THEATRE DU JEUNE AGE
trouvé tout seul, à votre place, je ne ferais ni une, ni deux, j'offrirais la corbeille au déjeuner au lieu d'attendre le dîner. Ça ne changera rien à la fête et mes fraises au moins feront belle figure. Tandis que ce soir! Eh mais, vous comprenez, chacun a son petit orgueil!... moi j'ai celui de mes plantes!... Je les ai assez soignées, assez arrosées, allez!
Jules (l'interrompant).
Là, c'est fini, la corbeille est pleine. Ce soir, père François, quand nous reviendrons au jardin, nous vous dirons comment bonne Maman les aura trouvées. Que je suis content de n'avoir pas à attendre tout une longue journée pour lui faire notre petite surprise. Et toi, René?
René.
Oh! moi aussi! D'abord, je crois que je n'aurais pu garder le secret aussi longtemps. Tiens, vois-tu là-bas, les volets de bonne Maman qui sont ouverts? Elle doit être levée!
Jules.
Dépêchons-nous de rentrer, elle serait bien étonnée de ne pas nous voir arriver dans sa chandjre à
l'heure habituelle pour lui dire bonjour. Elle nous aime lanl! Elle nous appelle ses petits bâtons de vieillesse.
René.
Et comme elle s'amuse avec nous! Comme elle nous raconte de belles histoires! Comme elle nous comprend bien! Par moment, je me figure qu'elle a notre âge !
Jules.
Oh! c'est bien vrai. Elle a beau avoir des cheveux blancs, bonne Maman est toujours jeune!
René (s'avançant en tenant la corbeille à la main).
Je me vois déjà devant elle, avec toi, comme cela. Place-toi de l'autre côté de la corbeille. Qu'en ditesvous, père François?
François (s'essuyant les yeux).
Je dis que c'est un joli tableau. Oui, tenez, ça m'attendrit!... Oh! les enfants! les enfants! On ec est tout bête, quand on les regarde.
Jules.
Ne pleurez pas, riez plutôt, père François, et écoutez cette petite chanson que nous chanterons à bonne Maman et qui fera honneur à vos fraises.