‹ La corporation des ménétriers et le roi des violonsChapitre 10 sur 16 · PRÉTENTIONS DES CHEFS DE LA CORPORATION. GUILLAUME DU MANOIR · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DES CHEFS DE LA CORPORATION. GUILLAUME DU MANOIR

Nous avons dit que les luthiers italiens avaient formé de bons élèves. Mais les instrumentistes français ne restèrent pas en arrière.

Poussés par une louable émulation, ils formèrent aussi des ouvriers habiles, parmi lesquels on peut compter les Bocquay, les Pi'erret, les Despons et les Véron. A la fin du xvi« siècle, ils se constituèrent en corps, après avoir rédigé des statuts qui furent approuvés par le roi, au mois de juillet 1599, et prirent alors le titre de Maitres feseurs (T instruments de musique (1).

Ils fournissaient la harpe, le luth, Ja viole, l'orgue et Tépinette aux musiciens de la chambre. Ils fabriquaient aussi les hautbois, les cornets, les trompettes et les fifres pour la bande de l'écurie, c'est-à-dire pour les écuyers, pages et gens de livrée. Enfin, ils étaient chargés de la confection de tous les instruments à corde, violons, violoncelles ou autres, nécessaires à la grande bande des vingt-quatre violons de là chambre du roi.

Cependant, tous ces luthiers ou maîtres instrumentistes étaient tenus de se faire agréer à la corporation des ménétriers, car le roi, Claude Nyon voulait que tous les sons harmonieux, de quelque nature qu'ils fussent, rendissent hommage à son sceptrj^ ou plutôt à son archet, et devinssent tributaires de son empire. Du reste, Sa Majesté ménétrière était réellement débonnaire. Pourvu que ses sujets fussent exacts à payer les droits de maîtrise de police et autres, pourvu qu'ils acquit- ' tassent les amendes, les taxes d'apprentissage ou de confrérie, elle leur laissait pleine et entière liberté de se réunir, même la nuit, et d'aller en troupes, par la ville, pour donner des sérénades. '

C'était surtout la veille de la fête de S. Julien, leur patron, que les membres de la corporation, précédés des vingt-quatre violons de la chambre du roi, parcouraient la cité, en exécutant des airs joyeux composés pour la circonstance. Mais le Parlement n'était pas aussi indulgent que le roi des ménétriers, et il jugea, peut-être à tort, que ces promenades nocturnes pouvaient devenir dangereuses. En conséquence, par un arrêt, en date du 26 août 1595, défenses furent faites « à toutes personnes de s'assembler et aller par troupes par les rues, y porter luth, mandoUes et autres instrumens de musique et, sur quelque prétexte que ce soit, aller de nuit, à peine de la hart )> (2).

(1) Statuts y ordonnances^ tettres de création de la communauté des mais très faiseurs dHnstrumens de musique. Paris, 1741.

(2) Félibien. Hùt. de la ville de Paris, t. V, p. 28.

L'arrêt était dur, sévère même ; mais il est à présumer que les ménétriers se montrèrent récalcitrants et ne se soumirent pas tout de suite, car nous possédons certains airs qu'ils jouèrent encore pendant les années 1603 et 1604.

D*un autre côté, le chef de la corporation, songeant toujours à ses droits autant qu'à ses intérêts, poursuivait sans relâche ceux qui se permettaient d'enseigner à danser sans autorisation. En outre, nous voyons qu'en 1628, Louis Constantin se plaignait que plusieurs joueurs d'instruments « quoique non reçus maîtres, entreprenaient des ïîopces, donnaient des aubades, jouaient dans les cabarets et heux infâmes, au grand mépris des statuts et à la ruine des maîtres de l'art ».

Louis Constantin, violon de la musique du roi, avait, depuis 1624, le titre de Roi des ménétriers et maître des joueurs d'instruments du royaume. C'était un artiste habile, mais il maintint, peut-être un peu trop rigoureusement les prétentions de ses prédécesseurs et n'accepta aucune transaction avec ceux qu'il voulait soumettre à son autorité. En outre, par iin de ces abus trop fréquents chez les souverains qui ne savent pas borner leur puissance, il s'opposait aux progrès de Tart, en ne permettant aux ménétriers nomades, jouant dans les cabarets, . Tettiploi d'aucun autre instrument que le rebeCy « le tout sous peine de 24' livres d'amende et bris d'instrumens (1). »

Une pareille prétention devait nécessairement soulever des colères, ariiener des résistaocès. Chacun défendait donc ses droits avec énergie, et la lutte était vivement engagée, lorsque Constantin mourut en 1641, laissant pour successeur dans sa charge de roi des ménétriers Claude Du Manoir, frère de Mathieu Du Manoir, qui était également qualifié niaîtf e joueur d'instruments et violon de la chambre du roi.

La royauté de Claude du Manoir ne fut pas de longue durée, car le 21 novembre 1657, cette charge était donnée à son neveu Guillaume Du Manoir, l'un des vingt-quatre violons de la chambre du roi, à titre gratuit, c'est-à-dire sans payer finance, et comme récompense de son mérite (2).

(1) Bitbliohègue de VEcole des Charles. Série A. t. TV, p. 543.

(2) Etat général des officiers, domestiques et commensaux de la maison du Roy Paris, 1657, p. 169.

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L'uïi des prèMîérs â'cteà dé ce nôù'veau chef des ménétrters fut dé voùî'oîr côttipréAdre, pàtmî ses vassâiii, les maîtres à darièer. Il Obtint à cet effet, éii 1658, dé Louis XIV, de nouveaux statuts, en vertu désiiuêTs* iï pteûèiîi le titré potn'peux de Roi des violonè, maîtres à danser et joueurs d'instruments tant hauts que bas (1).

Malheu'i^eusèrùént lès le (tf es-patentes du roi de France, enregistrées au Parlement le 22 août 1659^ devinrent entre les mains de Guillaume Du Mianoir une source iWèrniinable de procès. La gent musicale he voulut pas ée soumettre, et Toi'gueil aussi bien que l'intérêt àllufiâ'èrent ttnè guerre qui devint bièiïtôt très-aïiimée. Alors coraimencérent ces controverses étranges, ces querelles qui n'étaient pas au fond si frivoles qu'on pourrait le éupposer. Chacun défendait ses droits, et les fàcturns, les requêtes et les mémoires se succédaient sans relâche.

D'un côté, uiie certaiile classé d'artistes, composant ce qu'on pourrait âjppeléi' l'aristoct'atie musicale^ repolissait toute accointance avec les ménéfriet's. Ces musiciens signalaient cottime une cause de déconsidératiôù pour leur profession, souvent rihàptilude, et presque toujours les mauvaises mœurs des joueurs dé rebec ou de violon vivant constamment dans tes guinguettes et dans les éabarets. D'àritre part, le roi des violons fnaiïiteriait des privilèges aussi absolus que bizarres et qui font notre étonnement aujourd'hui. Mais dé chaque côté, on s'attaquait avec violence, avec passion, et s'il nous était pôèsible de citer les documents qui subsistent de cette singulière lutte, chaéùn poiii*rait étudier aveé nous sur le vif les moeurs oubliées et parfois pleines d'originalité de cette société dû xvil® siècle, que certaine écrivains voudraient voir revivre après deui cents ans.

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