‹ La corporation des ménétriers et le roi des violonsChapitre 4 sur 16 · CHRONOLOGIE DES ROIS DES MÉNÉTRIERS · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DES ROIS DES MÉNÉTRIERS

J'ai dit que les ménétriers étaient placés sous la domination d'un Roi ; mais je regrette d'avoir à constater que la dynastie ou plutôt la suite chronologique de ces souverains n'est pas bien exactement connue. Bien des noms manquent, et il y a là une lacune très regrettable ; mais il faut espérer qu'elle ne tardera pas à être comblée.

En attendant et pour venir en aide à ceux qui voudraient essayer de dresser cette liste, nous devrons recueillir ici tous les actes pouvant servir à cette curieuse reconstitution.

Le plus ancien document sur lequel on puisse s'appuyer est un Etat des officiers de la maison de Philippe -le -Bel, dans lequel on voit figurer, en 1288, un Roi des joueurs de flûte, sans que le nom soit désigné (1). Cet oubli est d'autant plus fâcheux que nous voyons, sous le même règne de Philippe-le-Bel, un célèbre jongleur, nommé Jehan Charmillon, prendre également le titre de Roi dans une ville de province. Ce Jehan Charmillon, né en Champagne, vers le milieu du XIII® siècle, avait été désigné comme Roi des ménestrels de la ville de Troyes, par lettres-patentes de 1295.

Sous le règne de Louis X, c'est un certain Robert qui est nommé Roi des ménestrels , dans une ordonnance datée de l'an 1315, et nous voyons aussi paraître ce titre en tête des signataires des premiers statuts de la corporation, en 1321. a Paris, ménestrel le Roy, pour luy et ses enfans ». Du Cange nous a conservé les noms de plusieurs personnages qui furent revêtus de la même dignité. Il cite d'abord un document de Tan 1338, où l'on trouve Robert Caveron (2), iroy des ménestrels du royaume de France, déjà connu comme ayant participé.

(1) Du Cange. Glossarium medix et infimx laiinitatis. t. V, p. 762.

(2) Nommé Robin de Gavron en 1322, parmi les ménétriers de Gharles-le-Bel à côté d'un autre Robert Petit, décoré du titre du roi. — Officiers cirnls et militaire» des rois de France. Ms. de la Bibl. Nat. supp. fr. p. 74.

le LÀ éOR]f>oriÂTlON

en 4326, à une distribution de vêtements faite à l'occasion du couronnement de la reine Jeanne d'Eweux, femme de Charles-le-Bel. On le retrouve encore dans un compte de Thôtel de Jean, duc de Normandie, de Tannée 1349, à l'occasion d'une somme de 60 livres, qu'il fut chargé de distribuer âtfi'mênéti4ers (^ui àvaieW assîstê atfx noces du duc. A Robert Caveron succéda Coppin de Brequin, mentionné dans divers titres de 4357, 1362 et 1367, mais qui était déjà enrôlé dans là bande des ménétriers du duc de Normandie en 1349. Cet artiste distingué, dont il reste une curieuse composition, une chanson à trois voix, se fit remarquer par son dévouen>ent pour son maître ; il accompagna le roi Jean en Angleterre, lors de sa première captivité, en 1359 (1).

Deux actes de la fin du Xiv® siècle désignent sous le titre de Roy des ménesiriers du royaume de France Jehan Portevin, lequel reconnaît avoir reçu du trésorier de Louis, duc d'Orléans, une somme de cinquante francs « pour plusieurs esbatements faits avec ses compagnons pendant le repas que le prince donna en son hôtel, le 14 novembre 1392, au roy et à ses beaux-oncles de Berry, de Bourgogne et de Bourbon t>.

Jehan Boisard, dit Verdelet, dont le nom figure dans un compte des menus plaisirs de la reine Isabeau de Bavière, paraît avoir succédé à Jehan Portevin en qualité de Roi des ménétriers. Il est cité avec ce titre dans une charte du 19 février 1420, mentionnant une gratification de 200 livres faite à ses ménétriers par le régent Charles VII.

Jehan Boisard ne resta pas longtemps à la tête de la corporation, car nous trouvons Jehan Fascien ou Facion, désigné comme roy des ménestrels dans un rôle des pauvres officiers auxquels le malheureux Charles VI légua, en 4422, quelques modiques sommes par son testament (2).

Après Jehan Facien, nous perdons la trace des rois ménétriers pendant plus d'un siècle. Le premier que nous retrouvons, François

(1) Livre et journal auquel est contenu la receple et despense de Ihostel du roy de France en Angleterre y diQ^Mis le 1" jour de juillet MCCGLIX. Ms. de la Bibl. Nàt, suppl. fir.

(2) Officiers civils et militaires des rois de France. Ms. de la Bibl. Nat. suppl. tr. p. 1300.

DES IVIÉNÉTRIERS. 19

ïloussel, gouvernait ïa corporation en 1572, et eut pour successeur Claude de Bouchandon, hautbois de Henri ill, à qui le roi accorda, le 13 octobre- 1575, des lettres de provision d'e Toffice de Roy et maistre des ménestriers et de tous les joueurs d^instrumens du royaume^ office, dit l'acte, possédé naguère par le nommé Jfoùssel (l).

Sous le règne de Henri IV, en 1590, Claude Nyon, violon ordinaire de la chambre du roi, reçut à son tour le titre et la charge de Roy des ménestriers, qu'il céda dix ans plus tard à son fils Guillaume-Claude Nyon, dit Lafont, également violon de la chambre du roi. Dans les lettres de provision qui furent accordées à ce dernier, le 8 février 1600, il est qualifié Roy des joueurs d'instrumens par tout le royaume (2). Ùri recueil de ballets fait en l'année 1600 signale une pièce â quatre dessus composée par ce Latoni pour le chef-d'œuvre de quelques éls de maîtres, et notamment de soù propre fils.

Nous ne savons rien de ce fils ; mais, dans tous les cas^ il ne succéda pas à l'office de Claude-Guillaume Nyon, car ï'arrêt du parlement, rendu le 7 mars 1620, dans rafifaire des violons de la chambre, mentionne, sous le titre de Roy des joueurs d'ihstrumens, le siéur François Richomme ou Rishomme, violon ordinaire du roi (3).

Quatre ans après, le sceptre de la ménestrandie passe eh d'autres mains. En effet, le 12 décembre 1624, Louis XHI investit Louis-Constantin, l'un de ses violons ordinaires, de l'état et office de roy et maître des ménétriers et de tous les joueurs d' instruments ^ tant haut

que bas du royaume (4).

Vient ensuite la dynastie des Du Manoir, dont il va être question.

Quant au dernier souverain, à celui qui perdit là couronne, il avait un nom véritablement prédestiné : on l'appelait : Guignon (Jean-Pierre) . Pauvre Guignon ! Quel triste sort fut le sien ! Il lutta, il combattît

(1) Archives nationales. Sect. judiciaire. Ofdànn. de Henri JIL

(2) Archives nationales, Sect. judiciaire. Ordonn. de Henri IV.

(3) Bihliùlh. de VEcole des Charles. Série A, t. lY, p. 542.

(4) Ce Constantin, auteur de plusieurs pièces à cinq et six parties, pour le violon, la viole et la basse, fut un des musiciens les plus distingués de son temps. Il laissa un fils, Jean Constantin, dont le nom figure, en 1657, parmi les vingt-quatre violons de la chambre.

vaillamment, et pourtant il dut un jour se résigner : il finit par abdiquer. Après trente ans d'un règne fort agité, pendant lequel il n'avait pu percevoir aucun des* droits attribués à sa haute dignité, Guignon dut déposer la couronne.

Mais n'anticipons pas sur les événements.

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