‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 68 sur 116 · LE CAS DE BARCELONNETTE · texte numérisé non relu

LE CAS DE BARCELONNETTE

qui se pose est celle-ci : les 4 députés, illégaux en somme, seront-ils admis à l'assemblée qui va députer pour rassemblée générale de la sénéchaussée de Forcalquier?

Dans les récriminations des uns, dans les prétentions des autres perce l'animosité qui sépare de tous temps les forains des habitants de la ville, ceux-ci se prétendant" les maîtres de ceux-là et voulant leur imposer leurs volontés. Les raisons fournies par les quatre avocats sont, il faut le reconnaître, des plus médiocres. Il est inexact, avancent ils, que les habitants de la ville aient concouru, dans le conseil de la communauté tenu le dimanche précédent, à la nomination des 12 députés élus par les 4 quartiers. Ils admettent seulement comme possible ^c que quelques-uns s'y soient trouvés 7)ar curiosité )). Mais cela ne saurait tirer à conséquence. En fait, la ville n'est pas représentée. Ils prient donc le préfet d'ordonner que « des 12 députés que la communauté de Barcelonnette s'est permis de nommer dans le conseil tenu dimanche dernier, il n'y en ait que 8 qui aient le droit de voter pour la nomination des députés à Forcalquier et que les autres seront tenus de se retirer pour laisser les suffrages libres )). Au lieu de suffrages, il faut lire évidemment places. Le préfet est fort gêné par la plainte des uns et la demande quasi reconventionnelle des autres. Il s'en tire comme les lieutenants généraux et adopte bravement leur jurisprudence. Il prononce que (.( sans tirer à conséquence pour les communautés foraines, les 12 députés de la communauté et les 4 de la ville seront provisoirement admis à voterpour l'assemblée de Forcalquier et que son ordonnance sera exécutée nonobstant tous appel et protestation >>. '

Ce préfet a voulu contenter tout le monde. Mais les forains ne se tiennent pas pour battus. L'ordonnance du préfet clôt les débats, il est vrai, et ils ne peuvent rien contre elle. Mais une protestation bien sentie fera plaisir à leurs mandants. Ils déclarent donc avec solennité qu'ils se soumettent... pour cette fois, mais que « s'il se présente à l'avenir une pareille disproportion entre les députés, ils se retireront sans prendre aucune part à ce qui pourrait être mis en délibération ». Que ne le font-ils tout de suite, comme ils le disent! Une retraite en masse et motivée ferait plus d'effet que la déclaration susdite, même appuyée par Dherbez de la Tour protestant au nom des 4 quartiers a qui forment 4 rôles d'impositions, composés de 6 paroisses et 6 succursales, et qui par l'arrangement ci-dessus se trouvent lésés ».

Une scène du même genre, mais qui a eu un autre dénouement s'est passée dans l'assemblée générale de la sénéchaussée d'Arles. Le 31 mars, cette assemblée est appelée à vider le différend qui s'est élevé à propos delà députation de Salon. Deux réunions d'électeurs avaient eu lieu, paraît-il, dans cette ville, le 25 et le 28 mars, et ces deux réunions avaient nommé chacune des députés qui se prétendaient les seuls légitimes et demandaient réciproquement leur exclusion. L'assemblée générale renvoya à prononcer à l'assemblée du tiers. L'affaire revientdonc le le'* avril devant les députés du tiers qui décident, après audition des mémoires, que les représentants élus le 28 (( seront seuls déclarés légitimes et admis exclusivement à ceux élus le 25 » (1).

(1) Arch. nat., B'' 14, 1. 8, p. 2. notaire, Teuque, bachelier es

Le procès verbal ajoute : (I Prêtent droits, Antoine Michel, ménager

serment (en qualité de députés et ,1. lî. Peyre... Défaut est donné

de Salon) David notaire, Piole contre Truchement ».

l'élection de castellane 231

Après ces protestations, quand on a eu bien fait observer à tous et coucher sur le verbal que l'admission inusitée et illégale de tel pseudo-député ne pouvait tirer à conséquence pour l'avenir, on procède au choix des électeurs pour les sénéchaussées chefs-lieux. A part Toulon, dont il sera parlé dans la suite, ce scrutin ne donne lieu qu'à des protestations isolées. Du moins n'en est-il fait que de rares mentions dans les procès-verbaux. Celle de Castellane mérite d'être retenue (1). Il y a là un lieutenant général qui répond au nom de Tassis du Poil. Orateur médiocre: ce Je n'ignore point, dit-il, que la brigue peut souffler à Vos oreilles le venin de la discorde... », il rêve l'union, ce qui est d'une bonne âme, mais il voudrait la faire voir sur son nom, car il est candidat. La sénéchaussée doit députer 12 électeurs à Draguignan et il voudrait bien être des douze. Le règlement semble devoir l'y aider, puisque, de par lui, l'élection de ces députés doit être faite à haute voix. On n'osera pas, pense-t-il, ne pas voter pour lui. Il a d'ailleurs son homme, le greffier, qui compte les suffrages. Le scrutin est ouvert. Les électeurs paraissent avoir eu une confiance tout à fait limitée dans la mémoire et la sûreté de main de ce greffier. Il y a plus de cent électeurs présents. Ils doivent nominer chacun 12 d'entre eux. Voilà un relevé de chiffres qui sera laborieux. Et Balthazar Lieutaud, maire de Castellane, propose (( de choisir trois personnes pour aider au greffier ». Le lieutenant général se hâte de repousser la motion (( comme faisant suspecter la probité du greffier et injurieuse à l'autorité royale qui l'a commis ». Le

{!) Arch. nat., B^ 39, 1. 2.

vote continue, mais les adversaires de Tassis ne désarment pas. Carbonel, notaire et député de Talloire, (( tient un registre à la main en présence de toute l'assemblée et recueille les ' différents suffrages )). Nul moyen de l'en empêcher. On recense les voix. Les 12 députés sont nommés (1) et l'infortuné du Poil n'y figure pas. Il faut que l'un d'eux, Joseph Collomp, décline l'honneur qu'on lui a fait pour que les électeurs consentent à le nommer à cette place. Piqué au vif, du Poil refuse. Il aura peut-être la douleur de voir Lieutaud occuper aux Etats généraux le siège qu'il avait rêvé pour lui.

Les élections dans les sénéchaussées qui députent directement ont été plus mouvementées. Marseille entre autres, étant la ville la plus populeuse, devait être aussi la plus remuante. Elle n'a pas failli à sa réputation.

La lutte électorale s'y est engagée tout de suite avec une âpreté particulière et a revêtu un caractère personnel des plus fâcheux. On a surtout donné l'assaut à l'influence du conseil municipal et de son maire, le marquis de Gaillard.

(1) Joseph Collomp; B. Lieutaud; d'Annot ; J. Ant. Robion, avocat.

Gras du Bourguet, avocat, député dép. d'Annot ; Henri Juglar, avo-

du Villars Brandis ; Jos. Marié, cat, dép. de Saint André ; J. Jos.

médecin, dép. de Saint Julien ; Sauvan, notaire, dép. de Méailles ;

J. B. Gras, avocat, dép. de Cas- J. Jos. Mandine, notaire, dép. de

tellane ; L. Fr. Meifred, dép. de Fugeret. Castellane ; Béroard, notaire, dép.

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