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LA LETTRE DE M. DE RAMATUELLE

Luc (1) et de Ramatuelle (2). Ils leur firent parvenir leur vœu et les prièrent d'intercéder en leur faveur à Versailles. , ^

La commission était délicate pour plusieurs motifs. D'abord les instructions des nobles provençaux et le mandat qui les accompagnait se tenaient dans un vague si volontaire que l'on pouvait craindre en agissant ou de ne pas les remplir par scrupule ou de les outrepasser par excès de zèle. Assurément Villeroy et les autres gentilshommes s'estimaient trop, heureux d'avoir été choisis pour porter la parole au nom des seigneurs fieffés. Ils n'avaient eu qu'une voix pour admettre la légitimité d'une remontrance collective. Il fallait montrer à la noblesse non fieffée quel abîme la séparait de ^a sœur aînée ; on la détestait surtout depuis que, se refusant à toute résignalion, elle avait lié son sort à celui du tiers. Mais à Versailles il n'en allait pas comme à Aix (3). Les courtisans n'avaient d'autre opinion que celle du maître, et le maître pour le moment, c'était Necker. Tout le monde connaissait son opinion sur la question en litige, les fieffés ne pouvaient l'ignorer, eux qui ne voulaient même pas écrire en toutes lettres dans leur correspondance le nom du ministre populaire (4). Un premier embarras pour la députation

(1) Charles Emmanuel Marie f3) Arch. des B.-du-Rh., c. 1840.

Madelon de Vintimille, seign. du LeUre de Ramatuelle aux syn-

Luc, des Arcs, de Vins, d'Olliou- dics des possédant fiefs. Paris, 3

les et Saint Nazaire, propriétaire mars 1789.

du régiment Royal Corse, gouver- (4) Arcb. des B.-du-Rh., c. 1840.

neur des îles de Porquerôlles et Lettre de Ramatuelle : « Un pre-

de Langoustier. Affl. 28 fl., 3 s. mier embarras a été de savoir si

(2j François Auguste Désiré nous irions chez M. N... » d'Audibert, seign. de Ramatuelle, chevalier, conseiller au parlement. Affl. 10 s.

improvisée était de savoir si ses membres se rendraient chez le directeur général des finances. La démarche était inutile et chacun se doutait de l'avis qu'il pourrait émettre. S'abstenir était gros de dangers. Necker pouvait s'offenser de paraître dédaigné avec autant d'affectation et manifester son ressentiment sans éclat. Tout bien pesé, on préféra solliciter une audience de tous les ministres.

L'accueil fut décourageant. Le duc de Bourbon souffrait d'une indigestion opportune. Le duc de Brancas ressentait les attaques de sa goutte. M. de La Luzerne (1) était malade, sans épithète. Le marquis de Barbentane se chargea de prévenir le directeur général de la visite que ces messieuis désiraient lui faire. Necker, est-il besoin de le dire, ne goûta aucune de leurs raisons. Il eut le tort de le laisser paraître, comme aussi de faire sentir « que le discours de Mirabeau était son évangile ». Le garde des sceaux écouta, ou parut écouter avec attention et intérêt les développements auxquels se livrèrent MM. de Ramatuelle et du Luc. Il leur avoua que leur entretien avait été pour lui d'une extrême utilité, qu'il en ferait profit, s'engageant même à faire valoir devant le conseil du roi les raisons qui venaient de lui être soumises, toutes banalités auxquelles les seigneurs ne se laissèrent pas prendre. Par les questions qu'il avait posées, par l'étonnement candide qu'il avait laissé paraître, le ministre avait donné à ses solliciteurs la plus médiocre idée de sa personne. Des provinces qu'il gouvernait de son cabinet il ne connaissait ni la constitution, ni l'administration, ni

(I) César Henri, comte* dk La décembre 1787 au 26 octobre 17*.)0. LuzKHNK, secrétaire d'Ktat au dé- Il fut remplacé par Charles parlement de la marine du 23 Pierre Claret de Fleurieu.

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