main, comine un pauvre cap-v tif; elle le retire bientôt à l'aide d'un fil de soie , tant elle est jalouse de sa liberté.

ROMEO

» Ah ! que ne suis-je ton oiseau !

JULIETTE

» Que ne l'es-tu , mon doux ami let toute-

36o SUR LA I^ITTBHATURE

fois je te tuerais de caresses. Bonne nuit, bonne nuit ! Il y a tant de doueeur mêlée à.

l'amertume des adieux , que je dirais bonne nuit jusqu'au jour.

( Elle »oit. )

ROMÉO

)> Que le sommeil soit sur tes yeux et la paix dans ton sein ! Plût à Dieu que je fusse le sommeil et la paix , pour jouir d'un doux repos sur ton sein et sur tes yeux. Adieu! je vais me rendre à la cellule de mon père spirituel ; je Tais lui demander son assistance et lui raconter mon bonheur. y>

(Usort.)

Les apôtres du genre romantique ne pourront me reprocher d'avoir pris trop d'avantage. J'ai choisi une scène des plus renommées du théâtre anglais ; et ceux qui entendent bien l'original avoueront , s'ils sont de bonne foi, que, loin d'affaiblir les pensées de Shak- ^eare^ j'ai relevé par l'expression plusieurs

ROMAIYTIQUB. 36i

ioiagef dont la traduction littérale aurait prêté au ridicule.

La moindre connaissance du cœur humsiin suflEit pour nous faire sentir que tout dans cette scène est aussi éloigné du naturel que des bienséances. Juliette n'a vu Roméo qu'une seule fois, dans un bal masqué , où ils n'ont pu se dire que quelques mots à la dérobée. Il est yr^i qu'elle en a reçu un baiser : cet incident est dans la nature vierge de Shakspeare; mais est-il bien naturel que cette jeune fille ^ seule à sa fenêtre, disserte à haute voix sur le nom de Montaigu , qui n'est ni une main ^ ni un pied , ni un visage , ni rien de ce qui appartient à l'I^omme ? Et que direz^vous -de ces étoiles qui s'absentent pour vaquer à leurs aJBTaires? Quel triomphe pour les ennemis de la littérature française s'ils trouvaient dans Racine, dans Yoltaire, de pareils traits de naturel! Que diraient^ls si, dans une de nO£| tragédies, une jeune fille demandait à son amant s'il a vraiment le projet de l'épouser ? Avec quel soin ne feraient -ils pas ressortir cette emphase de comparaisons , ce cliquetis

de mots , cette ridicule subtilité de [Énsées qui tourmeôtent le dialogue , et sont si étrangers au langage des passions. Que Juliette soit la première à concevoir l'idée d'abandonner sa famille pour se livrer à Roméo, cet eniportement ne blesse que les convenances ; mais comment ose-t^-on nous proposer pour modèles des ouvrages d'un goût si faux , d'une morale si imparfaite ?

Et remarquons ici l'influence du siècle sur le génie du ppète : ilvivait à une époque raisonneuse , dans un temps de controverse ^ où l'esprit consistait à jouer sur les mots, à envelopper la pensée de métaphores ambitieuses , et à semer d'énigmes les conversations. Cette manie , qui régnait à la cour d'Elisabeth 9 était nommé euphuisme , d'un ouvrage de Guillaume Lilly, intitulé Euphues ^ où il avait donné le premier exemple de ce style emphatique et obscur. On ne peut mieux le comparer qu'au langage de nos écrivains romantiques, et à celui des Précieuses ridicules ^ qui aurait peut-être envahi notre littérature, si MLolière ne l'eût exposé à la risée publique.

D-un côté , une affectation outrée dans le langage; de l'autre, des niœùrs fortement empreintes de barbarie : voilà ce qui existait du [temps de Shakspeare; voilà les influences au:SLquelles il n'a pu échapper ; et certes , je suis loin de lui en faire un reproche. Il ne pouvait que représenter la société telle qu'il'était forcé de la voir. Ce qu'il § d'intéressant dans les situations , de grandeur dans les caractères, de sublime dans les pensées , lui appartient ; mais ces justes concessions ne sauraient aller plus loin : je ne saurais trouver du naturel dans une pénible recherche de mots et de pensées. Que nos réformateurs l'admirent et l'imitent , je ne m'y oppose pas ; mais qu'ils nous permettent de préférer à leur naturel celui de nos grands poètes , Tordre à la confusion, l'expression vraie des sentiments à l'emphase puérile des idées, les pensées nobles aux pensées triviales, et le développement graduel aux mouvements brusques et invraisemblables des passions.

Je voulais opposer à la scène de Roméo et de

Juliette celle de MoDime et de Xipharès dans Mitliridate. On peut faire cette comparaison, qui m'entraînerait trqp loin «Je me contenterai de citer un simple passage de Racine. C'est le discours d'iphigénie à son père. Iphigënie esta peu près dans la même situation que Juliette; elle aime pour la première fois ; elle aime un jeune prince digne de son amour, et qui est repoussé par son père. Yoici comment elle s'exprime :

Fille d'Ag^em^on , c'est moi qui la première ,

Seigneur, vou| appelai de ce doux nom de père ;

C'est moi qui , si long-temps le charme de vos yeux ,

Vous ai fait de ce nom remercier les dieux.

Et pour qui tant de fois , prodiguant vos caresses ,

Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.

Hélas! avec plaisir je me faisais conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter }

Et déjà , d'Ilion présageant la conquête,

D'un triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m'attendais pas que , pour la commencer,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dont je suis menacée

Me fasse rappeler votre bonté passée :

Ne craignez rien; mon cœui*, de votre honneur jaloux,

Ne fera pas rougir un père tel que vous;

Et; ^'je; n'àv»|s eu que ma vie à défendre , J'aurais su renfermer uii souvenir si tendre. Mais à mon triste sort , vous le savez , seigneur, Une mère, un amant, attachaient leur bonheur; Un roi digne de vous a cru voir la, journée Qui devait éclairer notre illustre hyménée :

Déjà sûr de mon cœur, à sa flamme promis , Il s'es^iinfiit heureux; vous me l'aviez permis. Il sait votre dessein : jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts qiie je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je vais leur coûter.

Osez mamt^nant xomparer Shakspeare à Racine! Comparez l'exagération des pensées, la bizarrerie des images y lé babil prétentieux de Juliette , h cette profonde vérité de senti** meut , relevée par une expression toujours naturelle , poétique et harmonieuse y qui répand tant de diarme sur les paroles d'Iphigénie. Mais pourquoi ces rapprochements dont j€ suis presque honteux? Qui se serait jamais attendu qu'on put {Hréférer aux chefs-^ d'oeuvre de la poésie ixH)derne les farces extravalûtes qui rappellent Penfance de l'art , la grossièreté d'un siècle ignorant et pédantesque?

A quel excès de déraison l'envie de rabaisser de grandes renommées ne peut -elle pas entraîner des hommes enthousiastes par calcul, et fanatiques de sang- froid? Si l'on se contentait de nous dire que le génie de Shakspeare et de Caldéron fut étonnant pour leur siècle , qu'ils ont une sorte d'énergie sauvage qui plaît quelquefois malgré ses écarts , nulle voix ne s'élèverait pour contester ces vérités ; mais ce n'est pas ainsi que s'expriment les maîtres de la nouvelle école. Ecoutez M. Schlegel parlant de Shakspeare :

ce Ce Titan de la tragédie attaque. le ciel » et menace de déraciner le monde. Plus ter- » rible qu'Eschîle , nos cheveux se hérissent )) et notre sang se glace en l'écoutant ; et y> néanmoins il possède le charme séducteur » d'une poésie aimable, il se joue gracieuse- )) ment avec l'amour, et ses morceaux lyri- )) ques ressemblent à des soupirs doucement ^>. exhalés de l'âme ; il réunit ce qu'il y a de » plus profond et de plus élevé dans l'exis- » tence : les qualités les plus étrangères , et )) en apparence les plus opposées , semblent

» liées l'une à Fautre lorsqu'il les possède. y> Le monde naturel et le monde surnaturel y> lui ont confié tous leurs trésors.

» C'est un demi*dieu pour la force , un » prophète par la divination, un génie tuté- » taire qui plane sur l'humanité , et s'abaisse » cependant jusqu'à elle , avec la grâce naïve )) et Tingénuité de l'enfance (i). »

Voilà comme il convient de se mettre sur le trépied et de prononcer des oracles. C'est ainsi qu'il faut louer Shakspeare , un Titan , un prophète , un génie tutélaire ; telles sont les expressions dont il est bon de se servir ; elles sont digues de l'idole et de l'adorateur. Il est vrai qu'elles ne laissent aucune idée positive dans l'esprit. Tant mieux! C'est là le triomphe du genre; il se plaitdans le vague; il ne plane pas tout-à-fait sur l'humanité , mais il plape évidemment sur le sens commun.

(i) Cours de littérature dramatique , t. 2, p. 384.

368 SUR LA. LITTBR4TURË

Vous me demanderez peut«^tre la définition de ce genre romantique dont nous avons lu des éloges si pompeux ! La question eist embarrassante ; les écrivains qui en sont les plus zélés partisans s'énoncent d'une manière si mystérieuse, qu'ils ont Pair de ne pas se comprendre eux-mêmes; ils quittent rarement le langage de l'inspiration. Essayons cependant d'en hïte. sortir quelques résultats.

a L'esprit romantique , dit M. Schlegel, se » plaît dans un rapprochement conimuel des » choses les plus opposées : la nature et l'art, » la poésie et la prose , le souvenir et le près- » sentiment , les idées abstraites^ et les sensay> tions vives , ce qui est divin et ce qui est » terrestre, la vie et la mort^ se confondent )> de la manière la plus intime dans le genre y> romantique. On présente dans le drame ro^ » mantique le spectacle varié de tout ce que » la vie liumaine rassemble ; et tandis que le )) poète a l'air de ne nous offrir qu'une réunion » accidentelle , il satisfait les désirs inaperçus y> de l'imagination , et nous plonge dans une

» disposition contemplative par le intiment y> de cette harmonie merveilleuse qui résulte , » pour son imitation , comme pour la vie » elle-même , d'un mélange , en apparence y> bizarre , mais auquel s'attache un sens proy> fond, et il prête, pour ainsi dire^ une àme )> aux différents aspects de la nature (t). )>

Je ne me chargerai pas de vous expliquer ce que l'auteur entend par l'âme d'un aspect, ou par des désirsinaperçus ; mais dans le peu de lumière qu'il a jetée au milieu de ce désordre d'idées et d'expressions je vois que la littérature romantique est l'assemblage d'élémehts hétérogènes, et la confusion de tous le^ genres. Ces nouvelles doctrines se réduisent au principe qui admet ce le rapprochement continuel des choses les plus opposées. » Yoilà donc cette grande découverte annoncée avec tant d'appareil, et qui doit opérer une révolution dans la république des lettres.

(i) GouFs de littérature, etc.

370 SUR LÀ LITTfiRATURB

Certes , il ne fallait pas un e£Port extraordinaire de génie pour arriver à un jrel résultat : la découverte en a été faite depuis long^ temps.

Et nous aussi nous ayons *des poètes romantiques dont les productions dorment., il est vrai , dans la poussière des bibliothèques, mais qu'il ne tient qu'à nous de réveiller. Nous né manquions pas, dans le quatorzième et dans le quinzième siècle , de Galderon et de Shakspeare. Nos mystères et nos moralités sont de véritables drames romantiques : ils offrent un rapprochement continuel des choses les plus opposées. On y trouve le divin et le terrestre, la vie et la mort; les règles n'y sont point respectées; il y a même du vague dans l'expression, delà mélancolie dans la pensée ; enfin , ils réunissent les conditions les plus rigoureuses du genre.

On y peut admirer aussi des jeux de mots , car ce genre merveilleux ne repousse pas le calembour, ce Ceux , dit M . Schlegel , qui rejettent les jeux de mots comme un raffine-

ROAfAlNTIQUB. 87 1

ment contraire à la nature ^ trahissent leur ignorance à cet égard. Les enfants et les peuples, dont les mœurs sont les plus simples j ont toujours manifesté leur goût pour les calembours* On en trouve dans Homère ; les livres de Moïse, qui sont les plus anciens monu*ments écrils du monde primitif, en sont remplis. Des poètes d'un goût très cultivé, tels qqe Pétrarque , des auteurs, tels queCicéron, se sont livrés à ce genre avec complaisance (i). î)

Le genre du calembour et le genre romantique étaient bien faits pour aller ensemble. L'un est sans doute comme l'autre un mélange en apparence bizarre, mais auquel s'attache un sens profond. J'avoue à ma hqnte que j'étais du nombre de ces ignorants qui regardent les jeux de mois dans* l'expression des passions comme, un raffinement contraire à la nature ; me voilà bien revenu de cette erreur, et je ^e manquerai pas d'admirer les

(i) Cours de littérature dramatique, t. 2, p. a85.

quolibets dont Shakspeare a embelli le dialogue de ses tragédies. Vous voyez | qu'il m'est impossible de réfuter sérieusement de pareilles opinions. Pour en faire justice, il suffit de les dépouilL r de cette enveloppe fastueuse et mystique sous laquelle on s'efforce de les déguiser ; c'est l'idole exposée à l'adoration du vulgaire : les dehors en sont brillants ; l'intérieur n'est- repipli que de matièreâ viles et grossières.

€ervanles, contemporain des poètes ro^ mantiques espagnols , jugeait en ces termes de leurs productions : c'est don Quichotte luimême que j'oppose à M. Schlegel; l'aventure sera moins périlleuse que celle des moulins à vent, ce La comédie 9 dit notre brave chey> valier, doit être un miroir de la vie humaiy> ne, un exemple pour la conduite des mœurs, y> et une indage de la vérité. Je vois cependant )> qu'elle ne présente aujourd'hui que. des ex- » travagances. . Quoi de plus bizarre que de y> faire voir dans la première scène un enfant » au berceau , qui , dans la seconde , livre un » combat. N'est-il pas impertinent de peindre

HOMANTIQU&. 373

y> un homme extrémemrat yigoureux dans » une extrême vieillesse , de faire un poltron y> de celai qui est dans la force de l'âge , de » représenter un valet orateur , un page qui » donne des conseils^ un roi qui fait le métier 00 de baladin , et une princesse servante de » cuisiner »

Il est évident que Cervantes n'attachait pas autant de prix que M. Schlegel ce au rapprochement continuel des choses les plus opposées; )> il était même assez dépourvu de goût et de génie pour reconnaître la nécessité des règles du bon sens.

<( C'est une chose étonnante, ajoute- 1 il, » que l'ordre qu'on observe pour le temps et y> le lieu où se passent les actions qu'on re- :» présente. J'ai vu un drame où le premier » acte se passe çn Europe , le second en Asie, » et le reste s'achève en Afrique. Si la pièce » eût eu plus de trois actes , il est probable » que la scène aurait été transportée en A méy> rique. Si le vraisemblable doit être l'objet y> de la comédie, comment peut-on supporter

37 î SÛR LA. LITTéRATCJItE

j> que , dans . une action qu'on suppose s^étre 7) passée du temps de Pépin et de Charlema- )) gne, le héros soit Héraclius, qu^on lui » fasse conquérir la Terre- Sainte , et qu'il 3) entre dans Jérusalem avec la croix? Quel y) galimatias ! Quel mélange de fables et de » vérités historiques ! Quelle confusion de nay> tions, de caractères etdef temps! Et com- » ment peut-on excuser des fautes si gros- » sières? Ce qu'il y a de bon, c'est qu'il se » trouve des geiis qui accusent les autres de » trop de délicatesse^ et qui disent que c'est ». làla perfection (i). »

Il serait difficile de faire une critique plus judicieuse et plus piquante de ces drames monstrueux de Shakspeare et de Cald^ron , qu'on veut nous faire admirer comme des chefs-d'œuvre. De quelque génie que soit doué M. Schlegel, il nous pardonnera de lui préférer le bon sens de don Quichotte. Il y

(i) Don Quichotte , liv. 4) ch. 44*

HOMANTIQCJS. S'jS

a cependant qnelque rapport entre eux : \t genre romantique est la Dulcinée du proies-»

seur allemand : il ne déraisonne que lorsqu'il s^agit de l'objet de ses amours, car je me plais à reconnaître que sur d'autres sujets il montre du jugement et des lumières.

Je ne m'étendrai pas davantage sur une question qui me parait suffisamment éclair* cie. Je crois que c'est vainement qu'on s'efforcera d'élever ces conceptions avortées , d'une époque d'ignorance ^ au-dessus dès immortels chefs-d'œuvre de l'esprit humain, dans toute la perfection et l'énergie de ses facultés. L'amour de la nouveauté, l'impuissance d'atteindre au vrai beau , la facilité de se livrer aux caprices de l'imagination en bravant toutes les règles du goût , peuvent égarer quelques jeunes gens dans des routes trompeuses; mais la partie éclairée du peuple français ne renoncera point aux titres les plus honorables de son illustration. La littérature romantique pourra triompher sur les tréteaux des boulevarts : ^'esl^ là sa véritable patrie. Espérons qu'elle n'envahira point la

376 SUR LA. LITTéRATUHB ROMANTIQUE.

scène nationale (1) , et que nos grands poètes trouveront encore de dignes successeurs*

(i) Ce vœu ne s'est point accompli. La scène fran-* çaise s'est ouverte au vandalisme dramatique } elle est menacée d'une décadence complète^ les bustes mêmes de Racine et de Voltaire ont ët^ en butte à d'ignobles outrages. Le moment est venU de protester contre une telle dégradation : le silence des amis de la gloire nationale serait une lâcheté ^ du moins je n'en serai pas complice. Je donne le signal; d'autres entreront en lice avec plus de talent et sans doute plus de succès.

Page 1