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ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT DES COOPÉRATIVES AGRICOLES

Considérons de plus près les diverses formes prises en Danemark par la coopération rurale.

Pour lutter avantageusement contre ses rivaux sur le marché international, l’agriculture a besoin d’être aidée.

I] lui manque:

a) Le capital; b) L'’outillage ; c) Des débouchés.

Elle se les procure par des associations coopératives :

a) De crédit;

b) De consommation;

c) De production.

Nous allons examiner l’organisation et le fonctionnement de ces trois catégories de sociétés. Cette

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distinction classique des trois principales formes de la coopération est, d’ailleurs, purement arbitraire. Il n’est pas rare de voir fes mêmes agriculteurs, habitant Ja même région, former, sous des noms différents, des associations de crédit, de consommation et de production, Au fond, la raison sociale change. La collectivité reste la même.

Aucune cloison étanche ne sépare ces diverses manifestations de l’activité coopérative.

L'étude de la vie et de l’évolution de la coopération démontre nettement, en particulier, que partout la coopérative de consommation porte en germe la coopérative de production. « Sitôt qu’il sera possible, la Société procèdera à l’organisation de la production... dans son sein et par ses propres inoyens », dit in fine le manifeste des Pionniers de Rochdale. L’organisme central des coopératives anglaises de consommation — la Wholesale de Manchester — a installé des usines qui travaillent pour son compte: il est devenu coopérative de production. Le magasin de gros des coopératives danoises de consommaion à suivi le même exemple: il fabrique des quantités de marchandises, depuis des conf. tures jusqu’à des cigares.

Cette loi est d’ailleurs tellement normale qu’une des principales coopératives de consommation existant à l’heure actuelle, la grosse société de Hambourg, n’a pu choisir un meilleur titre que « Die Produktion » — « La Production ».

D'autre part, il convient d’ajouter que la quali-

fication « de production », donnée à une forme déterminée de la coopération rurale, ne répond pas à la réalité. La paille des mots ne doit pas être prise pour le grain des choses. L'association rurale de production, au sens intégral du terme, est inconnue en Danemark: elle équivaudrait à la culture du sol en commun. Telle qu’elle existe, elle se contente de vendre, parfois en leur faisant subir quelques préparations, les produits de l’agriculture: récoltes et animaux.

Nous conservons quand même cette classification pour plus de simplicité dans notre exposé. Il nous semble, en effet, complètement inutile de nous approprier l’ordre plus détaillé et, partant, plus compliqué, adopté par les économistes allemands, notamment par les rédacteurs des Jahrbücher für National-ÆEkonomie.

La coopération de Crédit

Les Kreditforeninger

Quand il s’agit de régler le fonctionnement des coopératives de crédit, l’approbation générale se fixa sur un système très voisin des Landsschaften prussiennes du xviri® siècle.

Ce type, amélioré au cours du x1x° siècle, se caractérise ainsi:

a) Les membres de l’association, tous propriétaires fonciers, associés pour emprunter, sont unis par les liens d’une solidarité illimitée garantie par

l'inscription, sur leurs domaines, d’hypothèques dont le montant atteint les trois cinquièmes de la valeur d’estimation — ce qui fournit la plus complète des garanties aux prêteurs et accroît indétiniment le crédit de la coopération.

b) Le capital est constitué, à l’aide d’actions assez élevées (mille à douze cent cinquante francs), libérables par portions, ce qui facilite le placement. Par la nécessité où se trouvent les souscripteurs d'économiser pour pouvoir effectuer ces versements périodiques, la caisse de crédit joue ainsi le rôle de caisse d’épargne perfectionnée.

c) Les sociétaires emprunteurs sont astreints à un taux d'intérêt assez élevé, sans qu'il vienne aependant trop lourdement grever leur budget — ce qui permet de servir aux sociétaires épargneurs un revenu plus fort. Ils s’obligent, en outre, à payer, chaque semestre, à l’association une redevance supplémentaire pour les frais d’administration, la constitution des fonds de réserve et l’amortissement des prêts.

d) Les bénéfices sont répartis entre les actionnaires, sous forme de dividende au prorata de leurs actions, comme dans les sociétés anonymes capitalistes, mais non aux emprunteurs, sous forme de ristourne au prorata de leurs emprunts, ce qui serait l’application intégrale du principe coopératif.

La loi du 20 juin 1850 a permis aux sociétés naissantes d’émettre des obligations de caisse au por-

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teur, exemptes de timbre (nouveauté dans la législation danoise), et de traiter comme des obligations au porteur celles qui donnent un intérêt fixe. Comme elles sont garanties par la responsabilité collective de tous les propriétaires associés, sur la totalité de leurs immeubles, elles constituent un placement absolument sûr qui tente bien des pères de famille non seulement danois, mais étrangers: à des cours assez hauts, elles sont cotées en Bourse à Copenhague et dans plusieurs villes allemandes. Notons cependant qu’une loi de 1861 a permis aux associations la division en séries, de telle sorte que l’obligation solidaire d’un emprunteur ne vaut que pour la série à laquelle il appartient. De cette manière, le nombre des associés pour lequel chaque emprunteur est solidairement responsable ne peut croître sans limites et de nouveaux venus ne peuvent participer au fonds de réserve épargné par les anciens sociétaires, ce qui n’est que justice.

Les sociétaires gèrent eux-mêmes les caisses; leurs assemblées générales forment le pouvoir délibérant et des administrateurs choisis dans leur sein, le pouvoir exécutif. C’est à la fois logique et avantageux: logique, puisque tous répondent solidairement des obligations sociales ; — avantageux, puisque les emprunteurs participant à la gestion sociale en tant que sociétaires, ne risquent pas d’être exploités. La diregtion, simple trait d’union entre les débiteurs qui versent leur argent et les créanciers qui touchent leurs intérêts, n’a pas la

PR libre disposition des fonds. Elle ne prête pas aux associés les sommes que la société a empruntées. Celui qui a besoin d’être aidé reçoit le montant de son emprunt en obligations au porteur aussi facilement cessibles qu’un billet de banque. Comme ces obligations à échéance de plus en plus longue — elle atteint parfois 70 ans — doivent être libérées par des versements successifs, l’emprunteur se trouve, à chaque versement, exonéré d’une partie de sa dette qui s’éteint ainsi automatiquement.

Les caisses de crédit agricole sont des plus prospères.

Un tableau, qui figurait à la dernière Exposition universelle de Paris et qui indique le nombre et le montant des prêts ainsi que l’importance du fonds de réserve des principales d’entre elles, dénotie très clairement cette prospérité.

Le voici:

FONDS HER NOMBRE MONTANT SOCIETES DE RÉSERVE DE PRÊTS | EN COURONNES EN COURONCES

Société de crédit des pro- DrIÉTAIrES Rene ete. 12.647 122.778.300 » 16.957.125 45

Caisse de crédit des propriétaires fonciers des Iles 4.226 50.074 800 » 11.367.951 18

Caisse de crédit des propriétaires fonciers du baillage de la Fionie........ 949 7.165.800 »| 456 136 49

Société de crédit de l'Ouest et du Sud du Jutland..... 11.224 76.412.700 » 13.880.897 14

Société de crédit des propriétaires du Jutland..... 18.910 183.394.900 15.746.154 11

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Telle était la situation des Kreditforeninger, au 31 mars 1899. Depuis cette date, elle s’est maintenue aussi brillante. Les statistiques communiquées par le ministère de l'Agriculture — et dont il est inutile d’encombrer notre exposé — soulignent. même une nouvelle augmentation des fonds de réserve,plus élevés encore qu’ils ne semblent.à première vue, à des Français, puisque la couronne n’est pas l’équivalent du franc, mais vaut 1 fr. 39 centimes. Ce mouvement extensif des fonds de réserve, indice d’une réelle prospérité, garant d’un sûr crédit, explique qu’à diverses reprises, notamment en 1887, en 1889, en 1895, par une mesure commune à toutes les caisses, et à des dates plus rapprochées encore, des conversions ont pu être opérées. L’intérêt nominal était au début 4 0/0. Les conditions du marché financier s’améliorant et leur crédit étant peut-être mieux assis, les Xreditforeninger trouvèrent facilement, de 1880 à 1890, des fonds à 3 1/2 %. Elles donnèrent aux prêteurs cette alternative: consentir à la réduction du taux de l’intérêt, c’est-àdire ne plus toucher que 3,5 %, au lieu des 4 % prévus à l’origine, ou subir le remboursement immédiat du capital nominal des obligations — remboursement admis par les statuts de la société.

En plusieurs cas, c’est cette dernière alternative qui a prévalu. Les Kreéditforeninger ont remboursé les obligations portant un intérêt supérieur à l’intérêt courant au moment de l’opération et, sur-lechamp, elles ont conclu avec une banque, par l’émis-

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