LES LETTRES DU DUC DE BOURBON
dans aucune circonstance » (1). Mtiis il n'y a pas que la noblesse en France ; au dessous d'elle, loin, très loin, il y a le peuple. Or le duc n'ignore pas le tendre intérêt que lui porte Necker et il est trop bon courtisan pour se brouiller avec le favori du maître. Le duc sera donc (c aussi jaloux de soutenir les droits de la noblesse que de concourir à procurer aux peuples tous les soulagements légitimes qu'ils peuvent espérer. )) Les possédant fiefs de Provence lui ont demandé de paraître aux Etats généraux à la tête de la noblesse française. Le duc sent comme il le doit, toute l'honnêteté de cette proposition, mais il leur rappelle doucement, non sans quelque ironie, qu'ils ne sont pas les seuls nobles du royaume et que pour répondre à une semblable invite, il faudrait qu'elle fût faite par l'ordre tout entier. Dans ce cas encore, il demanderait au roi (c la permission d'accepter cette honorable invitation ». Et gardant jusqu'au bout cette attitude double et mesurée, le duc avant de se déclarer leur « très affectionné à les servir » suivant la formule, les prie d'être persuadés ce de toute sa reconnaissance et de la constante sincérité des sentiments invariables qui l'attachent à la noblesse et à la nation ». Dans les autres lettres qu'il leur écrivit, les 10 et 16 février suivants, le duc se garda bien de sortir de cette réserve. Les possédant fiefs sentant qu'ils ne pouvaient compter sur lui résolurent de frapper un grand coup. Ils écrivirent au roi.
Leur lettre était habile et perfide (2). Ils s'appliquaient à y dénaturer toutes les démarches du tiers dans les Etats provinciaux qui venaient de s'ouvrir.
fl) Arch. nat., B^ 69. Paris, 29 (2) Arch. nat., B-^ 69, 31 janvier
ianvier 1789. 1789.
Leur conduite à eux avait toujours été fidèle envers leur roi et respectueuse de ses volontés. Ils avaient voté à l'unanimité et sans restriction les subsides de Sa Majesté, le tiers avec des réserves injurieuses pour le caractère royal et contraires à la constitution provençale. Ils portaient aux pieds du trône l'expression de leur douleur et, en vertu du contrat que leurs aïeux jurèrent aux (( augustes prédécesseurs » de Louis XVI et qui leur procura « l'inappréciable avantage de l'avoir pour maître », ils lui demandaient justice, protection et secours. Ils étaient insultés. Le tiers les représentait au peuple « comme des oppresseurs » et cela au moment où « les sacrifices consentis par eux excédaient leurs moyens ». Pourrait-on tolérer de semblables outrages? Certes, (c leurs fortunes étaient à jamais consacrées au bien de l'État, à sa gloire, mais la constitution du pays serait toujours le dépôt sacré qui doit mériter à jamais nos respects ». Et ils imploraient des ordres pour que le calme fut rendu à toute la province.
Le même jour l'intendant M. de la Tour écrivait | à Necker. Il jouait au plus habile avec tous les partis. D'un abord qu'il s'étudiait à rendre facile, se prêtant à la popularité, la recherchant même puisqu'il s'intitulait en 1789 « l'ami du tiers depuis quarante années (1) », au fond il contrecarrait toutes ses
(1) Kn mai 17(S8, les députés des de Provence à Charles Jean Bap-\
communes provençales asseni- liste des Gallois de La Tour, j/i-J
blés à Lambesc, déeernèrent une tendant du pays, son ami depuii
médaille d'or à La Tour en té- 7>///.s de quarante années. Moins'
moigiiage de leur reconnaissance. dun an après, M. de La Tour
I^ médaille a été frappée ; elle était fixé sur les véritables senti-
représente d'un côté le buste de ments de ses administrés à son
l'intendant et porte sur l'autre égard. « L'assemblée [générale
cette inscription : Le tiers état des trois ordres de la sénéchaus