LES CUHÉS MAITRES DES ÉLECTIONS
Point ne leur est besoin d'ailleurs de se montrer j)lus farouches que le règlement. Ils ont le nombre, avons nous dit, et sont les maîtres. Ils le font bien voir. Dans les assemblées de sénéchaussées plusieurs moyens s'offrent à eux d'affirmer leur toute puissance. La présidence leur échappe puisque le règlement la défère au plus éminent d'après l'ordre hiérarchique (1). L'archevêque ou l'évéque la remplissent presque partout, mais les curés se vengent de cette atteinte aux droits de la majorité en lui donnant un des leurs pour secrétaire. A Marseille, c'est Auberti, vicaire de la paroisse de Saint Ferréol(2) ; à Draguignan, Gaston, curé de Sainte Maxime ; à Grasse, Preyre, curé de Cannes ; à Castellane, Lambert, prieur curé de Méailles, et Bernard, vicaire de la paroisse de la ville. Je ne vois guère qu'Ai x où la présence de l'archevêque ait arraché aux curés l'élection de son vicaire général, M. de Crouseilhes.
L'élection des commissaires pour la rédaction des cahiers leur fournit l'occasion d'un second triomphe. Ils ont soin d,e les prendre en majorité parmi eux ; et si, de ci de là, quelque chanoine ou autre se glisse dans leurs rangs, c'est qu'ils Tauront bien voulu. Les noms de ces commissaires et leurs qualités
(1) L'assemblée du clergé sera (2) Arch. nat.. B^ 50, 1. 6, p. 18.
présidée par celui auquel l'ordre Verbal et délib. de l'ordre du de la hiérarchie défère la. prtsi- clergé, 2 avr I 178V). deuce. (Art. 41 du règl. du 24 janvier).
sont à étudier de près. Dans l'assemblée du clergé de la sénéchaussée d'Aix, le 2 avril, les curés mûs^ par un sentiment de confraternité, peut-être encore intimidés par M. de Boisgelin, décident que les commissaires « seront pris dans chaque classe », un pour les chanoines, un pour les bénéficiers, un pour les vicaires, un pour les religieux et quatre pour eux-mêmes. Pour empêcher que ce plan n'échoue au dernier moment devant une coalition toujours possible, l'archevêque a eu soinde faire délibérerque chaque classe « se réunira dans des salles séparées pour nommer ses commissaires respectifs ». De la sorte, aucune surprise n'esta craindre. La commission est ainsi composée : pour les chanoines, l'abbé de Quinson, prévôt du chapitre d'Arles; pour les bénéficiers, l'abbé Jeangron, prieur de Notre Dame d'Entraygucs ; pour les vicaires, l'abbé Allamelle, procureur fondé du curé de Vaugines ; pour les rdigieux, le R. P. Roman, député de la communauté des Observantins d'Aix; pour les curés, Laurent d'Isle les Martigues, Fougeiret, de Saint Cannât, Combe, du Saint Esprit, d'Aix, et Andrav}^ de Gardanne. — Le clergé de la sénéchaussée de Draguignan, sur onze commissaires, nomme un seul chanoine. Lombard, de la collégiale de Draguignan ; le prévôt de la cathédrale de Fréjus, Cavalier ; cinq curés, Gassier de Flassans, Allaman de Trans, Gras de la Roque, Gardiol de Callian, Caille de Callas ; le prévôt d'Aups, Montgrand ; un religieux du Thoronet, Maréchal et deux bénéficiers, Fruchier de la cathédrale et Jean d'Aups. — Dans la sénéchaussée de Grasse, 2 chanoines sur 10 ont trouvé grâce devant le bas cler^ïé : Chevretel et Albanellv. tous deux de la cathédrale; les bénéficiers en ont un, Bayon ; les-
religieux, un, le R. P. Pons, prieur du couvent des <irands Auguslins ; les curés peuvent compter sur 5 des leurs et un prieur : Floris,de Garros ; Giraud,de la Colle Saint Paul ; Mallet, du Broc ; Chéry, de Roquefort; Cresp, de Saint Césaire, et Jauvy, prieur de Roquefort. — A Marseille, l'éviction du haut clergé a pris le caractère d'une véritable proscription. Les huit commissaires, même les chanoines, marchent avec les curés la main dans la main : Martin, prévôt de la Major; de Bausset, chanoine comte de Saint Victor ; Bertrand, chanoine de la collégiale et ])aroisse des Accoules ; Arnoux, vicaire de Saint Ferréol ; Poulhariez, prêtre de Saint Martin ; Bernard, desservant de Sainte Marguerite, dans le terroir ; le R. P. Marteli, prieur des Dominicains. La présence de Bausset suffit à caractériser l'élection.
Le triomphe des curés devient encore plus éclatant parle choix qu'ils font d'électeurs qui, d'après le règlement du 2 mars, doivent se réunir à Toulon, Draguignan et Forcalquier, pour y parfaire l'élection définitive. Prenons les sénéchaussées par groupe et voyons ce qui s'y passe. Digne, Sisteron et la vallée de Barcelonnette se réunissent à Forcalquier, Brignoles et Hyères à Toulon, Castellane et Grasse à Draguignan.
L'élection de la sénéchaussée de Digne est des plus tourmentées. L'évêque, François de Mouchet de AlUedieu, est venu siéger en personne. Il espère ^e faire nommer député représentant à Forcalquier et probablement député des sénéchaussées et de la vallée réunies (1).
(1) SossydeChâteaurredon,lieu- semblée du ressort qui a comteiiant particulier de la séné- menée le l^r (avril) s'est à peine «chaussée de Digne, écrit : « L'as- terminée aujourd'hui. On dit que
Dans ce but il s'est entendu avec le lieutenanf général Jean André de Belletrux, seigneur de Feissal. Feissal, aussitôt les préliminaires terminés, dessinela manœuvre. Le 2 avril, il assigne à chaque ordre la salle qu'il devra occuper pour son assemblée particulière. Le clergé devra siéger au palais épiscopal. Cette imprudence révolte les curés. Le plus grand nombre refuse de s'y rendre. Il est visible que la majorité se prononce dans ce sens, mais Feissal feint de croire son vœu équivoque. Il l'oblige de voter. Cette seconde manœuvre est plus coupable que la première, car le vote doit avoir lieu à haute voix : les curés n'oseront pas sans doute se désigner aussi ouvertement aux foudres épiscopales. Ils l'osent et Feissal doit indiquer pour la réunion du clergé un autre local, la chapelle des Pénitents blancs.
Les curés ont eu satisfaction : ils ne veulent pas abuser de leur victoire et, pour panser les blessures, de leur évêque, ils vont lui offrir une place dans la députation de Forcalquier. Mais l'évêque, piqué au vif par son premier échec, veut punir ses chers collaborateurs de leur impertinence et il refuse de se joindre à leurs représentants. Il allègue des prétextes qui n'en sont pas, sa santé, des vapeurs. Alors les curés dégagés de tout scrupule, votent hardiment. Sur 9 électeurs, 7 sont à eux. Champsaud, curé de Digne, Chaix, curé de Cauchant, de Villeneuve, curé de Valensole, Thomas d'Aiguines, Fabre de Barréme, Sylve de Saint Paul de Seyne, Gassendi de
le lieutenant qui a présidé cette a eu d'autres contestations queopération a donné lieu à sa trop celles nécessaires pour repousser longue durée en favorisant les ce parti «. (Arch. nat., H=» 41, 1.2. intrigues de M, lévêque qui y p. 4). cherchait une députation. 11 n'}»^
L KLKCTION DE FOKCALQUIKR
Barras. Du Chalïaut, prévôt du cliapilre de Digne cl Oassend, capiscol du chapitre de Riez, ont seuls trouvé grâce devant la coalition.
A Forcalquier, le 4 avril, sur 9 électeurs, 8 sont des curés : Beauchamp d'Apt, Sylvestre de Forcalquier, Bonnelly de Saint Sauveur de Manosque, Butet de Mane, de Sainte Croix de Rustrel, Vial de Céreste, Mourre des Imberts les Gordes, Bedos de Beillanne. Le neuvième, Blanchardy, est doyen du chapitre concathédral de Forcalquier. On devine la colère des chanoines évincés. (( Les curés deux fois plus nombreux que les chanoines, prieurs et religieux réunis, en ont étouffé les réclamations. En vain leur a-t-on dit que, selon l'instruction du roi, tout corps devait avoir un représentant. La force a fait taire la justice, et la seule crainte de désobéir au roi a retenu dans l'assemblée les victimes de la vexation. Ces victimes sont venues chez moi. Je les ai consolées (1)... ». Les fcurés de Sisteron se sont montrés plus exclusifs encore. Ils se sont réservé les six places. Les élus sont: Escoffier, curé de Valbelle, Beaudin de Peyruis, d'Almas de Saint Giniès, Laugier de Valerne, Rolland du Caire, Curnier de Jarjaye. Le clergé de la vallée de Barcelonnette
(1) Arch. nat., B» 41, 1. 2, p. 5.
Lettre de l'abbé Chappus, prévôt de la concathédrale de Forcalquier, vie. gén. de Sisteron ; Forcalquier, 6 avril 1789. Le même Chappus écrit le même jour :
« Monseigneur, la nomination des électeurs du clergé s'est faite le 4.
Huit curés et un seul chanoine ont été nommés. En vain, les députés des deux chapitres, les prieurs, les chapelains en titre.
du diocèse de Sisteron ont demandé que chaque corps eût des électeurs à proportion de son nombre ; la foule des curés Vu emporté sur la justice. C'est à un malentendu que le seul chanoine a dû son élection.... En qualité de premier ecclésiastique de la sénéchaussée, les évêques absents, j'ai cru devoir à votre amour pour le bon ordre le détail dune élection qui le contredit ». (Arch.
les religieux et quelques curés nat., B^ 41, 1. 4, p. 1).
s'est réuni le 31 mars après l'assemblée générale. Il ne compte que 25 membres présents. Après la rédaction du cahier, le président de l'ordre, M« Joseph Rivier, vicaire forain de monseigneur d'Embrun, fait observer que « la moitié des curés n'a pu comparaître que par des représentants par rapport à la grande quantité de neige et à l'impraticabilité des chemins (1) » et l'assemblée se résout à ne pas faire de députés (( pour cette raison et la proximité du temps ])ascal )). Elle supplie le sénéchal de Forcalquier d'approuver la légitimité de ses raisons.
A rassemblée de la sénéchaussée de Draguignan, Févêque de Fréjus est nommé d'acclamation un des douze électeurs que le clergé doit envoyer à rassemblée des trois sénéchaussées. Mais on vote ])our les onzeautres et onnomme : Honoré Reynaud, curé d'Ampus ; Jean Etienne Milre, curé de Comps; Alexandre Gardiol, curé de Callian ; Jean Martin (Cavalier, prévôt de la cathédrale de Fréjus ; Honoré Régis, curé de Bargemon ; de Montgrand, prévôt d'Aups ; Pierre Dominique Gras, curé de la Roque d'Esclapon ; Pierre Maurel, chapelain de Saint Pierre de Flayosc ; P. Antoine Abram, dominicain, supérieur de la maison de Draguignan; Jacques Revel, curé sacristain de la collégiale de Lorgnes et Joseph Ferréol Lombard, chanoine de la collégiale de Draguignan. C'est le chanoine qui clôt 1^ liste (2)'. —
(1) Arch. nat., 13^41, 1, 2. p. 2, fluence prépondérante qui devrait
(2) «... Ledit sieur Cavalier, se balancer entre toutes les classes ])révôt de la cathédrale de Fréjus, du clergé dont les intérêts sont déclare ne pouvoir regarder avec les leurs en opposition... >> comme libre une élection où, par Adhèrent à cette déclaration • la pluralité des suffrages qui lui Montgrand, prévôt d'Aups et sont accordés, une classe de lor- Lombard, chanoine. (Arch. nat., (Ire ecclésiasti(|ue a seule lin- IJ=' 39).