LA CONSTITUTION PROVENÇALE
n'était pas d'hier que la constitution provençale avait élevé une sage barrière entre les biens. Tout pour et par le fief, c'avait été la devise de leurs aïeux ; ce serait encore la leur. Il fallait en vérité comploter le bouleversement de toute chose pour s'imaginer que les propriétaires de rotures pussent représenter autre chose que des rotures; puisque la constitution les avait placés dans le troisième ordre, c'est dans le troisième ordre qu'ils devaient voter. Les possédant fiefs ne se demandaient pas si cette constitution qui avait permis de telles inconséquences était ou non vicieuse, si les circonstances difficiles qu'ils traversaient n'exigeaient pas qu'on la remaniât, qu'on atténuât, sinon qu'on fît disparaître ses injustices. La constitution était, et par cela seul, tous, roturiers et fieffés, devaient témoigner à son égard de la plus profonde vénération. Elle avait pour elle la poussière des siècles ; même depuis 1622, nul n'y avait touché, les États de cette époque ayant prononcé « qu'elle formait et devait former la loi de tous les temps » (1). Les contemporains de Louis XllI prétendant enchaîner la volonté de leurs arrière-neveux, n'est-ce pas bien étrange? Il est vrai que le conseil d'État était venu à la rescousse, déclarant par trois fois, en 1700,1716,1718, la décision de 1622 intangible. Il ne restait plus qu'à lancer l'anathème sur les sacrilèges qui oseraient y porter la main ou simplement en médire.
On reste un peu étonné, pour ne pas dire plus, devant la puérilité de ces arguties. Était-ce bien le fait d'hommes de réflexion et de sagesse? Parce qu'une constitution comptait un nombre d'années respec-
(1) Arch. des B.-du-Rh., C. 111, fol. 278 recto.
table, en était-elle meilleure et plus appropriée aux exigenees des temps V Vénérable sans doute, sacrosainte non pas. Eux pourtant la considéraient comme telle. Et c'est pour cela que, reculant devant ce que « cette nouveauté pouvait avoir d'elFrayant dans ses eîïets )>, ils voulaient douter encore de sa réalité, (tétait le fruit d'une erreur. Ceux qui s'y étaient abandonnés n'étaient pas suffisamment instruits des véritables principes et des désordres que cette prétention pourrait entraîner après elle » (1). Ils reculeraient épouvantés devant les conséquences de leur prétention. Peut-être même auraient-ils l'âme assez liante pour faire amende bonorable devant la chambre de la noiilesse fieffée qui, selon toute apparence^ remise d'une alarme aussi chaude, leur accorderait son pardon, à condition toutefois qu'ils prissent l'engagement de ne plus la troubler à l'avenir par des ])ropositions aussi déplacées. Mais il fallait préparer cette conversion édifiante. Pour l'y aider, les possédant tiefs décidèrent qu'il serait dressé par le soin des syndics un mémoire qui réfuterait — ou essayerait de réhiter — les assertions émises dans celui des gentilshommes non fieffés, et que ce mémoire leur serait remis sans délai. Le temps pressait; les syndics firent diligence. Leur plaidoyer était fini le 29 janvier et communi([iié iuix insurgés.
La riposte ne se fit pas attendre (2). En présence
(1) Arcli. (k-s H -clu-Iîh., C. 111, Htats généraux et toute instrucfol. 278 verso. tien qui serait donnée aux dépu-
(2) ...« Les soussignés déclarent tés par les possédant fiefs se didésavouer rini|)rinK' portant pro- sant la noblesse de Provenee... « Icsttilion et déelanition de la pré- (Protestation et dêelaration des tendue <tsscnd)lëe (jênénde de In nohles non jwssédaid fiefs de la
noblesse de Provenee et pro- />///(• d'Aix. Aix, 1785), 1 vol. in-8»
testent de nouveau contre toute chez Pierre Joseph Caliiicn, rue
dépntatiou (|ui serait laite aux Plateforme).