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uniquement attribué à leur insécurité légale ; car, le mouvement rochdalien naquit et prospéra, quelque douzç ans plus tard, dans des conditions légales presque identiques. L’histoire des démêlés internes de la société de Brighton — la scission qui se produisit parmi ses membres et le retrait d’une portion considérable du capital par les membres dissidents — mettent clairement à jour un point typiquement faible de la structure de ces organisations. Si la boutique réussissait, les membres devenaient de petits capitalistes et touchaient des bénéfices, sans être nécessairement consommateurs.
Le D‘‘ King, discutant, quelque vingt ans plus tard, les causes de la chute des Union Shops, signale le manque de fidélité chez les associés et leur soif de profits. William Lovett, témoin impartial, explique cet échec en disant que les femmes des membres préféraient avoir affaire aux marchands particuliers qui avaient plus de choix et faisaient plus long crédit. Ainsi, la boutique, devenue prospère, cessait d’être le magasin d’une communauté gérée par les fonctionnaires de cette communauté pour devenir la machine-à-profits de quelques petits capitalistes. Les membres qui avaient le plus d’argent engagé dans l’entreprise cherchaient alors à consolider leur situation pécuniaire et préféraient, comme les pêcheurs de Brighton, un placement plus sûr ou plus rémunérateur ; ou bien, l’Union Shop devenait une société commerciale en nom collectif, constituée entre les membres les plus actifs, et s’adonnait à la recherche des profits industriels et non plus de l’intérêt général. Si, au contraire, l’ensemble des associés restaient fidèles à la boutique et à la foi coopératives, ils capitalisaient les profits de façon à pouvoir employer
des associés à la fabrication des marchandises : mais alors la société s’encombrait de l’excédent de production de ses membres — état de choses qui aboutissait aux expériences, condamnées à l’avance, des « Équitable Labour Exchanges ». En somme, tantôt une constitution anti-démocratique, tantôt de fausses conceptions économiques minèrent les bases mêmes des Union Shops, en même temps que l’absence de protection légale, les différences de religion, le manque de capacités commerciales détruisaient la cohésion des membres et rendaient les associations coopératives impuissantes en face de l’attraction rivale et des forces de décomposition apportées par l’agitation croissante des mouvements chartiste et trade unioniste.
I 'histoire de la classe ouvrière pendant la décade suivante, de iSSq à 1844, est celle du chartisme (histoire qui reste à écrire) augmentée de quelques pages, d’une très haute importance, de l’histoire des tradeunions. La poursuite criminelle intentée à six travailleurs du Dorsetshire, en iSSq, et leur condamnation a 7 ans de transportation en vertu d’un statut suranné, soi-disant pour avoir prêté des serments illicites, mais en réalité pour « le délit de coalition », donnèrent une impulsion considérable à la formation des trade unions et à la naissance de l’organisation politique. Le suffrage restreint du bill électoral de i832, la politique antipathique du ministère whig, les malentendus populaires relativement aux tendances et aux conséquences de a nouvelle législation sur les Pauvres, les aspirations croissantes, pour l’éducation nationale et la liberté de la presse, chez les artisans qualifiés, et pour la réglementation légale du travail minier et industriel, i ans
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les districts populeux du Lancashire, du Yorkshire, du Durham et du Northumberland, firent sentir aux travailleurs que la bataille pour la liberté politique n’était pas encore gagnée. Ces dix ans peuvent s’appeler avec raison la période héroïque de la politique ouvrière anglaise, le temps des héros, des martyrs, des traîtres, des chefs au cœur-léger, des alliés peu sûrs recrutés parmi les libre échangistes bourgeois, des émissaires perfides envoyés par le camp tory pour empêcher, par des cadeaux et des promesses, une coalition à laquelle il n’osait pas résister. Meetings pétitions, démonstrations alternent en une succession rapprochée. Une tentative heureuse pour établir une fédération nationale de tous les métiers, la formation d’associations de travailleurs et de clubs radicaux dans tout le pays et l’adoption définitive par ces associations d’un programme politique bien conçu — la Charte du Peuple — montrent clairement l’existence d’une volonté farouche et d’une puissance d’organisation considérable chez les travailleurs et leurs leaders. Dans ce grand soulèvement, les éléments les meilleurs comme les plus détestables de la démocratie remontèrent à la surface, tandis que des esprits ambitieux de toutes les classes se lançaient à la recherche de la popularité sur la crête de la vague populaire.
Qu’on ajoute à cette excitation révolutionnaire, une détresse physique sans précédent, sept années de dépression commerciale, aggravée par les droits sur les blés, — une misère générale, devenue consciente d’ellemêine par l’action vigoureuse des ligues pour l’abolition des droits sur les blés et par la contre-agitation des tories contre la nouvelle législation des Pauvres, et l’on
aura quelqu’idée de la « grande, alarmante, imminente, et indiscutable réalité » que Carlyle a appelé la Démocratie. Mais tout cela dépasse les bornes de mon sujet. Les événements accumulés dans ces dix ans mériteraient l’art et le génie d’un grand historien et je ne prétends pas satisfaire le lecteur avec quelques épithètes sonores. J «li voulu seulement indiquer combien serait incomplète une conception de l’histoire de l’association démocratique qui se bornerait à n’étudier que le mouvement coopératif.
Pour toute cette période, nous n’avons que de rares documents sur la‘ véritable coopération ouvrière. William Lovett, James Watson, Henry Hetherington et d’autres chefs ouvriers qui avaient été secrétaires et gérants d’Union Shops et de Labour Exchanges s’adonnaient alors de toutes leurs forces à élaborer la Charte du Peuple et à mener une vigoureuse campagne politique dans toutes les parties du pays. D’autre part, Owen et un groupe de disciples bourgeois tenaient des congrès et fondaient des périodiques : « les lemps nou veaux », « le Nouveau Monde Moral », « la Communauté Universelle des Religionistes rationnels », dans lesquels ils exposaient des théories quelque peu étranges sur le mariage et prêchaient un innocent « sécularisme » du type de celui de Bradlaugh, mais sans la vigueurdémocratique de Bradlaugh. C’est à cette époque qu ils se persuadèrent de plus en plus, à ce que nous rapporte M. Holyoake, que de petites entreprises comme les sociétés coopératives ne pourraient pas amener de changements durables dans la société.
Cependant, à la fin de cette décade, les circonstances annonçaient toute une nouvelle aimantation de l’asso-
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ciation ouvrière vers l’évolution industrielle. Les illusions étaient tombées, mais les obstacles écartés. Les Trade Unions, avec leur arme à deux tranchants — la grève — n’avaient pas réussi, au cours de cette période de dépression commerciale, à obtenir un accroissement durable des salaires des travailleurs. Dans bien des cas, les grèves et les lock-outs avaient abouti à une soumission ignominieuse aux conditions dictéespar les patrons.
Le commerce se développait chaque jour; l’agitation contre les droits sur les blés touchait à sa fin : Bright,
Cobden, Villiers avaient persuadé aux ouvriers, comme ils en avaient convaincu Sir Robert Peel, que « le taux des salaires ne baisse pas nécessairement avec le prix des denrées et que les considérations politiques invoquées par les protectionnistes étaient insoutenables ». Des bills pour une règlementation plus complète du travail {
des enfants et des femmes dans les mines et les fabriques furent votés, à la demande d’un Cabinet tory, par les deux Chambres, en 1843-44. L’effet bienfaisant de la nouvelle Loi des Pauvres, comparée aux salaires infimes et au paupérisme humiliant de l’ancien système, était devenu évident aux yeux des ouvriers les plus intelligents.
Dans l’intervalle, le mouvement chartiste avait échappé à la direction de travailleurs honnêtes et capables, pour passer aux mains d’un charlatan politique irlandais — Fergus O’Connor — qui prêchait la violence physique sans oser s’en servir et mêlait ses partisans à des émeutes et à des coalitions dont ils étaient les seules victimes. Le chartisme survécut quelques années encore, entraînant dans son sillage la populace, et non la démocratie, pour finir en 1848, en même temps que
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la réputation de son ancien leader, par une explosion suprême, par la manifestation-pygmée de Kennmgton, et par les prétendues quatre millions de signatures apposées sur une pétition monstre. Une fois de plus les travailleuTS anglais préférèrent le commerce honnête des épiceries ouvertes pour le profit du peuple la rédemption générale du travail par les souscriptions de gros sous — à la fabrication secrète des couteaux de Sheffield et des fusils de Birmingham en vue d’une révolte mesquine et d’une rébellion impuissante. Il faut cependant remarquer, et c’est là un fait important, que cinq ou six articles de la Charte du Peuple suffrage universel, vote au scrutin secret, égalité des circonscriptions électorales, rémunération des députés et suppiession des conditions de cens pour l’éligibilité à la Chambre des Communes, — « ces demandes prématurées de démagogues ignorants » — , profondément ancrés dans les cœurs et les esprits de la classe oua rière, ^ ont été réalisés ou sont en voie d ctre réalisés, grâce à l’action politique des coopérateurs ouvriers et des autres corps organisés de la vraie Démocratie.
En réalité, le « Caucus n radical, la Trade Union, le magasin coopératif, et les Wholesales sont tous inspiiés par le même souffle d’association démocratique, sont tous également animés d’un désir conscient ou inconscient d’appliquer un mode de gouvernement autonome et représentatif aux institutions politiques et économiques de la Grande Bretagne