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mettre qu'ils peuvent avoir une connaissance expérimentale des opérations de Dieu en eux. Nous acceptons sans peine les affirmations très nettes de sainte Thérèse sur ce points Mais attribuer cette connaissance expérimentale certaine de l'action divine à tous Les convertis, c'est vraiment leur faire une part trop belle et que beaucoup ne prétendent nullement revendiquer.

Dans certains cas, un converti, comparant ce qu'il était hier et ce qu'il est aujourd'hui, pourra voir dans ce changement un signe évident que Dieu est intervenu dans la transformation de son éme. Mais tous ne font pas cette inférence expérimentale ou avec une certitude absolue, et chez ceux qui y parviennent, la pleine assurance semble consécutive à la conversion plutôt que parallèle. L'acte de foi ne s'accompagne pas nécessairement ou ordinairement d'une réflexion sur le fait intérieur, comme objet représenté à la conscience, ou d'une perception de l'action divine s^exerçant au centre des facultés humaines.

1. Voir par exemple Château intérieur, p. 134, 288. (édition des Carmélites de Paris

Le R. P. Mainage recannaît que norabre de convertis dans leurs autobiogrçiphies ne font pas mention de ce « dualisme » qui aiirait existé dans leur âme : ainsi « Newman dans son Apologie, Chapman dans VAme Anglicane, Brunetière dans ses conférences, Coppée lui-même dans la Banne Souffrance, le docteur Francus dans son opuscule Comment je suis arrivé à croire et bien d'autres dont il est inutile de citer les noms. » L'omission s'expliquerait par ce fait « que cette description ne rentrait pas dans le cadre que [ces] auteurs s'étaient proposé de remplir en nous livrant leurs confidences. Beaucoup d'entre eux... ont voulu nous donner leurs raisons de croire et non pas nous initier aux expériences intimes qu'ils avaient réalisées parallèlement à leur enquête intellectuelle K »

Nous ne pensons pas que cette ^explication rende compte de tant de silences. La véritable raison nous parait être que l'expérience directe de l'action divine, appréhendée comme telle, n'est pas le fait ordinaire des convertis, que tout au contraire

1^ La, Psychologie, de la conversion, p. 222.

la grâce reste le plus souvent anonyme et revêt la forme de « cette impulsion très secrète », instinctus occultissimus , dont parle saint Thomas après saint Augustin, « qui s'exerce sur les esprits des hommes sans qu^ils en aient la conscience distincte », quem nescienies humanse mentes patiantur^.

Mg'^ Hugh Benson décrivait exactem.ent, ce semble, l'état d'âme de maint converti, lorsqu'il notait ses impresions, lors de sa réception dans l'Eglise catholique :

« Je ne crois pas que personne soit jamais entré dans la Cité de Dieu avec aussi peu d'émotion que moi. J'avais l'impression d'être devenu absolument insensible ; et je n'éprouvais ni joie ni tristesse ni crainte ni exaltation. Je voyais devant moi la vérité se dressant là comme un pic neigeux et j'avais à me rendre à elle... J'essayais bien de

1. Saint Thomas, ll^» IP% q. 171, a. 5. — On peut voir dans le même sens l'article du R. P. Harent, Expérience et Foi, dans les Études, t. cxv (1903), p. S9 sqq. ; le livre du R. P. Bainvel, Nature et Surnaturel, 4« édition, Paris, 1911, p. 303 sqq, ; l'article du R. P. Pinard, Expérience religieuse, dans le Dictionnaire de théologie de Vacant- Mangenot, col. 1812 ; l'article du R. P. Roure, la Conversion, dans les Études, t. cxLVi (1916), p. 298,

réchauffer cette froideur qui m'avait envahi : mais tous mes efforts échouaient à plat. En un mot j'étais profondément apa~ thique et sans l'ombre d'une illusion sentimentale ^ »

Un peu plus loin, il revenait sur la même constatation, avec l'insistance du psychologue et du directeur d'âmes, qui n'ignore pas les dangers de l'illuminisme :

« Après quoi il va sans dire que, si même j'avais eu alors des expériences spirituelles mémorables, je me croirais tenu de n'en point parler; mais vraiment je n'en ai eu d'aucune sorte. Il n'y avait rien en moi, me semblait-il, qu'une certitude absolue d'accomplir la volonté de Dieu en entrant dans son E^jUse. Nulle trace chez moi d'élévations mystiques non plus que de tentations contre la foi, et je dois même avouer que cet engourdissement s'est prolongé non seulement jusqu'à ma réception dans l'Eglise et à ma première communion, mais aussi pendant les quelques mois suivants . . . Je me permets de faire mention de cela

1, Lqs Confessions d'nn converti, p. 207.

parce que j'ai connu plus d'un converti qui semblablement s'est trouvé surpris et déçu de l'insensibilité qui accompagnait pour lui les débuts de la vie catholique. L'âme s'était attendue à voir les cieux s'ouvrir et à voir jaillir des flots abondants de grâce, des torrents de plaisir, une gloire éblouissante et une musique supra-terrestre ; et au lieu de ces merveilles rien n'était des^ cendu sur cette âme qu'un immense fardeau, dans une sorte de brouillard percé simplement d'un unique rajon — le rayon qui venait de l'étoile de la foi divine, aussi ferme et sûr que Dieu sur son trône \ »

Là même où la conversion est accompagnée de dilatation de l'âme ou d'exaltation, il peut arriver et il arrive que ces sentiments ne se révèlent pas immédiatement à la conscience comme le produit direct de l'action divine. Rien de plus délicat que le

1. Ibid., p. 212-213, — On pourrait rapprocher de cette description psychologique la page des Exercices spirituels de saint Ignace sur le troisième temps de l'élection : l'âme fait choix d'une vie plus parfaite en religion ou dans le monde, ce sans qu'elle soit agitée par les divers esprits, et en usant librement et tranquillement de ses puissances naturelles ». Par ce dernier mot, saint Ignace n'exclut pas la grâce, mais la grâce sentie.

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discemeiïient des esprits, même à l'aide des règles que nous ont laissées les maîtresde la vie spirituelle. Il y faut d'ordinaire un sens des choses divines et humaines affiné par une longue pratique de la vie intérieure ; et combien de convertis qui ignorent ces règles?

Tout ce que nous nions, c'est l'universalité chez les convertis d'une expérimentation directe et immédiate de l'action divine, non l'existence de cette expérience dans un certain nombre de cas qui restent l'exception. Encore parmi ceux qu'on serait tenté de citer, serait-il loisible d'introduire quelques distinctions : ainsi pour Pascal et sa « seconde conversion » de 1654, dont on fait si souvent état. A lire le célèbre Mémorial du 23 novembre 1654, un pascalisant peut soutenir que son auteur avait ou croyait avoir le sentiment immédiat d'une touche divine. Mais il est permis de se demander si la conversion date de ce 23 novembre 1654, et si déjà Pascal n'était pas résolu à une renonciation qui, pour n'être pas « douce )>, n'en était pas moins « totale ». Nous avons pour Faffirmer un texte que les éditeurs de

Pascal dans la collection des Grands écrivains, MM. Brunschvicg, Pierre Boutroux et Gazier, qualifient le « capital », comme provenant du « témoin le plus capable de lire dans la conscience religieuse » de l'auteur des Pensées ^ C'est une lettre de Jacqueline Pascal à M"^^ Périer {25 janvier 1655) où elle raconte une visite que Biaise lui avait faite fin septembre 1654, deux mois avant le Mémorial.

« Il me vint voir et à cette visite il s'ouvrit à moi d'une manière qui me fit pitié^ en m'avouant qu'au milieu de ses occupations qui étaient grandes et parmi toutes choses qui pouvaient contribuer à lui faire aimer le monde et auxquelles on avoit raison de le croire fort attaché il estoit de telle sorte sollicité de quitter tout cela^ et par une aversion extrême qu^il avoit des folies et des amusements du monde et par le reproche continuel que luy faisoit sa conscience, qu'il se trou voit détaché de toutes choses de telle manière qu'il ne l'avoit jamais esté de la sorte, n'y rien d'approchant; mais que d'ailleurs il estoit dans un si

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