MONSEIGNEUR DE ROSSILLON DE BERNEX
Le chanoine Jean-Louis Grillet nous donne la biographie du père spirituel de Madame de Warens dans le tome II de son Dictionnaire historique, littéraire et statistique des departemens du Mont-Blanc et du Léman, publié à Chambéry, chez J.-F. Puthod, en 1807, pages 205 et 206, à l'article :
« Chàteau-^Blanc, maison de campagne avec parc, situé dans la commune deThônex, entre Chêne et le pont de Sierne, dans l'arron-
dissement de Genève,, département du Léman, où naquit, le 16 novembre 1657 :
« De ^ossillou de Bernex (Michel-Gabriel), 107e évèque de Genève. Il entra chez les chanoines réguliers de S. Antoine de Vienne, qui l'envoyèrent professer la théologie à Toulouse. Il fut nommé primicier de l'église de la Roche, l'an 1677, et évêque de Genève, l'an 1697. Il rétablit d'abord dans son diocèse les fonctions des archiprètres, sur le plan conçu par S. François de Sales; usa de toute la charité et de toute la prudence possible envers le P. Romeville et les Jésuites de la Roche, dans la chapelle desquels il s'étoit répandu qu'il s'opéroit des miracles, par l'intercession de S. François-Xavier. Il publia, à ce sujet, une Lettre pastorale, où est admirablement développée la doctrine de l'Eglise, sur l'invocation des Saints, et sur les précautions qu'elle exige pourreconnoître les vrais miracles.
« Sa charité pour les pauvres prêtres, infirmes ou incapables de continuer leurs fonctions dans le S. Ministère, lui suggéra les moyens de pourvoir à leur subsistance, par la
fondalion d'un hospice qui fut établi l'an 1754.
« Plein de mérite et de bonnes œuvres, il mourut en odeur de sainteté, à Annecy, le 23 avril 1734.
« Sa vie a été écrite par M. Boudet, chanoine de S. Antoine, et imprimée à Paris, l'an 175 1, en un vol. in- 12.
« Nous avons de Mgr de Bernex ;
« i" Lettre-circulaire au cierge du diocèse de Genève, sur les bruits répandus de plusieurs grâces et guérisons obtenues au collège de la Roche, du 1 1 novembre iyo2, in-40;
« 2" Lettre pastorale sur l'instruction et le devoir des prédicateurs, in-40, Annecy, 1708; plusieurs mandemens, etc. »
Cet évéque était le fils d'une femme très pieuse. Voici comment Claude Boudet raconte la mort de la marquise, sa mère :
« Les sentiments chrétiens dont elle parut pénétrée en mourant, étoient seuls capables de calmer les regrets de son époux et de sa famille affligés. Les vertus qu'elle a pratiquées pendant sa vie, semblent répondre du bonheur dont elle jouit dans le ciel : mais cette présomption se trouve extrêmement
fortifiée par le témoignage d'un saint religieux (i), qui a dirigé sa conscience durant plusieurs années. 11 étoit à Rome lorsque Dieu appella la marquise de Bernex, qui lui apparut la nuit même de son décès et lui déclara que le Seigneur lui avait fait miséricorde. C'est ce qui a été rapporté dans la suite par ce religieux même à M. deBernex, lequel l'a depuis raconté diverses fois aux personnes qu'il honorait de sa confiance (2).» Liv. I, § 10, p. 41.
L'évêque eut une jeunesse bien extraordinaire. Nous citons encore Boudet, première Partie, liv. I, § 21, pages 53-54:
« Cette faveur fut bientôt suivie d'une autre non moins remarquable. Elle est rapportée par un de ses condisciples, qui en a été le témoin oculaire (3). Un jour de congé il accompagne Michel-Gabriel à la promenade, avec quelques autres écoliers. Ils s'ar-
(1) Pierre de Gny de Bois, religieux feuillant, qui a vécu avec la réputation d'un grand homme de bien.
(2) Ce fait est rapporté dans les Mémoires manuscrits de M. de Bernex.
(3) M. de Servetaz, curé de Naves en Genevois, et ensuite de Boussy près de Rumilly, homme éclairé et d'une probité exacte. (Xotes de Claude Boudet.)
rèterent quelques tems dans le Monastère des Bernardines, où la sœur Touriere, qui connoissoit la famille du jeune de Bernex, les invita à se reposer, et leur offrit des rafraîchissements. Au retour, Michel-Gabriel étant arrivé à la croix nommée de la Titra, se mit à genoux pour faire une courte prière. Alors une colonne de feu descendit du ciel et investit sa tète d'une lumière éclatante. Le prodige fut aperçu par l'un de ceux qui étoient restés derrière lui, tandis que les autres avoient pris les devans. Saisi d'une respectueuse frayeur, il n'ose point en parler: ce ne fut qu'en l'année 17 13, lorsque M. de Bernex occupait le siège de Genève depuis plusieurs années, qu'il en donna les détails au Prélat dans un écrit signé de sa main (1). » Ces faits, — et bien d'autres, — étaient de notoriété publique. La Bibliothèque de Cham-
(1) Eu 1713, M. de Servetaz fut chargé de l'oraison synodale, ce qui lui donna occasion d'entretenir M. de Bernex, et de lui raconter le fait dont il avait été témoin. Le Prélat lui ordonna de garder le silence là-dessus; c'est ce qui a été ment observé: mais l'écrit de M. Servetaz a été trouve parmi ses papiers. | Note de Claude Boudet.)
béry possède, saus le n° 2591, Miscellanée Savoisien, l'Oraison funèbre de {Monseigneur l'illustrissime et reverendissime Michel-Gabriel de eBcrnex, cvêque et prince de Genève. Faite et prononcé par Monsieur le Prieur de Henevis, chanoine de l'Eglise cathédrale de St- Pierre de Genève, le 26 avril 1735, A Annessi, chez Jean-Baptiste Burdet, imprimeur du clergé.
Nous y lisons, aux pages 10 et 11:
« Les joyes saintes lui rendirent tout le reste insipide, et lui firent prendre pour le monde un esprit d'indiference et de détachement, lui fesant connoitre tous les dangers auxquels on y est exposé. Non moins efYraïé à la vue .de ces dangers que ne le fut autrelois Elie par les menaces de l'impie Jesabel, il veut comme le prophète fuir et s'éloigner : s'étant donc choisi quelques uns de ses compagnons, soutenu du pain des forts qu'il vient de recevoir, il sort de cette ville, et prend avec autant de courage et de force que ce même Prophète le chemin de la Montagne ; mais ô grâce de mon Dieu que vos Jugemens sont incompréhensibles et vos
voies impénétrables ; quoique la victime fut bien préparée, le tems marqué par vôtre providence n'est pas encore arrivé, vous êtes content de cet Isaac mais vous reservez pour un autre tems l'accomplissement de son sacrifice ; vous voulez qu'il connoisse parfaitement ce qu'il veut quitter pour vous suivre ; déjà dans un tems calme et serain, le Ciel se couvre, les Eclairs brillent, le Tonnerre gronde, ses fidelles compagnons se troublent, et palissent et ne sont pas saisis d'une moindre crainte lorsqu'ils virent cet illustre compagnon environné tout d'un coup d'une colomne de feu que celle dont furent saisis les trois Disciples lorsqu'ils virent Jesus- Christ, Moïse et Elie environnés de cette colomne de feu qui les couvrit tous trois lors de la transfiguration. Et timuerunt intrantibus in nnbcm. Lui seul nullement abbatu ni effraie par leurs cris, instrui au contraire des desseins de la providence sur lui, et sentant ce feu divin qui l'embrasoit il redouble son ardeur pour le service de Dieu, rassure ses compagnons, leur fesant sentir que Dieu par ce prodige veut leur marquer que l'heure et
le tems d'accomplir leurs pieux desseins n'est pas encore venu : il retourne donc dans la maison de ses parens qui voient avec un contentement indicible ce jeune disciple de Jésus-Christ, comme lui, avancer autant dans la vertu qu'il avançoit en âge. »
En marge: « Reg., lib. 3, cap. 19,
Ext. de ses mémoires
Reg. 3, cap. 19.
Gen. 22, vers. 12.
le même est arrivé à Elie, Reg. 3, cap. 19,
vers. 11 et 12.
Luc. 9,
vers. 34.
nundum venit hora mea, Joan. 2, vers. 4. Proficiebat, etc. Luc. 2, vers. 52. »
De Rossillon de Bernex avait alors douze ans et venait de faire sa première communion. Avant cet âge, l'Oraison funèbre dit de lui, page 8 :
« L'exercice de la prière et de l'oraison, lui communiqua bien-tôt l'éminente science de Jesus-Christ, y contemplant sans cesse la gloire du Seigneur, il se transformoit en la
même image, et s'élevoit toujours de clarté en clarté par l'illumination du Saint-Esprit; de sorte que proportion gardée oserois-je dire de nôtre Prélat, ce qui est dit du fils de Dieu transfiguré sur le Tabor ? Que pendant qu'il fesoit sa prière son visage parut tout autre. Fada est duni oraret species vultus tjiis altéra. 2. Ad. Cor. cap. 3. « Mais pourquoi
vers. 18, Luc. 9. ne l'oserois-je pas vers. 29. dire ? Puisque lui-
même dans les papiers d'édification qu'il nous a laissé, nous assure que dans une solemnité où l'on portoit la chasse de St- François de Sales dans les rues de cette ville, méditant sur les grandeurs des recompenses dont Dieu honore ceux qu'il aime, élevant comme un autre David son cœur et ses yeux vers le ciel, source de toutes les grâces, il eut le bonheur de voir entre le Ciel et le firmament une croix de feu qui flottoit perpandiculairement sur sa tête : il vouloit d'abord comme le Roi prophète taire cette grâce toute particulière de son Créateur ; mais son cœur commençant de brûler d'ardeur et de zèle pour la gloire de son Dieu,
et les reflexions qu'il fit sur une faveur si singulière achevant de l'embraser, son visage aussi bien que celui de Jésus-Christ parut tout brillant d'un feu tout divin, l^esplenduit faciès ejus sicut sol. le découvrent bien-tôt aux personnes préposées pour veiller sur sa conduite : extrait des mémoires qu'il a laissé de sa vie.
Levavi oculos, etc., psal. 12.
Silui a bonis, psal. 38, vers. 3.
In médit, mea etc., psal. 38, Côcalcavit cor meum, ibid. Math. 17, vers. 2. L'oraison funèbre contient encore cette apostrophe :
« Vous paroîtrez au grand jour de la révélation, Noblesse indigeante qu'il a déchargé du poids honteux de lamandicité? »En marge, imprimé : « il dônoit chaque semaine une sôme certaine à des familles de qualité d'Annesi.» — Le Prieur de Benevix ne dit rien de la conversion de Mme de Warens.
Revenons à Boudet ; la perle de sa Biographie se trouve à la première Partie, Liv. III, § 27. pages 149 et 150 :
»< C'est dans le cours de ses premières vi-
sites que notre Prélat fut exposé à une tentation dangereuse. Une Dame distinguée par ss naissance et par sa beauté, conçut pour lui une passion violente.
« Les Mémoires de M. de Bernex ne nous disent point les moyens dont elle se servit pour lui déclarer ses sentimens ; ils marquent seulement que le combat dura trois heures, et qu'étant enfin venu à bout de la faire rentrer en elle-même, il se jetta à genoux pour remercier Dieu de la victoire qu'il venoit de remporter par le secours de sa grâce. »
Il s'agit, dans cette page exquise, des visites pastorales que Mgr de Bernex fit dans son diocèse, en 1699. Comme évèque de Genève, serment avait été prêté, en son nom, le 16 février 1698, et il avait, en personne, pris possession de son siège, le 1 1 novembre. Le Prélat avait alors 42 ans. Quand il connut M're de AYarens, il était déjà vieux et valétudinaire ; Boudet, dans sa seconde Partie, Livre VIII, 1, dit:
« Dans un écrit de l'an 172}, il (M. de Bernex) fait avec complaisance l'énuméra-
tion des infirmités auxquelles il étoit sujet.
« L'Evéque de Genève, dit-il, se trouve âgé de soixante et douze ans. 11 est devenu extrêmement faible ; ainsi il approche de la mort.
« Il a les cheveux blancs, et il sourire une diminution considérable de la vue.
\< 11 a perdu toutes ses dents et ne peut mâcher les aliments qu'avec peine.
« Il est très incommodé d'une hernie, et il sent des douleurs dans les jambes lorsqu'il marche, ou qu'il se tient debout.
« Il a fait plusieurs maladies dangereuses, et il est certain que la première, qui surviendra, le mettra au tombeau. »
Tel était le Pasteur qui, le 8 septembre 1726, recevait l'abjuration de Louise de la Tour de Chaillv, baronne de Warens. J'ai recherché inutilement ses mémoires manuscrits ; Quérard, dans la France littéraire, ne les mentionne pas, ni Brunet, dans le Manuel du Libraire Ils seront probablement restés inédits. Nous en avons la substance dans la biographie de Boudet et le panégyrique du Prieur de Benevix, — voire, a peu de chose
près, le texte même, si le chanoine antonin les a utilisés aussi littéralement, dans son livre, que le Mémoire de Jean-Jacques Rousseau, daté du 29 avril 1742, et publié dans les Œuvres complètes du philosophe genevois. La Vie de £M. de ^ossillion n'est qu'un long récit de faits extraordinaires ; Y Oraison funèbre présente le modèle du genre. L'une et l'autre donnent une idée exacte du caractère de la vie religieuse à Annecv, vers la fin du xvne et au début du xvme siècle. M. de Bernex, chanoine régulier de Saint-Antoine pendant vingt-cinq ans. avait droit, comme confrère et membre, à toute la bienveillance du biographe et de son Ordre, qui voulurent le faire canoniser. Lui-même, dans un but facile à deviner, avait laissé des mémoires manuscrits. Nous n'avons pas à le juger comme thaumaturge. Les six passages des deux ouvrages cités indiqueront simplemeut, ici, l'atavisme maternel, la mentalité de l'enfance, de l'âge mûr, le caractère de la vieillesse de l'Evéque.
Madame de Warens avait abjuré le 8 septembre 1726; le 26 du même mois, son mari était à Annecy et recevait d'elle, au premier Monastère de la Visitation, une donation générale de tous ses biens. La baronne ne se réservait que la somme de mille livres de Savoie. Voici l'acte, dans sa teneur :
L'an mil sept cent vingt-six, et le vingtsix du mois de Septembre avant midy, dans la maison des R,ls Srs Aousmoniers des j^des Religieuses du premier monastère de la Visitation de Ste Marie de la ville d'Annessy par devant moy notre Royal de la dtte ville soubsigné. et en présence des témoins cy après nommés s'est en personne constituée et établve noble Dame Elconore
Jrançoise Louise De La Tour, fille de feu noble jean baptiste De La Tour, ancien citoyen de Vevay au pays deVeaulx, épouse de noble Sébastien Isaac De Loys, seigneur de Warens du canton de Berne en Suisse, laquelle déclare qu'elle n'at point quitté sa maison ny les Etats de LL. EE. dudit Berne dont elle est née sujette par aucun mécontentement qu'elle aye reçeut de son d' mary ny d'ailleurs, mais uniquement pour suivre les mouvements de sa Conscience qui lônt engagés à embrasser la Religion Catholique Romaine dont elle fait aujourdhuy la profession par la grâce de Dieu, et comme elle at appris que LL. EE. ensuitte de sa retraitte avoyent fait prendre l'inventaire de tous ses biens meubles, et immeubles et qu'elle craint que les suittes de cette formalité ne fassent perdre à son à1 mary les légitimes prétentions qu'il at sur ses biens elle déclare par le présent acte que son intention at toujours été de luy en laisser la paisible jouissance et possession dans laquelle elle comptait qu'il ne seroit point troublé ayant toujours vécu en bonne poix et union avec sond' mary et souhaittant de luy donner
des marques de son bon cœur à son égard et de l'amitié qu'elle at pour luy pour les manières gràtieuses qu'il at eût pour elle, elle at fait ainsy que par le présent acte elle fait aud. noble Sébastien Isaac De Loys, seigneur de Warens son époux icv présent et acceptant pour luy et les siens donnation générale de tous ses biens et droits et c'est par donnation pure simple et entre vifs sans se réserver autres que la somme de mille livres de savoye à prendre sur les biens cy dessus donnés pour s'en servir et en disposer comme bon lui semblerat, la présente donnation faitte en la présence et assistance de noble et sp1,lL' Noël Viallet Conseiller du Rov et son juge maje en la province du Genevois que les parties supplient humbles voulloir authoriser et homologuer la présente donnation aquel effect la d(,e Dame donnatrice at fait et constitué pour son procureur me jean pierre Morens et ledit Seigneur De Warens me Joseph Amblet tous deux procureurs en la due judicature maje absents comme présents moy notre pour eux stipulants et acceptants pour requérir et consentir à ladtte insinuation
lisant à ces fins domicilie en leurs personnes et de leurs substitués à la forme du stil, et règlement du pays en suppliant encor très humblement LL. EE. de voulloir rattifier et donner force à la présente donnation entre vifs qu'elle at fait a son d1 mary pour une preuve de l'amitié qu'elle conserverat pour lui toutte sa vie et de rendre le présent acte exécutoire suivant leur clémence accoutumée déclarant de bonne foy qu'elle n'at été sollicitée ny engagée par qui que ce soit pour faire le présent acte, mais qu'elle la fait de son pur mouvement et de franche et libre volonté et pour l'effect et observation de tout son contenu elle oblige tous ses biens présents et advenirs et ce at fait en outre sous et avec touttes deùes promesses, et autres clauses requises, et à laquelle sus d'1' donnation ledÈ sr juge-maje at interposé et interpose son décret et authorité 1 udicielle par les susdts motifs ainsy qu'il déclare.
Fait et prononcé Annessy audt lieu que dessus en présence de noble et spblc Gaspard de Lambert, seigneur de Choyrier, De la Cour Desvires, seigneur de Omet et consci-
gneur d'Autcvilk premier des nobles scindics d'Annessy , de spble Joseph Javrc advocat au Sénat, second desdts nobles scindics seigneurs d'Annessv-Ie-Vieux, de Rd S1' jean François Chabot et de R'1 Sr amédé Montillet, archiprestre et chanoine des Maccabés de Genève résidants dans la présente ville d'Annessv et de Me François Charcot pratticien bourgeois du d* annessy témoins requis tous gens de distinction et probité a moy cognus qui ont cy bas signé avec les parties et led1 sr juge maje.
Et moy notre soubs6 a ce recevoir requis, bien que par led1 Me Charcot soit escript, par moi de ce requis, le tout contenant deux feuillers, ainsy est.
Signé :
Françoise Louyse De "Warens
née De La Tour.
De Loys de AYarens, acceptant.
Viallet.
De Lambert De Soyrier.
Favre Ssdr Chabod, archiprestre.
A. Montilliet, prêtre.
Charcot.
J. Mauris, notaire.
Ins. fol. 619 v°, lib. 2. Et reçu trente sols ; fait à Annessy ce 26 7bre 1726. — (signé) Collomb.
Eq marge est ftcril : Levé est
Levé est pour la Dame.
Cette copie est conforme à l'original, qui se trouve entre les mains de Me Raisin, notaire à Annecy, détenteur des minutes dudit M. Mauris, notaire à Annecy au XYIIL siècle.
Les explications données par le mari à son beau-frère, dans la lettre que nous publions plus loin, dévoilent le mobile qui dicta cet acte de donation. Longtemps après, Mme de Warens essaya de s'en servir encore. Les Archives départementales de la Savoie possèdent, en effet, une longue lettre adressée à la baronne, le 17 décembre 1745, par le curé de Gruffy, P. Léonard, qui l'appelle « Madame et très chère sœur, » et lui rappelle qu'elle lui avait envoyé « l'acte de sa donation en faveur de M. leB. de^'arens. » — Ajoutons, pour guider les commentateurs, que cette lettre parle d'un compte à régler entre Madame de Warens et le curé : il regrette qu'eHe ne l'ait pas averti
de son voyage a Thonon ; il serait certainement allé la voir ; il a appris qu'elle serait allée jusqu'à Evian, sous le nom de comtesse de Conzié.
Pour la première fois, dans cet acte, Françoise-Louise de la Tour prend le prénom d'Eléonore, en l'honneur de sa marraine, la princesse de Hesse, qui devait se marier à Turin quatre ans plus tard, le 20 décembre 1730, avec Jean-Christian, duc de Bavière, comte palatin du Rhin, prince-régent de Sulzbach. Dix jours après l'abjuration, Victor-Amédée II avait pensionné sa protégée. Les registres de comptabilité de l'Intendance générale de Savoie mentionnent, pendant plus de 25 ans, sans indiquer le motif de cette libéralité, le paiement des quartiers de la pension de 1,500 livres, que le roi de Sardaigne avait accordée à la baronne, par un billet royal du 18 septembre IJ26. Le billet royal, qui ferait connaître la raison de cette libéralité, n'existe plus aux Archives départementales, à Chambéry.
Rousseau, dans ses Confessions, partie I, livre IL dit, au sujet de Mme de Warens : « Le roi, qui aimoit à faire le zélé catholique,
la prit sous sa protection, lui donna une pension de quinze cents livres de Piémont, ce qui étoit beaucoup pour un prince aussi peu prodigue ; et, voyant que sur cet accueil on l'en croyoit amoureux, il l'envoya à Annecy, escortée par un détachement de ses gardes, où, sous la direction de Michel-Gabriel de Bernex, évêque titulaire de Genève, elle fit abjuration au couvent de la Visitation. »
Victor-Amédée, en effet, était peu prodigue. Mlle de Graffenried, l'une des héroïnes de la pastorale de Thônes, qui « avoit imité M""1 de Warens, n'ayant'pas eu une pension comme elle, avoit été trop heureuse de s'attacher à Mlle Galley, — d'une famille bourgeoise d'Annecy, — qui, l'ayant prise en amitié, avoit engagé sa mère à la lui donner pour compagne, jusqu'à ce qu'on la pût placer de quelque façon. » (Confessions, partie I, livre IV.)
Cependant Rousseau, dans le Mémoire à S. E. Monseigneur le Gouverneur de Savoie, écrit après 1734, — année de la mort deM. de Bernex, c'est-à-dire sous le règne de Charles- Emmanuel III, — «supplie très-humblement Son Excellence de vouloir lui procurer une
pension, telle qu'elle jugera raisonnable, sur la fondation que la piété du roi Victor a établie à Annecy. vv Si cette pension lui eût été accordée, peut-être le philosophe de Genève aurait-il apprécié différemment la piété du roi Victor.
Ce que pouvaient être les exigences des nouveaux convertis, leur attitude à l'égard du gouvernement, leur langage même, nous en avons un document explicite écrit par Jean-Jacques, sous la dictée de Mme de Warens, longtemps après la conversion de la baronne, alors que son protecteur épiscopal était déjà mort et qu'elle habitait Chambéry. Le voici in extenso :