‹ La Coopération Rurale En DanemarkChapitre 6 sur 25 · DA N PUR · texte numérisé non relu

DA N PUR

En 1900, est entrée en application une loi des plus intéressantes: celle du 26 mars 1898 dont voiei l’économie. Dans un district déterminé, par exemple, une ou deux communes, des travailleurs s’associent. Au lieu d'emprunter au public en émettant des obligations, ils empruntent à l’Etat -— qui dispose à cet effet de 5 millions de couronnes. Tous sont solidairement responsables de la dette qu'ils contractent. Aussi, le Trésor se contente-t-il d’un intérêt de 3 %. Ces capitaux empruntés à 3 %, l’association les prête, à son tour, à ses membres à un taux qui ne peut excéder 4,5 %, mais qui, à son gré, peut être abaissé à tel chiffre qu’elle jugera convenable. L’Etat exerce, d’ailleurs, sur elle une surveillance efficace. Il contrôle sa constitution: ses statuts, soumis à l’approbation du ministre de l'Agriculture, doivent — condition sine qua non — formellement spécifier que l’association ne pourra sous aucun prétexte : 1° s’étendre au delà d’une certaine limite territoriale: un crédit ne peut être sérieusement organisé que si préteurs et emprunteurs se connaissent; 2° fonctionner avec d’autres capitaux que ceux avancés par le Trésor.

Son administration : f[’assemblée générale nomme bien un comité de direction non rétribué, composé de cinq membres et chargé de se prononcer en dernier ressort sur les demandes d'emprunt. Maïs, par surcroît de précautions, ce comité n’a pas le droit de choisir lui-même son président; il peut

simplement présenter un nom à l’agrément du Conseil d’arrondissement qui fait la nomination.

Son fonctionnement: les prêts ne sont consentis que pour neuf mois au maximum et un nouvel ermprunt ne peut être contracté par le cultivateur qu’un mois après le paiement du précédent. L’emprunteur ne fournit ni gage, ni caution. Maïs la somme empruntée ne peut dépasser 50 couronnes par tête de gros bétail possédé. Encore, pour atteindre ce chiffre, faut-il que la société se trouve remboursée avant terme de certains prêts (ce qui augmente son fonds de caisse), car, si elle ne dispose que des fonds de l’État, l’avance ne doit pas dépasser trente couronnes par tête.

L'association ne peut disposer que des fonds remis par l'Etat. Est-ce à dire qu’elle se bornera à recevoir indéfiniment de l’argent d’une main pour le répartir de l’autre, sans jamais se constituer, à elle aussi, un patrimoine? Non. Il y a, au coutraire, intérêt à ce qu’un fonds de réserve se crée et grossisse, prêt à couvrir un déficit imprévu. Aussi, les associés sont-ils astreints, en adhérant, à un droit d’une couronne par tête de bétail possédée. Aux sommes ainsi obtenues s’ajoutent, en fin d’exercice, les bénéfices — c’est-à-dire la différence entre l'intérêt payé à l’Etat (3 0/0) et l'intérêt versé par les emprunteurs (4,50 0/0 au maximum).

Il existe environ 180 sociétés de ce genre, qui comprennent près de 30.000 membres, parmi lesquels on ne compte que 275 exploitants de grandes

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fermes, ce qui montre bien que c’est là surtout une institution de défense des petits exploitants. Le nombre de bestiaux inscrits est d’environ 180.000. Remarquons, en passant, que baser le crédit sur la possession de bestiaux a été, en dernière analyse, un encouragement à l’élevage. Cette manifestation de la coopération rurale a permis à bien des paysans, momentanément gênés, de trouver les sommes nécessaires à la bonne marche de leur exploitation domaniale: c’est déjà un premier avantage. Un chapitre ultérieur montrera mieux encore son importance; elle contient en germe le crédit agricole de l’avenir — l’organisation de demain.

La coopération de consommation

Des individus s’unissent pour acheter, au prix de gros, les marchandises nécessaires à leur consommation personnelle ou à l’exploitation de leurs domaines. Chaque associé prend celles dont il a besoin au magasin coopératif où elles ont été déposées. En fin d’exercice, la différence entre le prix d’achat en gros et le prix de vente au détail est divisée en deux parts, défalcation faite des frais de gestion.

Grossie des droits d’entrée — proportionnels à la situation pécuniaire des adhérents : 4 couronnes pour un gaardmand (gros fermier), 2 couronnes pour un husmand (petit propriétaire), 1 couronne

SUP pour un #hysing (fermier), 1/2 couronne pour un zeneri (domestique) — l’une de ces parts est affectée à la constitution d’un fonds de réserve, à l’amélioration des services communs, à l’instruction des coopérateurs. L'autre est répartie entre les sociétaires au prorata de leurs achats: elle peut être considérée comme une épargne réalisée sans privation. Cette épargne est même, en quelque sorte, obligatoire. En effet, la collectivité des associés est solidairement responsable des engagements souscrits par la coopérative: cette responsabilité, qui comporte comme corollaire l'administration de la société par les adhérents eux-mêmes et leurs délégués — responsabilité d’ailleurs sans danger, puisque les ventes ne se font qu’au comptant —

offre l’avantage d’obliger chaque coopérateur

s'intéresser au développement;de {a coopérative, réserver à celle-ci sa clientèle exclusive et ainsi à épargner tout naturellement, sans aucune gêne.

Chacun a sa part dans l’administration. Est-ce à dire que chacun s’ingère continuellement dans le gouvernement de l’association, heureux d’user de la puissance dont il est investi? Certes, voilà une tentation dangereuse à laquelle les membres de la coopérative de Thisted, notamment, ne surent pas toujours résister.

C’est l’éternelle histoire du simple soldat qui, promu caporal, veut immédiatement tout régenter; du jeune juge suppléant qui, la veille encore, modeste étudiant en droit, regrette de ne pouvoir con-

rade

damner à mort tous les délinquants que la fatalité amène devant lui et que la loi punit parfois, au maximum, ide trois mois de prison.

Aujourd’hui, l’éducation est faite.

Tous les coopérateurs reconnaissent que gérer une importante coopérative de consommation est une tâche fort délicate. Effectuer les achats au moment propice, chez de bon fournisseur, calculer exactement le prix derevient et fixer le prix de vente, vérifier les marchandises, déjouer la fraude, contrôler la comptabilité, tout cela demande une compétence particulière qui ne se trouve que chez ün spécialiste. Et'ce spécialiste, qui n’ignore pas la sorte de monopole dont il jouit, n’accepte pas le rôle et les appointements d’un simple comnus. Il dirige la coopérative. Les administrateurs et l’assemblée générale surveillent sa gestion. En échange de ses services, dont la sagesse est garantie par une caution, il reçoit une rétribution annuelle variant, en général, de 1.500 à 2.000 couronnes, à laquelle vient s’ajouter un intérêt sur les recettes brutes — de 0,50 à 2 0/0 — rétribution qui n’a rien d’exagéré, si l’on songe que le directeur est le pivot de l’association et que, d’une manière générale, Je chiffre d’affaires des coopératives augmente sans; discontinuer, — ce qui caractérise un travail directorial à la fois croissant et fécond.

Bien vite, au fur et à mesure que naïissaient, çà

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et 1à, dans le pays, — et presque toujours dans les campagnes — de nouvelles associations, on recon-

nut combien il serait utile de ne pas les laisser abandonnées À elles-mêmes, de grouper leurs efforts et de les réunit en un vaste organisme central qui, seul, pouvait:

a) Amenñer une réduction plus considérable des prix d’achat en gros, — iles ordres devant porter sur une plus grande masse de marchandises, ce qui obligerait les gros fournisseurs à consentir de meilleures conditions ;

b) Organiser des laboratoires de contrôle, chargés de vérifier la bonne qualité des produits ache- 6s ;

c) Faciliter les débuts des coopératives nouvellement nées, en leur fournissant des conseils utiles, en leur évitant bien des fausses manœuvres susceptibles de les vouer à un échec, en les protégeant contre le boycottage des fournisseurs qui pourraient refuser d’entrer en relations avec elles;

d) Permettre l’ouverture d’ateliers dans les quels. il serait possible de manipuler, de traiter les matières premières, de transformer, par exemple, les fruits achetés en confitures, les légumes et les poissons en conserves, les cuirs en chaussures ;

e) De créer de vastes œuvres d'utilité générale, œuvres d’autant plus riches et, partant, d’autant plus utiles que les coopératives adhérentes seraient plus nombreuses. |

Une tentative d’unification fut faite en 1871. La

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