CHAPITRE V
L'interprétation religieuse des faits de conversion.
Par un juste retour, le théologien, qui s^instruit à la lecture des récits de conversion, a bien aussi son mot à dire quand il s'agit de les interpréter. Les certitudes dogmatiques, au service de la finesse psychologique, seront toujours la meilleure clef pour pénétrer en ces mystères de la grâce. Il serait fort à souhaiter^ pour la clarté des idées, que dans la littérature religieuse, apologétique ou purement descriptive, on délimitât les sens divers du mot de conversion.
De nos jours son élasticité sert à couvrir des attitudes qui demanderaient à être distinguées: passage de l'incrédulité à la foi, passage^ dans un fidèle, d'une vie coupable à la piété et à la ferveur. Ces phénomènes spirituels peuvent s'éclairer les
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uns les autres. Ce n'est pas une raison pour supprimer toute disti action, pour ramener toute conversion au passage de l'impiété à la piété, comme le fait par exemple William James. Foi et charité sont deux vertus théologales distinctes, et qui ne se tiennent pas par des liens d'absolue réciprocité : si l'on n'a pas la charité sans la foi, on peut avoir la foi sans la charité.
Les distinctions entre foi nue, désolée, et foi sentie, consolée, entre assentiment intérieure et foi extériorisée, ne sont pas non plus sans projeter quelque clarté sur les histoires de conversion ; et les règles de saint Ignace sur le discernement des esprits peuvent trouver ici une légitime application. Au moment de la conversion, entre l'adhésion intérieure et la profession publique de la foi catholique, il n^est pas rare que le converti passe par d'étranges désolations. L^obstacie peut être principalement extérieur: des oppositions de famille retardent une abjuration ; le mauvais esprit en profite pour jeter l'âme dans l'inquiétude et le trouble. M™° d'Arras, qui connut cette épreuve, la décrivait ainsi :
« Les jours passaient pour moi dans une tristesse indicible ; je pense que je serais montée avec joie à Téchafaud ou au bûcher, si on m'avait dit : Vous avez la permission de vous faire catholique! En même temps, il se livrait en moi des combats terribles : Avais-je raison ? La religion catholique était-elle vraie ? Qui sait? peutêtre, après avoir tant fait souffrir mes parents, je me trouverais dans l'erreur? Il est impossible dédire ce que je souffrais...
Je priais. Mais là aussi, quel tourment I Je n'osais pas réciter des prières catholiques, me demandant si ce n'était point mal agir ; je ne pouvais pas non plus faire des prières protestantes. Il y avait là une grande erreur, car je pouvais dire le Pater, les psaumes, le Te Deum. Mais je n'avais que dix-huit ans, j^étais faible de caractère^ très tourmentée, et j'étais seules d
En d'autres cas, l'obstacle sera surtout intérieur: la foi s'est implantée, mais des préjugés subsistent, qui tiennent au milieu, à l'éducation, aux premières croyances.
1. Une Anglaise convertie, parle P. H. d'Arras, Paris, 1909, p. 35.