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LA SÉNÉCHAUSSÉE DE CASTELLANE

Sur les neuf députés de la sénéchaussée de Grasse, six sont des curés : Mougins Roquefort, de Grasse; Honoré Vial, de Vence ; Jean-Baptiste Giraud, de la C.olle Saint Paul ; Antoine Barquier, d'Antibes ; Honoré Cresp, de Saint Césaire ; Augustin Gleize, de Saint Auban ; les trois autres : Jean-Baptiste Manne, ])rieur du Tignet ; le R. P. Pons Augustin, et Louis Josepli Bayon, bénéficiers de l'église cathédrale de (irasse (1).

Mais l'exemple le plus frappant de pression discrète et cauteleuse était réservé au clergé de la sénéchaussée de Castellane. 35 électeurs sont présents. Les évêques de Senez et de Glandé ves faisant défaut, la présidence est dévolue, d'après l'article 41 du règlement du 24 janvier, à Michel Poyet, capiscol, vicaire général et député de l'évêque de Glandèves. La composition de la commission pour le cahier de doléances aurait ouvert les yeux de Poyet, pour peu ({u'il ne les eût pas tenus obstinément fermés. Sur 7) membres, les curés s'en étaient attribué quatre et n'en avaient laissé qu'un au chanoine sacristain, Jacques Pons. On va procéder à l'élection des six députés pour l'assemblée générale de Draguignan. Poyet, le 4 avril, essaye de préparer les voies. Sa harangue est onctueuse et pleine de sous-entendus. Il rappelle à ses collaborateurs le serment qu'ils ont fait d'opiner selon leur lumière et conscience. Ils doivent oublier tout intérêt personnel, tout esprit de €orps, chercher le plus grand bien général et particulier et ne fournir a à aucune classe de bénéficiers le moindre sujet de plainte en se livrant à des préléritions d'autant plus injurieuses que les auteurs

(\) Arch. nat., B« 39, 1. 3, p. 2.

qui les imaginent gardent ordinairement l'anonyme et marchent dans les ténèbres : voie toujours suspecte, pour ne pas dire criminelle, au jugement de notre divin maître » (1). Après cette homélie et pour mettre tout le monde à l'aise, le président prédicateui^ déclare solennellement et au nom du prélat qu'il représente qu'il renonce volontiers à toute députa tion (( afin de ne gêner en rien la liberté des suffrages ». L'effacement de M. de Glandèves, ainsi que celui de son représentant n'ont rien à voir avecla crainte de gêner les suffrages. Ces messieurs savent, à n'en pas douter, que les curés ont fait leur siège et ils préfèrent avoir l'air de dédaigner une candidature qu'on ne leur offre pas plutôt que d'essuyer un échec.

Mais le désistement de l'évêque et de son vicaire général cachait un piège. Tout ce pompeux préambule fait sur le ton mystique avait pour but de rassurer les curés. Michel Poyet tenait son plan. 11 demanda qu'il lui fût permis d'insister encore (qui aurait pu le lui défendre ?) et dévoila les dessous de sa manœuvre. Avant les élections, les agents généraux du clergé avaient adressé à tous les diocèses une circulaire ou modèle de doléances dont Poyel détacha les passages suivants. Ils valent qu'on les médite.

(( Un objet qui nous paraît digne de toute votre attention, disaient ces messieurs, c'est de chercher les moyens d'assurer constamment à l'ordre du clergé un assez grand nombre d'évêques pour donner à ses délibérations la sanction épiscopale si

(1) Arclî. nat., B^ 39. Verbal de chaussée de Castellane, 4 avriC l'assemblée du clergé de la séné- 1789.

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