‹ La Coopération Rurale En DanemarkChapitre 11 sur 25 · PS ALES · texte numérisé non relu

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personnel. Cette combinaison leur procure l'épargne de la différence entre le total des primes qu’elles verseraient aux compagnies d’assurances et le montant des indemnités qu’elles allouent aux sinistrés - autrement dit, de ce qui constituerait le profit des compagnies d’assurances. Des sinistres se produisent d’ailleurs rarement, les salariés formant un personnel d’élite et toutes les mesures de précaution étant prises avec d’autant plus de soin que l’administrateur n’ignore pas que le moindre sinistre se traduira par la diminution d’une partie de son gain de coopérateur. L’autoassurance n’en est que plus avantageuse pour les coopératives. Les employés eux-mêmes y gagnent, le cas échéant, des règlements prompts et équitables; ils ne connaissent pas les lenteurs de la procédure et la proverbiale mauvaise foi des assureurs. Et voilà encore une nouvelle forme de la coopération!

C’est la coopération d'assurance qui peut, il est vrai, rentrer dans la coopération de production — le bénéfice réalisé par les employeurs étant, en fin de compte, une économie réalisée sur les frais généraux.

Les Abattoirs coopératifs

L'’extraction de la crème, la préparation du beurre laissent un résidu assez nutritif, mais sans valeur commerciale, le petit lait. Additionné de farine de lin et d’orges inférieures de la mer Noire,

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produits peu coûteux, quelle rapide et économique suralimentation pour des animaux! En six mois, le propriétaire de quelques vaches parvenait à engraisser une collection de pores. Le Danemark était la Serbie du Nord. Il constituait, pour les grands saleurs de Hambourg, un véritable entrepôt de ravitaillement, lorsque, un beau jour de 1887, te service sanitaire allemand prétendit reconnaître chez les animaux de provenance danoise les symptômes d’une maladie infectieuse. Immédiatement, le gouvernement de Berlin prohiba toute importation de porcs vivants. L’éleveur se trouvait donc dans l’obligation de ne les expédier que tués. Mais, où les saler? Dans les grands abattoirs industriels ? À quoi bon fournir ainsi, bénévolément, à leurs puissants propriétaires une abondante et régulière source de revenus qui réduirait d’autant ceux du producteur? Les associations pour la fabrication du beurre amenaient les meilleurs résultats. Que n’en serait-il de même d’associations pour la fabrication du lard et du jambon?

On essaya.

Voici comment se crée et fonctionne un abattoir coopératif.

Les associés fournissent le capital d’installation et d’exploitation au moyen d’une contribution variant de dix à quinze couronnes (de quatorze à vingt francs environ) par pore possédé. Pour un certain laps de temps — sept ou dix ans — ïls

OS s'engagent à fournir à l’abattoir soit la totalité, soit une partie des pores de leur domaine.

Pas de discussion possible sur le prix d’achat. Les éleveurs sont payés comptant, d’après le poids de la viande et d’après la qualité, suivant un cours fixé et publié tous les quinze jours.

L'’abattoir est installé sur le modèle de ceux de Hambourg, avec le maximum de confort et de salubrité. Son degré de perfectionnement et l’importance du troupeau danoïs permettent de réduire les frais de manutention et de production au minimum : l’abatage jt la salaïson d’un pore ne revienment qu’à trois francs soixante-quinze centimes dans un atelier tuant une moyenne annuelle de vingt mille bêtes. Ce bon marché de la production — conforme aux lois économiques qui régissent les grandes entreprises — est une raison suffisante du succès des abattoirs coopératifs. |

En 1888, l’unique abattoir coopératif traitait, dans son année, 23.000 pores représentant un million de francs. En 1896, 20 en traitaient 626.000 — plus de la moitié du troupeau national. — d’une valeur de 31.250.000 francs, Aujourd’hui, il yen a une quarantaine, tuant 1.450.000 porcs et 25.700 autres animaux, et répartissant aux producteurs associés un bénéfice annuel d’environ 12.500.000 francs, qui vient s’ajouter au prix de vente que ces mêmes producteurs ont déjà touché.

On conçoit qu'avec un pareil chiffre d’affaires, la direction commerciale de l’entreprise nécessite

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une compétence éprouvée. Chaque abattoir est régi par un conseil composé de trois membres, qui assiste le directeur. Il a paru dangereux de lui abandonner une complète liberté. Les cent mille membres de ces coopératives ont jugé utile de se constituer en Fédération nationale, d’en établir le siège à Copenhague et de placer à sa tête un bureau central de cinq membres élus qui joue, en quelque sorte, le rôle de conseil d’administration supérieur de tous les abattoirs coopératifs du pays. Chacun de ceux-ci doit lui adresser un rapport hebdomadaire sur ses opérations; en échange, 1l reçoit confidentiellement un bulletin lui permettant de fixer ses prix d’achat et de vente d’après l’état du marché international. Intermédiaire entre les associations rurales, d’un côté, les autorités et les compagnies de navigation, de l’autre, le bureau central assume la surveillance du transport des marchandises, de leur entrepôt et de leur expédition à l’étranger. Cette expédition est d’autant mieux soignée que, les risques de voyage restant à la charge des abattoirs, ceux-ci se sont constitués leurs propres assureurs — comme ils l’ont fait, du reste. aussi, à l’instar des laiteries, pour les accidents du travail.

Le Danemark est arrivé à exporter annuellement, soit légèrement salé, sous forme de « bacon », À destination de l’Angleterre, soit frais, à destination de l’Allemagne, de la Suisse et de la Hollande, cent cinquante millions de kilos de lard: plus des

trois quarts sortent des abattoirs coopératifs. Le bénéfice réalisé par ces derniers est considérable : ie producteur — qui a déjà touché comptant le prix de sa inarchandise — en reçoit sa part proportionnellement au poids et à la qualité de ses fournitures.

C’est là, peut-être, tout le secret de la réussite.

Cette réussite a amené deux résultats qui contribuent grandement au développement de la fortune nationale. D’abord, en raison même de la nécessité de produire des marchandises de choix et de son système de ne payer que d’après le poids et la qualité, la coopérative de vente des porcs a dû surveiller de près le troupeau de chacun de ses membres: elle est devenue une sorte de coopérative d’élevage dont chaque associé est le représentant dans son propre domaine. Elle a incité l’éleveur à sélectionner ses pores, à les améliorer par des croisements anglais. Et cela lui a permis d'obtenir des animaux extrêmement recherchés, vivants, à l'étranger. Ses wagons spéciaux — le voyage ne dure que soixantedix heures — en transportent chaque mois un millier en Suisse, Paris, le Havre, Bordeaux en reçoivent aussi, depuis quatre ou cinq ans, un nombre assez notable. ‘

En second lieu, on a songé — en 1907 — à envoyer aux abattoirs coopératifs non pas seulement des porcs, mais des bestiaux : l'Allemagne, la Norvège et la Suisse achètent dès maintenant à ces établissements une moyenne annuelle de dix millions de kilos de bœuf. Des navires aménagés et des wa-

PA à te MT gons frigorifiques les conduisent à destination dans un état de fraîcheur absolue.

I] va sans dire que rien ne se perd à l’abattoir. Comme à la laiterie, pas de déchets. Les peaux vont chez le tanneur. Les graisses, consommées par l'A lemagne, la Suède et la Norvège, rapportent vingtdeux millions de francs par an. L'Allemagne se précipite sur les abats pour commettre le péché de gourmandise: dans la senle année de 1912, elle a acheté aux établissements coopératifs six millions de kilos de têtes et de pieds de pores et de bœufs, trois millions &e kilos de cœurs, de foies et de rognons, plus de éinq millions de kilos de boyaux et d’estomacs. Autant de bénéfice pour les agricuiteurs danois! =

Les coopératives d'exportation d'œufs

Le Danemark possède une multitude de poules.

Cependant, les statistiques n’en mentionnent qu’un nombre relativement infime à l’exportation. Celleei ne dépasse pas six mille couronnes. L’importation, au contraire, en atteint 700.000. Le commerce des gallinacés n’a, en effet, qu’un attrait très secondaire pour le produeteur dont le principal intérêt réside dans le trafic des œufs.

Depuis longtemps, des intermédiaires, des commerçants pratiquaient ce trafic, surtout avec l’Angleterre — dans des conditions très modpstes, il est vrai. En 1870, l’exportation n’atteignait pas quatorze mille francs. De mauvaise qualité, ces œufs

avaient même fini par ne plus trouver d’amateurs, malgré leur dérisoire bon marché, quand, en 1890, le conseiller agricole Faber entama une ardente campagne pour la régénération de la basse-cour. Pensant accentuer cette régénération, l’instituteur Moller préconisa, pour la vente des œufs, une organisation calquée sur celles des laiteries et des abattoirs coopératifs; en 1895, il parvenait à fonder la première union-œufs. Dans la suite, un peu partout, des associations naquirent. Elles sentirent vite la nécessité d'établir un lien entre elles: il en résulta une fusion sous forme d’une vaste « Société coopérative danoise pour l’exportation des œufs » — Dansk Andels Ægeksport.

La vie interne d’une de «es coopératives est simple. Quotidiennement, chaque coopérateur transmet à l’agent local les œufs de son poulailler, après avoir pris soin de signer toutes les coquilles et d’y inscrire la date de la ponte. (Une fausse date est punie : la première fois, d’un blôme ; la seconde, d’une amende de cinq couronnes — sept francs environ; la troisième, de. l’exclusion.) Le chef de dis: trict — c’est le titre de cet agent — les transmet sans retard à l’entrepôt central de Copenhague qui, à son tour, après les avoir examinés à ;a lumière électrique, les expédie en Angleterre, triés et classés, selon l’usage britannique, d’après jeur gros: seur, emballés par douze douzaines dans des doubles caisses soigneusement garnies de paille et de fibres de bois.

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Alors qu’à ses débuts, la Dansk Andels Ægeksport ne comptait que deux mille membres à peine, formant six coopératives, et n’atteignait pas un chiffre annuel d’affaires supérieur à 80.000 francs, elle compte aujourd’hui trente mille adhérents répartis en 600 coopératives locales et fait sept millions d’affaires. Ce chiffre, malgré son importance, ne représente cependant pas tout le commerce coopératif: quelques associations, jalouses de leur complète autonomie, sont en relations directes avec l’étranger.

Ici encore, au premier rang de la clientèle, nous trouvons l’Angleterre. Elle absorbe 95 % de l’exportation globale, soit une valeur d’environ 40 . millions de francs. Le Danemark nous a progressivement ravi là un précieux débouché. Nous ne vendons plus au Royaume-Uni que neuf millions de francs d'œufs — au lieu des trente millions de jadis.

Ce total de l’exportation danoise (40.000.000 de francs), rapproché de celui que nous avons indiqué pour le commerce annuel de la Dansk Andels Ægeksport, principale exportatrice coopérative, indique que le Danemark vend à l’étranger une très forte quantité d’œufs non coopératifs. Mais, même sur la production et la vente de ceux-ci, la cooperation exerce une action directe considérable. Cela s’explique. Désireuse de satisfaire les goûts de sa clientèle, la coopérative s’attache à produire de gros œufs à coquille brune — les plus appréciés dans le Royaume-Uni — et à les fournir au consom-

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mateur le plus frais possible. Elle y arrive, d’abord par les sélections et les croisements qu’elle provoque dañs les races espagnoles, indiennes et 1talliennes : ses indications sont exécutées par le producteur avec d’autant plus de rapidité et de sûreté qu’elle lui paye ses œufs d’après le poids; — ensuite, en s’armant contre la fraude de ses propres membres : la date de la ponte «exigée sur la coquiilje garantit la fraîcheur de la marchandise et le propriétaire du poulailler engage sa responsabilité personnelle par sa signature.

En vertu des lois de la concurrence, les agriculteurs et les négociants qui pratiquent la même production, le même commerce, doivent se plier aux méthodes coopératives qui ont engendré la conquête du marché britannique. Cette conquête, à son tour, a déterminé un accroissement inespéré et un rendement plus inespéré encore de la production. Chaque poule donne, selon sa race et suivant les soins dont elle est entourée, une production annuelle de 100 à 220 œufs, laissant un bénéfice moyen oscillant de six à huit couronnes, de 8 fr. 30 à 12 fr. 15. La poule aux œufs d’or n’est plus un mythe.

Les Associations d'élevage

La sélection nécessite d’excellents mâles. Il est impossible au petit cultivateur — qui, ne l’oublions pas, forme l’immense majorité de la population ru rale — de posséder dans son écurie des reproduc teurs de choix à l’usage de son unique jument, de

= TU ses deux vaches et de ses quelques truies. Recourir aux bons offices d’un étalonnier professionnel coûte relativement cher. La combinaison la plus pratique consiste dans l’association des propriétaires des bêtes à faire couvrir, pour l’achat et l’entretien des reproducteurs, à frais communs — chaque propriétaire contribuant à ces frais proportionnellement au nombre de femelles entretenues sur son domaine. Cela permet d’avoir, avec un minimum de dépenses, des sujets hors de pair. Aussi, les agriculteurs danois n’ont-ils pas hésité à former près de 1.100 Xvacgavlsforeninger, 250 Svineavlsforeninger et 270 Hesteavlsforeninger qui ont respectivement acquis 1.250 taureaux, 325 verrats et 300 étalons de premier choix et reçoivent de l’Etat des subventions annuelles d'environ 300.000, 20.000 et 195.000 couronnes destinées à des concours et à des primes.

L'industrie hippique à retenu tout particulièrement l’activité coopérative. On trouve en Danemark :

a) Le cheval du Jutland, véritable bête de gros trait — Schwere Arbeispferd, selon l’expression allemande — d’une taille de 1 m. 55 à 1 m. 65 et d’un poids de 5 à 600 kilos, qu'il ne faut pas confondre avec les produits du Holstein, dont les plus beaux représentants vinrent jadis, à Versailles, encombrer les écuries de Louis XV et émerveiller Madame de Pompadour ;

b) Le cheval de Frederiksborg, du type hackney

LS anglais (quoique d’origine espagnole), ni grand, ni gros, mais remarquablement énergique, endurant et apte au labour.

Tous deux se reproduisaient, il y a trente ans encore, sans méthode, dhez des cultivateurs peu avan. cés

Les sociétés d'élevage ont rendu les plus signalés services. Par leurs étalons jutlandais payés jusqu’à douze mille francs, par ceux de Frederiksborg. achetés parfois vingt et un mille francs, les races ont pu se sélectionner. Sans doute, le danois ne fera jamais qu’un animal de gros trait. Il ne saurait supporter la comparaison avec les chevaux de l’Europe occidentale — anglais, belges, boulonnais ou percherons. Mais il s'améliore, lentement peut-être, en tous cas d’une manière continue. Aussi, sur une moyenne de 330.000 chevaux jutiandais accusés par le recensement, 15.000 sont-ils chaque année vendus à l’étranger de 600 à 1.400 francs l’un — ce qui constitue un prix rémunérateur. Les chevaux de Frederikshorg acquièrent de même une valeur croissante; un millier environ est exporté chaque mois.

Voilà encore, grâce à la coopération, en même temps qu’une augmentation de la richesse nationale, une nouvelle source de profits pour l’agriculteur danois!

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