‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 50 sur 116 · LA VANITÉ DES LIEUTENANTS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

LA VANITÉ DES LIEUTENANTS GÉNÉRAUX

de Béatrix, comlessc de Provence, reine de Naples et de Sicile » (1). Il en est qui varient un peu la formule : ceux qui, par exemple, n'ayant pas une ascendance aussi distinguée pour en imposer à leurs justiciables, la remplacent par une dignité supplémentaire. Tel est le cas de Jacques Athanase de Lombard, seigneur de Taradeau, lieutenant général civil et criminel en la sénéchaussée de Draf:îuimian^ qui s'intitule de plus (( président en qualité de commissaire du roi » (2). Audier Massillon séant à Aix affirme qu'il est lieutenant général au siège général de Provence » (3). C'est une autre variante, attendue celle-là. Aix étant chef-lieu du comté, rien d'étonnant que le lieutenant général de cette sénéchaussée se soit cru supérieur en dignité à ses collègues. Tout à l'heure il nous avait surpris par son humilité : elle était de faux aloi. Nous le surprenons à l'instant en péché d'orgueil.

Cette ostentation, ce désir d'être distingués des autres sont d'ailleurs fort naturels. Le lieutenant général représente le sénéchal, lequel représente l'autorité judiciaire au dessus de laquelle il n'y a que le parlement. Chacun d'eux a une cour, ou si le mot est trop prétentieux, une suite. Voulez-vous les voir se transporter de leur hôtel à la salle des séances de l'assemblée ? « Jean Mathieu Artaud^ commissaire du roi, lieutenant général au siège ^ ressort et département de cette ville d'Arles est assisté de Me Louis Joseph Ripert, conseiller du roi

(1) Arch. nat., Ba 39, 1. 3, p. 2. (2) Arch.nat.,Ba39, 27marsl789.

Procès verbal de l'assemblée (3] Arch., iiat., B» 9, 1. 3, p. 3,

générale des trois ordres de la sénéchaussée de Grasse, le 26 mars 1789.

et son procureur en ce dit siège et de M. Joseph François Raoulx, aussi conseiller du roi, greffier en chef de ce même siège, précédés des quatre huissiers en la sénéchaussée et en compagnie de plusieurs députés de l'ordre du tiers état » (1). Toutes ces expressions sont pesées ; elles ont leur valeur, marquent la hiérarchie.

Le sénéchal qui va siéger en personne marche a. en compagnie » de son lieutenant général. C'est le cas de M. de Forhin Gardanne allant, le 2 avril, tenir l'assemhlée générale de la sénéchaussée de Marseille avec M. de Demandolx. Lomhard Taradeau supprime le compte rendu de la marche extérieure et de son cortège.

Le procès-verbal ne relate rien à ce sujet. C'est probablement une omission. Les officiers municipaux de Marseille qui, en vertu de l'article xxvii du règlement du 24 janvier, président la réunion du tien état des faubourgs et de la ville, se gardent bien d( l'imiter. Ce sont deux de ce Messieurs les maire,] échevins et assesseurs » qui ont présidé (2). Jean] François Durand et Victor Joseph Verdilhon étaieni même pour la circonstance (c revêtus de leur chaperon )). Ce détail de costume a son importance, 1( chaperon ne devant sortir que dans les cérémonies.

Entrons avec eux au lieu de l'assemblée. D'ordinaire elle se tient dans une des salles du palais d( justice : à Barcelonnette, c'est a. dans la salle des audiences du palais de la préfecture » (3). Oi prodigue étonnamment ce mot de palais. Il es| <!' vident que Barcelonnette ne peut avoir un palais

(1) Arch. nat.. H" U, 1. 9, p. 2. (3) Arch. nat.. 1^ 41. 1. 2, p. '2.

{2j Arch. nat., B'» 50, 1. 4, p. (>.

l'étiquette liW)

au sens précis du terme. A Forcalquier,les électeurs^ se réunissent a dans l'église concalhédrale (1) de la ville » : on ne dit pas pourquoi le lieutenant général a rompu avec la coutume. A Marseille, l'assemblée du tiers, qui ne comprend aucun corps, communautés ou corporations, se tient dans l'église des RR. PP. Dominicains. On l'avait indiquée pour la salle de la Loge, (c mais on l'a transférée dans la présente église, la Loge n'étant pas assez spacieuse )>. Pour ce qui est de l'assemblée générale des trois ordres, elle a lieu dans l'église des RR. PP. Carmes déchaussés, rue de Paradis, « ayant reconnu que la salle du concert précédemment désignée était insuffisantepour le nombre des personnes qui devaient prendre séance » (2). Encore a-t-il fallu pour cela une ordonnance particulière du lieutenant général. A Aix, les ordres se réunissent (c à l'église du collège royal de Bourbon, attendu la démolition du palais royal de justice )) (3).

La manière dont chacun s'asseoit n'est pas indifférente. A Aix, Audier se contente de nous faire savoir que « chaque ordre a pris la place qui lui était destinée ». — A Draguignan les députés se sont placés (( sans distinction de rang, dignité, ni préséance, le clergé à droite, la noblesse à gauche, le tiers en face )). — ■ Même note à Forcalquier. — A l'assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Digne, un détail curieux est à relever. Les députés des

(1) «... Vers l'an 1060, Gérard, prend le titre de' concalhédrale^

nouvellement élu évêque de Sis- Le chapitre de cette église est

teron, ayant été mal reçu par composé de 3 dignitaires, 10 cha-

quelques chanoines de son cha- noines et lObénéficiers». (Expiil}^

pitre, se retira à Forcalquier avec op. cit., t. 111, p. 220, édit. 1764).

ceux de son parti, et c'est à cause (2) Arch. nat,, B» 50, 1. 5 p. 2.

de cela que l'église de Forcalquier (5) Arch. nat., B^ 9, 1.3, p. 3.

villes prennent rang selon l'ordre qu'ils occupent aux Etats de la province et ceux des villages selon l'afTouagement de leurs communautés (1). A Arles, les minuties sont plus précisées encore. Le lieutenant général Artaud ne veut rien passer sous silence. Clergé, noblesse et tiers ont occupé les rangs qui leur étaient assignés. Lui prend séance ce au fond de l'église (des RR. PP. Cordeliers)enface de la grande porte d'entrée dans un fauteuil placé sur un gradin élevé de trois marches. Le procureur du roi est placé dans le parquet et le greffier au-devant du bureau )) (2). Je ne parle que pour mémoire de la cérémonie religieuse d'usage. L'évêque, quand il y en a un, préside. On dit la messe du Saint Esprit et on chante le Veni créât or.

Ces questions de préséance et d'étiquette, tous points sur lesquels on est si chatouilleux à cette époque, amènent parfois des discussions. Sans doute, pas de difficultés quand le sénéchal seul ou, à défaut du sénéchal, le lieutenant général ouvre la séance. Mais là où se rencontrent ces deux pouvoirs, ce n'est pas sans éclat que l'un se résigne à céder la place à l'autre. Le 2 avril, au matin, à l'ouverture de l'assemblée générale des trois ordres delà sénéchaussée de Marseille, un débat pénible s'élève : M. de Demandolx prétend qu'il lui appartient de présider. IVL de Forbin ne veut rien entendre. On se reporte! au règlement du 24 janvier : il ne dit rien à ce| sujet; à celui du 2 mars: il est muet comme l'autre. M. de Forbin est de ceux qui n'entendent pasj raillerie sur ce chapitre: on l'a vu plus haut. Il veut bien pour cette fois se montrer de bonne composi-j

(1) Arch. nat. H=' 41. (2] Arcli. nat.. H' 14, 1. 9. p. 2.

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