‹ La coopération en Grande Bretagne [microform]Chapitre 5 sur 26 · ES · texte numérisé non relu

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contre, manifestaient leur désir de la concorde domestique en exigeant le consentement de la femme pour l’admission du mari. Mais, en général, l’esprit de ces premières associations est élégamment exprimé par le préambule des statuts de la société de Warrington : « Ils s’entr’aidaient tous comme des frères, et chacun disait à son frère : Prends courage, d

Fait digne de remarque, Robert Owen, à ce que nous rapporte William Lovett, fut d’abord peu sympathique à ces associations commerciales ; il déclara que « le simple fait d’acheter pour revendre » n’avait aucun rapport avec son grand système coopératif ; mais, plus lard, quand il eut découvert que les humbles efforts de ces commerçants amateurs étaient inspirés par la foi qu’ils avaient en son Nouveau Système de Société, il devint un ardent défenseur de leurs entreprises: ce fut même, dans une certaine mesure, pour fournir un débouché à l’excédent de production des plus actives de ces sociétés qu’il établit en i833 le Labour Exchange (Bourse de travail) de Gray’s Inn.

Je ne veux pas discuter en détails, la portée expérimentale, au point de vue économique, du Labour Exchange de Gra\'’s Inn, ce marché artificiel fondé par Robert Owen avec un capital emprunté à des bourgeois, et dans lequel les marchandises étaient évaluées d’après la quantité de travail qu’elles contenaient. D’autres labour-exchanges, les uns antérieurs, les autres postérieurs à celui de Gray’s Inn lurent établis à Londres, Birmingham, Liverpool et Leeds par des travailleurs hona fide-, ils furent l’aboutissant naturel du premier mouvement coopératif. Ces marchés artificiels étaient, en réalité, un naïf essai pour mettre en pratique la

l’esprit d’association

théorie de la valeur de William Thompson — théorie adoptée, plus tard, par Karl Marx dans son ouvrage sur le ((Capital.)) Les premiers coopérateurs acceptèrent cette théorie dans la forme la plus simpliste et en firent la base économique de leurs espérances (lait auquel ils durent en grande partie leurs échecs) : aussi ne me paraît-il pas inutile d’en faire une brève critique.

William Thompson, qui fut un des hommes de génie et d’action dans le mouvement owénite, prétendait que, s’il n’y avait pas eu de fraudes et de monopoles, la valeur, sur le marché, d’un article donné aurait pu se mesurer par la quantité de travail qui 3^ était contenue ; il soutenait également que la valeur du travail peut être estimée par le temps dépensé et que tout tiavail qualifié peut se ramener à un multiple de travail moj'en. Owen, soucieux de supprimer les profits en enrayant les fluctuations du marché, inventa des billets de travail (labour notes) pour remplacer l’argent. Le mécanisme de son labour exchange consistait à évaluer la matièrepremière au prix du marché (ce qui était d’ailleurs une grave atteinte à la théorie de Thompson) et le travail dépensé sur cette matière première à 6 deniers par heure. Les billets de travail étaient formulés de la façon suivante : « Délivrez au porteur valeur : une heure. »

Pour n’insister que sur les points les plus manifestament faibles de ce système, il est évident qu’il est absolument impossible d’évaluer exactement la valeur sociale d’une espèce donnée de travail manuel uniquement par le nombre d’heures qui y ont été consacrées. Karl Marx lui même semble reconnaître cette difficulté élémentaire, quand il s’écrie dédaigneusement, quelquepart : « On pensera peut-être que, si la valeur des mar-

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)) chandises était déterminée par la quantité de travail « qu’elles contiennent, plus le travailleur serait pares- )) seux et maladroit, plus son produit aurait de valeur, )) puisque la production aurait exigé plus de temps ! ;)

Il écarte cette objection en disant que, pour lui, le mot « travail » signifie une « réalité insubstantielle — )) une simple congélation de travail humain homogène, » de puissance humaine dépensée, indépendamment » de la qualité de la dépense »; mais les intelligences anglaises se refusent à concevoir un travail abstrait, dont on aurait éliminé rigoureusement toute modalité intensive ou qualitative. Nous rencontrons alors une autre difficulté : à supposer que nous puissions mesurer la valeur du travail manuelordinaireparletempsdépensé, il n’existe pas de commune mesure entre le travail du docker, celui du tisseur, ceux de l’employé, ou de l’inventeur. Sans doute, pour des considérations d’utilité publique, on peut réclamer l’égalité des rémunérations, mais par là, on ne fait que récompenser les individus d’après une vue sommaire, rapide et quelque peu inintelligente de leurs besoins, et non d’après la valeur de leurs services.

A côté de ces erreurs initiales, la théorie de la valeur, de Thompson, en présente une plus grave et plus dangereuse encore: Thompson méconnaît un des

facteurs les plus importants de la valeur d’échange des marchandises — ce sont les demandes du marché, qui représentent la multiplicité des besoins, les variations du goût, et les fantaisies capricieuses de la masse des consommateurs. Un délégué aux meetings trimestriels de la Wholesale sait fort bien que la quantité de travail et d’intelligence dépensée pour les lainages de Batley

, l’esprit d’association 6l

• n’entre que pour une faible part dans la valeur d’échange de ces marchandises vulgaires, et que toute tentative pour fixer les prix relatifs des confections de Batley et des chaussures de Leicester d’après les principes du Labour Exchange d’Ow^en, serait une folie ruineuse.

Une longue série de leçons objectives et d’exemples pratiques, répartis sur un demi siècle d’expérience ;

• quelques millions d’argent dépensés, et le sacrifice des enthousiasmes et des efforts intelligents de milliers de

^ travailleurs désintéressés, ont fait l’éducation écono-

mique des coopérateurs modernes. Ils ont abandonné définitivement la théorie de la valeur de Thompson et doivent leurs' succès à ce fait qu’il ont admis, sans lestriction, Vutilité, comme facteur déterminant de la valeur, et qu’ils ont résolument essayé d’établir une relation entre les facultés humaines et les besoins

humains. Par les magasins et les wholesales, ils produisent pour un marché connu; par des réunions trimes- : trielles et des conférences relatives aux achats, ils ont

organisé des rapports étroits entre les gérants et les

vendeurs des grands magasins (qui connaissent les besoins de leurs clients) et les directeurs et gérants des services de production (qui fabriquent pour satisfaire à ces besoins).

A l’époque de Robert Owen et des Union Shops, l’économie politique était dans son enfance. Les économistes n’avaient pas encore compris que la valeur d’échange d’une marchandise ou d’un service est principalement déterminée par les rapports variables des facultés humaines aux désirs humains (rapports d’ailleurs troublés par l’existence de revenus qui ne sont pas gagnés par le travail). Ainsi qu’il était à prévoir.

les Labour Exchanges furent bientôt engorgés d’articles évalués d’apiès le travail dépensé mais qui avaient été fabriqués sans préoccupation des désirs du public. D’autre part, des spéculateurs sans scrupule achetèrent en gros, des marchandises côtées à un prix inférieur à celui du marché et les revendirent avec bénéfice. Pour prévenir une chute immédiate, les directeurs du Labour Exchange répudièrent les théories de Thompson et remirent à leurs déposants des billets calculés d’après l’estimation qu’eux-mêmes avaient faite des objets déposés. Un tailleur qui se plaignait amèrement de n’avoir touché, à la Bourse, que quinze heures pour un habit qui lui en avait coûté « trente )), s’attira cette naïve réponse que le vêtement avait une coupe qui ne convenait pas à beaucoup de clients. Robert Owen se résigna à l’abandon de son projet primitif et consentit à ce que 1’ « Equitable Labour Exchange )> descendît à un rôle fort voisin de celui d’un honnête prêteur sur gages! C’est sous cette forme que l’établissement fut définitivement anéanti par la rapacité d’un propriétaire qui estima qu’il pouvait jouer le rôle de 1’ « Oncle » avec autant de considération, moins de bruit et plus de bénéfices que le réformateur éclairé et ses collègues philanthropes !

L’importance et l’extension du mouvementdes Union Shops, à la fin de l’année 1829, nous sont attestées par un article enthousiaste de la Quarto ly Rcview. En i83o, un rapport à l’Association britannique pour la généralisation des connaissances coopératives nous apprend que 170 Union shops étaient disséminées dans tout le pa)^s. En i832, nous apprenons par la même source, que le nombre des sociétés coopératives s’était élevé à

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