ECG EE SECTION II. —— LES COMMERÇANTS
Les objections formulées par les usagers du commerce reposent davantage sur des raisons d'ordre général que sur des considérations matérielles, telles que la substitution d’un moyen de transport à un autre, objet principal de l'hostilité paysanne.
$ 1. — « Expérience mal entreprise ».
Les milieux commerçants ne comprennent pas davantage comment on a pu organiser tout un système nouveau de transport en commun dans la Haute Normandie sans la consultation préalable de tous les usagers, premiers intéressés au bon fonctionnement des transports publics qu'ils font vivre.
Le Décret-loi du 19 avril 1934 a le grand tort de ne pas provoquer l’avis des Chambres de Commerce particulièrement compétentes en la matière, comme représentant des intérêts économiques; les nouvelles conditions de répartition et de tarification les intéressent au premier chef.
Lors de la réunion de l'Office des Transports de l'Ouest, tenue le 26 Novembre 1934, M. Dautry s’est montré surpris de cette prétention, allégant qu’alors il ne pourrait non plus refuser d’entendre les délégués des ouvriers, des familles nombreuses, etc. néanmoins il a donné l’assurance que les chambres de commerce seraient consultées et que le Ministre des Travaux Publics arbitrerait les différends.
En tous les cas, les commerçants insistent par ailleurs pour que les avantages et les facilités dont les usagers bénéficient actuellement sur les chemins de fer soient identiques lorsqu'ils devront emprunter à la place des parcours sur route.
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Les commerçants se montrent en principe beaucoup moins réfractaires aux projets de coordination, mais ils considèrent que c’est une erreur que de tenter une expérience brutale sur une région aussi réduite et aussi active que la Haute Normandie. Les maladresses, pensent-ils, pourraient entraîner de graves conséquences : une réforme entreprise par étapes et sur toute l'étendue du réseau de l'État eut été de beaucoup préférable.
$ 2. - « Suppression de la liberté du commerce ».
Il est un point qui indispose particulièrement les milieux commerçants, c’est la suppression de toute concurrence entre les moyens de transport et de toute initiative de la part des transporteurs. Dans un rapport développé à la Chambre de Commerce de Rouen (5), M. Le Bourgeois s’en fait l’interprète et exprime les craintes que le nouveau régime n’ait pour conséquences de créer des monopoles au profit des entreprises participantes aux accords et même de conduire « à un véritable acheminement vers un monopole d’Etat ». Le monopole de fait risque de mener les entreprises à de graves abus. I est au contraire désirable de ménager une concurrence, qui serait simplement limitée, entre les diverses entreprises de transport, laissant subsister une « émulation très salutaire » condition du progrès, et l'esprit d'initiative dans l’exploitation qui est inhérent au caractère commercial.
Les commerçants normands reconnaissent la nécessité d’une répartition du trafic et de l’emploi combinés de leurs avantages respectifs; mais ils ne veulent pas que la coordination aboutisse à une protection où à un privilège en
(5) Bulletin bimestriel de la Ch. de Com., juillet-août 1934.
faveur de tel mode de transport, c’est vers une collaboration harmonieuse qu’il faut tendre.
Ces divers points de vue se trouvent concrétisés dans les vœux de toutes les chambres de commerce du champ d’expérience. Elles ne rejettent pas le principe des Accords de Rouen, mais elles demandent qu'aucune application ne soit réalisée sans la consultation des organismes intéressés.
Les délibérations de ces chambres sont généralement empreintes de modération. Il n’en est pas de même des divers groupements de transporteurs qui comme la « Chambre Syndicale des Services Rapides de France » réclamait lors de sa séance du 21 juin la liberté absolue des transports et l’abrogation pure et simple des décrets de coordination.
Les vœux émis par l'Office des Transports de l'Ouest sont dans le même sens que ceux des chambres de commerce normandes. Il reste à examiner l’attitude observée par l’assemblée départementale.