‹ La coopération en Grande Bretagne [microform]Chapitre 12 sur 26 · ASSOCIATION DE PRODUCTEURS · texte numérisé non relu

ASSOCIATION DE PRODUCTEURS

pensées et les discours des individualistes, au milieu du désastre général, comme un succès exceptionnel dont, malgré le proverbe, on se gardait bien de dire qu’il confirmait la règle ! Cette association a été dissoute il 3' a quelques années, après avoir perdu tout le capital social et en n’accordant à ses obligataires et à ses créanciers qu’un dividende de 2 shillings 6 deniers par livre sterling (7,69 ‘>/o). La clientèle, les marchandises et le matériel orit été cédés à trois d’entre les ouvriers. Il paraît que, depuis qu’il est une entreprise privée, rétablissement est prospère.

Vers 1 865-66 nous assistons à un renouveau d’activité dans le camp individualiste delà coopération. L’application par :MM. Briggs, en 1866 d’un système de participation aux bénéfices à leur exploitation minière imprima un vif élan à la théorie de l’association; de 1866 à 1869, onze autres maisons importantes, entre autres celle de MM. Fox et Head, à Middlesborough, et celle de AIM. Crossley, à Halifax, suivirent cet exemple. C’est également en 1866 que M. E. O. Greening établit une société industrielle pour la fabrication des grilles de fer, à Manchester. Cette dernière tentative fut spécialement connue grâce à une conférence qui eut lieu au mois de juin 1866 et dans laquelle les principaux théoriciens de la participation aux bénéfices et les fondateurs, passés ou actuels, d’associations, exposèrent à l’envie leurs divers procédés de faire le bonheur de l’humanité. C’est un fait curieux et remarquable qu’alors que les débuts du Magasin de Rochdale et des Wholesales passèrent inaperçus du public, la conféférence à lac]uelle fuient discutées les propositions de MiM. Briggs et Greening ait provoqué de nombreuses

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lettres de félicitations d’hommes politiques célèbres et d érudits professeurs, suivies d’articles de fonds dans le Times, le Spectator, le Morning Star, et d’autres journaux de province. Cette même année iS66 fut encore marquée par la création des Cobden Mills (fabrique de Cobden) dont MM. Hughes, Neale, Ludlow et Greenmg étaient fondateurs, et qui furent la tentative la plus fameuse faite par les socialistes chrétiens poui établir la production coopérative sur une base rationnelle. Cette entreprise, après des pertes répétées, fut définitivement aliénée par ses propriétaires en 1890. Les coopérateurs du Yorkshire créèrent la (( /^/^ Cloth Manufacturing Society » (société de fabiication de vêtements de luxe); quelques serruriers de Wolverhampton constituèrent en 1864 une association qui fut le (( héros du jour ii à la conférence du Centie, en 1879, et qui fut dissoute en 1881 ; il y eut enfiri l’habituelle moisson des sociétés de tailleurs, de bottiers et de cordonniers, d’ébénistes, et d’autres artisans, ainsi qu’un certain nombre de sociétés parmi les oiiviiers du bâtiment et les mécaniciens.

L effort le plus remarquable pour mettre en pratique la théorie individualiste de la production fut accompli de 1870 à 1874 pur les mécaniciens, les métallurgistes et les houilleurs du Northumberland, du Durham, du Yorkshire et de l’Ecosse. L’histoire des Ousebimi Engine Works (ateliers mécaniques d’Ouseburn), des Scottish Iron Works (ateliers métallurgistes d’Ecosse), des ateliers mécaniques, métallurgistes et de construction d’Oldham, Apsley et Sheffteld aboutit uniformément à un désastre ultime. Il paraît (]ue les trade unions perdirent 60,000 livres sterling dans ces entreprises;

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ce fait explique, en grande paitie, le dégoût que les grandes unions manifestent actuellement pour les ateliers sociétaires. Dans tous les congrès ultérieurs des trade-unions ou des coopératives, nous avons entendu les secrétaires de ces organisations affirmer qu’il est impossible de placer les fonds d’une trade-union dans un établissement d’où on ne pourrait les retirer à première réquisition ou dans un très bref délai. Tl faut louer assurément la sagesse de cette conduite, mais pareille réponse ne résoud pas la question : les tradeunions ont levé, sans difficultés apparente, des contributions extraordinaires et considérables pour secourir les grévistes australiens ou pour alimenter les caisses de chômage destinées à écraser les patrons de Liverpool ; pourquoi donc une contribution extraordinaiie serait-elle impossible pour établir un atelier autonome?

Les trade unions ne furent pas seules à porter le poids de ces tentatives malheureuses. Les « INIagasins )) du nord de l’Angleterre et les deux Wholesales y prirent une leçon onéreuse, dont 1’ « épicerie », cette « vache à lait » de la coopération, fit sans doute les frais. I.a jeune Wholesale écossaise faillit même en faire une fin prématurée et compromit gravement son développement par une perte de 10,000 livres sterlings dans les « Scottish Iron Works ».

Cependant, la Société Industrielle de MM. Greening ferma ses portes en 1870. La méthode de participation aux bénéfices de MM. Briggs qui avait été annoncée à son de trompe dans tout l’univers, de même que les systèmes moins célèbres de MM. Fox, Head ô: Co. et d’autres établissements (cités dans le Cooperator et dans les Cooperative News) furent délaissés avec ou sans

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explication de la part des ernplo\'eurs, mais, dans le cas de MAL Briggs, avec le consentement bruvant des ouvriers. J’éprouve vraiment des scrupules à raconter d autres échecs ; je crains (]^ue les exemples historiques, (jue je cite, ne soient pris pour une critique malveillante. Pour abréger un long récit, je me borne à dire que, sur les centaines d’associations de producteurs enregistrées conformément au ^oini Stock A et ou a 1 Industvuil and Pvovident Act, connues pour avoir eu une existence de fait, avant 1870, trois seulement subsistent : les Sociétés manufacturières d’Eales et de Paisley, respectivement fondées en 1860 et 1862, et la Société d’imprimerie de Alanchester (1869). Passons sur les cadavres de centaines de sociétés, enregistrées depuis 1870 jusqu a ce jour, et examinons rapidement les sociétés actuellement existantes qui ont été organisées du qui prétendent l’avoir été dans l’interet des producteurs.

2® PARTIE : .Situation actuelle les Associations de

PRODUCTEURS (l)

Nous prendrons pour base de nos recherches, la liste des sociétés coopératives de production publiée dans le rapport du Bureau Central, en i8go. Nous éliminerons d’abord de cette liste les services de production des W holesales, les moulins et les boulangeries franchement organisées dans l’intérêt, non pas des producteurs, mais des consommateurs. Nous rejeterons ensuite, comme indignes de figurer parmi des associations de producteurs, des Sociétés comme celle de

(1) Au moment où l'auteur écrit ces lignes. (No/e du traducteur.)

l’association de producteurs

(li Le lecteur trouvera dans chaque classe des sociétés c pu aussi bien être rangées dans une autre classe. J ai essa\ ces sociétés d'après la prédominance de certains caractères

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étratts' et les actionnaires

trangeis et les magasins coopératifs fournissent I

grande masse du capital mais où les " on

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sociétés, dont quatre sont tout petites et ne font '‘‘‘PSoc ety les Cordonniers et Bottiers de Leicester et

cpnpnri modestes imitateurs méritent

seZ aslïaC honorable, car elles sont les

« Fraternlé d T «dèles à Pidéal de la

t-ratermte des travailleurs ». Du point de vue auquel

et i e!t^ !’ n? rléfient toute critique

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J outes, sauf deu.v, ont été fondées dans les cinq de, n.eres années. Leur chiffre d'affaires annue est de 49,623 livres sterling, leur capital total est de ,t,t

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cependant que 5 de ces 8^ ‘itronit: t:r:::i;::t

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üans la ”°r‘ des petits patrons.

sonét 1 classe nous trouvons quatre

sociétés relativement importantes. Les Coopérative

ders (ouvriers du bâtiment) de Brixton appartien-

l’association de producteurs

draient même à la première classe si les fondateurs n’avaient pas inséré dans les statuts une clause en vertu de laquelle trois actionnaires étrangers ont des sièges permanents au Comité d’administration. De plus, les conditions de cens et de stage y sont si élevées que sur 179 membres travailleurs 40 seulement sont électeurs. Üans les fabriques de laine de Woodhouse, près d’IIuddersfield, M. Thompson s’est érigé en gérant inamovible (avec le droit de désigner son successeur par testament); .M. Clapperton, fondateur de la Scotch Tweed Society s’est également assuré une situation durable de gérant. La quatrième société de cette classe est une survivante d’un effort malheureux mais énergique fait il y a (Quelque cinq ans par les tisserands de Burnley (sept associations en tout y compris les vivants et les morts) pour devenir leurs propres employeurs. Quatre de ces sociétés ont échoué : une n’a jamais atteint l’autonomie et est à la discrétion d’un commissionnaire qui a prêté le capital, qui fournit le lin et qui prend à la société tout son bénéfice. De la Nelson Society on connaît peu de choses, sauf ses pertes, mais je l’ai rangée dans la première classe, malgré ses infortunes, parce qu’elle a su maintenir la pureté de sa constitution. Quant à la Buriiley Self help Society, l’aînée du groupe, elle a une histoire typique et accidentée. Dans la première année, elle réalisa de gros bénéfices ; mais, comme nous le dit M. Jones, « si nous (( anah'sons les sept rapports semestriels jusqu’à mars (( 1890, il en ressort les résultats suivants : le chiffre (t total des ventes est de i3o,i35 livres sterling ; les « salaires montent à 26,382 livres sterling ; le capital a « touché 668 livres sterling d’intérêt. Les ouvriers ont

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<( 10ÇU 348 livres sterling à titre de boni et ont pavé, « par voie de retenue sur leurs salaires, 8i5 liv. sterling <( poui laiie face aux pertes. Les travailleurs ont donc <( sorti de leur poche 467 livres sterling, soit i 3/4 g o du « total des salaires. Si les actionnaires avaient supporté <( toute la pei te, ils n auraient touclié t]u’un intérêt annue} « de I 1/2 au lieu des 5 go qu’ils ont touché grâce à <( la caution des travailleurs w. Dans cette courte période, la société a eu successivement trois gérants : le premier le quitta pour s’établir à son compte ; les deux autres lurent renvoyés jDar les actionnaires ouviiers. Découragée par les échcîcs et inquiète de ses discoïdes intestines, la société lit appel à son premier geiant pour lui cotifier la direction de ses affaires. Ce monsieur 3' consentit mais exigea une autorité absolue. Un contrat a été récemment passé, aux termes duquel M. Bancroft reçoit de ])leins pouvoirs et ne peut être renvo3’é avant dix ans. Toute discussion entre le comité et lui est déférée à l’arbitrage souverain

du travail auxiliaire, le taux des salaires qu’elles paient, l’emploi de leurs bénéfices, avant de les admettre dans l’Union coopérative et de les autoriser à se parer de l’éti(|uette coopérative vis-à-vis des Wholesales, des Magasins, du (Gouvernement et des partisans du mouvement coopératif. Pour donner une idée des association de cette catégorie, je citerai les notes suivantes <]ue j’ai prises sur six sociétés que j’ai personnellement visitées, sans qu’il ait eu, de ma part, aucun désir de choisir des spécimens peu sympathiques :

par livre aux salaires des travailleurs-auxiliaires. N’applique pas le tarif trade unioniste, l^artie de l’ouvrage confiée à des tâcherons sans que la société prenne aucun renseignement sur les conditions dans lesquelles cet ouvrage est exécuté.

No a. — A cinq minutes de marche du no 1. Formée par des tra- Aailleurs mécontents du no i. à qui on refusait la qualité de membres. Trente associés. Ne peuvent dire combien d'auxiliaires ils emploient. Partie de l'ouvrage confiée à des tâcherons. 5 og, au capital. Pas de bénéfices.

No g. — Mêmes constatations qu'au nos 1 et 2. A pavé jusqu’à 30 0/0 au capital. Ne paie qu'un demi-dividende aux auxiliaires qui forment la majorité des employés Fait travailler à domicile. S'adresse pour partie a des tâcherons. Fe secrétaire déplore que les anciens membres refusent d'en admettre de nouveaux.

N® 4. — Société composée d’une demi-douzaine d'actionnaires dont trois travaillent pour elle : le premier est gérant, le second secrétaire et le troisième est le seul ouvrier bien pavé de l’établissement. Emploie trente oux riers dont une donzninp de pnmins;

LA COOrÉRATION EN GRANDI' BRE 1 AGNE

salaires payés par cette association, m'a dit qu'ils étaient inferieurs aux salaires normaux. Cette société déclare quelle donne i shilling

(’) deniers par livre de salaire aux tra\ ailleurs.

Xo 5. — Cette société est mieux constituée que les precedentes. Elle paie les salaires au tarif des trade unions. Elle a pour membres individus, 4 sociétés coopératives et trois sections de trade-unions. Sur employés 5 seulement sont membres de la société. Les autres associés préférent\ravailler ailleurs. Cette société, comme deux autres que j'ai visitées, emploie des travailleurs auxiliaires parce que ses propres membres préfèrent travailler dans des entreprises particulières. '' . ,

^'0(3 La constitution de cette société est actuellement iirepro-

chable. Aussi je n'hésite pas à la nommer: Les Cigarettiers .luifs de

I ondres ont récemment ouvert une section qui emploie des auxiliaires anglais ; mais ces auxiliaires pein ent devenir membres et reçoivent en tout cas des salaires au tarif trade-unioniste. Cette association est un cas intéressant de société tendant au type de la (dasse II.

II v a un an. elle fut à court d’argent. Quatre individus otTnrent le capital nécessaire à condition de faire partie du comité : ils prétendaient que le taux des salaires était exagéré. Le courtier qui fournit la matière première à la société, joue le rôle de president et tient la balance du pouvoir entre les quatre commissaires, représentants des travailleurs, et les quaire qui représentent indirectement le capital. Sous cette constitution ainsi modihée la société semble destinée

à devenir prospère.

Les associations de producteurs de la troisième catégoiie montrent malheureusement une vitalité relative; leur âge moyen est de sept ans et quatie mois , leui chiffre total d’affaires monte à 120,054 hv. sterling, leur personnel ouvrier est de 1,240 ouvriers dont seulement 33o associés ; le nombre des travailleurs suboidonnés, employés par les sous-traitants ou au domicile des membres, n’est évidemment pas compiis dans ces

chiffres. 1 1 ^ •

Si nous devons flétrir le type ordinaire de la troi-

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