‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 42 sur 116 · LA CHAMBRE DE COALMERCE ÉCRIT A NECKER · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DE COALMERCE ÉCRIT A NECKER

auparavant, elle les renfermerait avec soin et exactement avec ses dépêches et dans le même paquet )). Mais elle lui faisait remarquer aussi que les dispositions'de son ordonnance du ISn'avant été rendues, comme il le disait en personne, que sous le bon plaisir du roi, il aurait pris par là même l'engagement de n'y rien changer jusqu'à ce que ce bon plaisir fût patent. En conséquence l'assemblée du tiers fixée au [24 du courant ne devait avoir lieu qu'une fois les volontés du roi bien connues.

Ce que la chambre ne disait pas, — mais ce que le lieutenant général apprit bien vite — c'est qu'elle ne se bornait pas^à protester contre son ordonnance. Elle suppliait Necker (c de donner une plus grande représentation au commerce ». Les 200 dépuiés réduits au chiffre primitif de 90, c'était une première victoire remportée par elle. Il fallait davantage. La plupart des 90 électeurs étaient gens illettrés ou peu instruits. Si les députés aux Etats généraux étaient choisis parmi eux ce ils pourraient devenir... et rendre tout le tiers état victime de leur ignorance » (1). Necker mettrait le comble aux bontés dont il les avait précédemment comblés en leur permettant de doubler les 12 députés déjà élus. Cette liste (( serait accrue de tous leurs commis ».

Pour peser sur le Directeur général des finances, les négociants joignaient à leur courrier d'autres

(1) Arch. naL, B^ 50, 1. 7, p/9.

l'ordonnancp: du 18 mars

protestations plus ou moins violemment formulées et qui masqueraient leur but : celles des syndics des courtiers de commerce (1), des syndics et députés de l'assemblée générale des capitaines marchands (2), des maîtres-gardes de la généralité des emballeurs (3). Ils n'oubliaient même pas un placet rédigé à leur instigation par les députés des habitants composant le tiers état de Marseille et qui ne se trouvaient compris dans aucune corporation. Ils remontraient à Necker que « l'ordonnance de M. de Demandolx était l'objet de clameurs publiques » (4). Comment Necker n'allait-il pas croire que le tiersj état tout entier se soulevait contre l'arbitraire du lieutenant général'?

Necker, circonvenu de toutes manières, appuya les réclamations du commerce. Le 24 mars, le Conseil du roi cassait l'ordonnance de M. de Demandolx. ramenait le chilTre des électeurs du tiers de la ville de Marseille de 200 à 90 et stipulait que, sur les quatre députés du tiers que le règlement du 2 mars avait accordés à la sénéchaussée, <( deux au moins seraient choisis parmi les négociants, banquiers et arma-

(1) Arch. nat.. B=' 50, 1. 7. p. 3.

Lettre à Necker signée par .1. H.

Ferrari, .1. Fr. Olive, X. iSlartin, syndics, E. Long, député et Dalmas, syndic et député.

{'2) Arch. nat., I^' oO, 1. 4, p. 18. Lettre à Necker, signée par F.

Saurel, J. H. lîoulouvard, Audil)ert. I'al)re, (iourrin. Verguiny, Feraudy, (liialaud, Dalnias et Dantoine.

(3) Arch. nat., \P 50, 1. 7, p. 15.

Lettre à Necker signée par Jo- .seph Girard, Joseph Houx, lîaj)tiste Maurin. .1. L. Benoît et Touve.s([ue.

(4^« ...Nous avons mis sous vos j-^eux les inconvénients de cette ordonnance. Elle prescrit des dispositions contraires aux règlements de Sa Majesté du 24 janvier et du 2 mars. Ces nouvelles dispositions n'ont été fondées que sur les présomptions, sur les calculs erronés de M. le lieutenant et certainement contre le viun des citoj'cns... Sans doute vous aurez eu la bonté de porter à Sa Majesté nos justes réclamations, consignées dans notre première lettre : elles deviennent pressantes dans cette conjoncture •'.

LECHIX: DE M. DKMANDOLX

VM

leurs (1) y>. Le commerce triomphait et il se donna le plaisir peu généreux d'en porter la nouvelle à M. de Demandolx.

Celui-ci la reçut avec dignité et supporta^e choc sans colère. Il pensa, malgré tout, que jamais les ministres n'auraient commis la faute de le désavouei^ de façon si humiliante : ils n'avaient sans doute pas reçu à temps ses dépêches. C'était soupçonner Rostagny d'indélicatesse. Rostagny, en homme qui comprend les intérêts de ses mandants, avait dû intercepter les paquets du lieutenant général. M. de Demandolx s'en vengea en essayant de^faire partager ses sentiments à Villedeuil (2). Puis il s'efforça de mettre en lumière les inconséquences qu'allait faire

Silène : Arnoiix (de Valljarelle) chevalier de Saint Louis, L. Ferrari, Blanc Gilli, Delabat, Ferrari l'aîné, Manol}^ Mourraille, Rambaud, Alijou}^ J. Gautier, A'erdilhon. (Arcli. nat., B^oO, 1.4, p. 5).

(1) ...Le roi, étant en son Conseil, sans s'arrêter à ladite ordonnance, en ce qui concerne le nombre des députés du tiers état de la ville et sénéchaussée de Marseille, a ordonné et ordonne que les articles 26 et 31 du règlement du 24 janvier, ensemble le règlement du 2 de ce mois pour la Provence, seront exécutés suivant leur forme et teneur ; en conséquence, que le nombre des députés qui seront choisis à l'hôtel de ville de Marseille pour se rendre à l'assemblée de la sénéchaussée demeurera fixé à quatre-vingt-dix, à l'effet de quoi les députés des différentes corporations et des autres citovens de la-

dite ville se retireront par devers les officiers municipaux pour y procéder à ladite réduction ; et Sa Majesté considérant qu'en accordant deux députations à la sénéchaussée de Marseille, elle a eu principalement en vue l'importance du commerce de cette ville. Sa Majesté a ordonné que dans le nombre des quatre députés du tiers état cjui seront élus dans l'assemblée de la sénéchaussée, deux au moins seront choisis parmi les négociants, banquiers et armateui's de la ville.

(Arch. nat., B III, G7, p. 141).

(2) « ...Je suis fondé à croire que mon paquet ne vous aura pas été rendu à temps par M. Rostagny, député du commerce de cette ville à Paris et à qui il fut adressé conjointement avec les dépêches de ces messieurs )).

Lettre de Demandolx à Villedeuil, Marseille, 29 mars 178Î).

(Arch. nat., B^ 50, 1. p. 14).

138 l'ordonnance du 18 mars

surgir la décision du conseil. Il ne pouvait comprendre la raison de cette anomalie qui consistait à ordonner la réduction des électeurs à 90 et à accorder deux députés au moiii^ aux négociants. Puisqu'on leur accordait deux députés, qu'importait le nombre des électeurs? Qu'ils fussent 200 ou 90, leur choix n'en était pas moins forcément circonscrit. L'assemblée aurait été un peu plus bruyante, voilà tout. En tout cas, puisque le roi en avait ainsi décidé, on allait opérer la réduction. Ce soin incombait aux officiers municipaux. Le 28 mars, ces messieurs ne savaient quels moyens employer. Ils y arrivèrent sans doute puisque au procès-verbal de l'assemblée générale du tiers état de la sénéchaussée de Marseille, nous ne trouvons que les 90 noms exigés. Mais nous ignorons comment ils purent mener à bien cette difficile opération. Aucune trace n'en est restée, et c'est dommage.

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