‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 54 sur 116 · LES CURÉS SE PRÉSENTENT EN MASSE · texte numérisé non relu

LES CURÉS SE PRÉSENTENT EN MASSE

dans tous les chapitres composés de deux classes de titulaires dont les intérêts opposés étaient la cause de procès perpétuels qui jetaient le discrédit sur les frères ennemis. Je n'ose parler d'entente avec les prêtres du bas chœur. Le fossé était trop profond qui les séparait des chanoines et des autres dignitaires, tellement profond que Tesprit de charité et d'humilité chrétienne n'avait pu réussir à le combler.

Le fiel des chanoines n'a pas été totalement épuisé par leurs aigres censures contre la présence des prêtres du bas clergé. Ils en ont gardé une bonne part, — la meilleure,— et ils la déversent sur les curés, en qui ils sentent leurs plus redoutables adversaires. Le règlement du 24 janvier les favorise évidemment ; ils vont tenir dans leurs mains les élections de toutes les sénéchaussées et il est impossible de songer à faire échec à leurs candidats. Les chanoines sont vis à vis des curés dans la proportion de 1 contre 10 : ils sont donc vaincus d'avance. En admettant que partout ils fassent cause commune avec les supérieurs des maisons religieuses, la majorité leur fera encore défaut. Par exemple, à Marseille, ils sont 34 sur 86; à Aix, une quarantaine sur 175 assignés ; encore 78 non assignés se présentent-ils le jour de l'assemblée générale, ce qui rend leur écrasement plus assuré.

Les curés se sont présentés en masse aux assemblées de sénéchaussées. Leur nombre leur assurait

la victoire ; ils ont donc fait tous leurs efforts pour que nul d'entre eux ne fît défaut. Ceux de la sénéchaussée d'Arles avaient craint un moment de ne pouvoir comparaître. Par suite de la bizarre étendue des archevêchés et évêchés en Provence, ISparoisses de la viguerie de Tarascon dépendaient d'Avignon. C'étaient : Noves, Eyragues, Châteaurenard, Graveson, Tarascon, Rognonas, Cabanes, Saint Andiol, Orgon, Senas, Lamanon, Roquemartine, Laurade et Barbentane. Les curés et vicaires de ces paroisses firent élection de domicile chez l'un d'eux, Roux, celui-là même qui devait plus tard devenir métropolitain des Côtes de la Méditerranée, et adressèrent une requête au roi. C'était le 16 février 1789. Ils représentaient que « sous le prétexte d'une constitution contre laquelle tous les ordres s'étaient soulevés », les curés de Provence se voyaient menacés d'être privés du droit de concourir au choix des représentants de leur ordre aux États généraux. Ils demandaient que le roi calmât leurs inquiétudes et ajoutaient « qu'une exception si éclatante serait la condamnation la plus humiliante » qu'on pût leur infliger. En même temps ils en référaient à Nccker, lui faisaient part de leur démarche auprès du roi, le suppliaient de l'appuyer auprès de Sa Majesté, « mettant toute leur confiance dans l'ami déclaré de la nation ». Une note manuscrite accolée à leur lettre et émanant vraisemblablement à Neckcr dit « que c'est une question dont le jugement doit se puiser dans le règlement général ». Celui du 2 mars leur donna toute satisfaction.

D'ailleurs, il faut le reconnaître, les curés montrèrent autant d'intolérance que les chanoines, et le moindre manquement aux instructions du roi

Page 1