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nelle, et ils ont trouvé des prêts à des conditions raisonnables auprès des coopératives de crédit. Le remboursement de la dette, puis des augmentations du capital primitif suivirent les premiers gains : l’outillage se perfectionna, et plus il se perfectionna, plus les affaires se firent brillantes. . Une grosse cliente, la principale, devint bailleuse de fondis:1la Wholesale de Manchester, formidable magasin de gros des coopératives anglaises de consommation, que ses opérations (près de 800 millions par an), son armée de seize mille employés et sa flotte placent en tête du commerce britannique. Ses avances permirent d'achever des installations modèles, de triompher de multiples obsiacles et ide fixer définitivement le succès.
Eblouis par cette merveilleuse réussite, les négocants eux-mêmes qui, pourtant ennemis nés de la coopération, avaient déjà confié leurs économies aux Kreditforeninger, ont, à leur tour, ouvert leurs coffres-forts aux associations rurales de production. Ceux qu’elles ne menacent pas directement, les marchands d’objets de demi-luxe, sont les premiers à leur offrir des capitaux, sachant qu’à une augmentation de gains du paysan correspondra une augmentation de sa consommation. Et ils espèrent en profiter peu ou prou.
Les autres, reconnaissant le bon état des finances coopératives, se laissent parfois à alier à des prêts: le placement n’est-il pas absolument sûr?
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L'absence de clientèle
Un autre danger pouvait être fatal aux coopératives : l’absence de clientèle.
Il est peu à craindre pour les caisses de crédit: une société qui offre des fonds à ses membres n’est jamais réduite à l’état squelettique, surtout lorsque ses adhérents éventuels ont un absolu besoin d’argent pour être à même de résister à des influences économiques qui les poussent à la ruine ; les individus se dirigent d’instinct vers elle, comme lle malade vens 1e médecin.
Plus pressant pour les coopératives de consommation, 1l ne risquait cependant pas d’être mortel, à moins de circonstances exceptionnelles que rien ne Jaissait prévoir et qui se serañent manifestées par une grève absolue d'acheteurs déterminée par des questions de clocher. Que, sous des prétextes et pour des raisons diverses, bien des gens craignent de quitter leur fournisseur habituel pour se rendre au magaisin coopératif, rien de plus banal ! Pour assurer les premiers pas d’une coopérative de cette catégorie, il suffit d’un noyau d’associés fermement convaineus qu'ils collaborent à une œuvre viable et décidés à vaincre les difficultés du début.
Vu la modicité des frais d'installation et de gestion — tant que l’association reste modeste —
ae noyau même très restreint peut réaliser un boni,
s’il sait diriger ses affaires. C’est, d’ailleurs, lorsque les difficultés viennent entraver la marche de l’entreprise que chaque coopérateur doit montrer ses qualités coopératives dont une des plus utiles est le dévouement à ses idées, l’exercice du prosélytisme. La boule de neige se forme progressivement de minuscules paillettes, — et elle grossit. La coopérative recrute méthodiquement ses adhérents — et elle prospère. Les plus connues de ses associations ont eu le plus anémique des débuts — et elles sont cependant devenues des puissances commerciales.
C’est — ici encore — la coopération de production qui est surtout exposée.
Des richesses splendides ont zéro pour valeur si, à la sortie de l'atelier, elles ne trouvent pas de débouchés. Or entrer, du Jour au lendemain, dans l’arène commerciale sans posséder une marque connue est une entreprise bien aléatoire... En l’espèce qui nous occupe, le péril disparut vite. La bonne qualité des marchandises retint immédiatement l’attention. L’adroite direction des comités centraux fit le reste. Une clientèle fut rapidement trouvée. La Wholesale de Manchester prit l’habitude d’envoyer des navires battant pavillon à ses initiales € C. W. S. » embarquer à Copenhague la majeure partie du beurre, des œufs, du lard produits par la coopération. Ce qu’ils laissaient, les coopératives suisses et allemandes et des importateurs français, suédois et norvégiens l’achetèrent.
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Cette aide des coopératives de consommation anglaises, suisses, allemandes aux coopératives de production danoises est éminemment rationnelle. La coopération de production n’a pas pour unique mission de remédier à une crise passagère. Elle permet d’autres espoirs. Son rôle peut et doit s’amplifier. Qu'elle réalise une transformation sociale, en supprimant un certain nombre de parasites qui fourmillent dans notre monde économique ! Elle n’y parviendra que si les sociétés de consommation la soutiennent, lui procurent les deux éléments indispensables à son développement: capitaux et débouchés. L'intérêt des coopératives de production vient d’ailleurs se confondre ici avec l’intérêt général. L'équilibre social serait, en effet, terriblement menacé si le gouvernement économique restait le monopole des producteurs qui naturellement se préoccupent, avant tout, de leur enrichissement personnel, c’est-à-dire cherchent à réaliser aux dépens des consommateurs le maximum de profits. Le consommateur n’a pas été créé pour le producteur. L’inverse est plutôt vrai. Aussi combien satisfait-il la raison, ce contrôle indirect exercé par la coopération anglaise de consommation sur la coopération danoise de production, contrôle d’autant plus étroit que les coopératives de consommation sont à la fois les baïlleuses de fonds et les plus importantes clientes des coopératives de production! Généralisez cette harmonie, il n’y a plus, il ne peut plus y avoir antagonisme en-
Aa Ene tre producteurs et consommateurs. L'équilibre économique n’en a que moins de chances d’être rompu.
L'opposition des Commerçants
En se développant, le mouvement coopératif ne risquait-il pas de déchaîner une dangereuse agitation politique?
Evidemment son but suprême, sa fin ultime étaient de surexciter la production agricole, de sauver l’existence d’une catégorie de travailleurs et d’assurer l’avenir économique de la nation. Mais les caisses coopératives de crédit arrachaïent le paysan aux serres des usuriers qui, trop souvent, se cachaient sous le nom plus noble de banquiers. Ces gens — puissants puisque riches — n’allaientils pas s’insurger contre une nouvelle organisation financière qui venait les concurrencer? Les uns, les plus âpres au gain immédiat, commencèrent par pousser les hauts cris. Ils se calmèrent vite et n’eurent pas le cynisme de revendiquer la protection gouvernementale en faveur de leurs agissements que la morale réprouve et que la loi doit punir. Les autres, les plus consciencieux, comprirent que la possibilité, pour le cultivateur, d’acquérir les instruments de production nécessités par le perfectionnement de la technique rurale déterminerait un accroissement de la prospérité nationale, que cet accroissement se traduirait par une extension
Lr'pius des affaires et que cette extension leur permettrait, sans nuire à personne, des opérations intéressantes parce que fructueuses. Ils ne se livrèrent à aucune opposition déplacée. Au contraire, plusieurs (et non des moindres) se firent un devoir de mettre leur compétence technique à la disposition des coopératives de crédit.
L'’orage était donc dissipé.
Mais il se reformait par ailleurs — combien plus sombre!
Les ruraux, associés pour acheter en commun les marchandises utiles à leurs besoins personnels et nécessaires à leur travail, tendaient à se passer de tous les petits commerçants de détail, jusque là leurs fournisseurs. Ceux-ci avaient la force du nombre. Lésés, qu'’allaient-ils décider? Entameraient-ils la lutte ouverte contre la coopération? Chercheraient-ils à ameuter l’opinion en la trompant sur les intentions de ses propagandistes et, par ricochet, à émouvoir les autorités publiques? Les coopératives naissantes résisteraient-elles à un aussi rude assaut?
Par ailleurs, l’industrie agricole qui allait s’orgac niser, se discipliner, s’intensifier, n’était pas intégralement nouvelle. Le beurre, le lait, les porcs, les œufs faisaient déjà l’objet d’un commerce. Quelle attitude adopteraient ceux qui vivaient de ce commerce, en sentant surgir devant eux la formidable concurrence de tous les producteurs associés, résolus à s'évader du joug des intermédiaires, de leur
LS REF joug à eux, commerçants, et à vendre directement aux consommateurs? Ces intermédiaires disposaient, eux aussi, de la force que.confère la fortune. Des troubles ne naîtraient-ils pas de ce côté?
Les intermédiaires ne ménagèrent pas leur activité; ils mirent à contribution la totalité de leurs ressources pour soulever l’opinion et la convertir à la défense de leurs intérêts. Discours, conférences, affiches, tracts, brochures, ils ne négligèrent aucun instrument d’agitation.
Nous allons tâcher de résumer leur argumentation aussi fidèlement que possible, d’après leur débauche de circulaires, de procès-verbaux de leurs réunions professionnelles et de communiqués à la Presse, et aussi d’après la multitude d’articles relatifs à leur campagne, l’approuvant, la combattant, ou en rendant simplement compte à titre d’information, publiés par des organes de droite: Dagbladet, National Tidende, Aftempasten, Dagens Nyheder, Dagstelegraph, Berlingske Tidende, moniteur die la Cour; par des journaux de gauche et d’extrême-gauche : WMorgenbladet, Sociaidemocraten et Ravnen. Nous examinerons ensuite la valeur de cette dialectique qui, dans ses traits essentiels, se retrouve identique dans la bouche et sous la plume des marchands de tous les pays.
D'abord, les négociants sentirent la nécessité de prononcer leur propre éloge. Naturellement, ils se°
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posèrent en victimes, en diffamés, en persécutés. C’est toujours de s1 bonne politique!
« On nous trompe, firent-ils clamer wrbi et orbi, parce que nous gagnons notre vie comme intermédiaires. On nous traite de corsaires. De tous temps, les négociants ont été finsultés, bafoués. L’antiquité les a rangés avec les voleurs sous le sceptre de la divinité aux sandales aïlées, Mercure. Cicéron a fulminé contre eux. Le Christ — la douceur incarnée — s’est courroucé en les voyant transformer, paraît-il, sa maison, le Temple, en une caverne de brigands. Saint Jean Chrysostome affirmait ingénüment qu’ils ne sauraient « être agréables à Dieu ». Saint Thomas déclarait leur profession honteuse, {urpis. Erasme, tout aussi absolu, mais plus violent, les considérait comme «les plus sales et les plus sots des hommes ». Et pourtant, n’ont-ils pas créé cette forme nouvelle de l’honneur qui s’appelle le respect de la parole donnée? À cette époque où notaires, tribunaux, droit commercial, législation internationale n’existaient pas, comment le commerce pouvait-il avoir une autre base que la bonne foi? La ponctualité à tenir ses engagements est restée une tradition chez le commerçant. Ne dit-on pas que sa signature vaut de l’or?
» D'ailleurs, notre existence même prouve notre utilité. Intermédiaires entre le producteur et le consommateur, nous épargnons à chacun d’eux le
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temps qu’il lui faudrait perdre à rechercher l’autre. Achetant nos marchandises en gros et les vendant au détail, nous évitons à tous l’embarras qui résulterait nécessairement de l’absence de coïneidence entre la quantité offerte par le producteur et celle réclamée par le consommateur, entre le moment où le producteur veut se défaire de son produit et celui où le consommateur est disposé à l’acquérir. Nous faisons même crédit. Sans toucher d’argent, nous cédons, en toute propriété, à nos clients les marchandises qu’ils désirent et qu'ils ne peuvent payer de suite, mais que nous avons payées, nous! Ces marchandises, nos clients peuvent les transformer à leur tour, les revendre, réaliser un gain sur elles et ne nous indemniser qu'après s'être enrichis grâce à elles. Voyons. Qu'’'aurait fait l'Humanité sans les anciens marchands de Tyr, de Carthage, de Hollande, de Portugal, de la Hanse? Que deviendrait la Société sans nous? » |
Se tournant vers chaque catégorie sociale, ils « se libérèrernt la conscience », l’avertissant du danger catastrophique que leur préparaient ces nouvelles doctrines. Bien contradietoire, d’ailleurs, leur langage! Mais ne fallait-5l pas mitrailler chaeun des arguments susceptibles de le toucher plus profondément ?
Aux petits fermiers, aux petits propriétaires, ils affirmèrent: « C’est l’aristocratie campagnarde,
NE OURS ce sont les riches exploitants qui seront les seuls bénéficiaires de ce mouvement faussement qualifié d’émancipation. Ils fonderont des coopératives pour vous embrigader. Ils en seront les directeurs, les maîtres, et ils se serviront de la puissance morale que leur donnera votre nombre pour détourner à leur profit exclusif les mesures gouvernementales qui, à l’avenir, seront prises en faveur de l’agriculture. Au lieu de rester libres, indépendants, vous ne serez plus que les valets des héritiers de vos anciens seigneurs. De même que, dans un étang, les gros brochets détruisent le menu fretin, dans les coopératives, les grands propriétaires étoufferent les modestes paysans. »
Aux riches exploitants, aux gaardmænds, ils prophétisèrent: « Laissez ces petifes gens qui vous entourent se grouper et gérer elles-mêmes, sans compétence et sans contrôle, le commerce des principales productions du pays Vous verrez, dans quelques années, combien se seront affaissés votre prestige moral, votre influence locale, la richesse et la prospérité nationales... »
À la masse des indsidderne, aux ouvriers, aux locataires, ils dénoncèrent les coopératives comme des ruches de patrons, dont l’accès est à jamais interdit aux prolétaires: « Au lieu de débarrasser notre organisation économique de tous les germes morbides qui minent les travailleurs, la coopéra-
Er ORESE tion va simplement les immortaliser dans leurs formes les plus néfastes. En admettant même qu’elle parvienne à améliorer le sort de ses membres, elle se fermera. Elle refusera tout nouvel associé. Elle ne voudra plus embaucher que des travailleurs salariés. Elle deviendra fatalement une société de patrons, de maîtres. Si vous vous imaginez que les ouvriers de la première heure, ceux qui, à force de calculs et de persévérance, réussissent à lancer une entreprise prospère, admettront jamais sur le pied d'égalité les ouvriers de la onzième heure, vous supposez à l’homme un désintéressement angélique. La coopération est la couveuse artificielle d’une nouvelle race d’aristocrates. Vous offret-elle, au moins, quelque adoucissement immédiat? Prenez, dans le pays où elle a le mieux réussi, l’Angleterre, la forme qui a donné les meilleurs résultats, la forme « consommation ». Elle procure, en moyenne, à chacun de ses adhérents, un boni journalier de quatre sous! Mais la moindre revendication énergique peut augmenter votre salaire dans d’autres proportions! Si des bourgeois tentent de vous enrôler sous la bannière coopérative, c’est dans l’espoir qu'après avoir réalisé, en qualité de simples clients, de minuscules hénéfices, vous vous mettrez, à votre tour, à exploiter je publie comme membres des sociétés de consommation, les travailleurs comme membres des sociétés de production. Ils s’imaginent que, devenus éconômes, rangés, vous serez alors des défenseurs de
ES QE l’ordre social, les conservateurs de leurs propres privilèges. Esaü vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles. Vous allez engager votre avenir, prostituer votre conscience pour quatre sous par jour... au maximum ! »
Les négociants répétèrent cela aux travailleurs des campagnes et aux ouvriers des villes sollicités de se grouper en nouvelles coopératives de consommation, futures clientes des coopératives agricoles de production : (Classes inférieures vous êtes, insis tèrent-ils, classes inférieures vous resterez sous le régime coopératif. Vous rêvez d’acquérir la propriété de vos instruments de labeur, vous croyez y arriver par l’épargne coopérative! Chimère! Réfléchissez donc. Considérez la valeur de tous ces instruments de production: terres, troupeaux, ateliers, maisons, fermes, établissements industriels, machines, @ demandez-vous pendant combien de générations il vous faudra accumuler vos misérables économies avant de réunir cette immense fortune. D'autant que vous tentez de réaliser votre rêve au moment précis où la production se transforme dans le sens de la grande entreprise. Vos pauvres sous veulent maîtriser les géants modernes!
€ Aïtendre de Pépargne prolétarienne le rachat du capital est une folie. Tous vos défenseurs l’ont partout reconnu: hier encore, les représentants des travailleurs français, réunis à Marseille en Con-
grès du Parti ouvrier, ont voté une résolution aux
PEN V'OUAE termes de laquelle /es sociétés coopératives ne peuvent aucunement être considérées comme des moyens assez puissants pour arriver à l’émancipation du prolétariat.
» Attention à un autre péril. En adhérant à des coopératives, vous faites une concurrence ruineuse aux petits commerçants qui; expropriés, tomberont dans le salariat. Ils augmenteront l’offre de la force-travail : donc le taux des salaires fléchira. Vos coopératives, ces soi-disant auxiliaires de l’effort du peuple pour attirer le Paradis des cieux sur la terre, aura en définitive un résultat: diminuer vos ressources.
» Aussi, puisque les coopératives ne présentent pour vous aucun avantage actuel digne de vous retenir et sont, au contraire, destinées à conserver tout ce qui, dans la société actuelle, vous meurtrit, manifestéz votre aversion pour elles. En agissant ainsi, en usant de votre droit d’hommes libres et malheureux, vous vous défendrez vous-mêmes, vous défendrez l'avenir, l’émancipation de vos enfants. »
Aux capitalistes et à la classe moyenne, ils tinrent un tout autre discours: « Les coopérateurs ne sont que des collectivistes hypocrites. Consciemment et inconsciemment, ils font le jeu de cette dangereuse utopie, le socialisme. Du reste, socia- Hsme et coopératisme sont frères. Ils ont eu les mêmes pères: Robert Owen, en Angleterre; Char-