Œuvres de Pascal, t. iv, p
tion opérée par une force d'en haut\ Le,s revivais ont la prétention de renouveler la scène de la Pentecôte^ avec descente du Saint-Esprit se manifestant par des impressions irrésistibles, qu'un témoin et acteur comparait à des ondes électriques traversant l'être de part en part.
Le protestantisme ayant gardé quelques parcelles de vérité où la grâce divine trouve un point d'appui, il se peut que tout ne soit pas supercherie ou hallucination dans ces manifestations religieuses, et que certains de ces « convertis » fassent vraiment un acte de charité ou de contrition. Raison de plus pour que les conversions au catholicisme se singularisent par des qualités propres, une manière à elles, des fruits, qui en font un véritable miracle moral, sans rivalité possible. L'essentiel ici, comme dans le témoignage que peuvent rendre au catholicisme les mystiques proprement dits, ce ne sont pas tant les paroles que les actes et la vie ^. Il doit appa-
1. "William James, op. cit., cite de curieux exemples au chapitre de la conversion.
2. Cf. l'article du R. P. L, de Grandmaison, VÉlèment mystique dans la Religion, dans les Recherches de Science religieuse, t. i, 1910, p, 203.
radtre entre le païen, rincrédule ou l'impie d'hier et le catholique d'aujourd^hui, un tel changenient qu'il se place en dehors des lois d'une psychologie purement naturelle et suppose en faveur du catholicisme une intervention unique de Dieu. La présentation de l'argument tiré des conversions ne sera qu'un mode particulier de la mise en relief de cette sainteté et de cette fécondité inépuisables de l'Eglise catholique, que célèbre le Concile du Vatican.
Tl est assez clair que cette présentation ne se coulera pas nécessairement en un moule unique. Il s'agit ici d'une induction surnaturelle, et cette induction est susceptible de formes très variées. Suivant une remarque du P. Pierre Rousselot, « il ne faudrait pas croire que le signe de l'Eglise dont parle le Concile du Vatican, doive prendre nécessairement la forme d'une considération sur l'ensemble de l'histoire ecclésiastique ou même sur l'action totale de l'Es^lise dans le monde au moment où nous vivons. La sainteté d'une grande chrétienne, ou les fruits merveilleux de la sainte communion, tout cela rentre dans
la preuve par l'Eglise^ ». Pour une âme mobile aux touches de l'Esprit-Saint, et à qui cette docilité donne le perçant du regard, un fait ou quelques faits peuvent suffire pour qu^elle reconnaisse le doigt de Dieu : la conversion d'un saint Paul, d'un saint Augustin, d'un saint François d'Assise, d'un saint Ignace, avec les fruits merveilleux qui en sont résultés, la remplira d'une absolue certitude. Mais comme l'apologiste doit regarder moins telle ou telle âme privilégiée que l'humanité commune, son rôle sera d'aider le plus qu'il pourra celui qui cherche, et de même que dans l'induction naturelle on multiplie épreuves et contre-épreuves, il aura à rassembler, à grouper, ou, comme disait Sa vonarole en son Triumphus Crucis, à « mettre en tas ;>
1. Les Yeux de la foi, dans les Recherches de Science religieuse, t. i (1910), p. 258, n. 3. — Dans les Impretsions de guerre de prêtres-soldats, recueillies par le R. P. Léonce de Grandmaison, t. ii, 1917, un des récits du P, Louis Lenoir, la Confession, du Juif, illustre de façon touchante cette assertion. Un soldat juif, que son caporal catholique avait pris en affection, est blessé mortellement dans une patrouille ; il exprime à son caporal le désir de mourir catholique. « Jean, qu'il me dit, j'ai bien réfléchi, y a que la vraie religion qui a pu te faire si bon pour moi ; je veux mourir dans cette religion-là. Faut que tu me confesses... »
le plus grand nombre possible de faits éclatants.
C'est ainsi que dès les origines du christianisme les Pères ont compris l'argument.
« Voyez, disaient-ils aux païens, ce qu'étaient hier ceux que vous persécutez ; voyez ce qu'ils sont aujourd'hui. Ils étaient des milliers et des milliers qui roulaient emportés par les flots du vice. Et maintenant, quel changement 1
« Ils se marient comme tout le monde, engendrent des enfants, mais ne les abandonnent pas. Ils dressent la table commune, mais non la couche. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils habitent sur terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur conduite dépasse les lois. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. Ou les couvre d'ignominie et ce leur est un sujet de gloire... On les insulte et ils bénissent ; on les outrage et ils se montrent déférents. Bienfaisants, ils sont punis comme méchants; punis, ils se réjouissent comme nés à une vie nouvelle...
Tout cela n^apparait point comme l'œuvre de l'homme ; c'est la force de Dieu, ce
sont les preuves de sa « parousie^ ».
Saint Augustin se plaira à reprendre cet argument, à montrer les conversions au seul vrai Dieu se multipliant à travers les villes, les bourgs et les campagnes, et le rappel global de toutes ces merveilles lui paraîtra suffisant pour couper court à toute vaine dispute^.
Notre époque ne connaît plus guère ces conversions par masses, ces rénovations de sociétés entières. Ce sont d''ordinaire des individus isolés ou des groupes restreints qui viennent au Christ. Tout en gardant son armature traditionnelle, l'argumeat fondé sur les conversions devra se plier à ces circonstances nouvelles. Au lieu de considérer les conversions par blocs comme faisaient les Pères, l'apologiste aura à faire valoir les cas individuels. L'argument prendra d'autant plus de relief que les exemples seront nombreux et surtout bien choisis ; car ici qualité importe plus que quantité, les transformations profondes chez les plus grands et les plus saints étant