‹ La corde du penduChapitre 6 sur 12 · LXXX · texte numérisé non relu

LXXX

Cependant le révérend Patterson n’avait point perdu complètement la tête.

Après avoir froissé la lettre de l’homme gris et l’avoir déchirée en mille morceaux, il s’était pris à réfléchir.

Le révérend réfléchissait vite et bien.

S’acharner à la poursuite de l’homme gris, c’était perdre un temps inutile.

Le révérend se tint le raisonnement que voici :

— Je n’en puis plus douter. L’homme gris a pris en main la cause de lord William, et avec un pareil adversaire, il n’y a pas à perdre une minute.

Que m’a fait faire M. Burdett, c’est r à-dire l’homme gris?

11 m’a persuadé que je devais laisser lord William sortir de Bledlam, et il m’a fait jouer son jeu.

A cette heure lord William est en route pour l’Irlande.

Arrivé en Irlande, il s’échappera des mains de John Bell et reviendra tranquillement à Londres.

La première chose à faire donc est de s’emparer de lord William de gré ou de force et de le confisquer.

Cette résolution prise, le révérend dit au détective Scotowe :

— Vous partez aujourd’hui même.

— Pour quel pays?

— Pour l’Irlande.

— Que vais-je y faire?

KOCAMBOLE

— Vous assurer de la personne de trois hommes, un directeur d’une maison d’aliénés et deux de ses pensionnaires qui ont quitté Bedlam hier soir.

— Je connais cette histoire, dit le détective.

— Ah! fit le révérend Patterson.

— M. John Bell, — c’est bien de lui que vous voulez parler, n’est-ce pas ?

— Oui.

— M. John Bell, qui est plus fou que le plus fou de ses hôtes de Bedlam, a pris l’express de Liverpool, non point avec deux personnes, mais avec quatre.

— Gomment savez-vous cela?

— Eli ! tout à fait par hasard. Un des hommes que j’emploie était hier g- la gare de Gharring-Cross et il a vu partir M. John Bell et ses compagnons.

— Et ils étaient quatre?

— Non, cinq.

— Quels étaient donc les deux autres?

— Le valet de chambre de M» John Bell d’abord.

— Et puis?

— Et puis un certain Arthur, qui est le détenteur de la corde de pendu.

— Ah! c’est juste, dit le révérend, qui se rappela alors les demi-confidences de M. Burdett. .

Puis il reprit :

— Il faut donc que vous partiez pour l’Irlande.

— Bon ! dit le détective.

— Et que vous arrêtiez tout ce monde-là.

— Sous quel prétexte?

— Oh! un prétexte bien simple. M. John Bell, directeur de Bedlam, devenu fou subitement, a pris la fuite

avec trois autres fous. La folie de ses compagnons sera plus difficile à constater que la sienne.

— Et je le ramènerai à Londres?

— Non.

— Qu’en ferai-je alors?

— • Vous les incarcérerez tous les quatre dans la maison de fous de Dublin.

— Et puis?

— Ei puis vous reviendrez, et nous nous remettrons à la recherche de l’homme gris.

— Pardon, mon révérend, dit M. Scotowe, mais nous n’avons pas besoin d’aller jusqu’en Irlande.

— Plaît-il ? dit h- révérend Patterson étonné.

— Vous savez que tous les navires qui partent de Liverpool pour Dublin touchent à l’ile de Man.

— C’est juste. Eh bien?.

— M. John Bell s’est embarqué il y a à peine une heure, si toutefois il n’est pas encore à Liverpool.

— Bon! dit le révérend qui ne comprenait pas encore.

— Envoyez une dépêche au commandant du petit port de Douglas.

— Et que contiendra cette dépêche?

— L’ordre de retenir dans le port, jusqu’à nouvel ordre, le steamer qui porte M. John Bell.

— Et à quoi cela nous avancera-t-il? demanda le révérend.

— Il y a une maison de fous à l’ile de Man.

— A h I je l’ignorais.

— Une maison plus fameuse encore que Bedlam.

— En vérité!

— Et cela par la raison qu’il ne s’y trouve que des

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