‹ La conversion de Mme de Warens. Son père spirituel, Mgr de Rossillon de Bernex. Son séjour à la Visitation d'Annecy. La vérité sur la conversion d'après le témoignage du mari. La famille et l'entourage de Mme de Warens. Son habitation à Annecy. Le miracle de 1729. Mme de Warens en surveillance. La sincérité de sa conversion. D'après des lettres inédites et les documents de l'époqueChapitre 9 sur 15 · LIURE DE NOUISSIAT OU LON ESCRIT LES RÉCEPTION DES FILLES · texte numérisé non relu

LIURE DE NOUISSIAT OU LON ESCRIT LES RÉCEPTION DES FILLES

Vient immédiatement après :

« Je Georgine Marcher fillie de Pierre Marcher et de Fransoise Dunieure aagée denuiron 19 ans de mon plain gré et du consenteman de mes parens a prais a uoyr demeure en la maison de seans enuiron siis semaine ueu et considère ses reigles et exercices dicelle ay uolontairement demandé destre receue en labhi et au rang des sœur nouices du chœur de seste congrégation ce que iay obtenu par la grâce de Dieu ' avant auec labit change de nom et receu celui de ianne-fransoise ce iourdhuy 16 de iulliet de l'année 1634.

« Sœur Ianne-Fransoise Marcher. »

Cette formule se répète de deux à quatre fois par page, pendant 61 pages, avec des changements de noms, d'âge, de date, de signature et surtout d'écriture et d'orthographe, lesquelles sont des plus variées et des plus pittoresques.

Ce manuscrit se termine à la page 62 par :

« Sœur Marie-Marguerite-Victoire de Romanesche, née à Vienne en Dauphiné, professe du monastère de la Visitation Sainte- Marie de Crémieu agrégée et incorporée à ce second monastère de la Visitation Sainte- Marie d'Annecy le 6 novembre 1791, dans lequel monastère elle a renouvelle deux fois les vœux et a apporté pour dot 4,000 fr. et son trousseau »

Ce passage prouve que le manuscrit qui nous occupe est le livre de noviciat du second monastère de la Visitation Sainte-Marie d'Annecy. Chaque novice, reçue, était obligée d'inscrire de sa main et de signer ses vœux sur ce livre, qui contient ainsi une collection complète d'autographes des reli-

gieuses de ce monastère depuis 1634 jusqu'à 1791 : c'est-à-dire pendant 158 ans.

Dans cet espace de temps, il a été reçu 191 religieuses classées sous quatre désignations différentes : novices du chœur, novices choristes, novices associées et novices domestiques . Ces désignations ne constituaient probablement que deux catégories : celle des religieuses qui servaient et celle des religieuses qui ne servaient pas. Cette dernière est de beaucoup la plus nombreuse.

Maintenant, si pour faire une étude de statistique, on divise les 158 ans en deux périodes égales de 79 ans, on verra que pendant la première, de 1634 à 17 12, il y a eu 117 réceptions; tandis que de 17 13 à 1 79 1 , il n'y en a eu que 74, soit près de la moitié moins. On peut reconnaître là, ce me semble, l'influence de l'esprit du xvme siècle.

Parmi les 191 religieuses, 145 appartiennent au tiers-état ou bourgeoisie, et 46, un peu moins du quart, à la noblesse.

Sur le nombre total, 15 ont quitté le monastère. Jusqu'en 1748, on a écrit à côté du vœu de chacune d'elles :

« Nostre sœur qui avait est

resue à l'abit a esté renvoyé par le chapitre, n'estant pas appelle de Dieu à cette magnière de vie. »

Depuis 1 77 1 , on a modifié cette formule en la rendant plus polie. C'est la sœur qui a demande sa sortie 'Dieu ne l'ayant pas appelée à notre St estât. Les nobles, qui ne constituent pas le quart des novices, sont sorties dans les proportions d'un tiers

La prise d'habit avait lieu ordinairement après trois mois de séjour dans le monastère. Depuis 1750, l'épreuve n'a jamais été plus courte ; mais, précédemment, elle n'était très souvent que de deux mois. Vingttrois religieuses ont même pris l'habit avant deux mois, et, parmi elles, quatre n'ont essayé leur vocation que pendant cinq semaines!

Quant à l'âge auquel a eu lieu la prise d'habit, les 191 religieuses se répartissent ainsi :

Après 40 ans 4

Entre 30 et 39 ans 10

Entre 20 et 29 ans 82

Entre 16 et 19 ans 62

Au-dessous de 16 ans }}

Soit 96 ayant plus de 20 ans, et 95, c'est-àdire la moitié, n'ayant pas encore atteint cet âge. La moitié de ces religieuses ont donc fait leurs vœux avant l'âge de maturité, de complète raison. Et, sur ce nombre, 33 n'avaient pas seize ans ; chez deux d'entre elles, les quinze ans n'étaient même pas révolus (environ quinze ans, dit le livre du noviciat).

Parmi ces jeunes filles, sacrifiées peut-être par leurs parents et qui presque toutes étaient déjà dans le monastère depuis plusieurs années, l'une depuis neuf ans, l'autre depuis plus de huit, il y en a seize seulement d'origine bourgeoise, et dix-sept, plus de la moitié, d'origine noble. Ce sont des de Sales, de Combe, de Sacconay, de Montfocon, de Monthoux, de Praz, de Barrille, de la Pesse, de Chàtel, de Sury, de Paraza, de Cruseilles, de Grilly, de Bonnière, de Songy, de Constantin et de la Place.

Ce manuscrit confirme ce que Ton sait de l'éducation que l'on recevait en Savoie,

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comme en France, pendant les deux derniers siècles. Il contient 191 spécimens d'écriture, depuis la fille de service jusqu'à la fille du seigneur, et c'est tout au plus si on en remarque une ou deux qui appartiennent à une main quelque peu habituée à écrire.

La publication de ce travail fit du bruit. Le Bulletin, en eiïet, rendant compte de la séance du 23 mars 185s, émet la mention suivante :

« Cession de Manuscrits au Couvent de la Visitation d'Annecy. — Le président donne lecture de plusieurs lettres de la supérieure du couvent de la Visitation d'Annecy. Les religieuses, ayant appris que Y Association florimontanc, par suite d'acquisitions, possède plusieurs manuscrits provenant du couvent de la Visitation qui existait à Annecy, avant la Révolution de 89, demandent si on voudrait échanger, ou tout au moins donner copie, de deux d'entre eux : le livre du noviciat et les matériaux rassemblés pour achever Y Année sainte de la Visitation, ouvrage qui devait être en trois volumes et dont il n'a paru

qu'un seul. Dans le cas où l'échange serait accordé, elles offrent des lettres latines, autographes, mais non signées, de saint François de Sales à son ami le président Favre. Pour ce qui concerne la copie des pièces, tous les membres présents ont été d'avis d'accorder l'autorisation. Mais les sentiments ont été grandement partagés lorsqu'il s'est agi de se desaisir des manuscrits. Deux propositions se sont produites.

« La première a été soutenue par MM. Eloi Serand, archiviste, et G. Mortillet. Ces messieurs, considérant les archives de l'Association comme un dépôt sacré duquel on ne doit distraire aucune pièce, sous quelque prétexte que ce soit, s'opposent donc formellement à tout don ou échange.

« La seconde a été présentée par MM. J. Replat et le docteur Lachenal. Pensant que les pièces demandées ont plus d'intérêt pour le couvent que pour l'Association , ils sont d'avis de les céder sans aucune condition.

« Après une discussion assez longue, la cession des manuscrits, sans aucune condi-

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tion, ayant été soumise au vote, a été admise à une voix de majorité.

« Comme un travail historique et statistique, fait par M. Jules Philippe, sur le livic du noviciat, a été publié dans le dernier Hulktiu. M. Mortillet, en l'absence de l'auteur, a demandé que l'Association reconnaisse que ce travail est parfaitement exact, avant qu'on se desaisisse des preuves à l'appui. Cette mo • tion a été approuvée sans aucune opposition. »

Le premier et le second Monastère de la Visitation devaient, à peu de chose près, avoir une composition identique d'éléments.

C'est dans ce milieu que Mnie de Warens fut tentée de se fixer, après sa conversion, pour le reste de ses jours. Elle ne donna pas suite à ce projet.

DE

Mme DE WARENS

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DE

Mme de WARENS

Au sortir de la Visitation, Mm« de Warens alla demeurer dans une maison qui avait servi d'habitation à Mgr de Rossillon de Bernex.

Les notes suivantes, extraites soit des Confessions, soit de la Vie de M. de^ossillion de Bernex, reconstituent le caractère de cette demeure, dans ses détails :

« La maison qu'habita Françoise-Louise- Éléonore de La Tour, épouse du Seig1' Baron de Warens, était la maison de Boëge ; elle était vieille et composée d'une anticham-

i86 l'habitation

bre , appartement, cuisine, cour, jardin et ruisseau...

« Un passage était derrière cette maison. . .

« Ce passage conduisait par une fausse porte à l'église des Cordeliers (soit la cathédrale)...

« Ce passage était entre un ruisseau à main droite, et ce ruisseau [le Thiou] séparait la maison du jardin et du mur de la cour ..

« La pièce de rez-chaussée ou chambre de Rousseau était sur ce passage...

« Le bâtiment des Cordeliers était attenant à la maison de Mme de Warens...

« Le four des Cordeliers était dans le bâtiment des Cordeliers et ce four donnait dans la cour de M"" de Warens...

« Ce four était contigu a cette maison et contenait un bâtiment assez grand...

« Mma de AYarens n'était qu'à vingt pas de la Maîtrise de la Cathédrale. . .

« Le jardin était vis-à-vis d'une ancienne fenêtre de Rousseau et au-delà du ruisseau d'où l'on découvrait la campagne...

« Rousseau avait de la verdure devant

ses fenêtres, un charmant paysage, des fleurs, des vergers...

« Cette maison était assez grande pour avoir une belle pièce de réserve...

« M°" de Warens fit de cette pièce de réserve sa chambre de parade où logea J.-J. Rousseau... »

Cette maison figure sur le plan cadastral de 1730, au nom de noble de Boëge de Contiens, sous le n" 2380. et était située dans une impasse vulgairement connue sous le nom de Cul-de-sac .

En parcourant les registres municipaux d'Annecv.on trouve que ce quartier a changé bien souvent de nom ; il s'appelle :

l{uc du Four en 1462, à cause du four public qui y était établi ;

Rue Juivcrie en 1 5 5 1 ;

Rue Exchaquet en 1551. du nom d'une famille riche qui l'habitait ;

Rue Saint-François en 1674, à cause du couvent des Franciscains, soit Cordeliers ;

Rue Saint-Pierre en 1780, depuis le départ

des Cordeliers et la construction du nouvel évéché ;

Rue Rousseau, en suite d'une délibération municipale du 13 février 1794 ;

Rue de V Evêcbè en 1816, soit depuis la Restauration.

Antérieurement au séjour de Mm* de Warens, son habitation avait servi d'atelier monétaire ; voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans le Pourpris Historique, de C- Auguste de Sales, page 189 :

« L'an 155 1, Damoiselle Louise Echaquet, veuve de noble Jean de Contiens : c'est par elle que la maison de La Monnoye (1) en la rue Juifverie, proche de l'église de Saint- François, a été faite des appartenances de la maison de Contiens, autrement ditte de Boëge. »

M. Théophile Dufour, directeur des Archives de Genève, a publié dans la Revue savoisienne, journal de la Société florimon-

(\) Ainsi nomméo parce qu'elle était, do 1356 à 1391, l'habitation de Pierre- Ambroise d'Arbicis, le maître de la monnaie sous les comtes de Genève.

tane, 19e année, N° 7, 31 juillet 1878, un article intitulé : « Jean-Jacques Rousseau et Mnie de Warens ; notes sur leur séjour à Annecy, d'après des pièces inédites. » Parlant de la « vieille maison assez grande » qu'habitait Mme de Warens, il dit : « Elle eut pour voisins les Cordeliers, les frères fourniers qui desservaient le four des Révérends Pères, le chanoine de la Valbonne, les frères Domenjod, le seigneur de Prangin, le seigneur de Miribel, prévôt de la cathédrale, etc. (1). — La « pièce de réserve » ou « chambre de parade, » qu'habita Jean-Jacques, donnait sur un passage « conduisant par une fausse porte à l'église des Cordeliers » (la cathédrale actuelle), et dans ce passage, situé derrière la maison, se trouvait l'heureuse place qu'il eût voulu entourer d'un bahtstre d'or, en souvenir de sa première entrevue avec Mme de Warens. « Au-delà du ruisseau (2), » qui séparait la maison du jardin (3), « on découvrait

11) Visites de quartiers 1728, 1729, 1730. (Archives départementales.)

(2) Le Thiou.

(3) X" 275 du plan cadastral de 1730 : u Jardin de Xe Jacques de Boè'ge de Contiens. „

la campagne.» En effet, la rue Royale n'existant pas encore, la vue pouvait s'étendre sur la plaine des Fins et sur les coteaux voisins de Gevrier et de Meithet (1).

« La rue actuelle de l'Evêché (2), ainsi désignée depuis 1822, portait, en 1462, le nom de la rue du Four, à cause du four public qui y était établi. En 1551, elle s'appelait rue Juiverie ou rue Exchaquet; en 1674, le voisinage du couvent des Cordeliers lui avait fait donner le nom de rue Saint-François. Après le départ des Cordeliers et depuis la construction du nouvel évéché, elle devint la rue Saint-Pierre (1780). Le 25 pluviôse an II (13 février 1794), un arrêté municipal la dénomma rue Rousseau. Dès le 19 décembre 1792, on lit dans les registres des délibérations municipales (3) :

(\) La maison occupée par M^'dc Warens a été démolie, en partie, en 1784, lors de la construction de l'évèché actuel. (Jules Philippe, Annecy et ses environs, 3° édit., p. 103. J

(2) C'était autrefois une impasse, et c'est pour cela que de nos jours encore on l'appelle le Cul-de-Sac. (Voy.P.-F. Poncot, La cathédrale d' Annecy et si s tombeaux, 1S7G, p.

et 49.)

(3) Vol. 58, fol" 18 et 19. (Arch. municipales.)

« Séance du soir.

« Deux Commissaires de la Société

des amis de la Liberté et de l'Egalité ayant été annoncés à la Barre, après avoir obtenu la parole, ont fait la pétition que la Municipalité autorise ladite Société de faire élever un arbre de la Liberté aux mânes et devant la maison qu'a habitée l'immortel Jean-Jacques Rousseau, rue de Saint-François, et que cette rue soit inscrite et s'appelle dès à présent Rue Rousseau.

« Cette pétition a été appuyée et mise aux voix : ouï le procureur de la commune, a été arrêté, à l'unanimité, que la Municipalité ne s'oppose point à ce que les pétitionnaires, soit la Société, fassent élever l'arbre de la Liberté dans l'endroit par eux proposé, et que la rue Saint-François, à commencer dès les maisons Despine et Magny jusqu'au fond du Cul-de-Sac , sera inscrite et dénommée dès ce jour Rue Rousseau. »

Peu de jours après, les i" et 3 janvier 1793, le club des Jacobins d'Annecy s'occupa de -cet arbre de la Liberté (1) :

(1) Reg. des délibérations, iris, de U pages, appartenant la Soeiété ttorimontaue.

192 l'habitation

« Séance du 1" de i~]Ç)y, an II de la R. F.

« Président : Doppet, par intérim.

« Secrétaires : Favre et Marchand.

« Un membre a demandé l'exécution d'un précédent arrêté au sujet de la plantation d'un arbre de la Liberté devant l'emplacement qu'occunait la maison qu'avait habitée J.-J. Rousseau, et que des Commissaires fussent nommés pour le faire de suite couper, de peur qu'en temporisant, les neiges abon dantes ne vinssent à en empêcher. — Renvoyé au Comité d'administration. 0

« Séance du } janvier 1793.

« Un membre demande à la Société, au nom du Comité d'administration, que le transport de l'arbre de la Liberté, que la Société a arrêté de faire planter en l'honneur de l'immortel J. -Jacques, devenant extraordinairement cher à cause de la grande quantité de neige et des glaces, puisqu'on demande 60 livres, que la Société statue à cet effet. Un autre membre fait la motion que cette entreprise se donne à l'enchère.

« Burnod offre de faire venir un arbre pour }6 livres. Accepté. Le président Doppet observe à la Société que J. -Jacques ayant toujours aimé la solitude et la simple nature, le plus beau monument qu'on pourrait élever aux mânes de ce grand homme serait un arbre avec toutes ses branches et ses racines, qui s'étendrait dans les airs, et dont le feuillage ombragerait les amants de la Liberté, qui viendraient comme les anciens philosophes étudier et instruire les jeunes citoyens au pied et à l'ombre de cet arbre sacré.

« Un frère d'armes fait la motion que l'arbre qui convient le mieux est le peuplier d'Italie, comme étant celui qui s'élève dans les airs et surtout parce que les cendres de J. -Jacques reposent dans l'île des Palmiers [lis. Peupliers] qui fait une partie des Jardins d'Ermenonville.

« Il propose que le peuplier remplace, quand la saison le permettra, l'arbre que la Société va bientôt faire planter.

« Le Comité d'administration est chargé de veiller à la plantation de l'arbre de la Liberté dans la rue Rousseau. »

Le 16 mai 1840, M. Chaumontel, syndic d'Annecy, proposa au Conseil deVille de démolir et de reculer le portail de l'ancienne maison Thyrion, jadis habitée par Mme de Warens. Ce portail faisait, dans la rue, une saillie de plus de deux mètres en avant de l'alignement du palais épiscopal. La démolition et l'acquisition du terrain coûtèrent à la ville 5,000 fr. M. Sauthier-Thyrion fit transporter à Veyrier, à l'entrée de sa villa, tous les ornements de sculpture qui figuraient sur le portail et qui avaient été les témoins du séjour de Mme de Warens et de Jean-Jacques Rousseau à Annecy.

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