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CHAPITRE IV

Un État dans l’État

L’histoire de l’Union Coopérative, institution centrale et organe autorisé de la théorie et de la pratique de (( l’État Coopératif », mérite que nous lui consacrions quelques rapides développements. C’est, en effet, cette histoire qui nous permet de saisir l’origine des préjugés étranges qui ont abouti à donner à l’opinion publique l’impression que la Coopération Britannique était parjure à sa foi et infidèle à ses promesses, et qui ont périodiquement valu aux coopérateurs ouvriers les remontrances sévères et les exhortations ardentes d’évêques, de nobles, d’hommes politiques, d’économistes et d’autres « pères nourriciers » des associations ouvrières.

•L’œuvre des « associations de conférences » du Nord de l’Angleterre, contemporaines de la première période du mouvement Rochdalien, s’était, comme on l’a vu, dédoublée : le perfectionnement de la technique et de l’organisation commerciale avaient trouvé son expression dans la constitution de la Wholesale ; et l’extension et l’affermissement du mouvement coopératif avaient été obtenus par la propagande dans les districts non encore convertis aux idées coopératives et par la révision du statut légal des associations coopératives. Les socialistes chrétiens (nous l’avons déjà dit) ne rendirent pas seulement un inestimable service aux coopé-

rateurs du Nord en faisant voter V Industrial Prorident Society Act de i852 : les changements successifs apportés à cette loi, qui permirent aux coopérateurs de jouer un grand rôle dans l’industrie, le commerce et la finance de la nation, sont dus en grande partie à la science, aux démarches et à l’activité tenace de certains socialisteschrétiens notamment de J. M, Ludlow et de E. V. Neale. Tandis que ces savants juristes se constituaient bénévolement les avocats, les législateurs et les solicitors du mouvement (situation effectivement occupée par E. V. Neale pendant 40 ans), d’autres, littérateurs et orateurs, soutenaient la cause coopérative par leurs conférences, leurs brochures et leurs articles de presse. On a parfois prétendu que les socialistes-chrétiens étaient les intellectuels du mouvement coopératif : c’est une opinion que ne sauraient accepter ceux qui pensent, avec moi, que le s}’stème Rochdalien de coopération démocratique est supérieur à la « fraternité de travailleurs » proposée par les disciples de Bûchez; mais il est incontestable que, durant plusieurs années, les leaders socialistes chrétiens donnèrent le ton au mouvement, non seulement dans la presse et devant l’opinion publique, mais aussi dans les couloirs et les commissions des tribunaux et du Parlement.

Il était donc naturel et légitime que, dans l’organisation définitive de la politique et de la propagande coopératives, les socialistes-chrétiens eussent une place impoi tante; et c’était un résultat inévitable, quoique, j’ose le dire, fâcheux, de leur supériorité comme juristes, écrivains et orateurs que pour un temps au moins ils y jouassent un rôle prédominant.

L’union Coopérative naquit de la fusion de deux

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organisations de tendances semblables mais d’hérédité et de constitution bien différentes — « l’Association des Conférences » du Nord de l’Angleterre, et le Comité provisoire du Congrès de Londres de 1869. La première de ces organisations était un corps strictement représentatif — amalgamation des associations provinciales qui depuis 20 ans avaient accompli l’oeuvre pratique du mouvement Rochdalien, uniquement fédérées dans le but de tenir des conférences annuelles dans différents centres coopératifs du Lancashire, du Yorkshire, du Durham et du Northumberland.

Le Congrès de Londres au contraire fut, jusqu’à un certain point, une renaissance des Congrès tenus dans la métropole par les socialistes-chrétiens en i85i-52 : il était présidé par M. Tom Hughes; la majorité des congressistes étaient des protecteurs du mouvement coopératif appartenant aux classes hautes et moyennes, mêlés de représentants des Sociétés Industrielles, tels que MM. Briggs et Greening, et d’un certain nombre d’individualités symphatiques à la coopération. Les délégués des magasins du Nord et de l’Écosse y étaient surtout remarquables par leur absence, car une vingtaine seulement de magasins, y compris celui de Londres, y étaient représentés. Le Congrès, après avoir voté quelques résolutions d’un caractère plutôt théorique, pris connaissance des rappoits documentés envoyés par des correspondants étrangers et écouté de remarquables communications, élut un Comité provisoire do gentlemen distingués, renforcés par deux secrétaires de Trade-Unions pour représenter la classe ouvrière, et choisit Manchester comme siège du Congrès de 1870.

A la réunion annuelle de l’Association des Conféren-

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ces du Nord de l’Angleterre, tenue à Bury le Vendredi - Saint de 1870, on nomma un Comité pour examiner entre autres questions (telles que l’établissement d’un journal coopératif et la réforme de la loi) la fusion de la « Confé] ence coopérative » et du « Congrès coopératif )). Le rapport fut sans doute favorable, car au Congrès de Manchester, quelques semaines plus tard, et malgré le peu d’empressement des représentants des Associations ouvrières, on élut un Comité d’entente composé de quatorze bourgeois de bonne volonté, de quinze représentants des magasins du Nord, de deux secrétaires de Trade-Unions et d’un délégué de Glasgow. Les Congrès de Bolton et de Newcastle (1872-73) achevèrent la fusion, dans l’Union Coopérative, des créateurs du Magasin démocratique et de l’Atelier autonome. Depuis cette époque, le Bureau Central est le représentant du mouvement coopératif et convoque annuellement le Congrès Coopératif — que l’on appelle parfois « le Parlement de l’industrie démocratique ».

L’Uriion Coopérative, telle qu’elle existe aujourd’hui, est une organisation de i3oo sociétés coopératives comprenant un million de membres. Ces sociétés versent une cotisation déterminée au fonds central; le Royaume Uni est divisé au point de vue de la représentation en sept sections : le Centre, le Nord, le Nord-Ouest, le Sud, l’Ouest, l’Écosse et l’Irlande. Les affaires de l’Union sont administrées nominalement par un Bureau Central de soixante quatre membres, élus, suivant des proportions déterminées, par les sociétés coopératives de chaque section. « Chaque section a le droit (d’après le règlement de l’Union) de déterminer le mode d’élection de ses représentants au Bureau Central. » Le

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Bureau Central ne se réunit d’ailleurs que pendant la semaine du congrès ; le reste du temps, il est fractionné entre les bureaux des sept sections. Les bureaux de sections sont en relations étroites, quoique variables, avec les « Associations de Conférences » locales et s’occupent surtout des questions qui intéressent leurs circonscriptions. L’administration centrale est déléguée à un Bureau Uni de treize représentants des sept bureaux de section; la véritable besogne de l’Union s’accomplit à l’office central de Manchester et dans les sous-comités du Bureau Uni. On a trop souvent méconnu l’importance de l’œuvre ainsi accomplie pour le monde coopératif : et pourtant l’organisation interne de l’État Coopératif est, chaque jour, perfectionnée et développée par le zèle attentif des secrétaires général et adjoints; des points de droit délicats, soulevés entre les membres des sociétés ou entre les sociétés et le public, sont discutés et résolus; les décisions défavorables des Cours de Comté sont déférées aux juridictions supérieures ; des questions telles que les limites respectives des sphères d’activité des sociétés voisines sont examinées et tranchées ; des statuts sont rédigés ; des manuels relatifs aux systèmes de comptabilité et aux méthodes de paiement sont composés par des hommes compétents et répandus à profusion. D’autre part, le comité parlementaire surveille la répercuss on que les mesures législatives et administiatives peuvent avoir sur les intérêts économiques et sociaux des coopérateurs, et soutient activement la cause de la grande démocratie des consommateurs ouvriers par une combinaison habile d’agitation et d’intrigue politiques.

L’Union Coopérative est sensée gouvernée par un

congrès annuel composé des délégués de toutes les sociétés coopératives adhérentes, à raison d’un délégué par 5oo membres. Mais, bien que les décisions du congrès soient réputées obligatoires non seulement pour l’Administration mais aussi pour les membres de l’Union, le congrès coopératif est plutôt une grande société de discussion et un lieu de rencontre profitable pour les coopérateurs de toutes classes et de toutes opinions qu’une assemblée législative.

Il est conforme aux lois de la publicité de la presse que, tandis que l’œuvre quotidienne du secrétaire général et de ses adjoints, l’activité des bureaux de section dans leur district, la sagace opiniâtreté du comité parlementaire, toute cette besogne variée et considérable est ignorée ou méconnue en dehors du cercle restreint des coopérateurs, le Congrès de la Pentecôte, tenu dans un grand centre commercial ou industriel du Royaume UFni et ouvert avec éclat par l'adresse inaugurale d’un grand homme politique, d’un littérateur ou d’un économiste renommé, d’un aristocrate ou d’un ploutocrate distingué, attire l’attention universelle de tous ceux qui s’intéressent ou prétendent s’intéresser aux questions ouvrières; mais, malgré le goût très vif des reporters pour l’excellente « copie » que leur procure le Congrès Coopératif, dans une période de vacances judiciaires et d’intersession parlementaire, l’œuvre de la semaine du Congrès et les articles de fond qu’elle provoque dans les jouinaux de Londres et de la province ont à peu près autant de rapports avec les faits du mouvement coopératif que la (( hoi Athanasienne » et le « Service Comminatoire i> de l’Eglise d’Angleterre en ont avec les opérations de

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la Banque de Londres et les dépêches du Foreign Office. Pour preuve de cette affirmation je veux prendre un seul exemple — celui de la participation aux bénéfices.

Depuis le congrès tenu à Newcastle en 1873 (Congrès auquel l’Union Coopérative fut définitivement organisée sous les auspices des socialistes Chrétiens) le principe de la participation du travail aux bénéfices a toujours été affirmé et réaffirmé comme le salut du mouvement coopératif. A chaque congrès, les délégués du ^Magasin démocratique et du Moulin fédéral — associations constamment rebelles à l’idée d’admettre à la participation des bénéfices et de la direction les gardiens de magasins, les vendeurs, les meuniers et les hommes de peine — ont accueilli d’un triple banc d’applaudissements le credo de l’école individualiste de la coopération. Cependant les gérants de ces mêmes associations ont toujours appliqué avec une rigoureuse persévérance les principes owenites et les méthodes démocratiques à l’extension de leurs services de production et à la constitution des deux wholesales.

Il était inévitable que les partisans sincères de l’xUtelier autonome et de la « participation aux bénéfices », dégoûtés des adhésions menteuses et des promesses trompeuses, soumissent la question à une discussion décisive. Dans un discours éloquent et courageux prononcé au congrès de Carlisle en 1887, le juge Hughes s’adressa en ces termes aux coopérateurs assemblés: k Deux routes s’ouvrent devant nous, nous ne pouvons les suivre toutes deux à la fois ; il importe que nous choisissions la bonne ». A l’appui d’une motion, dans laquelle il proposait la réorganisation des ateliers de production des Wholesales sous forme d’ateliers

ig8 LA COOPÉRATION EN GRANDE BRETAGNE

autonomes, M*" Hughes disait avec raison : « Vous ne )) pouvez pas donner aux travailleurs une part dans les )) bénéfices et ne pas la leur donner. Si l’une de cés )) alternatives est bonne, l’autre est mauvaise. Décidez » donc laquelle est bonne et laquelle est mauvaise;

)) choisissez la bonne et laissez la mauvaise ». Il terminait son éloquent appel en déclarant formellement que, si les coopérateurs renonçaient à la doctrine fondamentale du self-gouvernement et de la participation aux bénéfices, ses parûsans et lui quitteraient l’Union Coopérative. Après une discussion orageuse la question fut renvoyée au prochain congiès.

Le congrès de Dewsbury réaffirma avec un bruyant enthousiasme le principe de la participation des ouvi iers aux bénéfices et aux pertes dans les établissements productifs. En présence de ce vote unanime, on pourrait penser, avec M’’ Holyoake, qu’ « étant donné la » région où se tenait le congrès {le foyer même de la » coopération démocratique) et les douze mois pendant » lesquels la question avait été soumise à l’examen des » jMagasins, la résolution était mûrement délibérée et » décisive. » Cette résolution théorique fut suivie par un vote du congrès d’Ipswich qui chargea son bureau de demander à toutes les sociétés de l’Union Coopérative si elles étaient disposées à appliquer le principe de la participation aux bénéfices dans leurs services de production respectifs, et si elles étaient disposées à « user de leur influence » pour faire adopter la résolution du congrès de Dewsbury par les institutions fédérales dont elles faisaient partie.

Quel fut le résultat de cette épreuve de la foi coopérative ? Sur i5o3 sociétés, 488 seulement crurent devoir

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répondre à la circulaire du Bureau Central; les autres étaient vraisemblablement indifférentes ou hostiles à la résolution votée avec ferveur par la majorité de leurs délégués. Parmi ces 488 sociétés, 274 se déclarèrent disposées à « user de leur influence » en laveur de la participation aux bénéfices, mais 180 seulement consentirent à examiner l’adoption de ce système à leurs propres établissements. A la suite de cette enquête, le Comité de Production du Bureau Central (dans son rapport au congrès de Glasgow) remarque mélancoliquement qu’ « en présence de réponses aussi décourageantes toute tentative nouvelle serait vaine. » Heureusement la question n’en resta pas là. Au bout d’une année, on demanda aux 180 sociétés fidèles de dire si elles avaient inscrit le principe de la participation aux bénéfices dans leurs statuts, ou si elles se proposaient d’en recommander l’adoption immédiate à leurs membres. Trente-cinq seulement répondirent : et encore 14 d’entre-elles étaient des associations de producteurs. Parmi les 21 autres (qui étaient des Magasins), 12 payaient un boni aux travailleurs (ce qui n’est pas la participation aux bénéfices et aux pertes et encore moins la création d’un atelier autonome), 4 étaient disposées à recommander un s}’stème de boni à leur membres, et les 5 autres refusaient d’examiner la question. Les 274 sociétés disposées à « user de leur influence » se montrèrent encore plus réfractaires : 19 seulement firent parvenir une réponse; 14 d’entre elles, tout en « sympathisant pleinement avec l’idée de la participation aux bénéfices », déclinèrent toute compétence pour proposer « un système de participation aux bénéfices applicable dans une institution fédé-

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raie » ; les 5 autres sociétés, avec le courage d’une conviction sincère, élaborèrent 5 projets absolument différents les uns des autres, qu’elles se disposaient à soumettre aux institutions fédérales. Le résultat net de la « résolution mûrement délibérée » du Congrès de Dewsbury — assemblée représentative de i3oo magasins — peut donc se résumer ainsi : 4 Sociétés sont disposées à recommander à leurs membres un système de boni et 5 Sociétés proposent de soumettre aux institutions fédérales des projets contradictoires de participation aux bénéfices. A moins de considérer les coopérateuis comme les plus grands imposteurs de notre pays très chrétien, nous devons énergiquement refuser de voir dans les résolutions des Congrès coopératifs l’expression des intentions pratiques et de l’œuvre réelle de la coopération Britannique.

Si nous considérons maintenant que le Congrès coopératif, dans la forme nationale et solennelle qu’il présente aujourd’hui, a été constitué par les socialistes chrétiens et leur partisans — par des hommes qui avaient rendu des services inestimables — par des orateurs et des écrivains qui furent considérés longtemps par la race taciturne des coopérateuis 'du nord comme les « idéalistes » du mouvement ; si nous nous souvenons que l’un des plus remarquables par son talent et son dévouement fut pendant dix-huit ans secrétaiie général de l’union ; si nous nous rappelons que le Congrès annuel, bien qu’il soit en apparence une réunion d’hommes d’affaires, n’est pas appelé à traiter les affaires ni même à élire le Bureau Central, nous comprendrons pourquoi les Sociétés donnent leurs mandats à des enthousiastes (qui ont payé pour cela

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un droit d’entrée d’un shilling à quelque Magasin coopératif) ou à ceux de leurs membres qui ont des « tendances idéalistes ». De pareilles opinions ne sont

pas dangereuses quand elles s’expriment par des votes de Congrès, mais elles auraient les inconvénients les plus graves aux réunions trimestrielles des Magasins et des Wholesales — réunions dans lesquelles la conduite du mouvement coopératif est discutée et arrêtée. Serait-il désirable de rendre plus sérieux le mode de représentation au Congrès coopératif ? C’est là une question qu’il appartient aux coopérateurs de résoudre. Cependant, quoique nous ne puissions voir dans cette réunion annuelle un véritable Parlement de l’industrie démocratique — titre qui convient mieux aux assemblées trimestiielles des Wholesales — le Congrès coopératif tel qu’il existe a une utilité incontestable.

Un Congrès annuel constitue, en effet, une partie nécessaire, quoique secondaire, du mécanisme de l’Union coopérative ; il permet au Bureau Central de rassembler et d’analyser les statistiques coopératives, de faire des rapports sur les événements commerciaux et pratiques qui intéressent le développement de la coopération, de soumettre tous ces faits à une discussion ouverte et de stimuler chez les fonctionnaires de l’L'nion des efforts nouveaux et féconds. En outre — et j’appelle sur ce point les méditations du type de coopérateur qui se flatte de n’être qu’un « taiseur de profits» — cette revue des forces coopératives, l’annonce retentissante de l’accroissement du nombre des membres, du chiffre des affaires et de la masse du capital, donnent non seulement aux Compagnies de chemins de fer, aux journalistes, aux commerçants et aux indus-

triels, mais encore à nos législateurs, le sentiment réel de l’influence financière et de la puissance politique de l’Union coopérative, et sert de réclame éloquente à une organisation commerciale, privée par ses règlements et ses coutumes des formes plus banales de la publicité. Enfin — et c’est là l’utilité la plus grande du Congrès — il offre un lieu de réunion aux notables de toutes les régions de l’Etat coopératit ; il leur procure des occasions nombreuses de discuter entre eux les difficultés communes, de réconcilier les intérêts rivaux, d’échanger les résultats de leur expérience personnelle; et par suite il fait naître chez les fonctionnaires, les commissaires et les délégués ce délicat enthousiasme et cette noble émulation que donne la conscience de servir ensemble une grande communauté toujours en progrès. S’il y avait dans la masse des coopérateurs une sincérité intellectuelle plus grande et un sentiment plus vif de leur responsabilité sociale, cette réunion annuelle pourrait être non seulement la représentation véritable du mouvement coopératif mais encore une de nos assemblées nationales les plus importantes et les plus fréquentes.

Pour compléter cette ‘rapide esquisse de l’Etat coopératif, je dois signaler deux points qui méritent une mention spéciale : d’abord, les rapports de l’Union coopérative avec les Wholesales ; ensuite la création en 1871 des Cooperative News — organe officiel de l’ensemble du mouvement.

Lorsque l’on étudie l’histoire de la Coopération, on remarque des relations souvent tendues entre les Wholesales, représentant la forme pratique et démocratique delà coopération, et l’Union Coopérative qui jusqu'aux

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dernieres années a été dominée par le groupe des théoriciens individualistes de la Coopération.

Le refus catégorique, de la part des directeuis des Wholesales Anglaise et Ecossaise, de reconnaître aucune valeur aux résolutions du Congrès relatives à l’organisation de leurs établissements et leur volonté bien arrêtée de faire trancher les questions de cette sorte par les assemblées trimestrielles de leurs délégués n’ont pas été seulement justifiées par les résultats pratiques du Congrès de Dewsbury ; ils sont pleinement conformes à la constitution d’une fédération démocratique.

En effet, quelle que soit notre opinion sur les théories respectives des écoles individualiste et démocratique de la coopération, il est évident que l’Union Coopérative, considérée comme organisation démocratique, n’a pas à s’ingérer dans les affaires intérieures de ses membres, sauf dans la mesure où elle leur impose certains principes constitutionnels comme condition nécessaire d'admission. Imaginez-vous la scène qui se passerait à une assemblée trimestrielle de la Wholesale, si un délégué proposait une motion relative à l’administration du Magasin de Bolton, ou bien voulait provoquer un débat sur les conditions où les marchandises livrées par la Société de Tower-H amlets ont été manufacturées? De même que la Wholesale, l’Union Coopérative est une fédération de magasins constitués pour des buts spécifiques qui, dans le cas particulier, consistent en certaines fonctions juridiques, politiques, propagandistes et éducatives. Pour l’accomplissement de cette tâche commune, des pouvoirs administratifs sont spécialement délégués par les membres de l’Union au

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Bureau Central. Vouloir transformer le Bureau Central en Bureau de Contrôle, investi d’une autorité semblable à celle d’un Bureau de Gouvernement local sur les Bureaux d’administration de la taxe des pauvres, ce serait anéantir, dans la base même, la constitution d’une fédération de groupes autonomes. Je ne conteste pas qu’il serait désirable, dans la constitution de l’Union Coopérative aussi bien que dans celle de la Wholesale, d’exiger de toutes les Sociétés qui sollicitent leur admission certains principes constitutionnels nettement définis. Si, au lieu de rédiger des résolutions relatives aux détails de l’administration des banques et des établissements industriels de la Wholesale, le Bureau Central avait proposé au Congrès une définition brève mais précise de ce qui constitue une Société coopérative — quelque critérium décisif par lequel une Société coopérative pût être distinguée d’une Compagnie par actions ou d’une entreprise particulière — personne ne se serait plaint et beaucoup se seraient réjouis. Dans la solution de cette question vitale, je suis en effet d’accord avec le juge Hughes pour penser que nous sommes à une bifurcation de routes et qu’il faut choisir entre les deux t}'pes de constitution — l’établissement autonome et la participation aux bénéfices, d’un côté, et, de l’autre, la démocratie populaire du Magasin. Quel qu’eût été ce choix, les froissements nés des méthodes opposées et de tendances contradictoires auraient disparu. Si les coopérateurs s’étaient décidés pour le premier type, l’Union coopérative serait vite devenue une Compagnie très restreinte. Elle se composerait aujourd’hui de la Leicester Boot and S/ioe Ma'iu- Jaduring Society, des Coventry Watchmahers, des London

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Boohhiuders, de la Ketteriug Boot and Shoe Society, et de leurs compagnons plus modestes, tandis que la majorité des Sociétés exclues auraient probablement constitué une fédération de l’Industrie démocratique. Au contraire, si on avait pris pour définition de la Société coopérative « la démocratie ouverte gouvernée par ses représentants » d’après le système Rochdalien et à l’exemple de la démocratie politique, l’Union Coopérative comprendrait encore i,3oo magasins, la majorité des moulins et des meuneries et les Wholesales; quant aux institutions h}Urides, classées comme Sociétés de production, elles auraient pu figurer dans le rapport parlementaire sur les établissements qui ont admis la parti, cipation aux bénéfices, rapport dont elles ont été ignomineusement exclues, sans doute à raison de leurs étranges relations avec le mouvement de la Coopération britannique, hostile à la participation aux bénéfices.

Des froissements qui ont existé entre les Wholesales et l’Union Coopérative appartiennent heureusement à l’histoire du passé. Les Wholesales ont toujours fait partie de l’Union ; et, récemment, l’Union est devenue membre de la Wholesale anglaise, acquérant ainsi le droit de critiquer la politique de ses directeurs, dans le lieu convenable — l’assemblée des actionnaires. Les deux fédérations qui ont l’une et l’autre leurs bureaux à Manchester sont étroitement unies par la présence de facteurs communs, dans la personne des directeurs et fonctionnaires de la Wholesale élus au Bureau Central et vice versa. L’importance, rapidement croissante de ce Bureau, comme autorité juridique, comme organisation de propagande et d'éducation et enfin comme puissance politique, est un sûr

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garant qu aucune tentative ne sera faite pour renverser les relations établies en subordonnant les affaires de- 1 Union à la conduite de la Wholesale et en portant à

1 intégiité de 1 Union une atteinte qui serait désastreuse si elle n’était vaine.

Si les coopérateurs veulent une preuve palpable de la sagesse qu il y a à limiter l’autorité d’une association à sa propre sphère d’action, ils ne sauraient trouver un meilleur exemple que celui du succès obtenu psr 1 institution indépendante de la u Société du Journal Coopératif )>. Au début de l’existence des Cooperative News, une tentative fut faite pour transformer le jeune journal en un organe du Bureau Central. Le bon sens des coopérateurs décida qu’il serait possédé et rédigé par une fédération distincte, dont la Wholesale, l’Union Coopérative et quelques-uns des plus grands magasins sont actionnaires. Aussi, grâce à la direction d’un éditeur compétent, les Cooperative News ont su rester l’organe impartial d’opinions contradictoires et se sont assuré, comme organe unique et incontesté du mouvement coopératif, un tirage hebdomadaire de 37,000 exemplaires.

Le lecteur peut se faire maintenant une idée exacte de l'institution centrale et des paities constitutives de l’Etat coopéiatif. Mais, de même que dans l’histoire d’une nation le récit détaillé des actes des ministères^ des parlements et des tribunaux, pourrait nous faire perdre de vue la vie du peuple, de même une rapide esquisse des institutions coopératives pouirait nous faire négliger la véritable partie du mouvement coopératif Britannique — les succès et les échecs du système du Alagasin et de la Fédération comme

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forme de gouvernement local et démocratique.

L’étendue et les limites de la Coopération Démocratique appai aîtraient d’une façon tangible sur une carte où les diverses régions de la Grande Bretagne seraient représentées par des teintes différentes, d’après les rapports du chiffre d’affaires des Magasins coopératifs à la population globale. Une pareille carte (i) et les statistiques, à l’aide desquelles on la tracerait, montreraient d’abord des régions où la Coopération s’est solidement implantée ; puis, d’autres où elle a été tentée sans succès; çnfin, d’autres, telles que 1 Irlande, qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été touchées pai le mouvement coopératif. Une carte indiquant les échecs de la Coopération dans les diverses régions serait particulièrement intéressante : elle montrerait que les échecs •ont été surtout nombreux dans la capitale ; ils ont été fréquents dans le Durham et le Lancashire et, d une façon générale, dans tous les districts où la coopération est maintenant prospère. Birmingham et les environs ne comptent que des échecs ; Liverpool et le sud du Pays de Galles se distinguent également sur la carte des

insuccès.

Si j’avais à prononcer un discours pendant la semaine du Congrès, je ferais remarquer aux coopérateurs présents qu’en beaucoup d’endroits les échecs ont piécédé

(i) Cette carte se trouve dans l’édition originale. Nous n’avons pas cru devoir la reproduire, car depuis 1889 le mouvement coopératif britannique s’est bien étendu et modifié. Nous a\ons dû (dans la moindre mesure possible) apporter ici quelques moditications formelles à la rédaction deVauteur. {Note du îradncteur.)

les succès, et que la résurrection durable et la croissance vigouieuse du Magasin après un premier avortement, est un encouragement direct et puissant aux habitants de Londres et de Birmingham à faire de nouveaux efforts ou à ‘persévérer dans ceux qu’ils ont tentés. D autre part, en présence des vastes l égions encore étrangères à la coopération, j’insisterais sur la nécessité urgente d entreprendre une propagande plus active. IVIais, si le propagandiste peut puiser dans ces considérations générales un aliment à sa foi et des enseignements pour son action, le sociologue réclame une explication plus précise des succès

ou des échecs locaux de la coopération démocratique.

Pour faire à cette question une réponse satisfaisante,, il faudrait avoir, sur les conditions industrielles et les particulités techniques des populations coopératrices et anti-coopératrices, des connaissances précises auxquelles je ne saurais prétendre. Je proposerai cependant quelques explications qu’une étude plus approfondie pourra démentir ou confirmer.

Il semblerait que la race Celtique n’est pas favorable au développement de cette forme du self-gouvei nement démocratique. L’Irlande, le pays de Galles, le comté de Cornouailles et les hautes terres occidentales de 1 Ecosse ne révèlent que peu de tentatives coopératives et beaucoup d échecs. Et, si l’absence de coopération dans certains districts de l’Angleteirepeut être attribuée à la pauvreté, à la faible densité de la population et à son caractère agricole, il n’y a pas, en dehors des considérations ethniques, d’explication de l’incapacité ou de 1 indifférence des mineurs de la partie méridionale^

du pays de Galles (i) puisque les bassins houillers de l’Angleterre et de l’Ecosse sont le berceau et le foyer même des magasins coopératifs.

Si nous quittons les régions Celtiques, nous constatons qu’après l’industrie minière ce sont les industries • mécaniques, navales et textiles, et notamment la filature et le tissage du coton, qui accusent le pourcentage le plus élevé des ventes coopéiatives, tandis que l’agriculture se tient au bas de l’échelle coopératfve, fait aisément expliqué par l’isolement et la pauvreté des laboureurs. Les insuccès ne sont d’ailleurs pas limités aux régions faiblement peuplées. Dans les régions où la population est dense, les échecs de la coopération se rencontrent surtout dans la petite industrie et l’industrie à domicile — c’est-à-dire dans les industries qui ont fait l’objet de l’enquête de la Chambre des Lords sur le Sn<eaiinq System à l’exception partielle de la cordonnerie provinciale, industrie qui passe rapidement sous la domination des grandes entreprises. Je ne prétends pas tirer de ces observations particulières une conclusion générale sur les relations de certaines industries avec le succès de la coopération, car une enquête scrupuleuse ne manquerait pas de nous révéler de nombreuses exceptions. Les ouvriers des fabriques de laine et de drap du Yorkshire et de l’Ecosse, pour prendre un . exemple, sont d’énergiques coopérateurs, tandis que les drapiers de l’Angleterre occidentale se montrent incapables ou indifférents à la coopération. Enfin, s’il me fallait choisir dans toute l’Ecosse et l’Angleterre une

(1) Je n’ignore pas que la coopération a récemment pris un certain élan dans cette région.

industrie qui se distingue par l’activité coopérative, je n’hésiterais pas à nommer l’industrie mécanique. Gloucester, Ipswich, Crewe et d’autres centres industriels forment des oasis de succès au milieu de districts qui sont des déserts de coopération ; et Leeds, Oldham et Newcastle se dressent comme des forteresses au cœur même de l’Etat Coopératif.

La coïncidence frappante de la coopération démocratique et de l’organisation trade-unioniste est également un fait incontestable et de la plus haute importance, comme nous le verrons bientôt, au point de vue des résultats économiques du commerce coopératif.

Des renseignements que j’ai recueillis, je me borne à tirer une conclusion : si on élimine les distinctions éthniques comme des éléments par trop hypothétiques de la réussite où de l’échec de la coopération, on constate que celle-ci est surtout florissante dans les métiers complètement transformés par la révolution industrielle et qu’elle échoue principalement dans les industries caractérisées par le petit « faiseur de profit » et par l’atelier domestique. Je n’ai pas besoin de rappeler ici que l’absence de trade-unions dans tout le domaine du Sweaiing System est le fait capital mis en lumière par la dernière enquête.

Mais laissons ces causes mal connues; et voyons les résultats manifestes de la coopération démocratique.

Quiconque connaît intimement un district industriel ou minier du nord de l’Angleterre ou de l’Ecosse ou un village du centre, ne saurait méconnaître l’importance nationale du Magasin comme école pratique de civisme au sens le plus large du mot. Dans les districts urbains qui n’ont pas encore été érigés en bourgs

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municipaux ou qui l’ont été récemment, la « Coop Shop »(i) est ou a été la seule forme de Self gouvernement local, en dehors de l’élection des administrateuis de la taxe des pauvres et du conseil paroissial. Dans ces localités, les fonctions de président ou de commissaire delà Société Coopérative sont plus estimées que celles de maire ou d’alderman dans une grande cité ; elles sont considérées comme un signe extérieur et visible de l’estime et de la confiance publiques. Ce sont d’ailleurs les mêmes qualités d’énergie civique, de capacité administrative, de persévérance opiniâtre et d’abnégation disciplinée, en même temps que la sagacité dans le choix des fonctionnaires et une vigilance généreuse à l’égard des employés — ce sont en un mot les mêmes dons intellectuels et moraux qui sont nécessaires chez les membres d’un magasin prospère et chez les citoyens d’une municipalité bien administrée et active. Mais, si le succès dépend dans les deux cas des mêmes conditions, l’insuccès se traduit par des conséquences bien différentes. Si les habitants d’un district se désintéressent du salut commun; s’ils sont versatiles et indisciplinés dans leurs efforts, incapables de cette discipline initiale sans laquelle aucune association n’est possible; si leuis paroles et leurs actions sont inspirées par la vanité personnelle, par des ambitions extravagantes ou par des motifs malhonnêtes, le Magasin ne pourra pas naître ou disparaîtra bientôt, tandis que la Municipalité ou le Conseil de Comté subsisteront, malgré la corruption, le gaspillage, la mauvaise administration et l’absence

(i) La boutique coopérative.

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de véritable représentation. Ainsi, dans la création et la gestion du Magasin coopératif, la politique individualiste et la politique socialiste trouvent un terrain commun d’efforts vigoureux. D’une part, l’individualiste soutient avec raison que l’association volontaire des consommateurs rend inutile l’intervention de l’autorité, mécaniquement constituée, de la municipalité ou du comté et il peut, à l’appui de son argumentation, citer l’exemple des librairies et des salles de lecture édifiées par les coopérateurs qui ont souvent, dans cet ordre d’idées, devancé les efforts analogues des contribuables. De son côté, le socialiste remarque qu’aussi longtemps

que le Magasin reste une démocratie ouverte ristournant

aux consommateurs tout l’excédent du prix de revient des marchandises ou bien accumulant dans des fonds de réserve et d’amortissement un capital qui est la propriété commune de tous les adhérents, le Magasin coopératif est en réalité une institution communiste, développe le goût de la propriété collective et les aptitudes au Self-gouvernement représentatif (sans lesquels le programme de la Société Fabienne ou de la Fédération Social-démocratique ne saurait être complètement réalisé ni même partiellement appliqué).

Ainsi, la coopération démocratique peut-être considérée à la fois comme une alternative du socialisme d’Etat ou comme un jalon de l’organisation socialiste, dans sa forme la plus complète. En réalité, l’éducation du coopérateur rend le citoyen capable d’un choix libre et réfléchi. Les coopérateurs sont assez forts pour se suffire à eux-mêmes, mais ils ont assez d’intelligence et de sens pratique pour agir comme citoyens de la municipalité, du comté ou de l’Etat lorsque l’association.

UN ÉTAT DANS l’ÉTAT

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combinée avec l’obligation et constituée dans des cadres plus larges et plus durables, leur paraît utile.

Il y a, toutefois, dans la structure de la Coopération, un point faible, que le sociologue ne saurait négliger, et auquel les coopérateurs doivent remédier par leurs efforts persistants, s’ils ne veulent pas que cette forme de Self gouvernement représentatif reste confinée à un champ d’activité relativement restreint. La majorité des membres-clients ne sont pas des coopérateurs convaincus. Le motif qui détermine la masse des consommateurs à se fournir à la Coop Shop est identique à celui qui pousse le bourgeois économe ou le propriétaire Londonnien à faire ses commandes aux « Magasins de l’Armée et de la Marine ». Ils comptent sur le bon marché et la qualité supérieure des marchandises, ou bien considèrent le « divi » trimestriel comme un procédé mécanique et inconscient d’épargner ou de pourvoir à des dépenses trimestrielles. Au lieu de s’appliquer à modifier ou à perfectionner l’administration dans son ensemble et dans ses détails, ils sont disposés, pour la moindre contrariété, à porter leur clientèle à la boutique voisine. Au contraire, le contribuable supporte les conséquences de sa propre indifférence et se trouve plus directement incité à exercer une surveillance personnelle des affaires communales. Il faut ajouter qu’en général l’unité du mouvement Coopératif — le client — c’est la femme ; l’unité de la municipalité et de l’Etat — le contribuable et l’électeur politique — c’est l’homme. Or, quelque haute espérance que nous puissions concevoir sur le développement futur des femmes, on ne saurait nier qu’à l’époque actuelle elles sont, dans leur ensemble, déplorablement privées de ce sens élevé de

l’intérêt commun qui procure, grâce à l’association, des avantages lointains mais définitifs à la famille et à l’individu. Elles sacrifient, à quelques intérêts apparents et immédiats, les intérêts supérieurs de la classe et de la communauté à laquelle elles appartiennent. Ici encore, le mouvement coopératif semble destiné à servir de champ commun à des efforts inspirés par des opinions contradictoires. Les hommes et les femmes, qui, de propos délibéré, combattent l’affranchissement politique de la femme, peuvent en toute logique recommander sa participation active à une organisation dont le but est de pourvoir aux besoins de la maison et qu’ils considèrent comme un dérivatif à ses réserves d’énergie et comme un attribut légitime de ses fonctions de maîtresse de maison. De leur côté, ceux qui se font une idée plus large du rôle de la femme-citoyenne peuvent à bon droit recommander son adhésion et sa participation au gouvernement du Magasin comme l’apprentissage nécessaire des responsabilités plus graves de l’électeur ou du représentant parlementaire ou des obligations plus sérieuses de l’administration municipale et nationale Nous pouvons donc considérer la coopération comme une bienfaisante soupape de sûreté pour le trop plein d’énergie de la femme, ou bien voir dans le fonctionnement de la boutique d’approvisionnement général une incomparable institution professionnelle pour les ménagères de la nation, ou enfin discerner dans cette forme d’association et d’administration une admirable école pour les futures citoyennes. Alais, quelle que puisse être notre opinion sur l’influence de la vie coopérative pour les femmes qui y participent, il y a une conclusion que nous pouvons affirmer sans crainte d’erreur : pour que

UN ÉTAT DANS L ETAT

la Coopération démocratique soit un grand tait et un grand exemple, pour qu’elle devienne la forme dominante de l’organisation industrielle, il estnecessaiie que les leaders coopérateurs inscrivent dans leurs programmes, actuels et futurs, une propagande énergique et habile auprès de la clientèle féminine; il faut que, dans toutes les sociétés de consommation, les femmes Anglaises se comportent en membres énergiques, fidèles et expérimentés (i).

Le succès commercial du Magasin n’est pas le seul résultat de la fidélité des membres et de la capacité de la gestion. Le million de coopérateurs Britanniques dictent, comme consommateurs (directement comme employeurs, ou indirectement comme clients dés établissements où ils achètent leurs marchandises) les conditions mêmes de la vie et du travail de plusieurs milliers de leurs compatriotes. Le Magasin coopératif, et les fédérations qui en dépendent, peuvent être un instrument redoutable d’oppression des travailleurs les uns par les autres, ou bien devenir l’un des levders par lesquels la classe ouvrière Britannique s’assurera une puissance souveraine dans l’industiie comme dans la politique et asseyera sur une base solide la démocratie industrielle aussi bien que la démocratie politique. Mais, pour mettre au monde cet « enfant d’espérance », il faut que les mouvements coopératif et trade unioniste se marient entre eux et non pas que l’un d’eux soit détruit ou même dominé par l’autre; il faut en un mot l’interdépendance volontaire, sur un pied d’égalité, de

(i) A ce point de vue on ne saurait trop louer les mérites de 1 œuvre entreprise par la Guilde coopérative des Femmes:

ufux coiporations opposées mais complémentaires, des citoyens organisés sur le terrain de la consommation et des travailleurs organisés sur celui de la production. Examinons d abord l’insuffisance économique de chacune de ces organisations, isolée de l’autre; ensuite 1 appui réciproque qu’elles se sont déjà prêté ; enfin l’accroissement énorme de force que l’une et l’autre acquéreraient par des relations empreintes d’une bonne foi plus entière et d’une assistance plus constante.

Le célèbre socialiste allemand Lassalle a formulé, il

y a déjà longtemps, une grave objection contre le système du Magasin.

A mesure que les Magasins Coopératifs engloberont une portion de plus en plus grande de la classe ouvrière, on verra, par une tiéccssité inéluctable, les salaires baisser dans nmr»(Artir\n

UN ÉTAT DANS l’ÉTAT

dans ce cas, il faut que l’éducation coopérative de même que la pratique coopérative sachent persuader aux clients que le bon marché et la mauvaise qualité sont souvent des termes équivalents. Mais, dans les provisions domestiques, la qualité peut se traduire en quantité : du bon charbon donne plus de chaleur et trois cuillers de thé de première qualité font une boisson meilleure que cinq de moins bonne qualité et ainsi de suite. A l’appui de la thèse de Lassalle nous pouvons citer ce fait que les salaires, dans les métiers inorganisés, varient de région à région, d’après le coût de la vie ; que, par exemple, les manœuvres de Londres sont plus pavés à l’heure que les manœuvres d’une ville de province dans laquelle les loyers sont peu élevés; qu’un tailleur juif touche une rémunération moins forte d’un entrepreneur de Leedsque d’un «sweater» de Londres. En réalité, la loi de Lassalle s’applique plus ou moins rigoureusement à ceux qui travaillent pour un salaire de subsistance ou à ceux qui ne sont pas suffisamment organisés pour saisir et maintenir les avantages qui pourraient lésulter pour eux de l’abaissement des denrées nécessaires à la vie. Et c’est chose facile à comprendre : une famille isolée, qui se contente, pour maintenir son énergie ouvrière, d’une certaine dépense de logement, de vêtements et de nourriture, acceptera sans hésitation un salaire suffisant pour lui assurer ces conditions de vie et consentira à travailler au rabais, forçant ainsi, par sa concurrence, les autres travailleurs à se contenter d’un salaire semblable. Je me rappelle avoir demandé à un ardent coopérateur s’il accepterait un salaire plus bas dans le voisinage d’un Magasin de premier ordre que dans un quartier ouvrier approvi-

par de petits commerçants d’après le : de crédit; il me répondit sans sment, j’accepterais »

UN ETAT DANS L ETAT

Vieux hésitation :

puis, se reprenant, il ajouta sur un ton plus bas et avec une certaine mélancolie : (( du moins si mon union me le permettait. » Les patrons du nord n’ont pas tardé à comprendre cet effet particulier du système coopératif et ils ont souvent soutenu, devant les bureaux d’arbitrage et dans les entievues avec leurs ouvriers, que l’abaissement du coût de la vie produit par le système du mouvement coopératif était une raison suffisante pour abaisser les salaiies piétention qui, je n’ai pas besoin de le dire, a touiours été apr.npîlllf^ l'^ar

pouvoir acheter pour un souverain (fr. 25, 20) ce qu’ils paient actuellement 25 shillings (fr. 3i,25), si, en même temps, ils étaient privés de leur travail ou obligés de travailler dans les conditions du Sweating. Ce serait une critique bien superficielle du légiine coopératif que de limiter la responsabilité des coopérateurs aux marchandises fabriquées dans leurs piopres ateliers. Comme association de consommateurs, investis d’un contrôle absolu sur leurs dépenses et à qui ne manque aucune occasion de connaître les conditions exactes dans lesquelles chaque article a été fabriqué, les coopérateurs sont plus ou moins responsables du régime d’existence et de travail de tous ceux, hommes, femmes ou enfants, qui sont employés à la production des marchandises qu’ils consomment. Sans doute, c’est en développant, dans tous les genres d’industrie, les services de production des Wholesales et des Magasins, qu’ils peuvent le mieux s’acquitter de cette obligation morale. jMais ici encore, ils ne pourraient rien faire sans l’existence des

motif. En bonne logique, les patrons ne sauraient, à propos du « divi » des coopérateurs , enfourcher leur habituel « dada » de la « Concurrence étrangère ».

L économie, réalisée dans la consommation des ouvriers par les coopératives, est un profit net pour la nation et n’a aucune influence sur les prix obtenus par les industriels sur les marchés nationaux et étrangers, du moûts tant que les trade-unions fnaûitiennent absolument intacte sur toute son étendue le tarif étalon — cette barrière construite avec tant de soins. Ainsi, ce sont les trade-unions et les trade-unions seules qui permettent aux travailleurs de conserver le dividende ou l’escompte de la Coop Shop et qui leur assurent la pleine jouissance du bon marché et de la bonne qualité des marchandises fournies par le magasin populaire.

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trade-unions : car, sans les trade-unions, les coopérateurs n’auraient aucun élément pour fixer les salaires; et si les trade-unions n’étaient pas assez puissantes pour imposer un tarif uniforme à leurs concurrents commerciaux il serait difficile sinon impossible aux employeurs coopératifs de maintenir un niveau élevé des salaires. Tant que l’Etat Coopératif sera environné par un régime industriel, basé sur la concurrence, l’atelier coopératif peut être un instrument pour hausser les salaires ; mais il ne pourrait rester longtemps l’unique exception à un système général de salaires léduits. Tôt ou tard, il faudrait fermer les portes du service de production ou ramener les salaires de ses ouvrieis au taux de l’industrie privée.

D’autre part, il est facile d’énumérer toutes les lacunes du mouvement trade-unioniste quand il n’est pas combiné avec un régime coopératif de consommation. Les ouvriers d’usines n'ont pas oublié le truck System — la vente de denrées et la location de maisons par les employeurs — habile instrument d’oppression encore usité dans les industries du Sweating. On se souvient aussi que plus d’un Magasin du nord de l’Angleterre doit son existenee au refus opposé par les petits commerçants, sur l’injonction de riches consommateurs, de faire crédit à des ouvriers en grève. Mais ce ne sont là que des points secondaires. Tandis que chaque année nouvelle nous montre la concurrence entre capitalistes aboutissant souvent à la constitution de monopoles commerciaux, la misérable concurrence entre petits commerçants a toujours eu ppur résultat l’avilissement des marchandises et l’élaboration de systèmes variés destinés à étrangler le salarié par le crédit et l’usure.

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impuissantes, meme uans leui prupie luuuîsuic, plus, les trade-unions ouvrières provoquent la formation des trusts capitalistes, en poussant les employeurs à s’unir en une solide phalange défensive. C’est ainsi que nous voyons les représentants des mineurs obtenir d’importantes augmentations de salaires lorsque les prix du marché s’élèvent; mais les propriétaires de mines n’en font pas moins des bénéfices énormes et prétextent de toute augmentation de salaire pour hausser leurs prix dans une mesure que ne légitime pas la hausse des salaires.

Je sais bien qu’on prétend parfois que l’intérêt éclairé du commerçant ou de l’industriel suffit à assurer au consommateur la meilleure qualité et le meilleur marché possibles, même sans l’intervention d’un régime coopératif de consommation. Quels que Jouissent être les secrets lointains de l’avenir, la concurrence, dans le passé comme dans le présent, a suffisamment révélé ses défauts. La multiplication inutile des entreprises particulières, les méthodes dispendieuses des petits capitalistes et les misérables fraudes pratiquées contre les consommateurs, les brigandages habituels du créancier qui veut s’indemniser de ses mauvaises créances — tous ces vices piofondément inhérents au régime de la concurrence, ont été supprimés par le magasin coopératif. La chute du s}mdicat des farines en 1889 devant l’attitude énergique des

meuneries coopératives est un exemple, silencieux mais démonstratif, de la protection apportée par la coopération démocratique au public contre le développement ultra-moderne de la concurrence illimitée le trust capitaliste. De sorte que, si la trade-union seule peut maintenir un certain étalon d’éducation et de bien être pour les travailleurs de tous grades, de toutes capacités, et de toutes professions, c’est le rôle particulier du magasin coopératif (et en fait de toutes les associations de consommateurs) de contrôler les prix des monopoles et de dévoiler les fraudes sur la qualité jusqu’à ce que le profit — la différence entre l’acte d’achat et l’acte de vente — soit distribué directement ou indirectement à toute la communauté.

Après cette courte analyse de l’interdépendance des

organisations coopérative et trade-unioniste et avant de

décrire la parfaite « entente cordiale» qui devrait, à mon

avis, exister entre les deux mouvements, je crois utile

de signaler les sei vices mutuels que, consciemment ou

inconsciemment, ils se sont déjà rendus. Les mêmes

qualités de prudence, de discipline, de persévérance et

d’intégrité sont nécessaires pour le succès d’une trade-

union et pour le succès d’un magasin coopératif. Ainsi,

une forme d association démocratique devient un école

pour 1 autre ; et cela explique la présence fréquente des

trade-unions et des coopératives démocratiques dans

les mêmes localités et dans les mêmes industries. Le

capital disponible du magasin coopératif a été pour

1 organisation sœur un fond de réserve destiné, non

seulement à soutenir les membres communs dans les

grèves et les lock-outs, mais aussi à donner du crédit à la parole ouvrière, en inculquant aux patrons une

UN ÉTAT DANS l’ÉTAT

conscience salutaire de la puissance financière de leurs adversaires et aux ouvriers le sentiment légitime de leur responsabilité, circonstance favorable à une politique conciliante et à des concessions réciproques. J’ai déjà signalé, en parlant des Working-Class Limiteds, les renseignements précieux qui ont été fournis aux tradeunions par la publication et la critique des détails et des prix de la production. Enfin, la coopération démocratique, grâce à ses capitaux considérables et à ses débouchés certains, a fait passer de nombreux métiers du domaine du sweating dans celui de la grande ' industrie, assurant ainsi aux ouvriers des ateliers hygiéniques et aux trade-unions un solide terrain d’action.

On ne saurait nier en effet, après les révélations de l’enquête des Lords, que le petit atelier et le travail à domicile constituent l’obstacle social et économique le plus décisif au développement et à la stabilité des unions ouvrières. Il suffit de comparer les boulangeries coopératives, avec leurs installations magnifiques et leur outillage parfaitement aménagé, aux réduits souterrains et obscurs de l’industrie privée; ou bien les ateliers de coupe et de chemiserie de la Wholesale écossaise, à Shieldhall, aux échoppes des sweaters de Glasgow; ou encore de visiter la cordonnerie de la Wholesale anglaise à Leicester et de rapprocher, les salaires, la durée du temps de travail et l’h}’giène des ateliers dans cet établissement et dans ceux des petits patrons. Mais un triomphe sans précédent, obtenu par l’organisation trade-unioniste grâce au système coopératif de consommation, est celui de la transformation du commerce de détail, d’une petite en une grande industrie. Grâce à la camaraderie engendrée par leur

service dans de grands établissements analogues et sous une direction démocratique, le statut des vendeurs et des garçons de magasins se précise chaque jour, et ces travailleurs, autrefois inorganisés, s’éprennent maintenant de leurs intérêts communs et manifestent des aspirations corporatives. La fondation récente d’une trade-union d’employés de coopératives est, nous l’espérons, le premier jalon d’une « Union Nationale des Employés de Commerce » destinée à défendre les intérêts, à améliorer la situation et à perfectionner l’instruction de la catégorie peut être la plus ignorante, la plus opprimée et la plus divisée des citoyens Britanniques.

Une compréhention plus nette du caractère complémentaire de ces deux mouvements, une appréciation plus sympathique des difficultés, réciproques, chez les fonctionnaires et les militants, pourraient faire du peuple organisé des consommateurs et de la masse organisée des travailleurs une double puis.sance inésistible. Le Comité parlementaire du Congrès des trade-unions et le Comité Parlementaire du Bureau Central représentent actuellemeirt, dans une large mesure, les mêmes personnes ou du moins les mêmes familles. Nous pouvons considérer le salarié comme le type des électeurs du premier et la ménagère comme le type des commettants du second de ces Comités. Les fonctionnaires des deux organisations devraient s’appliquer à faire naître, dans les esprits de leurs clients respectifs, une conception nette de la situation. C’est une folie ruineuse, chez le mari salarié, de faire hausser le prix des marchandises qu’achètera la femme, maîtresse de maison; et il est encore plus insensé de voir

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la femme léduire les salaires du mari au minimum de subsistance ou lui faire perdre son travail. Les tendances essentielles de ces deux individus et des organisations qui les représentent sont identiques — leur but commun est d assurer à eux memes et à leurs enfants les revenus non-gagnés qui accroissent actuellement à d’autres classes sociales, ou, plus exactement, la part des revenus de tous les membres de la communauté qui dépassent le taux de dépenses personnelles nécessaiies pour permettre une vie vraiment civique. <( Egalité de chances pour tous les citoyens » pourrait être une devise inscrite sur les bannières des deux organisations.

Mais, quel que puisse être le terme définitif de l’organisation démocratique sous toutes ses formes, une étroite alliance politique devrait être conclue, dès maintenant, pour la réalisation de réformes immédiates. L Union Coopérative devrait prêter son concours au Comité parlementaire des trade-unions pour attirer l’attention du parlement sur des questions comme celles de l’extension des Factory Ach, de 1 Fmployers' liabüity Act (loi sur la responsabilité des patrons en matière d’accidents du travail), des Truch Acts, de l’instruction professionnelle, de la liberté des coalitions, des examens techniques pour les mécani ciens et matelots, — et de toutes les mesures qui assurent, maintiennent et développent la sécurité, le statut et l’habileté du travailleur considéré comme professionnel. De même, le comité parlementaire des trade-unions pourrait aider les coopérateurs dans leur campagne en faveur de lois sur les falsifications des denrées, sur les marques commerciales, sur les poids et

mesures, et dans leur énergique opposition à toutes les tentatives des landlords et des capitalistes pour rétablir des tarifs protecteurs, destinés à accroître les profits sous prétexte d’augmenter les salaires. Il est d’un intérêt aussi évident pour les trade-unionistes que les fiaudes sur la qualité soient réprimées et que le coût de la vie soit réduit, qu’il l’est pour les coopérateurs que l’employeur irresponsable, industriel ou commerçant, affranchi de la publicité et du contrôle d’une organisation démocratique, soit sérieusement « handicappé » par la loi. Ce n’est pas tout ; les coopérateurs devraient inviter les trade-unionistes à venir expliquer, dans les conférences et les réunions trimestrielles, les conditions d’existence et de travail aux prix desquelles certaines marchandises vendues par les magasins sont manufacturées; ils pourraient reconnaître officiellement les trade-unions dans toutes les industries où les coopératives sont employeurs; ils pourraient même ne pas s’adresser aux imprimeurs, aux constructeurs, aux industriels qui emploient des « sarazins »; ils pourraient user de l’influence considérable dont ils disposent, comme commerçants et comme propriétaires, vis-à-vis des compagnies de chemin de fer et de déchargement, pour obtenir la reconnaissance générale des tradeunions et de bonnes conditions de travail pour les ouvrieis.

De leur côté, les trade-unions doivent au Magasin un appui loyal. Il y a trop d’hypocrisie et d’étroitesse de vues en ces matières. Le secrétaire d’une trade-union,, payé pour organiser les travailleurs et les inciter à réclamer de bonnes conditions de travail, laisse sa femme déserter la <( Coop Shop » et l’encourage à

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acheter des marchandises dont le prix suffît à indiquer qu’elles sont un produit du sweating. L’atelier coopératif ne peut devenir un instrument efficace pour hausse: la condition des travailleurs que si les trade-unionistes deviennent des coopérateurs énergiques. Comme diiecteurs, comme gérants, comme délégués aux institutions fédérales, ils doivent insister sur les responsabilités des consommateurs et sur les droits des travailleurs. Les membres du Magasin (dont la plupart sont tradeunionistes ou appartiennent à une famille de tradeunionistes) doivent bannir des approvisionnements du Magasin tout produit du sweating. La grande masse des consommateurs ouvriers doit résolument boycotter les commerçants particuliers, adhérer au Magasin de leur localité, qu il ait bonne ou mauvaise réputation, et exiger énergiquement que le contrôle démocratique relH^erse l’œuvre de la concurrence, en abaissant les prix mais en haussant la qualité. Ce n’est, en effet, que si tous les citoyens acceptent pleinement leurs responsabilités de consommateurs, que nous pourrons faire sortir de la guerre industrielle actuelle une grande République de l’Industrie, solidement assise sur le principe coopératif de « tous pour chacun et chacun pour tous » ; il faut que tous les citoyens acceptent avec courage et intelligence leur rôle de membres du s^’stème coopératif de l’industrie, découvert par le génie de Robert Owen et construit comme un r Etat dans 1 Etat » pai le dévouement, l’habileté et la persévœrance

des Pionniers de Rochdale et de leurs disciples démocrates.

l’idéal et le fait

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