MIRABEAU APPUIE M. DE GAUTIER
vingt quatre heures auparavant dans le registre pour que cliacun pût les connaître et les réfléchir ».
Miraheau intervint dans la querelle pour appuyer la motion de M. de Gautier. Il démasqua du premier mot toute l'intrigue et avec une franchise brutale, une sécheresse de ton qui font plaisir, fit remarquer que « proposer de délibérer sans nul délai sur des points inopinés, ce n'était pas recueillir des suffrages, mais les surprendre ». Il s'attaqua sans détour au président même de l'ordre et l'accusa de vouloir a dépouiller les opinants de leur propre pensée » et de semer la discorde à son profit. Que voulait dire cette hâte équivoque et quels pièges pouvait-elle bien cacher? Ainsi donc (c des hommes occupés d'affaires graves et publiques » iraient ainsi donner leur avis sans même avoir eu le loisir d'examiner ce qu'on leur proposait! Il était donc mérité, ce reproche qu'on faisait à la noblesse provençale de vouloir décider de tout sans avoir rien pesé et de pousser l'esprit de confraternité jusqu'à n'oser pas dire non parce qu'un des collègues avait dit oui!
Et Mirabeau, pour donner plus de poids à son dire, citait les Anglais a qui vont apparemment devenir l'objet de notre étude puisque nous voulons être enfin une nation ». Assurément les membres du parlement anglais avaient plus que les possédant fiefs de Provence ou d'ailleurs l'habitude de discuter les affaires publiques ; pourtant, chaque fois qu'un membre le demandait, la délibération sur une affaire importante était suspendue pour qu'on pût l'examiner à nouveau et en détail. Encore le délai sollicité par M. de Gautier était-il bien court. Mais, ajoutait Mirabeau, ce ces 24 heures se multiplient par le nombre de ceux qui prennent intérêt à la question
proposée », et il lui paraissait impossible que parmi tant (le membres présents il ne s'en trouvât pas plusieurs qui pussent le lendemain éclairer la religion de leurs collègues. De cette manière, l'ordre de la noblesse couperait court à toute interprétation fâcheuse de la part de ses adversaires qui guettaient ses défaillances et il « n'autoriserait plus par son irréflexion cette idée trop répandue que, né pour marcher à la tête des armées, il ne pouvait rien valoir hors de là, ce qui rempécherait tôt ou tard non seulement de présider, mais d'assister aux conseils politiques ».
L'intervention de Mirabeau avait d'abord paru inopportune. Les paroles véhémentes par lesquelles il l'appuya, les vérités désagréables qu'il leur lançait à la face, irritèrent les possédant fiefs. Ils ne lui firent = pas même l'honneur d'une réponse. « Les voix coururent », et il fut décidé que ce tout en louant le zèle et les bonnes intentions de M. de Gautier d'Artigues, il serait statué tout de suite sur la proposition de messieurs les syndics ».
Mais la proposition des syndics était complexe. Elle se sul)di\isait en plusieurs questions qu'il fallait examiner à part. Chacun des membres de la noblesse fieffée reconnaissait la nécessité de députer aux États généraux. Mais la composition de ces États, telle au moins que le directeur général des finances semblait l'avoir annoncée, était nettement inconstitutionnelle. Les possédant fiefs décidèrent qu'ils nommeraient des députés, mais que ces députés protesteraient contre la violation de la constitution provençale, tout (( en présentant d'ailleurs à Sa Majesté la soumission de Tordre, sa fidélité, son désintéressement ».