LES PLAINTES DES NON FIEFFÉS A LOUIS XVI
d'une pareille infatuation, les non fieffés comprirent que tout essai de rapprochement serait inutile. Ils résolurent de recourir à d'autres moyens et, le 31 janvier, ils écrivirent au roi et à Villedeuil (1). L'adresse au roi était courte. Elle se bornait à faire entrevoir les conséquences de l'ostracisme dont les privilégiés les avaient frappés, ce Leurs prétentions, disaient-ils, humilie un corps nombreux en le faisant descendre dans un ordre inférieur, le rejette hors de tous les ordres et le frappe d'une sorte de paralysie politique et de mort civile ». La lettre à Villedeuil était plus explicite. Elle développait les motifs de la scission fâcheuse qui venait de se produire entre les nobles, protestait contre « l'usage abusif qui concentra dans les seuls possédant fiefs la représentation de la noblesse aux Etats provinciaux )> et faisait remarquer au ministre que , malgré qu'ils prétendissent le contraire, (d'ordre entier de la noblesse avait toujours été convoqué pour députer aux États généraux du royaume ». Puis étayant leurs réclamations sur des preuves non équivoques, les non possédant fiefs rappelaient que les Lettres de convocation de 1576, 1588 et 1614 avaient donné ordre aux sénéchaux de convoquer les trois états de leur ressort. Que fallait-il entendre par là sinon ce tous les nobles qui sont tous membres de l'état de la noblesse ? » Ils ne réclamaient donc pas un droit nouveau, ils demandaient seulement ce qu'on ne pouvait leur refuser, d'être maintenus dans leur droit essentiel. En effet, ajoutaient-ils, (( quand même il serait vrai que la possession des fiefs pût seule donner entrée dans les Etats particuliers de la Provence, jamais l'associa-
(1) Arch. nat., B^ 69, 31 janvier 1789.
tion des possédant fiefs ne pourrait prétendre représenter l'ordre de la noblesse aux États généraux )^. C'était signé ])ar le chevalier de Clapiers, Duranti Lacalade, d'André et d'Orsin.
Ainsi le débat s'élargissait. De la question subsidiaire les non ficfTés en venaient à la question prinprincipale. Députeraient-ils aux États généraux autrement que par leur vote avec le troisième ordre? Auraient-ils accès parmi ceux-là dont ils se prétendaient les égaux? Les possédant fiefs essayèrent d'éviter la mise en demeure en se servant encore une fois des mêmes arguments. Le 9 février, ils déclarèrent dans une délibération solennelle (( qu'il était absolument impossible qu'on votât pour la députa tion aux États généraux de France avec les nobles non possédant fiefs ou avec tous membres quelconques autres que ceux qui ont droit d'entrée soit aux États dans l'ordre de la noblesse, soit dans les assemblées générales du corps ». La colère leur inspira une décision maladroite et qui devait indisposer contre eux l'autorité du roi. Ils jurèrent avec solennité « qu'ils ne sauraient obtempérer à aucun ordre (pii changerait l'état de la constitution )> et qu'ils ne reconnaîtraient jamais pour député de l'ordre de la noblesse tout individu qui serait choisi hors du corps et dans toute autre assemblée que la leur (1) ».
C'était rejeter dans l'opposition des hommes considérables, et dont quelques uns portaient un nom connu. Parmi les trente cinq signataires du mémoire contre les liefies, je vois des conseillers au parlement d'Aix, des conseillers aux Comptes, leur
(1) Arch. (les n.-(lu-Kh., C. 111, fol. 276 recto.