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y) excès dont la première idée l'cùl fait frë- » inir? y>
Quel autre que Mirabeau aurait pu envelopper de formes respectueuses envers le trône, de ces formes qui n'avaient pas encore cessé d'appartenir aux habitudes sociales , les énergiques volontés de la révolution? C'était la foudre sous un nuage transparent. Après un effrayant tableau des dangers qui menacent l'état, l'orateur s'adresse ainsi au roi :
c( Ne croyez pas ceux qui vous parlent )) légèrement de la nation , et qui ne savent )) que vous la représenter, selon leurs vues, y> tantôt insolente, rebelle, séditieuse; tantôt » soumise , docile au joug , prompte à cour- » ber la tête pour le recevoir; ces deux ta- )) bleaux sont également infidèles.
» Toujours prêts à vous obéir , Sire , parce )) que vous commandez au nom des lois, noyy tre fidélité est sans bornes comme sans at- )) teinte.
» Prêts à résister à tous les conimandc- )) ments arbitraires de ceux qui abusent de )) votre nom , parce qu'ils sont ennemis des » lois , notre fidélité même nous ordonne » cette résistance , et nous nous honorerons » toujours de mériter les reproches que notre ï) fermeté nous attire.
)) Sire , nous vous en conjurons au nom de y> la patrie , au nom de votre bonheur et de y) votre gloire, renvoyez vos soldats aux posy) tes dont vos conseillers les ont tirés; reny> voyez cette artillerie destinée à couvrir nos r> frontières; renvoyez surtout ces troupes » étrangères , ces alliés de la nation, que nous » payons pour défendre , et non pour trou- )) bler nos foyers ! »
L'ordre de la révolution fut exécuté ; les troupes s'éloignèrent , et l'assemblée reprit ses travaux.
De grands talents honorèrent cette assemblée. L'histoire conservera ces savantes discussions où furent approfondis les plus hauts
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sujets de gouvernement , d'administration et d'économie politique. Là brillèrent , chacun dans sa sphère d'activité et d'opinion , cet abbé Maury, dont la parole académique, s'échauffant au foyer de l'opposition , éclatait quelquefois avec éloquence ; Barnave , habile à saisir les questions , et à les ramener aux grands principes de l'éternelle raison; Cazalès, sorti des rangs de l'ancienne armée, et qui dut à la tribune la première révélation de son talent. Mais, au-dessus de tous, dominait le génie de Mirabeau; c'est lui qui brisait les obstacles et enlevait les délibérations; ses forces croissaient par la résistance , et c'est dans les moments difficiles que s'échappaient de son àme ces vives inspirations qui devenaient des lois.
Mirabeau avait des connaissances étendues , fruit d'une observation profonde et des longues veilles de sa captivité. Il profitait aussi des lumières de tout ce qui l'entourait; les idées reçues germaient dans son entendement , y prenaient la forme et la vie , et en sortaient armées d'une force irrésistible. 11
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aimait, comme tons les grands orateurs, à procéder par l'interrogation; jamais un souvenir historique, ou une frappante image, ne lui manqua au besoin. C'est ainsi que , pressé de faire adopter un plan de finances utile à la révolution, il s'écrie : a Gardez-vous de de- « mander du temps; le malheur n'en accorde «jamais... Et, Messieurs, à propos d'une » ridicule motion du Palais-Royal, d'une ri- » siblc insurrection , qui n'eut jamais d'im- )) portance que dans les imaginations faibles, )) ou les desseins pervers de quelques hommes )) de mauvaise foi, vous avez entendu na- » guère ces mots forcenés : Catilina est aux
y) portes de Rome ^ et Von délihère ! Et
» certes , il n'y avait autour de nous ni Cati- )) lina , ni périls, ni Rome... Mais aujour- » d'hui la banqueroute , la hideuse banquey> route est là; elle menace de consumer vous ,
» vos propriétés , votre honneur et vous
» délibérez ! . . . »
Combien d'autres traits je pourrais citer de cette heureuse présence d'esprit , de cette imagination éclatante , qualités si essentielles
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à un orateur populaire ! Souvent calomnié , souvent attaqué, ses défenses furent presque toujours victorieuses, parce qu'il tenait le sceptre de l'opinion, et qu'il marchait en avant d'un peuple qui hasardait le premier pas dans une carrière inconnue. Tel fut l'avantage de la position de Mirabeau , tel fut le motif de sa confiance en lui-même , de cette confiance qui donne tant de force au talent. Il mourut à propos , car le peuple commençait à le dépasser. L'époque, changeant de caractère, demandait d'autres organes. Ce n'était plus du génie qu'il lui fallait : la révolution allait créer sa propre éloquence. Mirabeau mourut assiégé de sombres pressentiments. Près de se fermer à la lumière , ses yeux s'ouvrirent un moment sur l'abyme où l'ordre social allait s'engloutir ; il mourut, et la tribune législative demeura froide et inanimée jusqu'au moment où la révolution y monta elle-même pour se défendre, et pour incendier les trônes des rois qui osaient la regarder en face et la menacer.
La tribune de l'assemblée législative a lais-
se, jusque près de son terme , peu de souvenirs. Tout était alors dans une fausse position; l'un des pouvoirs élémentaires des sociétés , quels que soient leurs modes de gouvernement, l'aristocratie avait été bannie de la constitution; il ne restait plus en présence que la royauté , dépouillée d'influence et de prestige , et une démocratie inexpérimentée, qui voulait essayer la domination : une catastrophe était inévitable. Le mouvement des armées étrangères vers la France , les clameurs menaçantes de l'émigration , le soulèvement de la Yendée, précipitèrent la crise. C'est alors qu'une nouvelle éloquence , une éloquence toute révolutionnaire, agite la tribune , et appelle le peuple à la destruction. Le peuple obéit ; une monarchie de quatorze siècles est , en un jour , couchée dans la poussière ; Louis XVI , roi honnête homme, Louis XVI , digne d'une autre époque et d'un sort meilleur, est livré à l'implacable révolution , qui ne se croira hors d'atteinte qu'en donnant au monde le terrible spectacle de la majesté royale traînée à l'échafaud.
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L'orateur de l'époque fut Vrrgniaud , de la Gironde. Ses paroles maîtrisaient les imaginations ; les grandes formes de l'éloquence , le majestueux développement des périodes , l'abondance et l'éclat des images , l'accumulation des preuves, l'art d'émouvoir, le placèrent au premier rang. 11 présida à la tempête qui engloutit le trône. Il voulut alors, avec son parti, s'arrêter j mais la force de projection qui avait lancé le peuple dans l'anarchie ne pouvait être suspendue par des lois. La révolution, toujours inquiète, avait besoin, pour croire à sa propre existence , d'un despotisme sans limites ; elle saisit un sceptre sanglant , et tout courba la tête devant elle.
Telle fut l'origine de ces luttes terribles entre les représentants de la révolution et les hommes qui voulaient fonder la république , et établir les formes légales propres à ce genre de gouvernement. Vergniaud fut encore le premier parmi ces républicains ; mais une lutte vive et prolongée répugnait à Findolence naturelle de son caractère. Il semble, en méditant ses discours , qu'il pressentait sa drsti-
liée j il y a souvent de la douleur, quelquefois des gémissements dans son éloquence; on voit que de sombres présages obsèdent et attristent son imagination. Lorsqu'au nom de la France, au nom de ses amis , il veut repousser la solidarité des attentats révolutionnaires: lorsqu'il s'efforce d'arrêter le mouvement anarchique du peuple, c'est ainsi qu'il parle aux habitants de Paris :
(c Qui pourrait habiter une cité où régney> raient la désolation et la mort ? Et vous , » citoyens industrieux , dont le travail fait » toute la richesse , et pour qui les moyens » de travail seraient détruits ; vous qui avez » fait de si grands sacrifices à la révolution , » et à qui l'on enlèverait les derniers moyens » d'existence • vous , dont les vertus , le pa- » triotisme ardent et la bonne foi ont rendu )) la séduction si facile, que deviendriez-vous? » quelles seraient vos ressources ? quelles » mains essuieraient vos larmes, et porteraient » des secours à vos familles désespérées ?
» Iriez-vous trouver ces faux amis , ces
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» perfides flatteurs qui vous auraient préci- )) pités dans l'abyme? Ali ! fuyez-les plutôt ! ï) Redoutez leur réponse ! Je vais vous l'ap- )) prendre. Vous leur demanderiez du pain ; )) ils vous diraient : ^llez dans les carriè- » res dispute?' à la terre quelques lambeaux » sanglants des victimes que nous avons )) égorgées ! ou : T^oulez-voiis du sang ? p?'e- » nez-en ! voici du sang et des cadavres y )) nous 7i' avons pas d' autre 7iourriture à vous
» offrir ! Vous frémissez , citoyens! O ma
» patrie , je demande acte à mon tour des efj) forts que je fais pour te sauver de cette crise » déplorable. »
«Profitons, s'écriait -il dans une autre » conjoncture , profitons des leçons de l'expé- » périence ! Nous pouvons bouleverser les » empires par des victoires; mais nous ne fe- » rons de révolutions chez les peuples que )) par le spectacle de notre bonheur. Nous )) voulons renverser les trônes : prouvons que » nous savons être heureux avec une répu- )) blique ! Si nos principes se propagent avec » tant de lenteur chez les nations étrangères,
» c'est que leur éclat est obscurci par des so- » phisiïîcs anarchiques , desniouvements Ui- » multueux , et surtout par un crêpe ensan-
» glante.
» Lorsque les peuples se prosternèrent pour » la première fois devant le soleil pour l'ap- ^) peler père de la nature , pensez vous qu'il » fût voilé par ces nuages destructeurs qui » portent les tempêtes ? Non , sans doute -, )) brillant de gloire il s'avançait alors dans » l'immensité de l'espace , et répandait sur y) l'univers la fécondité et la lumière.
)) Eh bien ! dissipons par notre fermeté ces » nuages qui enveloppent notre horizon po- )) litique ! Foudroyons l'anarchie , non moins » ennemie de la liberté que le despotisme ! » Fondons la liberté sur les lois et une sage » constitution ! Bientôt vous verrez les trô- » nés s'écrouler , les sceptres se briser , et les )) peuples, étendant les bras vers vous, pro- » clamer par des cris de joie la fraternité uni- » verselle ! »