‹ La conversion d'un romantique, manuscrit de Jacques Delorme, publiéChapitre 16 sur 46 · ELISABETH BOURCHIER · texte numérisé non relu

ELISABETH BOURCHIER

Beau plaisir! Dorton là plus à Taise? et sait-elle Si vous y rejoindrez sa dépouille mortelle ?

» Voilà , comme je vous l'ai dit , des sentiments vrais , des pensées naturelles , dont l'expression est quelquefois un peu forcée , mais qui sont conformes à la vérité historique. Ce fragment et quelques autres , qui se trouvent comme perdus dans l'étonnant assemblage

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de folles conceptions qui composent le drame de Cromwell , prouvent que ce n'est pas le talent qui manque à M . Victor Hugo , et que , s'il n'était pas atteint de la déplorable ambition d'être chef d'école , il soutiendrait et élèverait même la renommée que d'heureuses productions lui ont acquise.

)) Ceci amène naturellement une autre réflexion : c'est que nos auteurs romantiques ne peuvent réussir dans les moindres détails sans s'écarter de leur système habituel de composition , sans revenir à celui qu'ils nomment dédaigneusement scolastique , sans respecter la langue et consulter la raison, suivant ainsi les préceptes et l'exemple des bons écrivains de toutes les époques. Cette observation devrait les rendre un peu plus modestes dans leurs prétentions, et plus retenus dans les jugements qu'ils portent sur les auteurs contemporains qui ont acquis l'estime publique.

» La scène de famille dont je viens de vous entretenir est suivie d'une conversation en-

d'un romantique. i3y

Ire Cromwell et Thurloe , son secrétaire. Le Protecteur écoute froidement les rapports qui lui sont faits, et ne s'anime que pour demander si l'on a reçu des nouvelles de Cologne. Thurloe lui présente une lettre de Manning , son agent secret auprès de Charles II. Cet émissaire lui fait connaître l'ordre écrit qui a été confié. au poète Davenant , et indique même la manière dont il est caché au fond de son chapeau. Là-dessus, Cromwell dit à son secrétaire :

Thurloe, fais savoir A monsieur Davenant que je voudrais le voir ! Il loge à la S y rêne, auprès du pont de Londres.

)) On voit bientôt arriver le puritain Carr et l'espion en chef sir Richard Willis : le premier révèle les noms des conjurés royalistes , et \^illis ceux des républicains. La conspiration ainsi dévoilée dans ses moindres détails , le danger de Cromwell cesse , et tout intérêt , même celui de curiosité , s'évanouit. Il ne tiendrait quau Protecteur de faire arrêter sur-le-champ les conjurés ; mais

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le drame serait fini ; et ce n'était pas le compte de l'auteur, qui avait encore trois actes à remplir d'invraisemblances , de dialogues où l'emphase se mêle sans cesse à la trivialité. On trouve dans les dernières scènes de ce second acte quelques unes de ces méprises qui abondent dans l'ancienne comédie. C'est ainsi qu'à la suite d'un monologue où Cromwell se reproche son ambition , ses crimes passés , ceux qu'il médite encore , Rochester le prend pour un conspirateur royaliste. Richard Cromwell se trouve aussi en présence de Rochester , qu'il a vu aux Trois-Grues ^ et le regarde comme un espion du Protecteur ; il lui jette une bourse à la manière du comte Alniaviva dans le Barhier de Séville. Les incidents qui naissent de cet imbroglio n'offrent rien de dramatique : c'est un avortement complet. L'acte se termine par un monologue de Rochester, qui est dciinitivement élevé aux fonctions de chapelain.

LORD ROCHESTER

Leur plan sera trompé ])ar notre stratagème ; Cromwell sera par nous sur[)ris cette nuit même.

d'un romantique. i39

Tout va bien! Poursuivons! Quoiqu'à moitié trahis , Bravons, pour nos Stuarts et pour notre pays, Pistolets, coups d'épée et débats sur la Bible.

De la peau du renard chez les loups revêtu, Soyons saint de hasard , chapelain impromptu! Prêt à tout examen comme à toute escarmouche ; Tantôt Èzéchîel et tantôt Scaramouche !

)) C'est dans le troisième acte que l'imitation des défauts de Shakspcare est évidente. M. Victor Hugo , pour se donner les personnages les plus propres à cette imitation , met en scène les quatre bouffons dont les plaisanteries amusaient quelquefois Cromwell. L'auteur se trouve ainsi dans le domaine du grotesque, où il espère recueillir une riche moisson. Il a mis une importance singulière à décrire minutieusement le costume de ses fous.

Tricr, premier fou. — Vêtu d'un bariolage jaune et noir ; bonnet pareil , pointu , à sonnettes d'or ; les armes du Protecteur brodées en or sur la poitrine.

GiRAFF , second fou. — Bariolage jaune et rouge ; culotte pareille , bordée de grelots d'argent j les armes du Protecteur en ai'gent sur la poitrine.

Gramadoch , troisième fou et porte-queue de son

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Altesse. — Bax-iolage rouge et noir- bonnet carré pareil ,• à grelots d'or j les armes du Protecteur en or sur la poitrine.

Elespuru (on prononce Elespourou) , quatrième fou. — Costume absolument noir- chapeau à trois cornes noir , avec une sonnette d'argent à chaque corne.

Tous quatre portent de côté une petite épée à grande poignée et à lame de bois. Trick a , en outre , une sonnette à la main.

)) L'auteur, qui a mis tant de soins, on pourrait même dire de coquetterie, à parer ses quatre bouffons , espérait sans doute qu'ils produiraient un grand effet. Ce sont des rôles qu'il a soignés avec amour, et où il a dû employer toutes les forces de son génie. Voyons donc l'usage qu'il a fait de ces fous bariolés , et quelles beautés résultent d'une pareille combinaison.

( Ils arrivent en gambadant sur la scène. )

ELESPURU. ' \ '■■ ^

( Il chante. ) " >

Oyez ceci , bonnes âme!- !

J'ai voyagé dans renier.

Moloch , Sadoc , Luciter,

d'un romantique. i4i

Allaient me jeter aux flammes Avec leurs fourches de fer ; Déjà prenait feu mon linge ; Mon pourpoint était roussi ; Mais , par bonheur, Dieu merci !

Satan me prit pour un singe Et me lâcha.... Me voici!

GiRAFF , gravement.

Tu crois qu'il t'a lâché ! Pour qui prends-tu Crorawell, Notre roi temporel et chef spirituel ?

GRAMADOCH , à Giroff.

Est-ce, pour être diable, assez d'avoir des cornes? A ce compte, Giraff, l'enfer serait sans bornes.

ELESPURU.

Sur dame Elisabeth Cromwell un tel soupçon !

GRAMADOCH.

Ecoutez ! les Français ont fait cette chanson :

( Il chante. )

« Par deux portes , on peut m'en croire ,

» Les songes viennent à Paris :

» Aux amants par celle d'ivoire ,

» Par celle de corne aux maris. »

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