EA CONVERSION
dire : C^est bien. ! Elle ne m'a point parlé ; mai s j ' ai t ont compris^ . »
La conversion peut être instantanée, sans qu'elle soit accompagnée de ces phénomènes extraordinaires. Nous en avons, un exemple dans un contemporain de Ratisbontie^. lui aussi d'origine Israélite, Hermann Cohen, devenu en religion Le P. Augustin-Marie du Très Saint-Sacrement, Carme déchaussé. Pianiste célèbre, il est appelé en mail847 à suppléer le directeuar d'un chœur d'artistes à Téglise Sainte- Valère, rue de Bourgogne, à Paris. Plusieurs vendredis de suite, au moment où le prêtre élève l'ostensoir pour la bénédiction du Très Saint- Sacrement, il ressent une- émotion extraordinaire, mélange de remords et d'attirance, si bien qu'il ne peut résister au désir de s^instruire de la religion cath:oliqu.e. Un prêtre lui remet V Exposé de la Doetrine chrétienne de Lhomond. Dans cet état de tension inquiète, Hermann part pour Ems, en Allemagne.
Un dimanche, il assiste à- la messe.
1. Témoignage du baron de Bassières dans la brochure qu'3 publia sous ce titre : Venfanè de Marie. Un frère de. plus. Avignon, 1842. — Cité dans, la. traduction française (2" éd.) de William James, VExpérience religieuse, Paris et Genève, 1908, p. t^2.
« Au moment de l'élévation, a-t-il raconté, tout à coup, je sens éclater à travers mes paupières un déluge de larmes... Il me souvient d'avoir pleuré quelquefois dans mon enfance ; mais jamais, non jamais, de semblables larmes ne m'avaient été connues. Pendant que j'en étais inondé, je sens surgir, du plus profond de ma poitrine lacérée par ma conscience, les remords les plus déchirants sur toute ma vie passée.
Soudain et spontanément, comme par intuition, je me mis à offrir à Dieu une confession générale intérieure et rapide de toutes mes énormes fautes depuis mon enfance ; je les voyais là, étalées devant moi par milliers, hideuses, repoussantes^ révoltantes, méritant toute la colère du Juge souverain... Et cependant je sentis aussi à un calme inconnu qui bientôt vint répandre comme son baume consolant sur toute mon àme, que le Dieu de miséricorde me les pardonnerait, qu'il détournerait les regards de mes crimes, qu'il aurait pitié de ma sincère contrition, de ma douleur amère. Oui j-e sentis quïl me faisait grâce et qu'il acceptait en expiation ma ferme résolution de Taimer par-dessus tout et de me con-
vertir à Lui désormais. En sortant de cette église d'Ems, j'étais chrétien, oui, aussi chrétien qu'il est possible de l'être quand on n'a pas encore reçu le saint bapté^le^ »
De nos jours la grâce fait encore de ces coups, et dans les conditions les plus diverses. Dans Roâds to Rome, le R. P. Robert Brace\'', de Tordre de Saint-Dominique, nous en fournit un cas typique. « Quand je cherche, dit-il, à rendre compte de la manière dont j'ai été amené à l'Eglise catholique, je n'ai pas à retracer l'histoire d'une évolution intellectuelle compliquée ou d'une lutte pénible avec de difficiles problèmes. S'il est permis de comparer les petites choses aux grandes et aux héroïques, la foi m^est venue, comme elle vint à saint Paul, par le moyen d'une soudaine illumination, sans lutte ou effort de ma part. »
Elevé dans un milieu nettement « basse Église )),tout autour de lui, sermons, conversations, livres, respirait la haine de la papauté et du ritualisme, si bien qu'avant l'âge de douze ans, la seule vue d'un prêtre ou d'un crucifix excitait son horreur. Sur
1. Vie dn JR. P. Hermann, par l'abbé Charles Sylvain, 4* édition, Paris, 1909, p. 44-45.
l'Eglise catlioiîque, il n'avait lu ou entendu que des choses hostiles et mai veillantes ; l'idée qu'il s'en faisait était pure caricature, et il estimait que tous les catholiques étaient nécessairement des dupes ou des coquins.
« En un jour que je ne saurais oublier, alors que j'étais dans ma seizième année, je me rendis à l'oratoire d'Edgbaston pour la grand'messe. J'y étais déjà allé une fois ou deux, poussé principalement par le désir de voir Newman, et je n'avais pas été du tout impressionné.
Et je me rappelle très bi-en, en cette occurrence, mon mépris pour toutes les choses que je voyais et ma parfaite ignorance de leur signification. Il arriva que ce matin-là le sermon fut des plus misérables, et leprédicateur pataugea lamentablement.
Et cependant ce fut au milieu même de ce sermon que là foi me vint.
Je trouvai subitement, — comment, je ne sais, — que je croyais en cette religion dont je savais si peu de chose ; à mon grand déplaisir, — car je prévoyais les peines et les difficultés qu'un tel changement impliquerait, — je découvris que j'étais catholique.
Je sortis de l'église^ les idées me tourbillonnant dans la tête, mais aussi certain de la vérité du catholicisme que je le suis aujourd'hui, et tout prêt à abandonner toutes choses pour son amour. Ce soir-là^ pour la première fois depuis Tâge de huit ans, je dis mes prières- le lendemain matin, j'achetai quelques livres catholiques et me mis à les étudier avec ardeur.
Plus j'en lus, plus je fus satisfait; très tôt je me sentis capable d'apporter des arguments en faveur de la foi qui était en moi; naais la ferme conviction était là, avant que les lectures aient commencée »
En France^ un des témoins du renouveau catholique nous offre un exemple analogue de conversion subite, exemple d'autant plus intéressant qu'il nous vient d'un grand réaliste, Paul Claudel.
A dix-huit ans, il avait perdu toute foi, oublié toute religion et était à l'ëgard du catholicisme « dans une ignorance de sauvage ». Seule la lecture d'un étrange poète, Arthur Rimbaud, avait ouvert « une fissure dans son bagne matérialiste » . Mais