LES INTRIGUES DE M*. DE FAUCON
noms, ce chiffre formidable d'habitants, cette population dont s'enorgueillit le chef-lieu de la sénéchaussée, on sent que tout cela est fait pour donner le change. Arles se résignerait sans nul doute à la perte de son privilège de co-état après une résistance honnête si elle était sûre de faire la loi au reste de la sénéchaussée et de pouvoir accaparer la députation qui lui est attribuée. Le règlement nouveau du 24 mars octroyé par le roi à la ville de Marseille est venu fort à propos lui fournir un argument de plus, et son avocat à Paris, le baron de Faucon, en a usé le 26 mars en intriguant auprès du conseil d'État (1). M. de Faucon analyse avec un malin plaisir ce règlement nouveau et il en fait la critique. Que Marseille se vît attribuer deux députés du tiers en plus des autres, personne ne devait y trouver le moindre inconvénient. Mais les intérêts du commerce (puisque c'étaient eux qu'on mettait en avant) n'exigeaient pas qu'on accordât double députation au clergé et à la noblesse. Celle-ci n'était ni nombreuse, ni riche, celui-là non plus. Le clergé n'y possédait que quelques directes ; les terres de l'évêché et de l'abbaye de Saint-Victor n'étaient pas comprises dans le terroir qui, seul, formait le ressort de la sénéchaussée. Il était aisé de comprendre quel mobile avait dicté sa résolution au roi : la crainte de dépareiller la députation. S'il avait jugé quatre députés du tiers nécessaires à Marseille, il n'avait cru pouvoir, sans être accusé de partialité, se dispenser d'accroître en pareille proportion le
(1) Arch. nat., B^ 14, 1. 2, p. 5. Lettre de Faucon adressée proba-
LettredeDu]auàDelessart,Arles, blement à Delessart ; elle est
11 mars 1789. îigné : B^'^ de Faucon, rue Fey-
Arch. nat., B^ 14, 1. 2, p. 18. deau, 28.
LE règlémp:nt du 4 avril
nombre des députés des premiers ordres. Mais alors pourquoi deux poids et deux mesures ? Dans le même temps que le gouvernement royal favorisait Marseille aussi ouvertement, il n'irait pas sacrifier Arles. C'estpourtantce qu'il paraissait vouloir faire. c( Car on la réduisait à peut-être un dixième de la députation quant au député noble et à celui du clergé presque toute la sénéchaussée va concourir à sa nomination. » C'était une simple question d'arithmétique. En dehors d'Arles, Tarascon, Saint-Rcmy et Salon, les 44 bourgs ou villages ayant le droit d'envoyer plusieurs députés à l'assemblée de la sénéchaussée, en additionnant leur nombre et celui des trois villes précitées qui se feraient un plaisir et un devoir de voter contre le chef-lieu, Arles serait évincée. Quelle importance pouvaient avoir ses vingt représentants (1) ? Personne ne niera que le roi puisse faire ces changements et consacrer ces iniquités ; mais encore faut-il que l'intérêt général l'exige. Estce bien le cas? — Marseille va nommer deux députés nobles. Arles n'en nommera qu'un et contient plus du double démembres de la noblesse que Marseille (2).
(1) Dans l'état des villes de Provence annexé au règlement du 2 mars, Arles était désignée comme pouvant envoyer 20 députés à l'assemblée de sa sénéchaussée.
(2) La noblesse d'Arles comprenait les membres suivants :
Résidant à Arles : le chevalier de Léautaud Donnine, maréchal des camj)s et armées du roi ; le marcjuis de Guilhem Clermont Lodèvc ; de Damians, seigneur de Vinsargucs et de Manvillc ; le chevalier de Gi-
raud ; le vicomte de Léautaud^ brigadier des armées du roi ; de Perrin père; de Loinville, chevalier de Saint Louis ; de Nesme Desmarets ; du Brau de Bouijol ; du Brau de Cadenet ; d'Arquier ; le comte de Vernon ; de Chiavari Cabassole ; de Perrin de Vair; de Bouchaud de Bussi ; d'Icard du Qucsne ; de Billaud de Sainte Livière ; de Saint Martin ; le chevalier de Moulin ; le baron de Ledcnon : de Gageron :
de Boyer ; de la Lauzière, ch.evalier de Saint Louis ; le comte