‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 16 sur 116 · L OPINION DE NECKER · texte numérisé non relu

L OPINION DE NECKER

illustre grâce à rainitié de Vauvenargues. On a quelque peine à constater qu'il se fit le complice de haines maladroites : c'est Fauris de Saint Vincent (1).

L'expulsion de Mirabeau affaiblissait les possédant fiefs. Au moment où les Etats de Provence étaient réunis, où le tiers attaquait les privilégiés de façon si digne et si ferme (2), ceux-ci n'avaient pas trop de toutes leurs forces pour soutenir le choc. Ils ne surent pas le comprendre. Pourtant l'attitude de Necker aurait dû leur inspirer quelques salutaires réflexions. Une lettre de lui à La Tour (3), dont ils avaient eu connaissance, avait redoublé leurs alarmes (4). Necker avait reçu les députés d'Aix. Il avouait « avoir été frappé de tout ce qu'ils lui

(1) Arch. des B.-du-Rli., C. 111, fol. 287.

(2) Voir les Débuts de la Révolution en Provence. Paris, 1895.

1 vol. in-8o, chez Aubertin, p. 9 et suiv.

(3) Charles Jean Baptiste des Gallois, marquis de Saint Aubin, vicomte de Glené, seigneur de la Tour, Chazelles, Dampierre et autres lieux, conseiller du roi en tous ses conseils, né le 11 mars 1715, conseiller au parlement de Provence en 1735, intendant en 1744, premier président en 1747.

Lors des troubles parlementaires sous le ministère Maupeouj il cessa ses fonctions d'intendant et

ut remplacé de 1771 à 1773 par Montj'on, et de 1773 à 1775 par Senac de Meilhan. A cette épo-

que il fut réintégré et conserva son poste d'intendant jusqu'à la révolution. Son traitement s'élevait à 59,600 livres qui se décomposaient comme il suit :

Comme premier président , 15,000 liv. ; logement en cette qualité, 3,000 liv. ; comme intendant, 15,000 liv. ; logement en cette qualité, 3,000 liv. ; comme inspecteur du commercé, 6,000 liv. ; comme président de la compagnie d'Afrique, 3,000 liv. ; logement fourni par la ville de Marseille, 1,800 liv.; pensions, 8,000 liv. ; frais de bureau, 2,400 liv.; divers, 2,400 liv. Arch. nat., H. 1360.

(4) Arch. nat., 0^69, 24 janvier

avaient dit sur rimperfection dont serait frappée la représentation du tiers si on s'en tenait strictement aux formes suivies pour la Provence en 1614 ». Ces députés demandaient en somme que leur ordre fût traité dans la convocation des Etats généraux comme il l'était dans les autres provinces du royaume, c'està-dire que toutes les communautés des campagnes aussi bien que celles des villes fussent appelées à concourir à l'élection des députés et à la rédaction des cahiers. Necker avait laissé échapper cette phrase qui dévoilait le fond de sa pensée : (c En vérité il faut convenir que ceci étant la règle générale, on doit paraître fort quand on en demande l'exécution et qu'on se réduit à vouloir sortir d'une exception qui cesse d'être regardée comme une faveur )). Cette lettre survenant en même temps que la convocation parut menaçante aux fieffés.

Ils cherchèrent un appui à la cour, écrivirent au duc de Bourbon (1). Le duc de Bourbon avait une fl situation trop difficile pour prendre un parti net. " Se tourner du côté des possédant fiefs, c'était aller contre la volonté royale, encourir une disgrâce, peutêtre risquer un exil ; d'autre part, repousser la main qui lui était tendue était indigne d'un gentilhomme. La politesse française n'y eut pas trouvé son compte. Le duc s'en tira de façon habile, sa lettre aux syndics est un modèle de souplesse. « Il ne peut exprimer à quel point il est sensible aux sentiments que la noblesse de Provence veut bien lui témoigner. 11 voit avec grand plaisir qu'elle rend justice à son zèle pour le bien public et à sa soumission pour le roi. Son attachement à sa personne et à TÉtat ne variera

(1) Louis Henri .loscpli, dic de Bourbon, né le 13 avril 1756.

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