NOUVEAUX STATUTS DES MÉNÉTRIERS
En Fan de grâce 1407, alors que les malheureux français voyaient les princes se disputer le pouvoir sous un monarque en démence, les ménétriers reconnaissaient pour leur roi Jehan Portevin, celui-là même que nous avons vu aller ce faire ses esbastements », en 1392, chez le duc d'Orléans. Or, Jehan Portevin voulut marquer son passage sur le trône de la ménestrandie (1), et peut-être illustrer son règne. En conséquence il fit rédiger, pour la corporation des ménétriers, de nouveaux statuts, qui furent acceptés et confirmés par le Conseil du roi, le 24 avril 1407, sept mois avant l'assassinat du duc d'Orléans par les agents du duc de Bourgogne.
Les premiers statuts n'avaient eu qu'un but, cçlui d'interdire l'exercice de la profession à tous ceux qui n'ét^^ent pas associés. Ils déterminaient moins les conditions d'entrée que les motifs emportant exclusion. De plus, ils ne renfermaient aucune idée de prééminence au profit du roi des ménétriers sur les ménétriers des provinces.
Les statuts de 1407 eurent une bien plus grande importance. En premier lieu, ils rétablissaient le bon ordre parmi les ménétriers souvent désunis ; puis ils fixaient les conditions d'admission dans la corporiation, ainsi que la durée de l'apprentissage, indiquaient les redevances dues à l'hospice de Saint-JuHen, et déterminant les attributions et le pouvoir du Roi de^ Ménétriers dû royaume de France.
(1) Le terme de ménestrandie ou ménestrandise forme, (Jurant le moyen-âge, une locution d'un sens étendu, et désignant aussi bien la musique instrumentale en général que la profession spéciale du ménétrier.
Placé à la tête du corps, le roi des ménétriers était chargé d'y maintenir la police ; il jugeait souverainement et en dernier ressort tout ce qui concernait Texercice de l'industrie. C'était lui qui accordait les brevets de maîtrise ; il accordait ou retirait l'autorisation d'exercer ' la profession d'instrumentiste ; modifiait le règlement pour la durée de l'apprentissage, qui était de six ans ; accordait le droit d'ouvrir école, et pouvait même autoriser le ménétrier qui n'avait point juré l'observation du règlement, à exercer la profession. Il percevait pour émoluments de sa charge la moitié de la taxe levée sur tout aspirant à la maîtrise, et le quart de toutes les amendes (1).
D'après ce qui précède, on peut s'assurer que des pensées de conquête avaient germé dans l'esprit du roi des ménétriers. Il avait réussi, car tout individu, exerçant cette profession, qui venait s'établir à Paris, devait se soumettre à sa juridiction. Bientôt nous le verrons faire un pas de plus, en exigeant certaines redevances perçues par des lieutenants autorisés. Ainsi, par acte passé le 26 mars 4508, le maître des ménétriers de France donne pouvoir à Nicolas Hestier d'exercer, pendant six années, dans la ville de Tours et en Touraine, les droits
dont il jouit lui-même (2).
La Corporation des Ménétriers, ainsi réorganisée, vécut tranquille pendant toute la durée du xv® du xvi* et une partie du xvii* siècle. Ce fut la seconde période de son existence et celle où elle atteignit son plus grand développement. Aussi la voyait-on gagner chaque jour de l'importance, tandis que l'autorité de son chef était respectée.
Mais pour maintenir leur pouvoir, les chefs de la Corporation pre- .naient soin de faire souvent confirmer leurs statuts par l'autorité royale. Ainsi que tous les corps .d'arts et de métiers, la communauté des' joueurs d'instruments s'était contentée dans les premiers temps de faire autoriser ses statuts par le prévôt de Paris. A dater du xv« siècle, elle les fit approuver par les rois de France qu'elle avait intéressés à leur maintien, en admettant le fisc pour une part, non seulement dans les droits anciens, mais encore dans les amendes qui en sortaient.
(1) Ordonnances des Rois de France, t. IX, p. 198.
(2) Archives nationales. Dossier S.Julien des Ménétriers, carton 0, 1215.
Le règlement de 44-07 fut ainsi confirjné par les rois Charles VII, le 2 mai 1454 ; Louis XI, au mois de septembre 1480 ; Charles VIII, au mois d'août 1485 ; Louis XII, au mois de Juillet 1499 ; François I®'', au mois de mars 1515 ; et de nouveau par le même roi, le 22 septembre 1545 (1).
Les troubles politiques et la courte durée des règnes de Henri II, François II et Charles IX ne permirent pas à la communauté de demander des lettres de confirmation à ces princes ; mais on la voit en solliciter et en obtenir de Henri III, au mois de mars 1576, et de Henri IV, au mois de janvier 1594 (2). Depuis ce jour, il n'existe plus de lettre de confiri;nation jusqu'au règne de Louis XIV, qui autorisa rémission d'un règlement nouveau en Tannée 1658.