LES OBJECTIONS DES MINISTRES
1q dj-oit municipal. Nous sommes moins étonnés que, Iq^; députés provençaux de cette insuffisance ministtjrielle, parce que nous savons que c'étaient les comïij^^s et non les ministres qui en réalité dirigeaient Iqurs départements. Mais aussi faut-il leur reprocher dj'ignorer les bigarrures de la constitution provençale? de s'imaginer que dans ce pays comme dans tout le reste du royaume « les roturiers formaient seuls le tiers état, que tout noble devait être classé, dans l'ordre de la noblesse et qu'il suffisait d'être, ecclésiastique pour être classé dans celui du clergé » ? Je goûte au contraire les objections sensées qu'ils, firent aux privilégiés s'obstinant à refuser toute députijition aux non propriétaires. Je suis avec eux quand iliS essayent de faire comprendre à ces entêtés a que, les États généraux avaient toutes sortes d'objets à discuter, par exemple ceux de législation qui intéressent tous les habitants du royaume, et que ceux-ci devaient avoir des représentants, ....que la convocation actuelle était un bienfait du roi absolument indépendant des constitutions et administrations particulières des provinces, que les députés aux Etats généraux ne devaient avoir rien de commun avec les administrateurs ; qu'ils ne devaient être que la suite d'un choix libre et universel et que c'était au roi à déterminer les formes qui pouvaient procurer ce choix universel et libre ». Quand ils voient qu'ils discutent leur objection, avec la même mauvaise foi, les ministres deviennent presque durs. Ils donnent à entendre aux fieffés que leur prétention de réglementer la forme de la convocation est au moins ridicule; qu'ils n'ont à cet égard ni titres, ni possession ; que le moyen le plus pratique de venir à bout de toutes les résistances, c'est la réunion par séné-
chaussées. Il en est qui n'ont que dix mille âmes de population et d'autres qui en ont cent mille (1). Eh bien ! on en joindra plusieurs et on fera ainsi une compensation. M. de Ramatuelle qui écrit cette lettre dont j'ai extrait plusieurs passages, raconte qu'il eut un entretien avec un député de Franche-Comté (( auteur d'une protestation qui renfermait le même vœu que celui de la noblesse de Provence ». La noblesse franc-comtoise avait des titres, et une possession aussi respectable , mais rien n'avait pu « la sauver de l'asservissement au système général d'uniformité dans la convocation ». C'était prévoir ce qui attendait les possédant fiefs. Aussi, pressentant le sort de leur pétition, ils s'attachaient à trouver des motifs peu avouables de leur échec. Ils allaient jus* qu'à dire que le roi voulait auprès de lui des hommes plus malléables qu'ils ne l'eussent été, (( des êtres faibles, ignorants ou corrompus, incapables de s'opposer à l'anéantissement de la hiérarchie monarchique ». En ce point seulement ils voyaient juste.
(1) D'après un document officiel de 1789, voici quelle était la population de la Provence calculée par sénéchaussées..
Aix, avec Gardanne et Pertuis, juridictions royales, 137.072 liab.; Arles, avec Notre-Dame de la Mer et Tarascon, jurid. roy., 74.698 hab. ; Bhignolks, avec Barjols et. Saint-Maximin, jurid.
ro3'., 42.()92 hab. ; Castki.lane , avec Annot, Entrevaux et Ubaye, jurid. roy., 15.834 hab.; Digne, avec Col mars, Les Mées, Moustiers, Mezel et Seyne, jurid. roy., 45.390 hab. ; Draguignan, avec Aups, (dallas et Lorgnes, jur.
roy., 62.374 hab. ; F()iu.al(ji n:u, avec Apt et Saignon, jurid. roy.,
42.432 hab. ; Grasse, avec Antibes et Saint - Paul, jurid. ro}'., 48.828 hab.; Hyères, 6.604 haï).;.
Marseille, 86.580 hab. ; Sisteron, 27.690 hab. ; Toulon, avec Cuers et La Valette, jurid. ro3\, 70.044 hab.— Les sièges dappeau suivants comptaient : Boulbon, 962 hab.; Carcès, 7.826 hab.; (irignan, 4.596 hab. ; Grimaud,- 1.508 hab.; Le Luc, 3.042 hab. ; Martigues, 15.184 hab. ; Oraison, 1.924 hab.; Sault, 6.162 hab.; Saint-Saturnin, 2.288 hab. — I^ préfecture de Barcelonnette accusait 13.936 hab. Total pour toute la Provence : 717.652 habitants.
Arch. nat., B» 69, 1. 1, p. 1.