‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 70 sur 116 · LES NON CORPORÉS DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

LES NON CORPORÉS DE MARSEILLE

nombre de corporés et faire pencher la balance en leur faveur. Voici comment les négociants réussirent à déjouer cette manœuvre.

Parmi les non-corporés se trouvaient les gens de la campagne ou mieux du terroir de Marseille. Eux aussi avaient le droit de nommer des députés. Mais le règlement était formel à leur sujet. Les assemblées d'électeurs de campagne devaient avoir lieu par paroisses. Dans le cas où le règlement eût été obéi, on conçoit sans peine ce qui serait arrivé. Ces assemblées particulières eussent certainement compris plus de dix mille personnes ; à raison de 2 électeurs par 100 présents, c'étaient 200 électeurs. Ces 200 joints à ceux des corporations auraient enlevé le vote, malgré leur indiscipline. Mais les négociants étaient tranquilles ; les échevins travaillaient pour eux. Ne pouvant tourner le règlement, ils le violèrent et, au lieu de plusieurs réunions des non corporés, n'en firent qu'une. Elle avait été annoncée d'abord comme devant être tenue dans la salle de la Loge ; de cette manière on eût pu davantage peser sur les consciences. Mais la salle parut décidément trop insuffisante. On choisit l'église des RR. PP. Dominicains. Deux échevins en chaperon, Durand et Verdilhon, présidèrent cette assemblée le 20 mars à 8 heures du matin. La façon dont elle fut composée est outrageante au premier chef (1). Pour qu'elle se réclamât de quelque apparence légale, il eût fallu exiger de chacun qu'il fît la preuve de son identité, la vérifier sur le champ de manière sûre et qui ne permit aucune échappatoire frauduleuse. Les éche-^ vins font fermer les portes d'abord, puis ils déclarent

(1) Arch. nat., 3^50, 1. 4, p. 6.

que (( s'il y a dans l'assemblée quelqu'un qui ne réunisse pas les qualités exigées par l'article 27 du règlement du 24 janvier, il doit se retirer et ne peut demeurer sans contrevenir aux ordres de Sa Majesté » . Aucun inouton n'a garde de se reconnaître lépreux ; chacun au contraire témoigne par son silence qu'il se croit apte à la petite opération qui se prépare. Pourtant si les échevins avaient seulement entrouvert les 3^eux, ils se seraient vite convaincus qu'il y avait là dedans toute sorte de monde : des commis de négociants, des perruquiers, qui avaient déjà voté dans leurs corporations, voire des femmes « du plus bas peuple )). Les échevins ne veulent pas, sans doute par galanterie, qu'elles se retirent. On compte les assistants : le verbal en accuse 573, Demandolx dit 580; l'inconnu à qui nous devons ces détails oscille entre 7 et 800, ce qui donne une idée de l'exactitude avec laquelle on a fait ce dénombrement. Puis Durand annonce à l'assemblée qu'elle doit élire 12 députés. On vote. Sont élus : le chevalier Arnoux (de Valbarelle) 328 voix, Blanc Gilli 214, l'abbé Raynal 160, Manoly cadet, ancien échevin 138, J.-B. Albouis 109, Mourraille 103, Ferrari cadet 102, Joseph Gautier 98, Ferrari aîné 97, Ange Rambaud 92, Delabat 85, Verdilhon 84.

En regardant d'un peu prés ce scrutin, on ne peut manquer de reconnaître que la manœuvre des négociants a parfaitement réussi. On a voté par liste; les 573 présents désorientés n'ont retenu que 2 ou 3 noms, les premiers. Le reste a voté à l'aveuglette, s'il a voté. Comment expliquer autrement l'écartaussi considérable entre le premier élu et le second, entre le premier et le troisième? Le dernier n'obtient qu'un nombre de voix dérisoire. Les suppléants que

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