TENUE
expérience personnelle — où manquent les salles de lecture, les bibliothèques, les causeries, la fréquentation scolaire, inutile de chercher ie travailleur intelligent, ouvert à la compréhension de son intérêt le plus immédiat; où elles existent, il est là, constamment disposé à multiplier efforts et privations pour s’émanciper des contingences économiques qui l’entravent.
En raison de son instruction, le peuple danois saisissait d'emblée l’utilité des nouvelles organisations qu’on Jui proposait et dont il avait déjà sous les yeux les encourageants exemples des formes crédit et consommation. Pour le même motif, il pouvait recruter dans ses rangs des directeurs capables: leur désignation s’exerça avec d’autant moins de heurts qu’une véritable et efficace division du travail s'établit, dès le début, entre l’administration et la direction technique.
Les associés, étant responsables de la société, ont tout naturellement la surveillance des affaires de la coopérative — tout comme, dans une société anonyme capitaliste, l’assemblée générale des actionnaires exerce son contrôle. Ils savent, d’ailleurs, ne pas abuser de leur autorité. Ils l’ont vite appris: la première coopérative de consommation, — celle de Thisted — eut, en effet, pas mal à souffrir d’une incontinence d’autorité.
Les désagréments qui en résultèrent servirent d’exemple.
L'administration exige des qualités particulières
AE (TD et une éducation spéciale: aussi est-elle touJouts, surtout dans les grosses entreprises, séparée de la lirection technique proprement dite. Toutes den sont exercées par des personnages différents ayant chacun leurs attributions nettement déterminées par leur compétence même.
La coopérative -— une république — ne peut avoir de chef dans l’acception brutale et humiliante de ce mot. L'assemblée générale des coopérateurs choisit ses directeurs: l’autorité d’un chef élu est toujours plus douce à supporter. En l’espèce, elle l’est particulièrement et une périlleuse difficulté s’évanouit puisque, pratiquement, on peut admettre qu’il n’est jamais question d’octroyer aux élus une situation pécuniaire prépondérante et — s'ils sont coopérateurs. — une part plus grande sur les bénéfices.
Dans la coopération de crédit, les administrateurs délégués, qui doivent nécessairement être des spécialistes des questions financières, ont un traitement sensiblement équivalent à celui qu’ils obtiendraïient dans une maison de banque. Elevé? Oui, il le paraît, quand on le considère seul, et encore n’est-1l souvent que raisonnable. Mais mettez-le en balance avec la responsabilité formidable encourue par les titulaires et avec les millions brassés chaque année, il redevient normal. Un traitement confortable, accordé à ‘des hommes qui encourent une responsabilité importante et qui manipulent de fortes sommes, est une assurance
SUR, LOT éontre l’ineurie de leur gestion et la dilapidation de leur caisse.
Nous savons déjà combien il est difficile de trouver des gérants capables pour les associations de de consommation ayant une certaine importance. Ceux-ci préfèrent rester dans de grandes maisons de commerce où plus de chances de sécurité semblent s’ajouter à plus de chances d’avenir. Sous peine de ne recevoir que le rebut de la profession, la coopérative doit délier les cordons de sa bourse. Elle le fait sans gaspillage. Elle donne à ses directeurs une situation proportionnelle à leurs services et à leur zèle. C’est le meilleur mode de rémunération.
Dans la coopération de production, les directeurs techniques recrutés au concours, toujours titulaires de diplômes garants de leurs aptitudes, secondés par des conseillers de l’Etat, reçoivent des salaires de bons employés: les coopératives paient bien... mais elles veulent être bien servies. Le gestionnaire — un fermier ou un petit propriétaire — ne consent presque jamais à recevoir la moindre rétribution, l’honneur conféré par l'élection, le sacrifice de son temps et de sa peine à ses concitoyens et à son pays constituant pour lui une récompense suffisante. Du reste, en dirigeant consciencieusement les intérêts de la coopérative, ne travaille-t-il pas pour lui-même, coopérateur? Quand, par exception, il émarge au budget coopératif, il touche une rétribution de teneur de livres — modique
Er ET indemnité pour un surcroît de besogne et de responsabilité. Au fond, le directeur de la coopérative de consommation ou de production devient, ‘d’ailleurs, un simple gérant sans grande initiative. La conduite générale des coopératives, la recherche des débouchés et la haute surveillance des opérations locales passent, par la force des choses, aux comités centraux, pépinières de citoyens remarquables, dont plusieurs ont achevé au Parlement et au Ministère une carrière tout entière consacrée à la res publica. Chaque coopérative s’astreint à participer à leur traitement et, comme les Fédérations qu'ils représentent et gouvernent comprennent de très nombreuses organisations élémentaires, le sacrifice de chacune reste relativement faible. Il est d’autant plus léger que l'Etat contribue pour moitié aux appointements de ces conseils centraux; c’est, du moins, ce qui se passe pour les abattoirs coopératifs.
La conduite de l’œuvre collective des producteurs par ces hommes capables, à la fois audacieux et habiles, a grandement contribué au développement des coopératives. La séparation de l’administration et de la direction technique, en notre temps, est une condition sine qua non de la réussite d’une grande entreprise.