‹ La conversion de M. HuysmansChapitre 3 sur 5 · I.E PARISIEN · texte numérisé non relu

I.E PARISIEN

Oui, Monsieur l’abbé, faut-il dire pour mon malheur?

LE MISSIONNAIRE

Pourvu que ce ne soit pas pour le malheur des autres.

LE CHANOINE

Vous ne m’avez pas laissé le temps de vous présenter. . . — M. l’abbé est aumônier des religieuses du Carmel.

LE PARISIEN

Vous ne pouvez pas me faire un plus grand plaisir ni peut-être me rendre un plus grand service

que de me présenter à un aumônier de religieuses, et de Carmélites encore. Pour ce roman dont je vous parlais tout à l’heure, j’ai besoin de renseignements sur la vie religieuse et cloîtrée. Et je me hâte de vous dire, Monsieur l’abbé, que j’entends bien m’en servir en écrivain respectueux des saintes filles qui vivent ou plutôt qui meurent derrière les grilles du cloître. Si donc vous voulez bien m’y autoriser, j’irai vous prier de m’instruire de toutes ces choses qui me sont absolument étrangères et qui restent pour nous si difficiles à explorer. J’utiliserai vos précieuses communications avec le respect et la délicatesse, avec la loyauté et la fidélité d’un gentilhomme.

l’aumonier

Je serai d’autant plus heureux de me mettre à votre disposition, Monsieur, que nous n’avons rien de caché. La vie de nos religieuses est connue de l’Eglise, et, en dépit de la clôture, on peut suivre leur vie jusque dans le moindre détail, puisque tout y est fixé par la règle. C’est là le miroir fidèle dans lequel se reflètent tous les mouvements de la communauté.

LE PARISIEN

Vous m’étonnez bien. Pour nous, votre monde reste fermé et impénétrable. Nous allons partout, nous voyons, nous entendons tout. Vous pouvez vous en rendre compte par nos romans.

LE MISSIONNAIRE

Croirais-tu par hasard que le clergé lit tes romans ?

LE PARISIEN

Tu n’a pas sans doute l’intention de me flatter énormément, n’est-ce pas ?

LE MISSIONNAIRE

J’ai surtout le désir de te dire une vérité.

LE PARISIEN

Je n’ai pas de peine à te croire. Au surplus, je t'assure que je n’ai jamais songé, pour ma part, à cette clientèle.

LE MISSIONNAIRE

Si c’est par modestie, je t’en félicite.

LE PARISIEN

Mais cela tient peut-être à ce que votre vie à vous est fermée, et que, ne pouvant pas en parler ni surtout la peindre, ne la connaissant pas, nos romans ne sauraient être pour vous intéressants. Tout le reste nous le pénétrons : la vie de l’homme du peuple et celle du grand seigneur ou de la grande dame ; le boudoir et la coulisse du théâtre et de la politique ; le conseil des ministres et les antres de la bourse et de la banque, tout nous est ouvert, c’est-à-dire que nous trouvons le moyen d’entrer partout, et de saisir les secrets de toutes les

vies de nos contemporains. Quand, au contraire, il s’agit de la vie cléricale et religieuse, nous nous heurtons à des clôtures infranchissables.

Mais je viens de vous dire, Monsieur, que rien n’était plus facile au contraire que de connaître la vie même des moniales les plus cadenassées derrière leurs grilles.

LE PARISIEN

Je ne l’oublie pas, Monsieur l’abbé, et je vous en demeure très reconnaissant. Mais je vois bien que vous n’êtes pas romancier. J’ajouterais bien : heureux mortel ! si vous permettiez cette familiarité. Pour nous, il nous faut voir de nos yeux, toucher de nos mains ; il nous faut le relief du document, le mouvement de la scène, la palpitation de la vie, et avec vous, nous n’avons rien de tout cela. Il y en a pourtant un parmi nous qui paraît avoir résolu ce difficile problème; et je me demande comment il s’y est priss ce farceur de Huysmans, pour dénicher tous ces détails sur la vie la plus intime de ceux qui vivent le plus enfoncés dans les ténèbres ecclésiales, comme il disait.

l’aumonier

Vous connaissez M. Huysmans ?

LE PARISIEN

Je ne connais que lui, Monsieur l’abbé. Il y a un quart de siècle que, ensemble, nous peinons

dans la littérature. Vingt ans, nous avons habité côte à côte sur les frontières de la Bohème. Mais ce belge devait réussir puisqu’il servait aux Parisiens un français de Bruxelles. Il a donc monté et j’avoue que je l’ai un peu perdu de vue depuis qu’il fréquente et dîne chez les prêtres du noble faubourg et qu’il a ses entrées dans les hôtels de la rive gauche, dans les palais des grands quartiers nouveaux. Cela ne laisse pas de l’enorgueillir et il faut voir avec quel dédain il parle de ses anciens camarades. Nous ne sommes plus pour lui que les trabans de la littérature. Mais, avec tout cela, je me demande encore comment il a pu à ce point pénétrer les secrets de la vie religieuse.

’ l’aumonier

Ce qui me surprend, c’est que vous connaissiez si bien M. Huysmans, et que vous ignoriez si complètement un fait qui le couvre de gloire, sans lequel on ne peut plus g*uère, en effet, expliquer ni sa vie, ni ses œuvres.

LE CHANOINE

M. l’Aumônier a raison. Vous arrivez de Paris, vous êtes au courant de ce qui concerne et la littérature et les gens de lettres, vous avez été ami de M. Huysmans, vous connaissez ses ouvrages, vous n’ignorez pas les discussions, les polémiques dont il a été l’objet; comment se fait-il qu’un évènement, dont le bruit est venu jusqu'à nous, vous ait échappé jusqu’à ce jour?

LE PARISIEN

Vous m’intriguez de plus en plus, Messieurs.

LE MISSIONNAIRE

Tu n’as qu’à leur répondre comme cet autre qui disait sur le champ de bataille de Waterloo : Si on s’était battu ici comme vous voulez me le faire croire, est-ce que cela ne se saurait pas?

LE PARISIEN

Mon ami, je ne me permettrais pas de rire, quand ces Messieurs, je le crois du moins, parlent sérieusement.

l’aumonier

Très sérieusement, et, à dire vrai, si quelque chose ne me paraît pas sérieux ici (nous allons bien le voir), c’est que vous seul, Monsieur, soyez encore à apprendre que M. Huysmans s’est converti.

LE PARISIEN

Ah ! c’est donc cela ? Que ne le disiez-vous tout de suite, Monsieur l’abbé! C’est sans doute bien naïf de ma part; mais, c’est bien sincère : je n’y pensais pas. Je vois maintenant ce que vous voulez dire. En effet, il y a une conversion dans son roman, celle de son héros, Durtal. Je pourrais vous dire par quelles vicissitudes il le fait passer pour le conduire au dénouement prévu de tout l’ouvrage, et je comprends fort bien, certes, que ce dénouement vous paraisse à vous, Messieurs, plus moral qu’un

duel, un assassinat un divorce, et même que le traditionnel mariage. Mais, je n’ai pas à vous apprendre que le roman est le roman, et que, pour friser la vie de si près qu’il vous plaira de le supposer, il n’est jamais la vie elle-même et l’histoire.

l’ AUMONIER

Nous croyions savoir cela. A telles enseignes que nous ne sommes pas de ceux qui ont pris au sérieux M. Drumont, disant qu’il avait été invité à l’Élysée, détaillant le menu et rapportant sa conversation avec M. Félix Faure. Vous voyez donc que nous ne sommes pas tout à fait si ruraux. Mais il n’en est pas moins vrai que M. Huysmans s’est converti, qu’il est revenu à la foi, à la pratique de ses devoirs de chrétien.

LE PARISIEN

J’avoue, Monsieur l’abbé, que vous ne pouviez rien m’annoncer de plus étonnant. Certes, vous le croyez, vous en êtes convaincu, puisque vous le dites ; et cela trahit pour moi un état d’âme que je ne puis analyser. Mais cette conversion, qui vous paraît à vous toute simple, me jette, je l’avoue, dans la stupéfaction : Huysmans converti ! Non, c’est trop fort.

LE MISSIONNAIRE

Cependant, puisque tu as lu ses romans, et que tu connais l’évolution de Durtal, tu n’as qu’à appliquer à l’auteur les faits et gestes du héros du

roman. Durtal se confesse et communie. Or, Durtal n’est autre que... M. Huysmans. Donc...

LE PARISIEN

Mon Dieu, Messieurs, je ne voudrais rien dire qui pût, venant de moi, vous paraître impertinent, ni avoir l’air de vous apprendre quelque chose dans une question qui est de votre domaine ; mais si la conversion de Durtal n’est que la conversion de Huysmans, je vous dirai pourtant : « Est-ce donc ainsi que l’on se convertit?... » Mais je ne m’arrête pas à cette question. Il y en a une autre pour moi, la question préalable; et je dis : e< Non, cet homme-là n’est pas converti, il ne peut pas l’être. »

LE MISSIONNAIRE

Là, mon ami, je t’arrête. Il est évident qu’il y a des lacunes dans tes connaissances religieuses La conversion est à la portée de tout le monde, et, par la grâce de Dieu, elle peut devenir une réalité même pour les plus grands pécheurs. Ne sais-tu donc pas que la grâce, du pardon n’est pas refusée aux criminels ? Il est bien probable que tu as eu toi-même l’occasion de raconter la mort sur l’échafaud de quelqu’un de ces grands coupables que, seule, l’Église assiste au dernier instant.

LE PARISIEN

Je savais cela, et c’est peut-être ce qui me paraît le plus surhumain dans les inspirations du catholicisme. Mais il faudrait connaître comme moi

l’homme et le milieu dans lequel il a vécu, évolué. Cela dépasse, vois-tu, tout ce que tu pourrais imaginer. La génération de littérateurs à laquelle j’ai le malheur d’appartenir subit la plus humiliante de toutes les servitudes. C’est le joug* de son Zola et de son école qui pèse sur nous. Vous croyez, Messieurs, qu’un auteur est toujours responsable de tout ce qu’il écrit. C’est vrai, mais jusqu’à un certain point ; et il convient aussi de faire la part du feu. Je vous assure que nous n'écrivons pas ce que nous voulons. Oh! nous ne sommes pas des saints. Mais il en est beaucoup parmi nous qui, volontiers, se regarderaient comme revêtus d’une sorte de sacerdoce et respecteraient leur plume. Ils ne le peuvent pas. Depuis que Zola a répandu le goût de l’ordure, il en faut partout, et comme il faut pourtant bien aussi manger... Ah ! s’il était permis de sourire en disant de si tristes choses, je dirais que nous sommes condamnés au déjeuner d’Ezéchiel.

LE MISSIONNAIRE

Allons, je vois que tu sais ton Voltaire. Tu dois savoir aussi que le rire de Voltaire a jauni au soleil de la critique. Quant à vous, mon cher, je vous plains. Mais je crois comprendre que Dieu fait servir par Zola aux petits-fils de Voltaire le déjeuner que le patriarche de Ferney destinait au prophète.

LE PARISIEN

C’est une interprétation comme une autre de la loi de l’histoire et de la solidarité universelle.

Quoi qu’il en soit, nous subissons cette humiliante nécessité. Il y a pourtant une nuance entre nous, et il est juste de dire que tous n’y vont point du même cœur et du même pas. Les uns le font avec une noble répugnance ; d’autres avec un entrain qui les pousse à dépasser le but, à aller plus loin que la consigne. Mon ami Huysmans, plus habile que tous les autres, sait allier l’excès de tous les « stupres » aux accents d’une vertueuse indignation. A ce point de vue, je vous recommanderais, si je ne craignais de vous injurier, la lecture de Là-bas ; je ne crois pas qu’il soit possible de descendre plus bas dans la représentation de la luxure. Et vous' m’apprenez la conversion de cet écrivain. Eh bien! quoi que tu en dises, mon ami, je persiste encore à croire que cela n’est pas possible. Je n’ai, certes, pas la prétention de t’apprendre l’Évangile. Qu’il me soit permis seulement de vous montrer que je le connais un peu. Car, voyez-vous, l’Évangile est toujours bon à citer, et les livres sacrés du bouddhisme ne lui font pas encore, en dépit du musée des religions, une sérieuse concurrence. Nous citons donc l’Évangile, nous aussi. Or, vous savez que Jésus-Christ délivre les possédés comme il guérit les malades. Il y a pourtant un exemple qui fait exception et qui veut dire qu’il ne convertit pas tout le monde : c’est l’exemple de ces pourceaux qu’il pousse à la mer. Je crois, Messieurs, qu’il fera de même pour l’école de Zola ; et quand vous venez me dire qu’il y en a un de converti, je dis : un élève de Zola, vous m’étonnez.

On en a bien vu d'autres et Ton en trouve dans l’Évangile même qui prouvent que votre raisonnement pèche par quelque endroit.

LE PARISIEN

Je ne m’obstine pas plus qu’il ne convient, Monsieur l’abbé, à défendre un argument qui ne vous paraît pas absolument impeccable. Cependant le fait que je viens de citer est un fait évangélique, et il me sera permis d’y trouver un symbole, d’v recueillir une leçon. Si Jésus-Christ jette à la mer ces pourceaux plutôt que de les déposséder en chassant le démon, n’est-ce pas une preuve qu’il ne veut pas appeler à lui, attirer dans son Église ceux qui sont dans l’ordre humain ce que ces bêtes sont dans l’ordre animal? L’école de Zola ne sera jamais catholique, parce qu’il n’y aura jamais de place dans l’Église pour ses effroyables ordures.

LE CHANOINE

A moins, toutefois, que la bête ne réussisse à s’introduire par surprise dans le lieu saint, trompant la vigilance de ceux qui en gardent l’entrée.

LE PARISIEN

Je ne suppose pas que ce soit là pour vous ce qu’on appelle une conversion.

LE CHANOINE

Assurément non.

M. Huysmans lui-même ne l’entend pas ainsi : c’est une justice qu’il faut lui rendre. Il déclare qu’il faut, pour se convertir, « retourner son âme, la vider comme un seau d’ordures et taper sur son fond, pour en faire couler la lie ».

l’aumonier

Eh bien ! ne vous semble-t-il pas qu’on aurait de la peine à exprimer dans un langage plus pittoresque, avec plus d’énergie à la fois et plus d’humilité la démarche d’un homme qui se convertit? A ce ton, je reconnais pour ma part l’indéniable sincérité de cet homme, et puisque Durtal, le héros du roman, se convertit dans de tels termes, j’en conclus la conversion de l’auteur qui ne fait qu’au avec lui, comme vous l’avez dit.

LE PARISIEN

C’est là, Monsieur l’abbé, une théorie qui pourrait bien être en contradiction avec celle qui domine l’ouvrage tout entier. Il ne me semble pas du tout nécessaire que l’auteur passe par une évolution parallèle et semblable à celle de son héros, de Durtal. Mais il est naturel qu’il s’attache à son personnage, presque comme un père à son fils, qu’il subisse ses impressions, qu’il commence par verser les larmes qu’il veut lui faire pleurer. Il ira peut-

être plus loin : il commencera, s’il se peut, par vivre la vie qu’il veut donner à sa créature de roman, afin de mettre le plus de réalité possible dans sa fiction Ainsi Zola, voulant introduire dans un romandes personnages vivant dans les chemins de fer, montait sur une locomotive. Supposez maintenant que Huysmans ait voulu, ce qui est la vérité, faire vivre son personnage, Durtal, de la vie chrétienne, pieuse, mystique, il devait, suivant les principes de l’école et du maître, monter sur la machine, je veux dire entrer dans l’Eglise, pénétrer vos mystères, s’abreuver à la source divine, prendre place au rang des disciples et des apôtres et sortir de là avec des impressions inconnues dans notre monde, avec des états d’âme soigneusement notés, avec des ressources infinies, des choses inédites pour produire l’œuvre la mieux documentée, le roman le plus admirablement vécu qu’on puisse rêver. Huysmans a fait cela, Messieurs,, et si je lui envie ce trait, je n’en admire pas moins la sublimité ! Cela est d’un homme de génie.

LE MISSIONNAIRE

Genie de reporter doublé de Tartufe. Car, pour réussir l’expédition que tu viens d'imaginer, il me semble qu’il faudrait une assez forte dose d’hypocrisie.

LE PARISIEN

Je te demande pardon, mon ami. La vulgaire hypocrisie est une faiblesse d’imbécile. Le génie est au-dessus de tout cela : il évolue dans les ré-

gions supérieures. Vous avez une manière déjuger un peu. . . comment dirai-je ?... non pas simpliste, ce mot, qui est encore jeune pourtant, ne répond ni à ma pensée ni à votre état d’âme. Vous êtes tout d’une pièce, et vous ne vous rendez pas suffisamment compte des complications d’un cerveau contemporain affiné par la critique. Cela n’est pas si simple. Notre moi ne passe pas seulement par des modifications successives : il est partagé, divisé, multiplié, pour ainsi dire, en sorte que ce qui se passe dans une partie n’affecte pas les autres. Nous utilisons ces fameuses cloisons étanches, merveilleuse invention de Renan, qu’on devrait bien appliquer aux paquebots de la Compagnie transatlantique. Avec cela, Huysmans entre dans l’Eglise pour y travailler, s’y exercer, s’y documenter comme écrivain. Que M. Huysmans, homme, particulier, citoyen, soit ou ne soit pas catholique, c’est une autre question. Je ne sais pas, je n’ai pas besoin de savoir ce qu’il en est, puisque tout s’explique, sauf cela.

LE CHANOINE

Ah ! cette explication serait pour nous bien triste et humiliante. Les mystères de la religion profanés comme ils l’ont été par l’auteur de la librairie anticléricale, converti comme vous savez, et les catholiques, une fois de plus dupes d’une supercherie dont toutes vos explications ne laveront jamais le tourbe assez cynique pour s’introduire ainsi dans l’Eglise; car ce serait toujours un mensonge de faire croire aux catholiques ce qui n’est pas. Or, je

tous assure qu’il y a beaucoup de catholiques qui croient à la conversion de M. Huysmans presque comme à un article de leur symbole. On le regarde, on le consulte, paraît-il, ainsi qu’un Père de l’Eglise.

LE PARISIEN

Vous me rappelez ce que j’ai lu dans la préface d’une des éditions de En route . Car tu sauras, mon ami, que je commence toujours un livre par la préface.

LE MISSIONNAIRE

Je crois que tu fais bien, car, par la préface, on voit tout de suite si l’auteur a une idée, et l’on ne tarde pas à découvrir s’il est un homme d’esprit ou une mazette. La préface est une lettre de l’auteur à ses lecteurs, et vous avez toujours la mesure d’un homme dans une lettre de lui. Mais pourquoi affectes-tu de me dire que tu commences toujours la lecture d’un livre par la préface?

LE PARISIEN

C’est un souvenir du séminaire. Déjà tu pensais de la préface ce que tu viens de nous en dire : une de ces idées personnelles comme tu en as eu quelques-unes dans ta^vie. On en riait un peu, et il arriva qu’un jour, rentrant à l’étude, tu trouvas ton pupitre tout grand ouvert, tes livres aussi, tous à la page de la préface. Le^mot sifflait un peu de partout: Préface, Préface ! Tu ne fus pas le dernier à en rire, et je ne l’ai pas[oublié. J’ai donc lu la préface dont Huysmans se sert pour « dédicacer » une nouvelle

édition de En route . Il se plaint d’avoir, par correspondance, l'univers catholique sur les bras. Il y assure que le monastère de son livre est un vrai monastère, le « porcher divin », un vrai porcher, les cochons, de vrais cochons. Car il a peint dans ce livre un vieux religieux qui vit au septième étage du château de Tâme de sainte Thérèse, d’où il descend tous les jours le plus possible pour grogner avec les gorets, les truies et les verrats de sa porcherie.

l’aumonier

Il n’est pas inouï, Monsieur, que les saints se soient familiarisés avec les bêtes, et je crois que M. Huysmans a pu présenter ce tableau avec délicatesse.

LE PARISIEN

La délicatesse, Monsieur l’abbé, vous avez dit le mot, et c’est sans doute à ce point de vue qu’il conviendrait d’étudier l’œuvre de Huysmans pour résoudre la question qui paraît vous préoccuper assez vivement, mais j’avoue que, pour moi, je n’oserais m’aventurer sur ce terrain. Du moment que la lecture de En route fait, si je m’en rapporte à vous, Messieurs, les délices du genre humain, catholique, ce n’est pas un profane comme moi qui pourrait y contredire.

LE CHANOINE

Gardez-vous bien de le croire. Les sentiments sont malheureusement partagés, mais si quelques-

uns admirent. . . de confiance, les autres hésitent et demandent à se renseigner. J’en suis là, pour ma part, et le peu que je sais par ouï-dire m’incline à penser que ce converti n’a pas un langage qui puisse inspirer la confiance.

LE MISSIONNAIRE

Donne donc à ces Messieurs ton appréciation sur ce livre de En route que tu connais fort bien et disnous si tu penses que Durtal-Huysmans parle décemment pour un homme qui se convertit, se confesse et communie.

LE PARISIEN

Vous m’embarrassez, Messieurs. Je sens bien que je n’ai pas ce qu’il faut pour juger avec compétence de la délicatesse de langage nécessaire à un homme qui narre lui-même sa conversion. Aussi bien, pris à l’improviste, ne pouvant faire appel qu’à une mémoire désintéressée, je ne ferai guère que vous livrer quelques indications dont vous vous servirez pour continuer vos recherches. Somme toute, En route est, sous forme de roman, quelque chose comme les confessions de saint Augustin et de Jean-Jacques.

Songes -tu à ce qu’il y a de choquant dans le rapprochement que tu fais là.

LE PARISIEN

Je n’ai eu aucune intention choquante. Ce n’est pas une comparaison que je fais, c’est un souvenir qui s’impose.

l’aumonier

Sans doute pour classer les confessions de M. Huvsmans ?

LE PARISIEN

Je ne pensais même pas à le juger, puisque je me suis déclaré incompétent et que, du reste, je n’ai pas les éléments d’une appréciation sérieuse. Ce qui me frappe, c’est que dans ce livre Fauteur fait comme tous ceux qui ont laissé par écrit leur confession, il rappelle ses péchés, ses sensations et ses chutes. Je crois me rappeler que saint Augustin fait cela; Rousseau de même.

LE MISSIONNAIRE

Et tu ne te souviens pas d’avoir constaté quelque différence entre les deux ?

LE PARISIEN

Si ! Mais, je suis un peu brouillé avec saint Augustin, je connais mieux Rousseau.

LE MISSIONNAIRE

Eh bien ! saint Augustin rappelle ses péchés, la tyrannie de ses passions jusqu’au moment où il va les quitter pour toujours. Il fallait voir, dit-il,

comme elles secouaient ma robe de chair, comme elles aboyaient, comme elles me reprochaient de les abandonner; — Dieu! ajoute-t-il, ce qu’elles me suggéraient de honteux !

LE PARISIEN

Ce n’est pas précisément le genre de Rousseau, ni, je dois le dire, celui de Huysmans.

LE MISSIONNAIRE

Fais-nous grâce de Rousseau.

LE PARISIEN

Faut-il donc aussi que je vous fasse grâce de l’autre ?

LE MISSIONNAIRE

Non, puisque....

LE PARISIEN

Si, puisque....

LE MISSIONNAIRE

Puisque, quoi ?

LE PARISIEN

.... c’est quelquefois la même chose.

Que veux- tu dire?

LE PARISIEN

Je veux dire que, dans maint passage, Huysmans ne se contente pas de rappeler ses tentations et ses fautes ; il décrit, il peint, il anime, il fait vivre et grouiller devant vous ses péchés.

Il m’a semblé aussi qu’il introduisait dans l’Eglise le style naturaliste qui veut qu’on donne du corps aux choses les plus éthérées. Il va même très loin dans ce sens. Je vous recommanderais certaines descriptions, telle prière à la Sainte- Yierge qui m’a paru tout à fait topique, ses réflexions sur le chapelet, combien d'autres choses qu’il faudrait avoir le temps de passer, le volume en main, les unes après les autres.

Notre auteur aime surtout les cloaques, les égouts, le purin et le pus, comme il dit, et je crois bien qu’il ne touche pas une chose sainte sans éprouver le besoin de la tremper un peu dans la boue. C’est ce qu’il appelle la méthode naturaliste. Et voilà qu’il va maintenant appliquer cette méthode à la vie des saints. Si j’en crois la couverture de « La Cathédrale », il prépare la vie de sainte Lidwine. Je serais curieux de savoir quelle est cette sainte pour qu’il se rue ainsi sur sa vie.

LE CHANOINE

Sainte Lidwine est une admirable petite sainte du moyen-âge, une âme qui s’est élevée au plus haut degré de la vie mystique.

L? AUMONIER

Evidemment, c’est là ce qui a séduit M. Huys.mans et l’a décidé à écrire cette vie.

LE PARISIEN

N’y a-t-il pas quelque autre chose de frappant chez cette sainte ?

LE MISSIONNAIRE

Il y a un fait extraordinaire : Elle fit à quinze ans une chute dont elle ne devait pas se relever et qui la cloua sur son lit pour le reste de ses jours. Pendant près de quarante ans, son pauvre corps ne fut qu’une plaie ou plutôt une série de plaies toutes plus horribles les unes que les autres, qui ne se succédaient que pour varier ses souffrances et déformer son corps. Au milieu de tout cela, une âme, une charité qui la portaient à offrir à Dieu ses peines et réclamer pour soi seule les misères de tous.

LE PARISIEN

Je comprends : C’est l’idéal de Huysmans. Le sujet le plus riche que l’on puisse imaginer en descriptions de plaies purulentes, de tumeurs qui naissent, gonflent, crèvent et jettent le sang pourri, de chairs en lambeaux, de cancers dévorants, de viandes qui tournent et qui puent. Ah! je la plains, la pauvre sainte, Huysmans va lui infliger un supplice posthume auprès duquel le martyre de sa vie paraîtra bénin. Il faudra qu’elle revive sa pauvre

vie sous les yeux d’un homme qui ne lui fera grâce de rien, qui étalera tout sans pudeur, qui passera tout son corps au scalpel de sa plume, qui analysera « les urines de l’âme » et du corps et qui vous mettra sous les yeux ses selles.

l’aumonier

C’est épouvantable ce que vous dites là, Monsieur, et, dans tous les cas, ce n’est qu’un jug*ement téméraire, puisque...

LE PARISIEN

J’appelle cela, moi, une médisance anticipée, aussi sûre qu’un placement de père de famille à notre époque.

l’aumonier

Sans doute parce qu’il n’y a rien de plus risqué aujourd'hui qu’un placement de père de famille, alors que nous allons à la banqueroute universelle.

LE PARISIEN

J’ai pourtant plus de garanties que vous ne croyez, Monsieur l’abbé, pour cette prophétie de malheur, et ces g-aranties je les prends dans le caractère d’immutabilité qui distingue les écrivains. Comme on a écrit, l’on écrira. Vous entendrez parler de première et seconde manière. Cela est pour les artistes, pour les peintres. Un écrivain n’a qu’une manière, etHuysmans décrira les plaies de sainte Lidwine comme il a décrit les chairs pantelantes, « en putréfaction du Christ de Grune-

wald, où nous le voyons « râler, crever, ainsi qu’un chien, salement, bassement, allant jusqu’à l’ignominie de la pourriture, jusqu’à la dernière avanie du pus ». Saluez, Messieurs, le Christ exécuté par Huysmans sur son « charnier divin ».

Vous êtes bien sûr que M. Huysmans parle dans ce style de Notre-Seigneur ?

LE PARISIEN

Parfaitement sûr. Mais il faudrait vous mettre sous les yeux le morceau tout entier et combien d’autres ! Je vous dirais qu’il y a, dans des genres divers,, cent passages de Là-bas qu’il faudrait citer, et autant, avec quelques différences d’accent, dans En route ; lisez le scrupule du chapelet, la scène de catalepsie des moines extasiés, les conversations bizarres qu’on rencontre à tout bout de chemin, les mots révoltants, que sais-je encore?

LE MISSIONNAIRE

11 faut avouer toutefois que l’auteur a fait des efforts et des progrès dans La Cathédrale. Son style s’est purifié au point de vue des convenances au moins; si l’écrivain n’est pas meilleur, s’il n’est pas moins rocailleux, pénible, surchargé, prétentieux, il est plus décent.

LE PARISIEN

C’est vrai ; mais croyez bien que c’est un supplice

pour un auteur qui ne se plaît qu’aux ordures. Qui a bu boira, voyez-vous ; et je ne serais pas étonné qu’après avoir achevé le cours de ses expériences, — car, pour moi, ce n’est que cela — l’auteur jette le masque, ou, si vous aimez mieux, dépose ce joug* qu’il n’a accepté que pour conduire Durtal jusqu’au bout de ses évolutions, et retourner à son vomi qu’il a reboira à pleine bouche » comme il dit : Laissezmoi, laissez-moi, criera-t-il ; je veux me ressaisir, sortir de Vépreinte de cette Eglise. J’ai toujours pensé qu’on ne peut être que saint ou sataniste\ mon choix est fait. Je n’ai pas trouvé dans l’Eglise ce que j’y cherchais; la bedeaudaille ne me comprend pas; leur Christ grimace sur sa croix; la Vierge n’est que la « moricaude » émaciée, transparente des vitraux de la cathédrale ; j’aime mieux Florence. Décidément, je retroque Jésus-Christ pour Zola, et je retourne à la « porcherie de mes sens ».

C’est affreux, n’est-ce pas, Messieurs. Mettez donc que c’est un jeu de ma part. Mais ce langage qui vous a fait venir la chair de poule, vous êtes condamnés à l’entendre soit que Huysmans reste dans l’Eglise, soit qu’il en sorte.

LE CHANOINE

11 en est parmi nous qui disent déjà que ce converti pourrait bien opérer la sortie que vous venez de lui faire exprimer avec une terrible et satanique éloquence.

LE PARISIEN

Mais, mon cher maître, que le temps passe vite

avec vous ! Voici l’heure du dernier train, permettez-moi donc de prendre congé de vous.

LE CHANOINE

Oui. Mais promettez- nous de revenir. Si vous étiez libre jeudi prochain à la même heure? Vous retrouverez ces Messieurs.

LE PARISIEN

Parfaitement, et très heureux de répondre à votre bonne invitation. Messieurs, à jeudi. Nous causerons comme aujourd’hui; cela me changera un peu ma vie ordinaire. . .

Eh bien! mon cher Aumônier, que pensez-vous de mon élève ?

l’aumonier

Je pense que si vous en avez semé plusieurs comme celui-là dans le monde. . .

LE CHANOINE

Vous n’achevez pas votre « je pense ».

LE MISSIONNAIRE

Il veut peut-être que je l’achève pour lui.

l’aumonier

Parlez pour vous, Monsieur le Missionnaire.

LE MISSIONNAIRE

Alors je pense que, s’il y en avait comme cela un certain nombre, votre M. Huysmans ne serait pas à la noce, et que, décidément, il n’irait pas loin dans l’Eglise.

l’aumonier

Ah ! ça, est-ce que vous prenez au sérieux tout ce qu’il vous a décrit? Il n’est pourtant pas nécessaire d’être bien perspicace pour voir que votre ami, le Parisien, est animé envers M. Huysmans de sentiments qui ne sont pas très nobles, Ne sentait-on pas percer sous chaque phrase la plus basse jalousie. Il me paraît évident que ces deux hommes sont des rivaux. M. Husymans a mieux réussi que son concurrent, et voilà tout.

Voilà tout : C’est beaucoup dire. Car il n’a pas parlé en l’air, pour le seul plaisir de contenter son envie. Pour moi, j’ai retrouvé dans tout ce qu’il a dit la fidèle expression de beaucoup de choses que je savais déjà, quoi qu’il m’eût été difficile, je l’avoue, d’en parler avec cette assurance.

LE CHANOINE

Pour de l’assurance, il en a, et j’en ai été étonné.

LE MISSIONNAIRE

Supposez que l’un de nous soit tombé dans une

réunion de laïques, comme il est tombé au milieu de nous.

l’aümonier

J’avoue que, si c’eût été moi, je me serais tenu sur la réserve ; j’aurais pris part à la conversation, mais en suivant-, je serais resté presque silencieux et, pour tout dire, un peu gauche. Montesquieu disait que celui qui parle se découvre et celui qui se tait reste sous le bouclier, à l’abri des traits de tout genre qui vous criblent dans toute réunion d’hommes, surtout s’il y a des femmes.

LE MISSIONNAIRE

Pour lui, il n’avait pas de ces préoccupations. 11 tenait le carquois (on dirait aujourd’hui le crachoir), et vous lui avez offert une cible, alors il ne s’est pas gêné.

Il en a profité pour être verbeux, violent, grossier, à tel point qu’il a dû s’en excuser, en prêtant à son trop heureux rival un langage dont il nqpouvait être que honteux et confus.

LE CHANOINE

Mais si ce langage était vraiment celui de M. Huysmans? Si l’attitude qu’il lui prête était conforme à la réalité ?

LE MISSIONNAIRE

Ce serait déplorable; et voilà pourquoi j’estime

qu’il faut eu avoir le cœur net. Après tout, ce n’est pas chose si difficile.

LE CHANOINE

C’est cela. Vous allez vous charger de ce travail. Vous avez, je crois, des loisirs. Pourquoi ne pas les utiliser pour nous rendre à tous un véritable service. Vous prendrez des notes, vous les tirerez au clair, vous les passerez au crible de votre style et il en sortira une brochure que tout le clergé voudra lire.

LE MISSIONNAIRE

Vous en parlez à votre aise, Monsieur le Chanoine, et un peu sans pitié. Parce que j’ai un peu de vacances, après une campagne des plus laborieuses, vous voulez que je m’attèle tout de suite à la charrue de l’écrivain. Vous qui avez toujours écrit comme en vous jouant, vous n’avez pas pitié d’un pauvre homme qui hésite et tremble toutes les fois qu’il lui faut prendre la plume. C’est vraiment un supplice pour moi.

J’en sais plus d’un qui ne vous croira pas: et, de fait, entre nous, quand vous écrivez, ce n’est pas vous qui en souffrez le plus. C’est, du moins, ce qu’on dit.

LE MISSIONNAIRE

On dit tant de choses.

l’aumonier

C’est ainsi que les gens qui causent se rattrapent contre ceux qui écrivent.

LE CHANOINE

Tout cela n’entre pas en ligne de compte. Croyezvous donc que l’on puisse éviter la critique ? Il faudrait se condamner à rien faire. Et encore. C’est une bonne brochure qu’il nous faut pour édifier les catholiques, puisque nos journaux, nos revues n’ont pas su remplir leur devoir qui était de nous éclairer.

LE MISSIONNAIRE

Vous ne savez donc pas que la brochure n’est pas en faveur auprès du public : un écrivain qui s’en tient à ce genre de publication ne jouit que d’une considération très relative. Les lecteurs mêmes qui n’ont pas assez d’estomac pour aborder la lecture du volume le dédaignent et ceux qui se contentent du journal se gardent d’acheter une brochure. Et puis, c’est de la polémique que vous me demandez de faire. Alors, il faut lutter, attaquer, contredire vivement des hommes qui ont l’oreille du grand public.

Quand on a la vérité pour soi, l’on est bi en fort.

LE MISSIONNAIRE

Et quand on n’a pas l’opinion, avouez qu’on risque d’être faible. Or, cette opinion est faite, et je

pourrais vous citer tel écrivain dont j’ai déjà prononcé le nom, c’est M. François Coppée, écrivain célèbre, journaliste très lu, académicien et converti. Or, M. François Coppée a fait de M. Huysmans et de ses livres un éloge complet, d’abord dans le Journal , puis dans son livre la Bonne Souffrance , un livre charmant sans autre défaut que la fausse note contre laquelle il faudrait que je proteste. Or, M. Coppée est un homme de très grand talent, un écrivain de premier ordre dans son genre.

l’aumonier

Je le crois bien, il est de l’Académie.

LE MISSIONNAIRE

Sans doute, mais ce n’est pas ce qui fait qu’il écrit bien ; car il écrivait bien avant d’être de l’Académie. Pourtant, vous pourriez avoir raison; si le titre d’académicien ne prouve pas le talent, i! affirme le succès, et, comme dit l’autre, il n’y a encore que le succès qui réussisse. Celui de M. Coppée est énorme et mérité. La Bonne Souffrance, qui est un beau, un bon, un saint livre, a eu un succès dont je suis le premier à remercier Dieu. En sortant des presses, elle criait sa vingtième édition, comme Gargantua dès sa naissance criait : à boire, à boire. Elle naissait toute grande. Encore une fois, j’en adresserais mes humbles félicitations à M. Coppée. Et vous voulez que je m’élève contre lui, que je le contredise, que j’engage une polémique contre un homme qui ne daignera même pas m’entendre

et qui sera vengé à l’avance de mes attaques par l’indifférence absolue de l’opinion envers moi. Allez, quoi que je dise, M. Huysmans restera pour la multitude des lecteurs français l’admirable converti qui leur a été présenté par l’auteur de la Bonne Souffrance ; je resterai pour les autres un obscur brochurier de province.

LE CHANOINE

Quand il en devrait être ainsi, vous n’en auriez pas moins fait une bonne action.

LE MISSIONNAIRE

Quoi qu’il en soit, il me semble qu’il y a quelque chose de plus immédiatement utile pour nous. Avant d’instruire les autres, si nous cherchions à nous éclairer nous-mêmes... Vous convenez que nous en avons besoin; mettons -nous donc à l’œuvre. La plume et l’écriture sont d’inventions humaines et singulièrement prétentieuses. Nous avons la parole qui est naturelle et divine. Pourquoi ne pas nous en servir dans des conversations comme celle-ci, où chacun dira son mot, fournira son idée et son document, sa pierre, si vous voulez, pour achever notre édifice.

l’aumonier

C’est cela. Aussi bien nous sommes trop engagés pour ne pas aller jusqu’au bout. La charité vous fait encore un devoir d’étudier de près cette question et de ne pas laisser M. Huysmans sous le poids des graves accusations dont il a été chargé.

LE CHANOINE

Soyez tranquille : nous lui ferons la charité et nous lui rendrons même, par surcroît, la justice. Vous verrez alors s’il y a lieu de conseiller à vos religieuses du Carmel la lecture de ses livres.

l’aumonier

En attendant, je vais vous donner une preuve de haute impartialité et de condescendance, Messieurs, en priant la supérieure de retarder l’achat de En route , qu’elle voulait faire venir tout d’abord.

LE MISSIONNAIRE

Je voudrais pouvoir donner le même avis à toutes les communautés de France.

DEUXIÈME ENTRETIEN

DEUXIÈME ENTRETIEN

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