‹ La coopération en Grande Bretagne [microform]Chapitre 13 sur 26 · L .\SSOCIATION DE PRODUCTEURS · texte numérisé non relu

L .\SSOCIATION DE PRODUCTEURS

sième classe (la plus nombreuse) d’associations de producteurs, la « fraternité » de travailleurs qui « exploitent » leurs camarades, nous devons par contre admirer la sincère philantropie qui a généralement inspiré la création et la gestion des sociétés de la quatrième classe. Ces i3 sociétés qui, en fait, sont des sociétés industrielles en nom collectif {Industrial partnerships), sont de petites entreprises lorsqu’on les compare aux anciennes firmes ou aux modernes <( limiteds » ; mais elles dépassent de beaucoup la taille pygméenne des sociétés de et 3® classes, l^a plupart de ces sociétés ont pour principaux associés les Magasins Coopératifs ; d’autres sont possédées et gouvernées par des capitalistes individuels. Les employ’és ont généralement le droit et parfois l’obligation de devenir actionnaires, mais, dans la plupart des cas, ils ne sont pas éligibles à la direction; il n’y a d’ailleurs aucun exemple actuel d’employé faisant partie du comité d’administration. Dans toutes ces associations, la balance du pouvoir est aux mains des non-tra\ailleurs. L’exemple le plus brillant de cette classe est, sans contredit, la Hebden Bridge Fustian (velours) Society.

Cette société fut créée en 1868 par un groupe de coupeurs de velours, parmi lesquels l’actuel gérant était l’esprit le plus militant. Bientôt les Magasins coopératils voisins s’intéressèrent au succès de la société. Jusqu’à une époque récente, le capital eut uu droit de priorité de 7 1/2 “/o*, actuellement, l’intérêt est fixé à 5 0/0. Dès le début, cette société a prospéré, grâce surtout à la fidélité des Magasins et à la capacité et à L probité de son gérant. Les travailleurs (dont les deux tiers sont des femmes) ne peuvent être nommés direc-

l.A COOrÉKATlOX EN GRANDE BRETAGNE

teurs et n’ont jamais pris une part etiective à l’administration. La part des profits (pii va aux travailleurs est, au début, capitalisée : tous les travailleurs deviennent donc nécessairement actionnaires. Il y a cinq ans, des mesures ont été prises pour empêcher les travailleurs de vendre (( leur droit d’aînesse » à des capitalistes étrangers et d’introduire ainsi, comme élément prédominant dans la société, l’actionnaire chercheur de profit (fait auquel on attribue la conduite réactionnaire de la :\Iitchell Hey). En effet, le succès commercial de la société, combiné avec le droit riiconnu par les statuts aux actionnaires de réaliser leurs actions au pair, jusqu’à la somme de 100 liv. sterh, donnait aux actions négociables des ouvriers une prime considérable sur le marché financier. Les travailleurs, insouciants de l’avenir de la société, cédaient leurs parts au plus fort acheteur. Aussi ne tarda-t-on pas à insérer dans les statuts une disposition, aux termes de haïuelle la part de bénéffces qui accroît aux travailleurs est inscrite à leur actif sous forme de titres remboursables. Ces titres, cpii ne peuvent être aliénés mais ipii leur sont lemboursés au pair, sur leur demande, ne confèrent aucun droit de vote à leurs détenteurs. Les employés qui veulent devenir actionnaires-votants peuvent obtenir des parts cessibles mais s’engagent à les vendre au pair

à la société et non à des particuliers.

[,es sociétés de cette quatrième classe montrent une grande variété de constitution. Les Cooperative Siindries, Jeune et modeste association, se distinguent par l’admission des employés à la direction : aucun employé ne siège d’ailleurs actuellement au Bureau. La Société d’imprimerie d’Edimbourg n’encourage pas ses

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employés à devenir actionnaires mais elle paie un boni aux salaires : on peut donc la ranger parmi les établissements qui admettent la participation aux bénéfices; elle distribue 14 au capital et i shilling 4 deniers par livre sterling aux salaires. En se reportant au Ra^iport du Bureau Central, on constate que les associations de production qui ont réussi, paient un intérêt très élevé au capital. Cette classe d’associations est celle ipii montre la plus grande vitalité; leur âge moyen est de treize ans. Le chiffre annuel des ventes est de 179,499 sterl,; le capital total est de 98,233 liv. sterh D’après les renseignements que j’ai ]>u recueillir ces sociétés emploient 1274 employés dont 455 associés.

Cinc} associations échappent à toute classification. Ce sont : les L)écorateurs d’O.xford; les Bonnetiers d’IIinckley; les Bonnetiers de Sheepshed ; la « Bozeat Manufaetnring » et la « London Productive ». Je n’ai pu obtenir de renseignements i]ue sur la dernière. Elle dilfôre des associations de la quatrième classe car trois employés font partie du comité; et, bien qu’elle emploie des auxiliaires, on ne peut la considérer comme une association de petits patrons puisqu’elle a été créée par des capitalistes étrangers dans l’intérêt des travailleurs « et pour leur permettre de devenir actionnaires ».

Quant aux cinc| associations agricoles, deux d’entre elles sont de coûteuses entreprises philanthropiques tpii ont déjà dévoré cpielques milliers de francs. La Scottish Earming Association est toute récente. Parmi les (]uatre autres associations agricoles, la Société d’Assington, seule, laisse aux ouvriers une jtart eiffective dans la direction.

Cet examen rapide de toutes les formes actuelles d’entreprises coopératives qui représentent, le plus souvent dans une mesure faible et lointaine, les aspirations des socialistes chrétiens, révèlent un fait de première importance. L’idéal proclamé par les Socialistes chrétiens, paitiellement adopté par les Pionnieis de Rochdale, et inlassablement proposé par les coopérateurs de l’école individualiste à l’attention des Magasins et des Wholesales — cette vision magnifique d’une fraternité de travailleurs, d’un atelier coopératit autonome, dans lequel (comme le dit le juge Hughes)

« le gérant et le comité doivent être élus par les associés et parmi les associés », s'évanouit en un insaisissable fantôme industriel qui, à la diflérence des corps réels, devient de moins en moins visible à mesure qu’on lui applique un verre de plus en plus grossissant.

Lorsqu’on examine attentivement ces 5q sociétés, on remarque que plus d’un tiers du chiffre total de leurs affaires est fait par des établissements qui ne sont que des entreprises capitalistes ayant adopté un système de participation des bénéfices. Il est vrai (^u’une faible minorité force ou encourage les employés à devenir actionnaii es. Mais, dans tous les cas sans exception, ce sont des actionnaires non travailleurs qui détiennent la balance du pou-

voir. De plus, la minorité d’actionnaires-ouvriers est frappée d'inéligibilité au Comité de direction. Et comment admettre raisonnablement qu’une catégorie d’actionnaires soit dépouillée de ses droits normaux, sinon pour affranchir les gérants et les surveillants de tout contrôle effectif de la part des travailleurs, pour déposséder définitivement ces travailleurs des tonctions souveraines de directeurs de leur propre travail, et les réduire

l’association de producteurs

au rôle secondaire de simples électeurs. En réalité les travailleurs des « Hehden Bridge Fustian Works, » de l’Imprimerie de Alanchester et de la Bonnetterie de Leicester, les trois champions et modèles des associations de production, sont, pour ce qui concerne le contrôle de l’établissement où ils travaillent, dans une situation identique à celle des tailleurs, des cordonniers, des ouvriei's du batiment du Magasin de Leeds; ils ne sont même pas mieux traités, à ce point de vue, que les facteurs d’un chemin de fer capitaliste ou les fileurs d’une « Limited » d’Oldham : car ces facteurs ou ces hleurs peuvent acquérir individuellement ou par leur trade-union des actions dans ces entreprises, et participer ainsi au contrôle du chemin de fer ou de la Cotonnerie.

Si, api'ès ee regard d’ensemble, nous procédons, avec notre verre grossissant, à un examen détaillé de la majorité d’entre elles, nous mettons à nu des maux positifs let non plus seulement des illusions détruites. Les soi-disant associations de travailleurs aboutissent souvent à l’association de petits patrons, c’est-à-dire à une organisation industrielle qui est à la frontière, sinon englobée dans le domaine du Sweating-system . Ou bien, nous découvrons des associations de travailleurs tellement indifférents et sceptiques aux avantages qu’elles leur offrent comme employeurs, qu’ils préfèrent la sécurité de l’industrie privée et abandonnent l'atelier à des auxiliaires salariés. Ou bien encore, nous voyons des associations, tels les Tisserands de Healy Royd, travaillant avec ardeur et succès, puis se rendant, au bout de deux années, à la discrétion d'un dictateur. Nous voyons aussi des fondateurs pré-

l’association de PRODUCTEURS

voyants assurer prudemment leur situation personnelle comme gérants inamovibles. Ainsi les 04 associations, avec leur chiffre d’affaires annuelles de 449,228 livres sterling, se dispersent dans les directions les plus variées, et notre microscope reste fixé sur 8 points minimes de notre industrie nationale : les Cordonniers et Bottiers de Leicester, les Horlogers de Conventry, les Cordonniers et Bottiers de Ketterimj, la Nelson et quatre sociétés insignifiantes, avec un capital total de 755 liv. sterling. Les trois plus importantes ont quatre années d’existence. Les liorlogers de Conventry, qui résistent depuis seize ans, sont d'habiles artisans qui travaillent à leur domicile et qui sont d'ailleurs à la discrétion complète d’actionnaires étrangers, plus nombreux que les travailleurs et détenteurs de la plus grande partie du capital.

Je me suis borné jusqu’à présent à exposer les faits. Recherchons maintenant, en dehors des causes d’échec communes à toutes les entreprises, celles qui ont particulièrement affligé les associations de production, dès leur naissance, et qui ont amené leur chute rapide ou leur émigration vers le monde plus grossier des sociétés par actions et des entreprises individuelles.

Trois plaintes reviennent constamment dans ce lugubre récit de désastres répétés : manque de capital, manque de clientèle, absence de discipline administrative ! La première ne saurait être contestée par personne. Le capital trop faible avec lequel beaucoup de ces associations ont débuté, a eu pour conséquences inévitables la perte d’escom[)tes sui' leur achats de matière première, la nécessité d’acheter par petites quantités et sur le marché local. Tinlériorité du machi-

nisme et de l’installation, — en un mot la suppression des opportunités commerciales, la mauvaise qualité des matières premières et l’infériorité des instruments de production. Pour attirer le capital, ces réformateurs du système capitaliste ont dû offrir et servir un intérêt exorbitant ; ils ont été victimes de Tusure, à un degré rare dans l’industrie privée et absolument inconnu dans la coopération démocratique. Dans tous les cas, le taux excessif de l’intérêt et l’insuffisance de la productivité industrielle ont abouti à un impôt sur le travailleur, sous la forme d’une réduction de salaires ou d’un surmenage de travail. Dans la plupart des cas cette situation entraîne une chute rapide.

Si l’association survit, elle ne tarde pas à se métamorphoser. Dans les métiers, non encore transformés par le machisme, dans toutes les industiies mineures ciui formaient l’objet de l’enquête récente sur le Snieaiiiw Svstem les sociétés de production ont été dès le début ou sont devenues des ass ociations de petits patrons. Or, tous ceux qui ont étudié les documents considérables rassemblés par le C/Omité des Lords, auront constaté que le système du petit patronat, ce tvpe inférieur de l’organisation industrielle, est progressivement anéanti par l’introduction de la machine, par les « revenus accrus » des grands capitaux, par une organisation perfectionnée du travail. Ces associations de petits patrons peuvent végéter dans les catégories industrielles qui échappent aux prescriptions du Faciory Ad et à l'action des Trade-Unions, mais elles ne peuvent se maintenir qu’en relusant a leurs ouvriers des conditions normales de travail, qu’en « exploitant » les travailleurs ou en fraudant les consommateurs, La

(( participation des travailleurs aux bénéfices » (grâce à laquelle ces associations invoquent le patronage coopératif) n’est donc qu’une périphrase sous laquelle se masque une réduction des salaires ou un avilissement des produits,

i\Iais, dans les industries traditionnelles du Royaume textile, métallurgique et houillère — il est pratiquement impossible pour les travailleurs ou pour n’importe quel grou]>e de travailleurs, dans une usine, une mine ou un atelier, de devenir les seuls capitalistes de l’entreprise qui les emploie. Prenons l’exemple moyen d’une filatuie avec un ca])ital de 60,000 liv. sterling et un personnel de 200 ouvriers. Donnons à ces ouvriers la propriété de ce capital : les plus habiles et les plus économes d’entre eux seront bientôt employeurs mais non travailleurs. Pn fait le capital étranger est, au début, une nécessité, et, que le capital soit détenu par un seul millionnaire ou par 60,000 camarades ouvi iers, ce que le capitaliste exige, c’est une administration rémunératrice de sa propriété — condition qui ne saurait être remplie, comme nous le verrons bientôt, par un groupe autonome de travailleurs.

Le manque de clientèle est aussi une des grand’ routes qui mènent à la ruine. Des ouvriers ou des artisans habiles, léunis en association, peuvent être compétents dans les détails techni(]ues de leur métier mais sont absolument ignorants des choses commerciales. Les sociétés de production sont souvent fondées sur 1 antique eiieui des L,dhoiiv ExchciHges', elle reposent sur cette illusion, qu’avec du courage et de l'habileté, le travailleur doit créer de la valeur, sans avoir à se préoccupei si la marchandise qu’il livre correspond ou non

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aux besoins de la consommation. Nous constatons que les ateliers coopératifs sont souvent établis à une époque défavorable ou dans une industrie en décadence; ils sont souvent constitués pour combattre une réduction de salaires ou fournir du travail aux chômeurs. De pareilles associations sont condamnées à un échec certain, Oue nous estimions en effet, avec l’économie classique, que la concurrence illimitée est l’unique méthode d’adapter l’offre à la demande, ou que nous soutenions avec les coopérateurs modernes et les socialistes d’Etat, que le contrôle démocratique est la politique opportune, que nous soyons pour l’économie politique individualiste ou pour l’économie politique socialiste, il est également évident, dans les deux cas, que les fluctuations fiévreuses du régime compétitif ne peuvent être régularisées par un accroissement du stock des marchandises au moment et au lieu où la fièvre atteint son maximum ! Il est possible que les ateliers de chômage soient une mesure recommandable pour l’assistance des Pauvres; mais ces ateliers ne sauraient assurément devenir une partie, vivante et autonome, d’un système commercial basé sur l’échange des marchandises.

La dernière cause de désordres spéciaux aux associations de production, formées sur le t}'pe socialiste chrétien, est incontestablement la plus féconde en désastres. Représentons-nous la situation d’une usine dans laquelle les travailleurs choisiraient paimi eux le comité de direction et dans laquelle le comité (formé d’employés) nommerait les surveillants et le gérant — commissaires, gérant et contremaîtres concourant tous d’ailleurs à un régime supérieurement organisé de

travail divisé et interdépendant. Pendant la journée, les commissaires sont subordonnés au gérant; l’examen de leur travail, la fixation de leurs salaires, les retenues pour malfaçons et négligences, les innombrables actes d’organisation et de surveillance (dont l’accomplissement exact est une condition nécessaire de la prospérité de l’entreprise) sont l’œuvre du gérant et des contremaîtres. Mais le soir, la scène a changé d’aspect et les rôles sont intervertis ; le gérant comparaît, en employé, devant les cfimmissaires : s’il refuse d’accepter le travail de l'un d’eux, s'il a renvoyé un de ses proches ou de ses amis, s'il a donné aux travailleurs aux jnèces une matière difficile à manipuler mais de (jualité aussi bonne qu’on pouvait l’acheter pour assurer une vente profitable des produits, — tous ces actes de politique commerciale et de discipline administrative sont critiqués et révisés à la lumière des intérêts égo'i'stes des salariés qui exercent les fonctions de directeurs ou votent comme électeurs.

Supposons un chemin de fer géré suivant un régime dans lequel les facteurs éliraient le chef de gare, le chef de gare nommerait les surveillants et l'ensemble des employés choisiiait le Bureau des directeurs! Ouiconque a observé attentivement les démêlés des associations de production constituées sur ce t}'pe, comprendra facilement l’impossibilité d’une pareille forme de gouvernement dans les industries parvenues à un stade quelque peu supérieur d’organisation. Ainsi s’expliquent les contradictions que nous vo}*ons entre lapratiipieetla théorie de l’école individualiste de la coopération : les svstèmes ingénieux par lesquels les actionnaires ouvriers sont dépouillés des droits normalement attachés à la jiosses-

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sion des actions et exclus de toute participation active au gouvernenaent de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Ainsi s’explique encore la tia-tiisformation d’usines coopératives en compagnies par actions et la naissance du régime d’Oldham, retour à l’organisation

purement capitaliste de l'industrie.

Je me suis attaché à conserver à cette brève analyse

des causes de l’échec pratique de la théorie indixidualiste l’aspect d'une question de fait, indépendamment de toute préférence sentimentale et de tout raisonnement ^ priori. Mais les socialistes chrétiens et leurs disciples ont toujours prétendu que, quelles que puissent être les difficultés économiques et administratives de leuis conceptions, eux seuls ont donné une base éthique a l’industrie coopérative. C’est la, j ose le dire, une affii mation téméraire. Les leaders de cette école, dans leurs projets d’ateliers autonomes ou, après l’échec de cet idéal de perfection, dans leurs systèmes de participation aux bénéfices, font appel, chez les tiavailleuis, au désir d’indépendance et de gain personnels. 11 se proposent de stimuler les efforts et de maintenii l’ardeur des ouvriers associés, en les faisant bénéficiei eux-mêmes, et non l’entrepreneur capitaliste, de ce surcroît de travail. Ils écartent l’idée du service rendu par un homme à un autre ; ils espèrent (jiie les ouvrmrs travailleront avec courage et habileté, non pas poin êtie utiles à leur prochain, mais parce qu'ils sauront qu ils doivent recueillir les avantages et subir les conséquences de leur travail ou de leur paresse. Dans son ouvrage sur la participation aux bénéfices, M. f'edley j Taylor n’hésite pas à affirmer que cet encouragement a

! un plus grand effoit constitue la justification principale

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de la participation aux bénéfices. Je ne blâme pas cet appel au vieil « Adam » des économistes, mais je lui refuse absolument toute qualité « éthique ». Cette invocation de l’intérêt personnel n’est ni morale ni immorale : elle appartient à la catégorie des sentiments qu’on désigne sous le terme à! amoraux.

Si nous cherchons l’explication de l’auréole idéaliste qui a rayonné autour de la théorie socialiste chrétienne, nous la trouvons dans l’histoire du mouvement socialiste chrétien lui-même. Les fondateurs du mouvement confondaient, de très bonne foi, les sentiments qui les poussaient à leur }>ropagande sociale avec les motifs auxquels ils faisaient appel lorsqu’ils créaient des associations de production. Les excellents et éminents gentlemen, qui dépensaient leur temps et leur argent pour former des associations ouvrières, étaient inspirés par un sentiment éthique de l’ordre le plus élevé : car ils lendaient à la communauté ce qu’ils pensaient être un service, non seulement sans en tirer aucune rénumération sous forme de dividende ou de salaire, mais encore au prix d’un grand trouble dans leur bien-être et souvent de pertes pécuniaires considérables. Mais, les travailleurs qui, pour devenir leurs propres maîtres et rendre leur travail plus profitable pour eux-mêmes, acceptaient les bons offices et le capital de ces philanthropes, étaient peut-être guidés par un souci parfaitement légitime d’améliorer leur sort, mais je ne vois rien d’idéaliste dans leur conduite. Si nous lisons l’histoire des premières associations de production ou si nous étudions les discordes des sociétés actuelles, je crains bien que nous ne soyons amenés par notre observation du passé et du présent à une conclusion

unique et identique : c’est que l’organisation indutrielle qui substitue à un faiseur-de-profits plusieurs faiseurs-de-profits ne fait pas avancer d’un seul pas la moralisation de l’industrie. En présence des luttes mortelles que se livrent mutuellement ces petites associations et des discordes, de l’indiscipline, des jalousies et des soupçons qui minent chacune d elles, il est permis de répétei l’axiome moral de Robert Owen :

<( le profit réalisé sur les prix dans l’intérêt individuel,

<( met en jeu les passions les plus basses de la nature

n humaine. »

Je demande maintenant au lecteur de consi déiei les raisons pour lesquelles j’ai tacitement présumé que les associations de production sont anti-démocratiques dans leur constitution. C’est, d’abord, une vue bizaiie et fausse de la démocratie que de fractionner une communauté en petits cercles autonomes qui, pai la natuie même de leurs opérations, sont condamnés à se livrer une guerre d’extermination, à moins qu’ils ne se coalisent pour imposer leurs prix et leurs marchandises au public. Il est évident que toutes les associations de production, qu’elles soient formées de capitalistes achetant du travail ou de travailleurs achetant du capital, ou qu'elles soient une combinaison des deux éléments, ont des intérêts directement opposés à ceux de la communauté. Cette opposition fondamentale ne peut être contrariée que par la concurrence entre les associations pour se procurer une clientèle. Elles sont et ne peuvent être guidées que par la recherche des. bénéfices. Attentives à assuiei un écart aussi grand que possible entre le piix de revient et le prix de vente, elles oscillent entie deux

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LA COOPKRA'nON EN

.entlances opposées : Tinstinct de la concurrence et celui de la coalition. Pour parodier les paroles d’un écrivain ; « sous l’inlluence de l'un, puis de l’autre, « elles courent du jeu de la concurrence au pillage du « monopole, elles bondissent du pillage du monopole

« au jeu de la concurrence, sans savoir leijuel leur « est le plus profitable. »

Le danger d’un monopole industriel aux mains d'associations de production, aussi peu vigoureuses que celles qui ont existé ou qui existent dans le mouvement coopératif, est assurément fort problématique î Pn eftet, tous les efforts tentés pour fédérer ces sociétés, même ]iai métier, (telle que la cordonnerie), ont été vains. Je ne puis conseiller à l’économiste individualiste, découragé par le progrès du socialisme, une meilleure consolation que d’assister à un congrès de sociétés productives et d’observer 1’ « individualisme rampant » avec lequel elles combattent silencieusement ou rejettent dédaigneusement tout système fédératif, toute idée de déléguer des pouvoirs déterminés et une part d’autorité à un organe central soutenu également pai toutes. 1 andis que les producteurs capitalistes commencent a comprendre l’avantage de puissantes coalitions pour la hausse des prix (malgré les difficultés spéciales a un pays de libre échange), les associations de travailleurs, par tempérament ou à raison des circonstances, en sont toujours à la ]*hase primitive des guerres d’extermination.

Mais, à supposer même que la formule idéale de l’industrie démocratique soit l’atelier coopératif autonome dans lequel les travailleurs choisissent, parmi eux-mêmes le directeur de leur travail, cet idéal, je le demandé

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encore, a-t-il été réalisé ? Quarante ans d’efforts opiniâtres et l’institution de quelques centaines d’associations de production ont abouti à 8 établissements (dont 4 minuscules) dont la constitution approche plus ou moins le type de l’atelier autonome, tous dans la première ou la seconde période de l’enfance. Les quarante-six autres sociétés, citées comme les représentants orthodoxes de la production coopérative, exhibent une variété étonnante de constitutions aristocratiques, ploutocratiques et monarchiques, déliant une classification scientifique. Nous avons la monarchie héréditaire de W'illiam Thompson et C>e ; la dictature constitutionnelle de i\L Bancroft, de Healy Rov’de ; le cens capacitaire élevé et le stage obligatoire prolongé des Cooperative Builders, avec la garantie supplémentaire, dans la personne de MM. Dent, Minett et Curtis, d’une Chambre des Lords se recrutant par cooptation. Puis vient toute une petite armée d’oligarchies, les associations de petits patrons occupées dans la fabrication des chaussures, des seaux, des gardefeux, des clous, des cadenas et des châles. Enfin, nous avons la bienveillante illusion de 1’ « association dans la direction » qui commence par priver les membres de l’atelier démocratique du droit d’être leurs propres reyirésentants.

Or, cette déchéance, examinée au point de vue de 1 atelier considéré comme démocratie maîtresse d’ellemême et autonome, est simplement absurde ; une analogie empruntée à la politique, le fera comprendre aisément. Supposons que l’Angleterre demande à la h rance de 1 argent pour mener à bien ses entreprises liolitiqties et industiielles : supposons que la h'rance exige, comme garantie, que les Anglais choisissent des

Français pour députés et que ces députés nomment le pouvoir exécutif ; serions-nous encore une libre démocratie ? Pour compléter la comparaison, donnons aux Fiançais un nombre de suffrages supérieur à celui des suffrages Anglais ; et nous aurons ainsi l’image exacte de la tyrannie (en se plaçant au piiint de vue de l’atelier autonome) pratiquée sous l’apparence d’une « association dans l’administration » par les capitalistes d'Hebden Bridge, de la Bonneterie de Leicester, de l’Imprimerie de IManchester. Et c’est à cette caricature pito}"able, à cette pseudo-démocratie d’un gioiqiement de travailleurs « embrigadés sous une surveillance paternelle », que l’on convie (comme à l’accomplissement d’un « devoir agréable », suivant l’expression de M. Xeale), les gérants des Wholesales démocratiques, et les représentants d’une démocratie populaire de près d’un million d’àmes, à livrer la propriété et la direction (( d’ateliers bien outillés, bien approvisionnés et bien achalandés ».

Il est vrai que certains coopérateurs ont abandonné l’idée de la « fraternité » autoncmre de travailleurs et (( patronnent la partage des bénéfices » entre employeurs et employés comme une demi-mesure opportune, grâce à laquelle l’entrepreneur capitaliste conserve les privilèges d’un maître autocrate et les ouvriers s’imaginent affranchis du salariat, demi-mesure qui comporte d’ailleurs de multiples façons de calculer et de distribuer le u mystérieux » PnÆt, depuis la répartition lo}'ale d’un fonds nettemeni déterminé jusqu’à la réduction des salaires, au surm(;nage de travail, à la constitution d'un fonds de réserve excessif et à l’amortissement exagéré des dépréciations industrielles. Je ne

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range pas dans la participation aux bénéfices les tentatives « pour élever l’habitude de pourboire (comme dit M. D. F. Schloss) à la dignité d’une méthode industrielle »,non plus que les bonis à l’extraction, aux ventes, à l’épaigne de matières fournies, etc. Ce ne sont là que des var’étés du salaire aux pièces, grâce auxquelles les emploveurs avisés savent stimuler et récompenser le zèle de leurs ouvriers. Une discussion sur les avantages et les inconvénients des diverses formes du travail aux pièces serait aussi déplacée dans un ouvrage sur la coopération, qu’une étude sur les tarifs des tailleurs ou des fileurs d’Oldham. J’entends par participation aux bénéfices une véritable contrat d’association entre l’employeur et remplo}’é, une communauté rigoureuse dans les gains et les pertes, une méthode précise grâce à laquelle la part de l’ouvrier ressort mécaniquement du compte des profits et pertes d’un bilan soigneusement dressé.

Une première objection que l’on peut adresser à la participation des bénéfices, envisagée comme mode de salaire (ou comme alternative du salaire) c’est de ne reposer sur aucun principe défini dans l’établissement de la proportion des profits alloués au travail. Ce que je veux dire, c’est que dans aucun S3'stème de participation aux bénéfices, quels qu’en puissent être les détails, les travailleurs manuels ne sont récompensés d’après la qualité ou la quantité de leur travail; qu’ils ne sont pas davantage rémunérés d’après les besoins de leur existence, (c’est-à-dire d’après un minimum normal de dépenses); qu’enfin cette rémunéiation ne s’abaisse ni ne s’élève avec la situation générale de l’industrie à laquelle ils appartiennent. Examinons chaque point de vue, successivement.

Le « profit sur les prix » dépend de la chance et de l’habileté de l’entrepreneur à assurer une forte marge entre « l’acte d’achat » et « l’acte de vente ». Dans les industries supérieurement organisées, les salaires du travail ne sont qu’une fraction des éléments qui constituent « l’acte d’achat »; et le prix d’un produit déterminé est absolument indépendant de ce que peuvent faire les travailleurs manuels. En outre, dans tous les métiers où domine le travail aux pièc(‘s, la proportion des salaires aux autres éléments du coût de production est fixe, si on ne considère (jue les elforts des travailleurs, mais peut être indéfiniment élevée ou abaissée par l'emploi d’un mécanisme supéiieur, condition qui ne dépend que de l'entrepreneur. A moins que le travailleur ne soit en fait son propre entrepreneur, la participation aux bénéfices lui offre une part d’un fonds qu'il n’a pas contribué à créer et lui fait supporter des pertes dont il n’est pas responsable. Aussi longtemps que les circonstances sont favorables et que l’établissement procure aux travailleurs une rémunération supérieure au taux normal des salaires, tout va bien. Mais, que viennent les mauvais jours et que l’on demande aux ouvriers d’accepter un salaire réckiit ou d’en rendre une part sous forme de « retenues », pour couvrir le déficit commercial, les travailleurs seront sans doute moins satisfaits; et quand même ils le seraient encore, c’est le devoir incontestable du secrétaire de la trade-union de leur demander qu’ils exigent des salaires normaux ou quittent l’établissement « gâcheur de salaires ». En effet (et nous abordons ici le deuxième point de vue) si la rémunération du travail, dans un établissement qui a institué la participation aux bénéfices, est inférieure

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au salaire normal, c’est là un fait que les emploveurs concurrents invoqueront pour imposer à leurs ouvriers une réduction générale des salaires; et si les établissements à ]iarticipation des bénéfices sont suffisamment nombreux, la trade-union devra capituler. Il en résulte que le salaire normal (ce mode primitif et simple d’assurer un minimum de bien être) est supprimé, et que, dans toutes les entreprises, les travailleurs sont à la merci de la concurrence impitoyable, de l’intelligence inégale, de l’avarice ou de la bonne foi de leurs employeurs respectifs.

Enfin, si l’on admet, avec un troisième point de vue, ([ue les travailleurs manuels participent à la prospérité ou à la dépression générale du métier dans lecjuel ils sont employés, la participation de ces ouvriers aux profits et aux pertes réalisés par tel ou tel établissement, n’est évidemment ]>as un moyen de parvenir à ce résultat. Celui-ci ne peut-être atteint que par une échelle de salaires, plus ou moins compliquée, mais calculée sur les conditions générales de l’industrie et non sur l’aptitude des em])loyeurs individuels à s’adapter à ces conditions. Certaines industries, celles de la houille ou du fer, ont adopté des échelles mobiles de salaires en prenant pour base le ]>rix moyen de production ; d’autres industries plus complexes ont atteint le même résultat par des conférences entre des experts tradeunionistes et des représentants patronaux. Dans les deux cas, la solution pacifique du problème dépend de l’existence d’une trade-union puissante, servie par des fonctionnaires expérimentés, attentive aux fluctuations du marché et capable d’obtenir l’obéissance de toute la corporation ouvrière aussi bien que d’imposer à tous les

employeurs de bonnes conditions de travail pour les ouvriers. M. Price, qui est l’autorité la plus compétente en matière d’échelles mobiles, a remarqué (dans la Paix industrielle, p. 83) que « cette combinaison industrielle n’implique nullement une tendance à transformer les divisions industrielles du sens horizontal au sens vertical, (i) à passer de l’opposition des salariés et des employeurs, comme classes, à l’opposition des travailleurs (employeurs et employés réunis) d'une entreprise déterminée à ceux d’une autre entieprise. La tendance de l’industrie moderne est dans un sens nettement contraire ».

Les connaissances d’un écolier en matière de géométrie dans l'espace su (Braient à comprendre cette vérité élémentaire. Comment tracer des sections perpendiculaires dans la masse des salaires (c’est le résultat de la participation aux bénéfices et aux pertes dans des établissements isolés) et maintenir en même temps un plan horizontal, rigide et indéformable, pouvant s'élever ou s’abaisser avec le coût général de production, et qui soit en un mot, la représentation géométrique de l’échelle mobile des salaires ?

1 ) et Webb recourent volontiers à cette image expressive d'une « substitution d'une division horizontale aux divisions verticales de la société » (Cf. Histoire du T rade-Unionisme, tome 1 ). — Dans l'ancienne industrie où patrons et ouvriers vivaient à peu près d’accord a l'intérieur de leurs corporations, les rivalités existaient surtout d’un métier à l'autre. Actuellement, les rivalités de métier à métier et même de nation à nation s'atténuent pour faire place à l’opposition fondamentale des travailleurs aux capitalistes, de tous métiers et de tc.ius pays. A une société divisée en compartiments industriels rivau.x se substitue donc une société formée de deux grandes couches sociales superposées, le capitalisme et le prolétariat (Note du traducteur).

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