LA COMMISSION PERMANENTE
leur être utiles : à Monsieur, comte de Provence, au comte d'Artois, au duc d'Orléans, au princede Condé, au duc de Bourbon, au duc d'Enghien. Le prince de Beauvau (1), le duc de Brancas (2), Villedeuil (3), ministre du département, le garde des sceaux (4) furent également suppliés de « vouloir bien les protéger auprès de Sa Majesté )) (5). Une commission était créée en permanence cliezlecomtedePorrières, syndic de l'ordre. Elle devait s'appliquer à veiller (( à tout ce qui intéressait les fiefs )), surtout au bon succès des négociations entamées.
Toutes ces délibérations avaient été prises à la presque unanimité des présents. Dix membres ab-
(1) Charles Just de Beauvau, né à Lunéville le 10 novembre 1720, brigadier d'infanterie en 1746, maréchal de camp en 1748, lieutenant général en 1758, gouverneur du Languedoc, puis de Provence, l'un des quarante de l'Académie française en 1771, maréchal de France le 13 juin 1783, ministre d'État en 1789 et 1790, mort le 19 mai 1793. Il était prince du Saint Empire, grand d'Espagne de première classe, chevalier des ordres du roi. (Vo3^ A.
Brette, La convocation des Etats généraux. Paris, 1894, t. I p. 388 et VAlmanach de Marseille, 1789, p. 147).
(2) Louis Paul de Brancas, des comtes de Forcalquier, duc de Cereste Brancas, prince de Nizarre, seigneur de Robion et autres lieux, grand d'Espagne de la première classe, lieutenant général des armées du roi et lieutenant général pour Sa Majesté au gouvernement de Provence, gouverneur des ville et château de
Nantes ; se fît représenter par procureur à l'assemblée générale des trois ordres de la sénéchaussée de Forcalquier, le ler avril 1789, et fut élu premier député de la noblesse des sénéchaussées de Forcalquier, Digne, Sisteron et de la vallée de Barcelonnette, le 15 avril.
(3) Pierre Charles Laurent de Villedeuil, secrétaire d'État au département de la maison du roi.
Il touchait en cette qualité 201,000 livres de traitement, plus 3,300 livres, comme conseiller d'État semestre. (Voy. A, Brette, op.
cit., p. 356). 11 donna sa démission le 12 juillet 1789 et fut remplacé le 19 par François Emmanuel de Guignard, comte de Saint-Pricst.
(4) Charles Louis François-de- Paule Barentin. Ses lettres de provision datent du 19 septembre 1788. Il donna sa démission le 3 aoiit 1789.
(5) Arch. des B.-du-Rh.,C. 111, fol. 275 recto.
sents s'empressèrent d'y adhérer aussitôt qu'ils en curent connaissance : MM. de Castellane Majastres, de Castellane Mazaugues, Glandevès de Niozelles, de Pierrevert, de Pontevès Gien, Glandevès du Castellet, Benault de Lubières, Raimond d'Eoulx, Colbert du Canet et d'Allard de Néoules. Au moment de signer le procès-verbal, une voix s'éleva pour protester : celle du président d'Albert de Bormes. Dans tout l'ordre des possédants fiefs un seul homme s'était donc trouvé pour s'opposer à une faute. J'en excepte Mirabeau que ses pairs traitaient en quantité négligeable.
Restait à se prononcer sur la proposition de M. de Gautier d'Artigues. On ne pouvait affecter le même dédain à son égard ; ce privilégié s'était tenu sur le terrain constitutionnel et avait droit au moins à un semblant de politesse. L'immense majorité des seigneurs fieffés ne voulait pas d'un règlement qui leur liât les mains. Mais discuter ce point litigieux en séance solennelle, c'était rendre plus évidentes les dissensions de l'ordre ; il faudrait les consigner dans le procès-verbal ; tout cela ne servirait qu'à aigrir les esj)rits et Mirabeau , avec sa brutalité coutumière, pouvait encore intervenir. On résolut d'étouffer toute discussion. Le 22 janvier, la fameuse commission se réunit chez M. de Porrières et décida d'écarter toute espèce de règlement. Les motifs de cette résolution ne sont pas à son honneur. D y était dit que la noblesse ne devait engager l'administration en aucune manière et a cela avec d'autant plus de raison que rachninislration ne pouvait exister que par les principes de confiance et de confraternité qui l'ont fait étiibUr. D'ailleurs la nature des affaires, le secret qu'elles peuvent exiger, la nécessité de les expédier