A. BARON
Archiviste d'Etat du Canton de Vaud.
Dans la lettre d'envoi de ce document, datée de Lausanne, 12 mars 1857, M. Baron fait allusion à la confiscation, par l'Etat de Berne, des propriétés de Mma de Warens, au Basset, dans la baronnie du Cbàtelard, paroisse de ZMontreux, et y joint la notice suivante, en rectification de celle d'octobre 1855, perdue par M. Arago :
« Rectification topographique à la Commune « du Cbâtelard, paroisse de (Montreux ; (le « Cbâtelard était, jusqu'en 1798, une Ba- « ronnie, appartenant à Mr. Em1 Bondeli « de Berne) :
« i°) Cette Baronnie ou Commune du « Cbâtelard était composée de huit zMêtraïies « (sections) comprenant chacune un ou plu- « sieurs villages, hameaux & habitations « disséminées depuis les rives du Léman sur « les monts, d'occident en orient, savoir :
« i° Cbailly, Plan-Chailly, Baugy, les Crêtes, les Bassets, l'Empereur & Burier.
2° Tirent & Chaulin.
30 Clarens, Tavel & Planchamp.
40 Cbamex, Warennes & Pertit.
50 Vernex.
6° Songer, ou Songy.
70 Chêne & Païens.
« 8° Sales & Crin.
N. B. — Ces 2Ic.tr alics doivent être indiquées dans cet ordre & non dans celui de ma notice d'octobre 1385.
Le lieu principal de chacune de ces Métralies est le premier & sousligné; en sorte que l'on dit : la Métralic de Chailly, de Brent, de Clarens & ainsi de suite.
« Ces Mctralics étaient des sections de la « Commune générale du Cbâtelard, qui en « ressortissaient sous le rapport constitution- « nel & de la police; mais qui, chacune, avait « ses intérêts particuliers & quelques proprié- « tés indépendantes de celles de la Commune « générale ; au moyen de quoi & de quel- <\ ques cottisations extraordres, chacune de « ces Mctralics pourvoyait , dans sa circons- « cription , à des dépenses purement lo- « cales, telles qu'Ecoles, fontaines, fours publics, &c.
« 2") La Commune des ^Planches, faisant « partie aussi de la paroisse de Montrcux, est « composée de même de plusieurs villages >* et hameaux, mais qui ne forment aucune « Mctralic ou association privée, savoir :
« i° Le village des Planches, où est l'Eglise « paroissiale de Montrcux, ckc.
« 20 Le hameau champêtre de Glyon, sur « les monts.
« 30 Celui de la Colongc, sur le penchant « des monts.
« 40 Celui de Taritct, sur le rivage du Lée man.
« 50 Celui de Veraye, sur la hauteur voi- « sine.
« 30) La Commune de Veytaux, aussi de « la paroisse de Montreux, ne renferme que « le village de ce nom. Dans cette Commune « est situé le Château de Chillon. A dix mi- « nutes au-delà est la limite des Communes « de Vcytaux & de Villeneuve, & par suite, « celle des districts Vaudois de Vevey & « d'Aigle. Cependant, jadis et jusqu'en 1798., « la Commune de Villeneuve faisait partie du « Bailliage Bernois de Vevey.
« Ce qui précède sont des renseignements « tirés des documents & des plans officiels « qui existent aux Archives cantonales de « l'Etat de Vaud.
« Lausanne, le 1e1' Août 1856.
« A: Baron..
« archiviste d'Etat. »
X. B. —Le nom propre de Montreux se donne plus particulièrement aux trois villages et hameaux de Sales, Chênes et les Planches, qui sont contigus & semblent n'en faire qu'un seul.
M. Baron dit encore dans sa lettre :
« En lisant divers ouvrages descriptifs de
DE MADAME DE WARENS l6l
la Savoie et en jetant les yeux sur des cartes topographiques de ce pays, j'ai pu remarquer les noms de nombre de villages, hameaux et autres localités très identiques avec les noms de ceux de notre canton de Vaud, de celui de Fribourg et du Valais. »
Ajoutons que M. Baron n'a pu trouver l'acte de mariage de Mme de Warens dans les registres de 1720 à 1725, parce qu'il ignorait qu'elle s'était mariée à quatorze ans, en avril 17 13.
Voici la Note d'E.-H. Gaullieur :
« L'idée de la Nouvelle Héloïse vint à Jean- Jacques dans une course de deux ou trois jours à Vevey, durant laquelle une douce émotion ne le quitta point. « L'aspect du lac « et de ses côtes eut toujours à mes yeux, « dit-il, un attrait particulier que je ne saurais « expliquer. Dans ce voyage de Vevey, je « pris pour cette ville un amour qui m'a « suivi dans tous mes voyages, et qui m'y « a fait établir enfin le héros de mon ro- « man. » On sait d'ailleurs que M°" de Warens était une demoiselle de La Tour de
Chaillv, près de Clarens, et que Rousseau pensait à la jeunesse de cette femme quand il traçait le portrait de Julie.
«La Tour de Chaillv était le véritable nom de la famille de M"" de Warens, et non la Tour de Pilz ou de Peils, qui est celui d'un bourg attenant à Vevey. Un des ancêtres de M"'e de Warens, Gamaliel de la Tour, était médecin dans cette ville, au commencement du dix-septième siècle. Il avait aussi porté les armes, et il prenait dans ses écrits les titres de docteur et favori de Mais. »
Quant à Claude Anet, son extrait mortuaire se trouve dans les actes de décès de la paroisse de Saint-Léger, à Chambérv. aujourd'hui paroisse deSaint-François-de-Sales, registre de 1729 à 1743, côté 1 1 :
« Ce jour, 14 mars 1734, a été enterré à « St Léger le nommé Claude <Anet natif du « païs de Vaux, Canton de Berne, paroisse « de Montru (Montreux), qui avoit abjuré « en 1726 le calvinisme.
« Signé : Claude François Quinson, chanoine. »
Ce document met à néant les pseudo- (Mémoires de Claude o4net, écrits par lui-même, pour servir de suite à ceux de (M°" de Warens, retouchés, ou plutôt faits, par le frère du général Doppet, Claude-Antoine Doppet, docteur en droit, avocat au Sénat de Savoie, né à Chambéry le 25 janvier 1752, décédé le 13 février 1827 dans la même ville. Si Jacques Replat, avant de mourir, avait connu l'acte de décès de Claude Anet, son noble cœur eût effacé une page , bien injuste à l'égard de Rousseau, de sapote sur (Madame de Warcus, lue le samedi 28 juillet 1855, à l'Association florimontane d'Annecy.
Les renseignements les plus complets sur Mme de Warens, son mari et sa famille, nous sont encore fournis par MM. Albert de Montet et Eugène Ritter, dans leur excellent travail intitulé : Madame Je Warens et son (Mari, un document inédit, déjà cité :
«Françoise-Louise de la Tour, d'une famille dont la noblesse remontait à un peu plus de cent ans, naquit à Vevey le 31 mai 1699; elle était fille de noble Jean-Baptiste de la Tour, justicier et conseiller à la Tour de
Peilz, et de Jeanne-Louise Warnery. Elle perdit sa mère en 1704, et son père cinq ans après. Celui-ci c'était remarié, et la bellemère deM11'' de la Tour vécut jusqu'en 1745. Ses frères et sœurs des deux lits moururent en bas âge.
<( Quand elle fut tout à fait orpheline, elle fut placée en pension chez un célèbre piétiste, M. Magny, à Vevey ; et ensuite, pendant dix-huit mois, à Rolle, chez une dame Crespin. Les sommes dues pour ces années de pension furent à la charge de son mari, comme cela ressort d'un compte produit en 1726 à LL. EE. de Berne. On voit, par les détails qui s'y trouvent, que MUe de la Tour avait reçu une éducation distinguée ; l'étude de la musique et du chant n'avait pas été négligée. A quatorze ans, en avril 17 13, elle se maria.
« Une enfance attristée par la mort des siens, un foyer bientôt désert, un mariage déraisonnablement précoce, voilà le résumé des premières années de l'existence de Mme de Warens.
« Le mari qu'elle épousait à quatorze ans
était Noble Sébastien-Isaac de Loys, âgé de vingt-quatre. Sa carrière militaire, commencée au service de Sardaigne, l'avait conduit ensuite en Suède; il était rentré de bonne heure au pays. Son père lui assura par contrat une somme de vingt mille livres, pour le paiement de laquelle il s'engageait à lui donner la seigneurie de Vuarrens.
« Comme le passé est difficile à connaître! Que savons-nous de ces jeunes époux? Quelques dates glanées dans les manuaux et les autres registres de Vevey et de Lausanne, quelques notes bien sèches qu'on en peut tirer, nous renseignent-elles sur les premiers temps de leur mariage, sur leurs sentiments, leurs illusions et leurs mécomptes, sur leur vie intime? — Le fait est que Mmf" de Warens n'eut pas d'enfants, et que l'influence bienfaisante de la famille manqua cette fois encore à la pauvre femme.
« Le jeune ménage habita longtemps Lausanne, où nous voyons M. de Warens obtenir quelques dignités municipales : il est élu capitaine de la Noble Abbaye des fusiliers ; il entre en 1 718 aux Soixante d'appellation,
et trois ans plus tard, aux Soixante de police, dans la bannière de Saint-Laurent. En 1724, il vient s'établir à Vevey, et là aussi on le voit gravir rapidement les degrés de la hiérarchie locale : il passe en une année du conseil desCent-vingt au conseil des Soixante, et de là au conseil des Douze. Vice-commandeur, assesseur baillival : tels furent ses titres.
« Et sa femme, que faisait-elle? C'est alors sans doute que, comme on l'a dit (1) : « elle « faisait les délices de toutes les personnes « de son voisinage par son esprit de gaieté « et les fêtes qu'elle donnait. Sa maison était « dans les beaux jours de dimanche le ren- « dez-vous de tout ce qu'il y avait dans les « environs de plus aimable et de meilleure « société. Une musique champêtre , des « danses, des jeux, des promenades, des
(1) Notices d' Utilité publique, Lausanne, 1807. Une dame respectable, dit cet ouvrage (tome second, page 79), a souvent dit qui: " MM de Warens faisait avant son mariage les délices. ..„ (suit tout le passage que nous avons donné ci-dessus). Mais " avant son mariage „ Mlle de la Tour était toute jeunette, et on l'avait placée en pension à Rolle.
« goûters où l'on offrait des fruits, de la 0 crème, des gâteaux, etc., y étaient fré- « quemment répétés. »
a Ce n'est pas tout. « Mme de Warens, dit « Rousseau qui l'a bien connue, avait un « fonds d'activité inépuisable qui voulait « sans cesse de l'occupation. Ce qu'il lui fal- « lait, c'étaient des entreprises a faire ou à » diriger. » Hélas ! elle avait le goût des affaires sans en avoir le talent. Tant à Vevey qu'à Chambéry, elle se démena et pataugea, et se trouva en fin de compte complètement ruinée.
" Elle avait établi à Vevey une manufacture de bas de soie, qu'elle voulut bientôt agrandir, en y ajoutant la fabrication de bas de laine ; elle avait amené son mari à contracter à cet effet des emprunts et à acquérir des immeubles ; elle s'était associée avec un jeune industriel, Elie Lafond, fils d'un pasteur français réfugié, bientôt remplacé dans la direction de cette manufacture par un nommé Saint-André.
l68 LA FAMILLE ET L' ENTOURAGE
« Il nous reste à esquisser la fin de la carrière de M. de Warens. Le consistoire de Berne avait prononcé son divorce, fondé sur la désertion malicieuse de sa femme. Il passa plus d'une année à régler les difficultés financières au milieu desquelles celle-ci l'avait laissé embourbé, et alla ensuite faire un premier voyage en Angleterre, pour y chercher quelque emploi conforme à son rang ; mais il ne trouva rien et revint à Lausanne. Appelé plus tard aux fonctions de gouverneur d'un jeune prince d'Anhalt, il alla en Hollande passer une année auprès de lui ; puis il se rendit à Londres en quête d'un nouvel emploi. C'est dans ce second séjour qu'il écrivit la lettre que nous avons publiée.
« Cependant la situation financière de M. de 'Warens s'était trouvée, à la fin de tous les règlements de compte, meilleure qu'on n'avait cru d'abord ; et son beaufrère pouvait lui écrire : « Je me flatte que « tu n'insisteras pas davantage à chercher « fortune en Angleterre, puisque tu en as « une toute faite dans ton pays, ajrant assez
« de quoi vivre, si tes voyages ne diminuent «. pas tes fonds. »
« M. de Loys (i) se décida donc à revenir à Lausanne; il y reprit le chemin des dignités locales : il devint conseiller de la Ville, maisonneur, haut forestier. On voit que l'estime de ses concitoyens l'avait toujours entouré. Il était libre de se remarier ; mais l'âge était venu, et le passé n'était pas encourageant. Les archives de sa famille ont conservé de mauvais vers qu'il adressait en septembre 1736 à Mme la juge Seigneux :
'Sou, je ne serai pins constant dans mes amours,
Et je fais vœu de badiner toujours.
Plutôt que de languir dans un cruel empire,
Vaut-il pas mieux de jour en jour changer ?
En liberté à présent je respire.
Et je mourrai plutôt que de me rengager.
(1) Le mari divorcé de celle qui continua à s'appeler la baronne de Warens ne portait plus que sou nom de famille, et avait quitté le titre de Seigneur de Vuarrens, qu'il ne posséda en définitive que pendant cinq ans, depuis le jour (2 août 1723) où son père lui remit la seigneurie de Vuarrens, jusqu'au jour (23 mars 172S) où lui-même vendit cette terre au major Bergier, obligé qu'il était de liquider son bien : conséquence finale des entreprises de sa femme, et de la manière dont elles avaient été conduites.
0 A la mort de son père, il devint seigneur de Chanéaz; il mourut lui-même à soixantesix ans, le 31 octobre 17^4. Quelques mois' auparavant. Jean-Jacques Rousseau, qui était venu passer l'été dans nos contrées, avait eu une dernière fois l'occasion de revoir celle qui dans sa jeunesse avait abandonné son mari, et qui était à son tour abandonnée de tout le monde. Jean-Jacques raconte, le cœur serré, le triste état où l'âge et la misère avaient réduit cette pauvre femme, qu'il avait connue jeune et brillante. La carrière de Mme de Warens n'est pas de celles qui encouragent au mal par l'exemple de l'impunité. »
Rousseau nous apprend que Mme de Warens fut tentée de se fixer à la Visitation pour le reste de ses jours.
En 1610, saint François de Sales installait les premières religieuses de cet Ordre dans une chapelle, en partie creusée dans le roc, et dans un petit appartement, auquel on parvenait en passant dans la galerie élevée au-dessus d'une des portes d'Annecy, et ouvrant sur le quartier des Marquisats, le long d'une rue qui a porté plus tard le nom de 'Providence. Il existait, sous ce nom. un hôpital fondé, en 1682, par Mgr d'Arenthon d'Alex.
Dès 1612, les religieuses de la Visitation, se trouvant à l'étroit , se transportèrent à l'angle d'un canal, qui se détache de la rivière du Thiou , et y firent construire le grand premier Monastère. De nos jours, après bien des vicissitudes, la maison de la galerie a été acquise par l'Institut de Saint-Joseph, qui en a réparé la chapelle primitive.
Lorsque l'Ordre se trouva trop à l'étroit dans le premier Monastère, il en construisit un second, en l'honneur de l'Immaculée- Conception , en 1634. C'est aujourd'hui la chapelle et une partie du couvent de Saint- Joseph, qui dirige deux pensionnats de demoiselles.
Le Bulletin de l'Association floriiiioiitaiic d'Annecy et T^evuc savoisienne, volume I, 1855, page 92, contient le travail suivant :