‹ La conversion d'un romantiqueChapitre 27 sur 29 · L ELOQUENCE · texte numérisé non relu

L ELOQUENCE

intérieures , cette centralisation de pouvoirs , cette inexorable dictature dont ni la pitié ni le repentir ne pouvaient approcher. L'éloquence en deuil s'exila de la tribune. De froides déclamations , dei^ accents de haine ^ des sentences proscriptives , tel fut le langage de la dictature ; elle poussa jusqu'aux plus déplorables excès l'oubli de l'humanité et de la morale. Une muette terreur enchaînait les âmes. Au dedans, qu'entendiez-vous? Le retentissement des ateliers où se forgeaient les foudres nationales, de sourds murmures, quelques joies effrayantes , le bruit lugubre des têtes roulant sur l'échafaud; au dehors, l'hymne glorieux des combats , le son de la trompette , le pas de charge , et des cris de victoire.

Danton voulut , avant le temps , retirer du fourneau la statue de la liberté ; le métal bouillonnait encore ; il en fut brûlé. Mais, le territoire une fois affranchi , la dictature se tua elle-même. Le peuple n'avait plus besoin que d'institutions et de lois : la France essaya sa troisième constitution. De nouveaux talents

reparurent à la tribune ; aucun d'eux ne saisit le sceptre du génie et ne se i^ obéir. Cependant l'esprit de fection vivait toujours ; bientôt les Français se déchirèrent avec fureur; les pouvoirs constitutionnels y minés par la licence , perdent chaque jour leur aplomb et leur force ; l'étranger se réveille , nos armées reculent ; le bruit des armes se rapproche de nos frontières menacées. Il ne s'agit plus de liberté ; il faut encore vaincre ou mourir pour l'indépendance.

Une nouvelle dictature est devenue nécessaire; mais qui osera l'accepter? Qui osera, au milieu du soulèvement des passions, du choc des pai^tis , de rafiaiblissement moral de la société , se rendre responsable du sort de la France ? La révolution a besoin d'un défenseur contre l'Europe conjurée : c'est dans les camps , c'est sous les drapeaux de la gloire qu'elle va le chercher : c'est au vainqueur d'Arcole, au héros des Pyramides, qu'elle remet ses arsenaux , ses armées , ses trésors , son enthousiasme , ses intérêts , ses principes et son pouvoir absolu. Lui seul peut en sup-

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porter le poids ; Itii seul peut ramener et fixer la Tîctoire soucies étendards de Jemmappes et de Fleuras ; lui seul peut comprimer les factions anarchiques , enchaîner toutes les volontés à sa volonté suprême , appeler à lui tous les genres de supériorités et d'illustrations, s'élever eocore au-dessus^ et, de ce point sublime , dicter des lois aux maîtres du monde.

L'indépendance , qui est la vie des nations, l'indépendance du peuple français fut mise hors d'atteinte ; mais un silence injurieux avait été imposé à la tribune, et l'éloquence s'était réfugiée sous les drapeaux. C'est de là que partaient ces puissantes expressions , ce langage de l'héroïsme , qui enlevait les masses comme un seul homme, renversait les empires, et semblait prononcer les irrévocables arrêts du destin. Au fanatisme de la liberté succéda le fanatisme de la gloire, qui fit des prodiges; mais la liberté avait encore de nombreux amis. Lorsque Bonaparte descendit du consulat au trône impérial , la liberté lui retira son appui ; la révo-

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lution , qui avait achevé sa tâche , quitta la France , et commençsi. ses voyages autour du monde : Napoléon resta seul avec son génie et le despotisme.

Un tel état de choses ne pouvait se soutenir que par un pacte étemel avec la victoire. Toute l'énergie était dansj l'armée ; il aurait fallu que cette armée eût pu vaincre les éléments avec autant de facilité que les bataillons ennemis. Le trôhe impérial était réellement sous la tente ; l'image seule de ce trône militaire décorait les Tuileries : il devait donc subir les chances des combats , les vicissitudes de la fortune , s'élever avec le succès , s'af. faiblir par les revers, et disparaître enfin au milieu des tempêtes.

Pendant la durée de ce règne si fécond en grandes choses, et qui ne présentait après tout qu'un despotisme viager , la France , tranquille au dedans et victorieuse au dehors, avait pris de nouvelles habitudes ; les fruits de la révolution avaient mûri ; ses intérêts étaient

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devenus nationaux ; ce qull y avait de juste et de raisonnable dans ses principes faisait partie de la raison commune ; l'instruction , plus généralement répandue 9 adoucissait les mœurs, rapprochait les diverses classes de citoyens et donnait un nouvel essor à l'industrie.

Le despotisme est dans la politique^ tout le reste se trouve dans l'ordre légal. La na* tion marchant sans entraves vers un avenir prospère n'est ni troublée dans le présent, ni rejetée avec violence vers le passé. Elle voit s'élever de toutes parts des monuments glorieux ou utiles ; des canaux ouverts appellent le commerce et la richesse j de précieuses manufactures affranchissent nos besoins et notre luxe de tributs étrangers j les fleuves sont domptés , les rochers se brisent , les Alpes s'aplanissent, et des communications faciles sont établies entre les points de l'Europe les plus éloignés ; un recueil de lois conformes aux éternelles maximes de la justice et aux besoins de la civilisation parait comme le plus beau travail de la raison et de la sagesse d'un âge éclairé ; la religion est d^ns l'état ce

qu^elle y doit être , la gardienne céleste de la morale , la conseryatrice de la paix et de toutes les charités humaines. D'amers sourenirs, des luttes d'intérêts et d'opinions, ne portent le désordre ni dans la société y ni dans les fa« milles ; la réconciliation entre les partis semble terminée ; et l'éclat d'une gloire incomparable , le progrès des arts , le développement graduel de l'esprit humain, l'indépendance nationale assurée , compensent l'absence pas* sagère de la liberté.

Tant de prospérités devaient finir. La révolution ne redoutait que lés trônes , et n'avait fait la guerre qu'aux rois ; le superbe héritier, le fils dédaigneux de la révolution , oubliant la politique maternelle , ébloui des splendeurs du diadème , plein d'une aveugle confiance dans son étoile , couvrit les dynasties royales d'une eflFrayante tutelle, et voulut traiter les nations comme la* république avait traité les rois. Il ne put se concilier les monarques , et il révolta le patriotisme des peuples. Il apprit en Espagne que des batailles gagnées pouvaient renverser un trône qui ne

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s'appuie que sur la force militaire , mais qu'elles ne soumettent point les nations unies par le sentiment de leur dignité blessée et par l'horreur du joug étranger. Désarmé du glaive révolutionnaire , il se trouvait en présence d'une révolution que lui-même avait imprudemment suscitée. Il dut à cette révolution le premier revers du drapeau de l'empire. « Il n'est y> donc pas invincible ! )> telle fut la pensée des rois et des peuples. Napoléon pouvait-il s'arrêter sans compromettre sa destinée ? Des personnes de sens et d'expérience l'ont pensé ; je crois que c'est une erreur. On n'abandon^ ne point sans péril un système de domination dont le développement est avancé , et dont le succès peut seul justifier l'audace. La position de l'empereur lui défendait de souscrire aux conditions d'un traité qu'il n'aurait pas dictées lui-même; la gloire et l'empire étaient le seul élément où il pût vi^^re. Ce n'est pas aux fils couronnés des révolutions qu'il appartient dé transiger avec la fortune : ils sont condamnés à d'éternels travaux ; il n'y a de sécurité , de légitimité pour eux ^ que dans la victoire.

Nous savons , et la postérité saura , quelle incroyable énergie fut opposée à .la grande ligue des rois et des peuples ; par quels prodîges de constance, de courage et d'habileté, Napoléon répara d'eflfrayaqts désastres, et mit plus d'une fois en doute si le génie d'un homme abandonné à lui-même ne l'emporterait pas sur les forces réunies d'un monde entier soulevé contre sa puissance. Jamais il ne fut plus grand, plus admirable que dans cette campagne de l'intérieur où , à la tête d'une poignée de braves , il soutint , pendant trois mois, le choc de l'Europe armée , victçrjeux partout où étincelait son épée , se multipliant avec les dangers, et fléchissant le dernier sous l'inexorable nécessité.

Gomment s'est-il fait que la nation ne se soit pas levée tout entière en 181 4 > comme elle l'avait fait en 1793, et n'ait pas rejeté l'étranger hors de la frontière ? Eaut-il le répéter^ la révolution n'était plus en France; il ne restait plus que le sentiment de la liberté, et Napoléon en avait perdu l'éloquence.

La liberté ne pardonne point les outrages du I. 26

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pouvoir ; elle s'en venge par l'abandon aux jours du péril; elle voit tomber avec iûdi£Pérence , souvent même avec joie , ceux qui se font ses ennemis. Lorsqu'elle est un besoin de l'époque , l'avenir ne saurait l'effrayer : la nature humaine et le temps, voilà ses auxiliaires.

Si les rois, au lieu de menacer l'existence d'un homme , avaient manifesté la pensée de détruire l'indépendance du pays , il en serait sans doute arrivé autrement. La révolution, l'evenue sur ses pas , aurait repris avec fureur son anarchique empire ; le volcan se .serait rouvert sur tous les points du territoire , et nous serions peut-être encore dans l'embrasement. Lesi3Qis, mieux conseillés, annonçaient la paix , l'indépendance, et le retour de la liberté ; un sentim^ent secret , une espèce d'instinct, avertissait les Français que leur indépendance ne pouvait être détruite : la France , le front encore rayonnant de gloire , attendit les événements.

Remarquons en passant que le coup le plus

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funeste pour Napoléon partit de c^tte même tribune d'où il avait chassé la liberté , et qui , depuis dix ahs , était condamnée au silence.

Le fameux rapport déjà commission du corps législatif (i) fut pour l'empereur comme une révélation déi sa destinée y elle lui annonça qu'il n'avait plup à compter que sur Jui-.

même. Il en parut surpris, ce qui étonna tout le 'monde; il n'en fut point intimidé / ce qui n'étonna personne.

Nous voici parvenus à la restauration. Ce fut dans tous les temps un singulier spectacle qu'une restauration. Celle qui s'est opérée .au milieu de nous a un caractère qui lui est pror pre ; elle nous arriva sans avoir été prévue et comme un accident dans l'ordre des choses ; ce fut un bonheur pour elle et ponr bous.

Sans force d'opinion , sans trésors , sans ar^ mée , il lui fallait cependant un appui. Elle

(i). La commission "était composée de MM. Ràynoqard^ Lainéy Flaugergues et Maine de Bimn.

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fit entendre des paroles de paix, d'union , de liberté : la France répondit à ce noble langage, et la restauration commença./

La maison de Bourbon reparut sur le trône ; elle y reparut avec l'intérêt qu'inspirent de • longs malheurs , arec le respect du au souvenir du meilleur des «rois, avec une ancienne renommée de noiodération et de sagesse ; elle y reparut comme médiatrice entre l'Europe et la ÎFrance , entre les temps anciens et les temps nouveaux ; comme l'arbitre suprême , et non comme l'esclave des partis, qui, après quatorze années de. silence et d'inaction, allaient reprendre la vie et la parole.

La charte nous fut donnée ; cette^ charte , élevant un rempart contre le despotisme et l'anarchie , assigne aux pouvoirs de la société

les limites qu'ils ne peuvent franchir, constate

l'état des lumières politiques de l'époque f établit nettenient tous les droits légitimes, et place les libertés publiques et privées sous l'einpire de la loi. Ce grand bienfait fut accepté aVec reconnaissance j et , comme Ta dit

épergiquement l'illustre oi^teur qui va bientôt dominer la tribune législative , ce la ôharte » fut considérée comme le lit de repos de )) la royauté et de la liberté. î> Heureuse la France, si un parti, long-temps vaincu, n'eût résisté à la royale pensée; s'il n'eût voulu profiter d'une circonstance imprévue pour dédommager son orgueil , humilié par vingt - cinq ans de revers et d'impuissance !

Et il faut ici faire la part de la faiblesse humaine. On ne pouvait espérer que l'émigration, rapprochée, comme par miracle, du pouvoir, conservât le silence et la modération que lui avait commandée la dictature de l'empire : urf tel effort de vertu est le partage de quelques âmes fortement trempées, de ces hommes rares que le sentiment du devoir élève au-dessus du vulgaire. Il s'en trouvait ^armi les royalistes ; nous avons vu ceux-là venir au secours des. libertés publiques. Mais coibbien d'autres regardèvent la restauration royale comme la restauration de deux ordres privilégiés^ comme la garantie du retour des

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aHïiieDS abus ! lislse présentèrent, dès lespre.-» mSeï^ jours de l'époque nouvelle, comme les acicusàteurs passionnés du présent , et de tout ce qui s'était fait en France depuis on quart de tôécle. Les cendres de l'anarchie forent remuées; les intérêts nationaux se sentirent audacieusemellt attaqués; ce malaise général, inévitable précurseur des grands mouvements politiques, troubla la sociétés La tribune, rouverte aux débats publics, aurait pu remédier à tout. Quelques orateurs y parurent avec des intentions droites et un talent récoihmandable ; mais , courbés pendant dix ans sous le despotisme, ils n'avaient pas en^ core cette attitude libre et imposante qui rend U vérité victorieuse ; l'asservissement de la presse; périodique y contribuai^ 'et ce fut un malheur : il y eut licence de la presse , parce qu'il n'y avait pas liberté. .

La contre^révolutjon , telle que la majori^ té des royalistes paraissait ht désirer , était impossible. On pouvait arrivet au despotisme^ à la tyrannie ;' mais à l'ancien, régime, jamais. Les éléments en avaient été réduits

en poussière •• le retour à la rie de l'ancien système était aussi difficile que la réanimation d'un cadavre. Les hommes sensée avaient bien ce'tte persuasion : aussi redou-

* taient-ils plus te pouvoir arbitraire que Fancien régime. Mais le langage de b contrérévolution s'est fait entendre; c'en est assez pour agiter les esprits et répandre de vives àlarine&; la révolution menacée jette de nouveau ijn jpegard sûr la France ; et pour constater l'inutilitédeseffortis dirigés contre elle , elle saisit l'homme du destin , dans son exil , et le jette triomphant au milieu de nous. A cet aspect inattendu , les illusions s'évanouis-

, sent , les clameurs s'apaisent ; on se ressou.-^ vient de la charte , on invoque la liberté : il était trop tard, le torrent devait suivre son* cours.

Aux premiers mots de Napoléon^ la liberté tressaillit d'espérance ;' à peine revêtu du pouvoir, il parlé encore î la liberté reconnaît le langage de Fintoorrigible despôtisiïie , Se voîlô de d'euil et se tourne vers l'avenir. Privé de ce puissantr auxiliaire , Napoléon se confie

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encore à la fortune , et ce dernier effort fnt digne de lui ; mais il y survécut. La tribune populaire , armée contre son génie y lui fit expier le 1 8 brumaire 3 l'homme qui d'un geste commandait aux rois , qui abattait et relevait à son gré les trônes, dont les triomphes avaient lassé la renommée , et que l'Europe ne pouvait contenir, Sainte^Hélène , un rocher perdu dans l'immense Océan , le reçoit.

Il avait été quelquefois au-dessous de ses prospérités , il s'élève au-dessus de son malheur; nulle faiblesse n'a obscurci celte gloire, n'a terni cette infortune. Sainte -«Hélène ! c'est là que la mort est venue le saisir , là que repose l'homme dont le souvenir remplira les siècles. Un peu de cendre proscrite, voilà ce qui 'reste de tant de grandeurs !

Tandis que Napoléon se livré à la -meurtrière hospitalité de l'Angleterre y la contrerévolution reparaît sous l'escorte de l'étranger; elle s'attache encore une foi&à la restauration , comme les plantes parasites s'attachent au* chêne des forêts, pour vivre à ses dépens et pour l'étouffer; et ici, qu'il me soit

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permis de démêler deux intérêts qui dominent notre système politique , et qu'il faut bien distinguer si l'on veut juger le présent et prévoir l'avenir. L'intérêt de. la restauration est eelui de la liberté, de l'ordre légal, de la paix , de tous les droits consacrés par la raison de l'homme : c'est un intérêt national. L'intérêt de la contre-révolution est celui du privilège, du pouvoir arbitraire, de la tyrannie : c'est l'intérêt du petit nombre. D'abord elle n'a point marché à Recouvert ; elle s'est cachée sous la restauration^ dont elle a égaré la marche et perverti les conseils ; iaible par le talen.t; puissante par l'audace et l'intrigue, par un accès facile auprès du trône , par l'adulation, l'hypocrisie, et le dédain de toute morale.

La liberté unie à la restauration s'est retranchée dans la charte : c'est la son domaine et son refuge. Elle a jeté son voile , et la contre-révolution a ôté son masque. Gë n'est plus contre la révolution que les attaques sont dirigées : une leçon trop sévère a été reçue

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pour qu'on .revienne à une tache dont rîmpbSr sibilité est démontrée. Mais la révolution avait enchaîné la liberté : on croit que la contre «révolution peut en faire autant; on ne tient coîupte ni des circonstances , ni de^ formes du gouvernement ^ ni de la situation morale de la société / ni des sentiments qui vivent au fond de tous les cOei|rs. Des pygmées ont voulu soulever le levier des révolutions; ils ont voulu ébranler les masses ^ les masses sont restées immobiles ; ils, ont voulu du fanatisme , ils n'ont conçu et inventé que l'hypocrisie. Que de fois n'ont-*ils pas tenté la pa-^ tience du peuple, soit par de coupables conniveftëes à des complots insensés , soit enfin par le mensonge ^ la caloknnie , la corruption et la violation des fi'anchises électorales ! Eh bietn ! tout a été inutile ! La nation est calme ; elle est calme, parce qu'elle sait que la liberté ne périra pas ; tout ce qu'il y a de talent et de génie en France est venu se ranger sotis ses drapeaux; elle ne périra pas , parce que le despotisme ne pourrait tber la liberté sians tuer la restauration; et celle-ci reculerait devant son tOt)abeau.

La liberté n'a que la parole à opposer au pouvoir d« la contre- révolution ; mais sa parole pénètre dans toutes les classes de la société ; elle affaiblit les efforts de ses ennemis, €t détruit sotivent en un jour ce qui a été l^œuvre laborieuse de plusieurs années. Uu lieu d'asyle suffît à la liberté : chasisée dujury, elle s'asseoit au banc des magistrat^, et reparaît sous la toge parlementaire ; exilée de la presse périodique , elle monte à la tribune ; il ne lui faut qu'une voix éloquente , qu'un orateur docile à ^s inspirations^ pour se main* tenir , pourr suspendre la maircbe de la contre* révolution^ anéantir ses doctrines, la poursui* vre dans les ténèbres, mettre sa conduite en contradiction avec son langage, la rendre bonteùse d'elle-même , et déshonorer ses agents. La contre-révolutioii, irritée, s'agite, se tourmente , tourne sur elle-même et croit avancer. La liberté étend paisiblement son empii% :

les mœurs qui lui sont propres s'affermissent; elle les oppose aux lois que la justice et l'hu * manité repoussent, et ces lois meurent d'impuissance ; elle devient par l'opinion , et ave^ l'opinion , la reine de la société. .

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Dans les premières années de la seconde restauration , les partis opposés se rencontrèrent à la tribune. Appuyée sur les baïonnettes étrangères , la contre- révolution prît courage et voulut parler ; à l'obscurité de ses conceptions , à l'incohérence gothique de ses arguments y aux tournures en[>barrassées de son langage , on eut dit que le treizième siècle était sorti de la nuit des temps , et renaissait avec toute sa barbarie dans la France civilisée. Les orateurs de la restauration et ceux de la liberté auraient dû s'unir : ils défendaient le même intérêt/ Mais, trop de passions avaient été remuées , trop d'amours-propres compromis ; ce fut pendant quelque temps la con&hsion des idées et ûfis langues ; on ne s'entendait pas.

Il faut le proclamer hautement , si l'on est enfin parvenu à S'entendre , si la restauration et la liberté parlent le même langage , nous le devons aux membres de l'une et de l'autre chambre qui ont formé l'opposition constitutionnelle; nous le devons surtout à l'illustre général Foy^ honneur de la tribune natio-

nale , et modèle accompli des vertus militaires et civiles. La liberté n'a jamais manqué de talents , et je pourrais en citer dont la mémoire vivra toujours ; mais il lui fallait dû génie : le général Foy se présenta et fut accepté. Son éloquence, trempée dans lés fetix de la république y dans la gloire du consulat, dans Théroïsme de Fempiye , réunissait les qualités nécessaires pour imposer à la malveillance^ pour commander Fattention et le respect. Je ne crains pas d'être at;cusé d'injustice et d'ezagé^ ration en disant qu'il a été l'orateur de l'époque.

Il a été l'orateur de l'époque, parce qu'il en a reconnu les besoins; parce qu'il a senti que , dans notre état social , la royauté devait être l'alliée naturelle de la liberté ; qu'elles defvaient se servir mutuellement d'appui , et que la contre - révolution iie pouvait être vaincue que par cette alliance. Il s'est retranché dans la Charte, comme un général habile dans une forteresse assiégée ; secondé par quelques braveç , il e|i a défendu les "approches avec une infatigable fermeté. Quand

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la brèche a été faite par les âernières lois sur les'élections et la septennalité , il est resté debout sur la brèche , ralliant à s£| yoix puissante tous les amis de k liberté.

On se rappelle l'impressipn profonde que produisirent ses premières paroles , dans les débats sur la réduction du ^raiteinent de la ïiégîon-d'Honneur :

(( Pendant un quart de siècle, dit*il , » presque tous nos citoyens ont été soldats ; » depuis la paix , nos soldats sont redeve- » nus citoyens : souvenirs , sentiments , es- *)> pérances , tout fut , tout est resté com- » mun entre la masse du peuplevet notre )) vieille armée. Aussi les paroles qui s'é* » lèvent de cette tribune , pour consoler de » npbles misères , sont-elles recueillies avec » avidité jusque dans les moindres hameaux :

» il y a de Fécho en France quand on- pro- » tionce ici les noms d'honneur et de pa- » •trîe. »

A près une discussion entraînante et irrésis-

tible, après ayoir dit que la diminutioâ du traitement réduit à Fâumône un.gra^nd nombre

de lëj^onnaires , l'oratôur s'écrie :

(( Oui y Messieurs, à Vauinône ! Qui de » npus n'a pas vu des hommes , naguère en- » nohUs par lé c^pmmandemenl , que la f^o^ » condamne aujourd'hui aux t|*s^yaux les plus )> grossiers ? Qui de nous n'en rencontre pas y> tous les jours qu'une noble pudeur force à » cacher sous leurs Yetements délabrés ^ » ruban que leur sang a rougi ? Qui de nous » n'a pas déposé le denier de \a veuve dans » des naains mutilées par le fer de l'ennemi ?

» Hàtons-aous dç demander au trône de y> faire taire des cris accusateurs I Les bon- D neurs accordés aux souvenirs du passé ne » sont pas perdus pour la génération qui s'a- » vance; ils animeront d'un principe d^acti- » vite salutaire cette jeune armée qu'un mi- » nistre habile (i) a donnée en deux ans à la

^i} Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr.

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y> France , et dont U a quitté trop tôt la di- )) rectîon pour l'achèvement de' son œuvre » patriotique , trop tôt peut-être pour notre 'y) avenir comme nation indépendante. La » justice rendue aux braves sera, pour notre j> état social, une source d'améliorations* Il )) n'est pas bon que les notabilités naturelles, 00 légales, compatibles avec les droits de tous, » se heurtent entre elles. Tâchons que la con- » sidération universelle embrasse tout ce qui » est honnête et généreux. Croyez-moi , tout y> le monde y gagnera. La gloire héritée vivra y> plus paisible, et recueillera plus de respect , )) quand elle nç sera plus hostile envers la » gloire acquise. La grande propriété retroù- » vera sa juste part d'influence dîins l'état, » lorsque tous les Français seront unis de » cœur et d'habitude dans leurs hommages y) aux services rendus et aux droits acquis, » dans leur fidélité au roi et à la charte , dans y> leurs vœux pour l'honneur et l'indépen- )> dance de la France. » '

Ce genre d'éloquence , majestueuse dans sa simplicité, empreinte de cette franchise mî-

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iitaire tjui ne laisse point de nuages sur la pensée , était le langage qui convenait à Tépoque ; il fut entendu avec transport. La liberté salua son orateur*

Le parti constitutionnel avait, dès Torigine^ été composé d'éléments divers et peu cohérents. H n'y avait, il ne pouvait y avoir ni unité dans ses vues, ni unité dans 9on langage.

Les leçons sévères qu'il a reçues de la contre-révolution , attentive à ses fautes» lui ont donné l'expérience qui lui manquait* Il a compris sa destinée ; il sait aujourd'hui que sa force est dans la sagesse, et qu'il triomphera tôt ou tard , parce qu'il est la nation tout entière. Le calme de son attitude rend ses ennemis furieux ; mais leur fureur ne s'exerce que par d'obscures vexations, par des calomnies méprisées, par dés actes de vengeances personnelles ; elle est impuissante contre la société, dont la marche paisible et mesurée ne peut plus ^'arrêter dans la grande carrière de la civilisation .

Si l'éducation de notre liberté est st avan-

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cëe, nous le devons priocipalement au général. Foy ) et à ses honorables amis. Défenseurs àè la charte , ils restaient sur un terrain où devaient arriver successivement les hommes d'honneur de toutes les opinions, pour se former en phalange sacrée , et sauver le trône , en sauvant la liberté.

Avec quellç noblesse de sentiments y quelle sublimité de courage , notre oirateur ne repoussa-t41 pas , au noiti de la patrie, l'accusation d'un crime àffreu:i^ dont la ciHitre* révolution voulait charger la liberté^ mère de toutes les vertusce Un petit*fils de Henri lY nous a été en- :» levé , dit--il y qui lui ressemblait d'incli- ^> nation et de cœur. Gomme son icnmortel » aïeul y il a reçu le coup de mort de la maia » d'un fanatique ; aussitôt ont retenti des cris » de vengeance que la doulair n'avait pas ]i» inspirés. Des factieux, répudiés par les » hommes de toutes les opinions qui ont le » cœur français , ont voulu rendre la nation » complice d'un crime solitaire. N'en a^t-on

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h pas entendu qai s'efforçaient à répandre le » soupçon jusqifê sur les yieux défenseurs de y> la patrie? Ils ne savent donc pas, les insen- ^ séS) que du eadxxt d'an soldat peut jaillir la » colère ^ mais jamais la traîtrise ; ils ne say> Vjent pas que les braves s'entendent et se de- » vineot ) et que c'était particulièrement sur » le plus jeune des fils de notre roi que nous )) comptions pour ks jours du di^nger^ com- )) me lui-même avait compté sur nous.

» Il appartient à la sagesse Aês chambres y> de défendre contre la ragé des partis un yi trône que le malheu^r a tendu plus auguste » et plus cber à la fidélitéi Craignons , en fai- » sant utie loi odieuse ^ sans être utile , de y> remplacer la douleur publique par d'autres )) douleurs qiii feraient oublier la première. » Le prince que nous pleurons pardonnait en » mourant à son infâme assasisin* Oh ! comme y> son âme généreuse ôe fût indignée s'iï eût >) pu prévoir les angoisses dô l'innocent. Fai- » sons, Messieurs^ que le profit d'une mort y> Sublime ne sort pas petdu pouf* la «Miison n royale et pour k morale publique» Qne la

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