‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 52 sur 116 · LA COLÈRE DE M. DE FORBIN · texte numérisé non relu

LA COLÈRE DE M. DE FORBIN

Villcdeiiil eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre qu'en général la voie des protestations était ouverte à quiconque se croyait lésé (1). Sans doute il y avait des bienséances à sauvegarder. Les officiers municipaux de Marseille s'en étaient-ils écartés au point de mériter le traitement exemplaire que rêvait le fougueux sénéchal ? C'était un point à examiner. Villedeuil déclarait « que la lecture seule des pièces pouvait le fixer sur les suppressions et radiations demandées ». Or, ces pièces ne contenaient rien d'offensant pour la personne de M. de Forbin, Celui-ci s'arrêta juste à temps pour ne pas verser dans le ridicule. Il se le tint jDour dit et sa vengeance demeura à l'état de projet.

La vigilance des sénéchaux, des lieutenants et de leurs sous-ordres ne manquait pas d'ailleurs d'occasions pour s'exercer. Au lieu de perdre leur temps

sence des 3 ordres. Cette protes- et qui a tout d'offensaut pour

tation, dont il fut donné acte..., mon caractère, semble me donner

avait pour oljjet les Lettres de des droits de réclamer une satis-

convocation à l'adresse desquelles faction proportionnée à l'éclat

les membres du conseil muni- qu'elle a eue. C'est à vous, mon-

cipal prétendent. sieur, qu'il appartient de l'or-

Puis-je, monsieur, ne pas sentir donner,

mon caractère blessé par une ...Il me paraît conforme à votre

protestation aussi témérairement justice que je sois autorisé par

faite que je n'hésiterai pas de vous à rassembler les trois ordres

taxer de scandaleuse?... Je suis le de la cité, MM. les échevins

chef des municipaux, puisque la appelés, et qu'en présence de tous,

police dont ils sont les adminis- les registres des procès verbaux

trateurs n'est qu'une des quatre reproduits, la clause protestative branches de ma juridiction. . soit ostensiblement biffée, ra-

...Une protestation aussi vaine, diée... )> Arch. nat., B" 50, 1. 3, p. 7.

aussi illégitime, aussi méséante (1) Arch. nat. B-^ 50, 1. 3, p. 9.

et de compromettre leur prestige dans des querelles de personnes, il leur eût été plus profitable de veiller de près à la composition des assemblées qu'ils étaient appelés à présider. A ce moment la Provence fermentait. Partout se nouaient les intrigues et se formulaient les protestations. Ce n'est pas dans le clergé qu'elles s'annonçaient comme devant être les moins ardentes.

La convocation des membres du clergé s'était faite de deux façons différentes. Evéques, abbés, curés, devaient comparaître en personne ou par procureurs ; les corps et communautés, envoyer des représentants à l'assemblée de leur sénéchaussée. Nous allons étudier les complications auxquelles l'interprétation des articles du règlement du 24 janvier les concernant, a pu donner naissance (1).

Le haut clergé n'a pas témoigné d'un très vif empressement à obéir aux ordres du roi. Dans l'assemblée de la sénéchaussée d'Aix, nous trouvons <i le sieur révérendissime archevêque ». Il n'eut garde d'y manquer, non plus que l'archevêque d'Arles, Dulau, dans la sienne, car tous deux convoitaient un mandat. L'archevêque d'Avignon comparut à Arles en qualité de seigneur de Noves et Barbentane et en la personne du doyen du chapitre de Saint Remy, Decène (2). Du côté des évêques, à Marseille, M. de Belloy (3) fait figure ; à Toulon, M. de Cas-

(1) Articles 9, 10, 11, 12, 14, paroisses, dont vingt-deux en

15, 16, 17, 18. Provence, quinze en Languedoc,

(2; Jean Cliarles Vincent Gas- une en Dauphiné et les autres

pard Constantin Antoine Giovo, dans les États d'Avignon. Il avait

ne à Pérousc, le 5 avril 1729, comme sufTragants : Carpcntras,

sacré le 8 octobre 1775, mort à Cavaillon et Vaison.

Rome le 12 octobre 1793. Son dio- (3) Jean Baptiste de Belloy,

cèse comprenait cinquante cinq abbé de Cormeillc, ordre de Saint

tellane (1); à Draguignan, M. de Bausset de Roquefort, titulaire du siège de Fréjus (2); à Digne, M. de Villedieu (3) ; à Grasse, M. de Prunières (4). Mais d'autres se font représenter par procureurs fondés : levéque d'Apt (5), à Forcalquier, par Joseph Garnier, chanoine de l'église concathédrale de cette ville ; Tévêque de Riez (6), à Digne, par Audibert, prieur de Mezel; l'évêque de Gap (7), à Sisteron, par Jean François Arnoul, arcliidiadre et chanoine ; l'évêque de Glandèves (8), à Castellane, par Jean-Baptiste Michel Poyet, capiscol et vicaire général; l'évêque de Vence (9), à Grasse, par Antoine de Latil, son vicaire général. A Arles comparurent encore par

Benoît, né en 1709, sacré évêque de Glandèves, le 30 janvier 1752, transféréà Marseille le 22 juin 1755, archevêque de Paris après le Concordat, mort le 18 juin 1808.

(1) Elléon DE Castellane Ma- ZAUGUES, né le 11 juin 1746, sacré le 13 août 1786, mort en 1806.

(2) Emmanuel François de Bausset de Roquefort, né à Marseille le 24 décembre 1731, agent général du clergé en 1764, chanoine comte de Saint Victor, sacré le 31 août 1766, mort en 1802.

(3) François de Mouchet de Villedieu, né le 20 novembre 1731, sacré évêque de Digne le 18 juillet 1784, mort à Paris le 10 août 1823. Au procès-verbal de l'assemblée des trois ordres d'Abbeville, l'évêque de Digne est qualifié : « évêque et seigneur de Digne, baron de Lauzière, abbé de Forest-Moutier».(Arch.nat.,Ba 9).

(4) François d'EsTiENNE de Saint Jean dc Prunières, né en 1718, sacré le 20 mai 1753, mort îi Bologne en 1797. 11 relevait du

siège archiépiscopal d'Embrun, ainsi que Digne, Vence, Glandèves et Senez.

(5) Laurent Michel Eon de CÉLY, né en 1735, sacré le 10 janvier 1779, mort le 16 décembre

(6) François de Clugny, né en 1728, sacré le 26 juin 1772, mort à Lausanne en 1814 (?)

(7) François Henri de la Broue de Vareilles, né en 1734, sacré le 25 juillet 1784, mort à Poitiers le 25 novembre 1831.

(8) Henri Hachette des Portes, né en 1712, sacré évêque de Sidon le 31 août 1755, évêque de Glandèves en 1771, mort à Bologne en 1798. D'après Expilly (t. 111, p. 613), « ce diocèse comprend 65 paroisses, dont plusieurs sont dans les États du roi de Sardaigne, duc de Savoie ».

(9) Charles François Joseph PiSANi DE LA Gaude, né à Aix le 4 mars 1743, sacré le 7 février 1784, évêque de Namur en 1804, mort à Namur en 1826.

procureurs les évêques de Saint-Paul-Trois-Châteaux (1), de Cavaillon (2) et d'Orange (3). L'évêque de Senez (4) ne jugea pas à propos de comparaître ni de se faire représenter, non plus que l'évêque de Die (5), l'évêque de Sisteron (6) et l'archevêque prince d'Embrun (7). Défaut fut donné contre ces deux derniers.

Les chapitres séculiers d'hommes, dit l'article 10 du règlement du 24 janvier votent pour leurs représentants aux assemblées des sénéchaussées, de façon double : les chanoines, à part, nomment un député à raison de dix chanoines présents et au-dessous, deux de dix à vingt et ainsi de suite. Dans une autre réunion doivent se rendre tous les

(1) Pierre François Xavier de Reboul de Lambert, né à Aix en 1704, sacré le Ki février 1744, mort Je 13 mars 1791.

(2) Louis Joseph Crispin des AcHARDS DE LA Baume, né à Avignon le 2.') août 1721, sacré le 16 février 1761, mort en 1793.

(3) Guillaume Louis du Tillet, néau château de Moutiers en Brie, le 21 février 1730, sacré le 17 juillet 1774, éhi député aux États généraux par le clergé de la principauté d'Orange, mort dans sa terre de Blunay, ])rés de Provins, le 22 décemhre 1794.

(4) Jean-Baptiste Marie Scipion

DE Roux DE BONNEVAL, né à Aix, en 1747, nommé évêque de Senez le 15 décembre 1788 en remplacement de Jean Joseph AMctor de (>astellane-Adhémar, décédé à Rome le 7 novembre 1788, sacré le 22 février 1789, mort à Mterbe, le 13 mars 1837.

(5) Gaspard Alexis de Plan des AuGiEUS, né à Digne le 10 juil-

let 1709, sacré évêque de Die le 20 février 1742, mort à Rome en avril 1794. II était suffragant de Menue ainsi que les évêques tle Grenoble, Viviers, \'alence et Genève.

(6j Louis Jérôme de Suffren DE Saint Tropez, évêque prince de Lurs, né en 1722, sacré le 30 septembre 1764, transféré à Nevers en septembre 1789.

^7) Pierre Louis de Leyssin. né en 1724, archevêque d Embrun en 1767, mort à Nuremberg le 26 août 1801. Ses suffragants étaient : Digne, Grasse, \'ence, Glandèves, Senez et Nice. — On trouve cette note à l'État des pensions sur les économats :

i( 1790. Gratification de 1,800 livres à M. de Leyssin, archev. d'Embrun, accordée sous la condition expresse qu'il résiderait dans sou diocèse juscprà l'entier et jiarfait payement de ses dettes ». (Papiers du Comité des pensions, arcli.

nat., Dx, 1).

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